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"Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres.

 

Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.

 

Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres."

 

Evangile de Jésus-Christ selon  saint Jean 

   

 

Pentecôte

" Le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit."

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean  

 

   

 

 El Papa es argentino. Jorge Bergoglio                 

Saint Père François

 

 

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1er mai 2011 Béatification de Jean-Paul II

Béatification du Serviteur de Dieu Jean-Paul II

 

 

  Béatification du Père Popieluszko

beatification Mass, in Warsaw, Poland

à Varsovie, 6 juin 2010, Dimanche du Corps et du Sang du Christ

 

 

presidential palace in Warsaw

Varsovie 2010

 

 

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
Sanctuaire de l'Adoration Eucharistique et de la Miséricorde Divine

La miséricorde de Dieu est comme un torrent débordé. Elle entraîne les cœurs sur son passage.
(Saint Curé d'Ars)
 

 


Le côté du Christ a été transpercé et tout le mystère de Dieu sort de là. C’est tout le mystère de Dieu qui aime, qui se livre jusqu’au bout, qui se donne jusqu’au bout. C’est le don le plus absolu qui soit. Le don du mystère trinitaire est le cœur ouvert. Ce n’est pas une image, c’est une réalité. C’est la réalité la plus profonde qui soit, la réalité de l’amour.
Père Marie-Joseph Le Guillou




Dans le cœur transpercé
de Jésus sont unis
le Royaume du Ciel
et la terre d'ici-bas
la source de la vie
pour nous se trouve là.

Ce cœur est cœur divin
Cœur de la Trinité
centre de convergence
de tous les cœur humains
il nous donne la vie
de la Divinité.


Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix
(Edith Stein)



Le Sacré-Cœur représente toutes les puissances d'aimer, divines et humaines, qui sont en Notre-Seigneur.
Père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus

 



feuille d'annonces de la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre

 

 

 

 

 

 

 

     

The Cambrai Madonna

Notre Dame de Grâce

Cathédrale de Cambrai

 

 

 

Cathédrale Notre Dame de Paris 

   

Ordinations du samedi 27 juin 2009 à Notre Dame de Paris


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Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie à Notre-Dame de Paris


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... ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’Amour !

 

 

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SAINT PIERRE ET SAINT ANDRÉ

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BENOÎT XVI à CHYPRE 

 

Benedict XVI and Cypriot Archbishop Chrysostomos, Church of 

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Vierge de Vladimir  

    

 

SALVE REGINA

7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 12:30

Un seul trait du Bréviaire de Robinet fera voir clairement l'étrange distraction dans laquelle l'auteur était plongé.

 

Dans l'office de saint Louis, roi de France, il s'était avisé de composer des répons et des antiennes dans lesquels il supposait que la famille de ce saint Roi demeurerait toujours et gouvernerait à jamais la France. — Domus servi tui, Deus Israël, erit stabilita coram Domino. — Nunc ergo, Domine Deus, benedic domui servi tui ut sit in sempiternum coram te. — Benedictione tua benedicetur domus servi tui. — Domine Deus, verbum quod locutus es super servum tuum et super domum ejus suscita in sempiternum, ut magnificetur nomen tuum. Que signifiait tout ceci ? Dans le cas que la race de saint Louis eût reçu du ciel la promesse solennelle de durer autant que l'Église, ces prières auraient, il est vrai, un sens très beau et très légitime ; mais dans le cas contraire, dont il faut bien admettre au moins la possibilité, les inspirations toutes humaines, toutes mortelles qui avaient produit l'innovation liturgique, pouvaient-elles se trahir d'une manière plus naïve ? C'était, certes, la première fois que les prières de l'Église la laissaient voir inféodée à une dynastie humaine, et si étroitement que, cette dynastie venant à s'éteindre, il deviendrait nécessaire de retoucher le bréviaire. Il est vrai que jusqu'alors de simples particuliers ne s'étaient pas avisés encore de rédiger des prières à l'usage de l'Église.

 

Nous ne signalons ici que quelques particularités du Bréviaire de Robinet ; nous aurons le temps de le considérer en détail dans l'étude générale de l'office divin. Il  nous reste maintenant à raconter sa destinée. Elle fut loin d'atteindre à l'éclat de celle du Bréviaire de Vigier et Mésenguy. Ce dernier était une œuvre du parti, et d'ailleurs, apparaissant aux yeux du public comme le bréviaire de l'Église de Paris, il semblait appelé à conquérir une plus grande considération. Quant à la valeur respective de ces deux bréviaires, puisqu'il faut juger  du mérite d'un  travail de  ce genre comme  d'une  œuvre individuelle, nous pensons que s'il y avait une meilleure doctrine et une science plus variée dans le Bréviaire de Robinet, il y avait aussi moins de formes étranges, plus, d'harmonie, plus de goût dans celui de Vigier et Mésenguy. Le Breviarium ecclesiasticum ne devait donc faire qu'une fortune médiocre. Les seuls diocèses du Mans, de Cahors et de Carcassonne l'adoptèrent ; encore ne fut-il reçu  au Mans qu'à certaines conditions qui sont trop remarquables pour ne pas trouver place dans notre récit.

 

Cette église était alors gouvernée par  un prélat zélé contre le jansénisme, et dont la mémoire est demeurée précieuse devant Dieu et devant les hommes : Charles-Louis de Froullay. 

 

Nous nous tenons d'autant plus obligé à rendre ce trop juste témoignage à la mémoire de ce prélat, que nous habitons un monastère à l'égard duquel il donna l'exemple d'une piété et d'une générosité qu'on peut considérer comme un véritable prodige, à l'époque où il le fit paraître. Il tenait en commende l'abbaye de Saint-Pierre de la Couture du Mans, et avait droit en cette qualité de pourvoir d'un titulaire le prieuré de Solesmes, qui était la principale dépendance de la Couture. La congrégation de Saint-Maur, introduite à Solesmes en 1663, avait en vain cherché à obtenir la réunion de la mense priorale à la mense conventuelle ; tout ce qu'elle avait pu faire avait été de procurer de temps en temps la collation du prieuré à quelques religieux. Mais, à chaque vacance, la commende était toujours sur le point d'envahir de nouveau le monastère. Charles de Froullay voulant user de son autorité pour traiter favorablement le prieuré de Solesmes, sur la requête des moines, envoya au Roi des lettres de consentement à l'extinction du titre prioral et à sa réunion à la mense conventuelle. Louis XV fit expédier, sous la date du 9 février 1753, un brevet que le prieuré, aujourd'hui abbaye de Solesmes, possède encore dans ses archives, et qui autorise le prieur et les moines à poursuivre ladite extinction.

 

Charles-Louis de Froullay, bien qu'il eût subi, comme l'évêque d'Amiens, l'influence de son siècle sur les choses de la Liturgie, plus heureux que ce prélat,  avait goûté  les saintes maximes de l'archevêque Languet sur l'inimitable valeur de la tradition dans les prières de la Liturgie,  et sur le danger qu'il y aurait à considérer l'Écriture sainte comme l'unique élément des sacrés cantiques. Au milieu de la défection générale, il eut le courage de faire entendre sa voix en faveur des antiques formules grégoriennes, et il déposa, dans la lettre pastorale même par laquelle il annonçait à son diocèse le nouveau bréviaire, un témoignage solennel en faveur de la tradition liturgique. Dans cette pièce, qui est du 25 mars 1748, après avoir dit qu'on avait puisé la matière des antiennes et des répons dans les passages des Écritures qui avaient semblé les plus convenables pour rendre les sentiments de la piété, Charles de Froullay ajoutait ces paroles remarquables :

" Mais  comme l'Église emploie de temps en temps sa propre  voix,  pour parler à  son époux  céleste,  nous avons  retenu certaines antiennes qui n'ont pas été extraites  des livres sacrés, mais qu'une piété docte a enfantées  et qu'une tradition sans tache a consacrées. Par leur  secours,  les   dogmes catholiques   cessent de paraître   nouveaux ; les fidèles les sucent avec le lait, et se les  approprient par un usage journalier. Insérés dans des  formules de prières, ces dogmes s'attachent plus fortement au cœur du chrétien, et se transmettent aux générations futures à l'aide de la récitation et du chant."

 

Voilà bien la doctrine du concile de Tolède, la doctrine des   livres   grégoriens,  la   doctrine  de   Languet  contre l'évêque de Troyes. On  conserva donc dans le nouveau Bréviaire manceau quelques traces de l'ancienne Liturgie, et ces traces, si rares qu'elles fussent, plaçaient ce bréviaire dans une classe à part, et demeurèrent comme une réclamation en faveur des usages de l'antiquité, dont la suppression ne serait peut-être pas sans retour. Seul entre tous les nouveaux bréviaires de France, celui de Froullay garda donc plusieurs des magnifiques antiennes de Noël, de la Circoncision, de l'Ascension, de la Trinité, du Saint Sacrement, de l'Assomption, de la Nativité de la sainte Vierge ; les absolutions et bénédictions romaines, etc.

 

On y remarquait aussi avec étonnement et édification que, dans cette époque de licence liturgique, lorsque tant de mesures avaient été prises pour diminuer le culte de la sainte Vierge et des Saints, principalement au moyen du privilège affecté au dimanche de ne céder désormais qu'aux fêtes de Notre-Seigneur, ou tout au plus qu'à celles du degré solennel, les rubriques du nouveau Bréviaire manceau portaient que le dimanche céderait à toutes les fêtes du rite double majeur (les seules après tout, qu'on eût conservées à neuf leçons), ce qui maintenait la célébration populaire, non seulement des fêtes moins solennelles de la sainte Vierge, mais de celles des apôtres, de la Sainte-Croix, de plusieurs saints, etc. Il y avait, sous ce rapport, un siècle entier de distance entre le Bréviaire de Froullay et ceux qu'on introduisait journellement dans la plupart des diocèses de France.

 

Sous le point de vue de l'orthodoxie dans les matières de la grâce, le travail de Robinet non seulement était irréprochable, mais en plusieurs endroits le zélé docteur avait su amener des protestations dans le sens des récentes décisions de l'Église. Charles de Froullay avait conservé tous ces détails ; ce qui fut cause que son bréviaire fut violemment attaqué dans les Nouvelles ecclésiastiques (27 février 1751). Les jansénistes  reprochaient surtout certaines strophes des hymnes du psautier, qui sont toutes de la composition du docteur Robinet, et, dans ces strophes, les vers suivants : 

Vires ministras arduis

Non impares laboribus.

 

Et encore ceux-ci :    

Donis secundans gratiœ

Quem lege justus obligas.

 

Mais la manière dont la trop fameuse strophe de Santeul, dans l'hymne des évangélistes, avait été retouchée, causait plus de chagrin encore aux sectaires. Au Mans, on ne s'était pas contenté de la correction d'Évreux; on avait mis : 

Insculpta saxo lex vetus

Præcepta, non vires dabat ;

Inscripta cordi lex nova

Præcepta dat cum viribus.

 

Notre but n'étant point, dans ce coup d'oeil sur l'histoire liturgique, de réunir tous les détails du sujet qui nous occupe, nous nous bornerons à cette brève excursion sur les Bréviaires d'Amiens et du Mans. Elle suffira pour constater le fait d'une réaction courageuse, mais impuissante, contre les efforts de la secte janséniste sur les principes de la Liturgie : malheureusement, comme on le voit, cette réaction n'eut pour théâtre que d'étroites localités, et se paralysa elle-même, parce que ceux qui la dirigeaient convenaient sur la plupart des principes avec leurs adversaires.

 

Suspendons maintenant le récit des événements de la réforme liturgique, et livrons-nous à quelques considérations sur le caractère de cette révolution dans ses rapports avec le goût, la poésie et l'esthétique en général.

 

Chez tous les peuples, et principalement dans la religion chrétienne, les choses du culte divin ont toujours eu une relation intime avec la poésie et les arts : toute révolution qui les concerne a du par conséquent offrir des phénomènes importants à étudier sous le point de vue de la forme.  Tout est poésie dans la Liturgie,  aussi procède-t-elle presque toujours avec le  secours du chant. Si le mètre ne distingue pas toutes ses formules, le nombre, la cadence, la rime même le supplée, et toujours l'enthousiasme   lyrique domine l'œuvre  tout entière.   C'est cet enthousiasme qui éclate dans les répons, après que le chœur a écouté en silence la lecture des leçons, dans les antiennes qui suivent les psaumes et les cantiques,  et réunissent dans un chant à l'unisson les voix jusqu'alors divisées dans un chant alternatif. Ces hommes donc qui s'imposaient la rude tâche de refaire en masse le répertoire des chants chrétiens à l'usage des églises de France, devaient être doués d'un  miraculeux don de poésie et d'une abondance que rien ne pourrait épuiser. C'était là, certes, l'acte d'un grand courage, que de se dévouer à remplacer l'œuvre successive des peuples chrétiens par les simples ressources d'une inspiration unique et individuelle. Leur cœur, comme celui du Prophète, avait sans doute conçu avec plénitude la parole toute-puissante, et ils sentaient, dans  un sacré  délire, que leur diction allait s'élancer rapide comme la plume  de l'écrivain le plus exercé. On ne devait pas moins attendre d'eux,  et la gloire du XVIIIe siècle était à jamais fondée au-dessus de tout ce que  l'on  vit jamais de plus éclatant.  Il en fut néanmoins   autrement. Des hommes impuissants à toute poésie, étrangers par tempérament, par éducation, par système, à ce mens divinior qui nous ravit non seulement dans les écrivains sacrés, mais dans les Pères de l'Église, s'étaient imposé la tâche dont nous parlons, et se mirent à refaire la Liturgie de fond en comble, sans s'être jamais doutés que c'était sur la plus haute poésie qu'ils s'exerçaient.

 

Voyons-les à l'œuvre, mais entendons d'abord leurs jugements sur les monuments de l'ancienne Liturgie. La Providence a permis que quelque chose de leurs théories nous ait été conservé dans le fameux Commentaire de Grancolas sur le Bréviaire romain, ouvrage d'où nous avons déjà extrait son Projet de bréviaire. Voici donc quelques-uns des oracles rendus par ce grave docteur, sur un certain nombre de morceaux caractéristiques de la Liturgie romaine.

 

Dans les matines du jour de Noël, l'Eglise chante les répons suivants en manière d'intermèdes, à la lecture des prophètes :

Hodie nobis cœlorum Rex de Virgine nasci dignatus est, ut hominem perditum ad cœlestia regna revocaret : * Gaudet exercitus angelorum quia salus œterna humano generi apparuit. V/. Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonœ voluntatis. * Gaudet.

Hodie nobis de cœlo pax vera descendit : * Hodie per totum mundum melliflui facti sunt cœli. V/ Hodie illuxit nobis dies redemptionis novœ, reparationis antiquœ, felicitatis œternœ. * Hodie.

O magnum mysterium et admirabile sacramentum ut animalia viderent Dominant nattim, jacentem in prœcepio : * Beata Virgo cujus viscera meruerunt portare Dominum Christum.

 

Les autres répons sont tous sur ce ton d'inspiration tendre et de majestueuse jubilation. Voyons maintenant comment le docteur Grancolas les apprécie.  "Ces répons,  dit-il, sont de pieux mouvements de l'Église en considérant la naissance de Jésus-Christ." Ainsi, Grancolas reconnaît que ces répons sont la parole de l'Église ; c'est la parole de l'Eglise même qu'il s'agit de juger sous le rapport du bon goût. Il continue donc : "Tantôt elle y  loue Dieu qui nous donne son Fils dans sa naissance :  quelquefois elle s'adresse à la sainte Vierge qui l'a mis  au monde. Il aurait été à souhaiter que ces répons et  les antiennes des laudes eussent tous été tirés de l'Écriture, comme le sont les antiennes des matines et des  vêpres. On voit que ceux qui ont composé cet office se  sont abandonnés aux pieux mouvements que leur inspirait ce mystère."

 

Ceux-là, Grancolas vient d'en convenir, sont pourtant l'Église ; c'est elle qui a ressenti, en présence du mystère, ces mouvements d'inspiration qui paraissent si déplacés au grave sorboniste. Sa critique descend ensuite dans le détail :

" On pourrait, dit-il, retoucher le second répons : Melliflui facti sunt cœli, pour  exprimer les biens que le ciel procure au monde en  donnant Jésus-Christ." (Grancolas a peur que les fidèles ne se croient à la veille d'être inondés d'un déluge de miel ) ;  aussi bien que le Verset Dies redemptionis novœ, reparationis antiquœ. N'est-ce pas la faute  qui est ancienne, qui demandait à être réparée ? et  cette réparation s'est faite par la Rédemption." On voit que le Docteur persiste à ne pas vouloir appliquer les règles du style poétique aux prières de la Liturgie, sans doute parce qu'il ne saurait s'imaginer que ce qui n'est pas en vers proprement dits, peut cependant être de la poésie.

 

" Dans le quatrième répons, l'auteur ( c'est probablement l'Église qu'il veut dire ) avait sans doute en but le  bœuf et l'âne, avec lesquels on peint ordinairement la  naissance de Jésus-Christ, ut animalia viderent Dominum natum jacentem in prœsepio. C'est une imagination qui n'a point d'autre fondement qu'un passage  d'Isaïe, qui n'a aucun rapport à la naissance de Jésus-Christ. L'Évangile, ni les anciens n'ont rien dit de ces deux animaux à la crèche ; ce n'est que vers le Ve siècle  qu'on trouve cette application au lieu où Jésus-Christ  est né."

Ici Grancolas fait défaut non seulement au sens poétique, mais, qui pis est, à la science de l'antiquité. Saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Jérôme, le poète Prudence, sont comptés parmi les anciens et sont des Pères du IVe siècle; cependant, ils rendent témoignage sur la tradition du bœuf et de l'âne à la crèche du Messie.

 

Nous citerons ici trois des antiennes de l'octave de Noël, in Circumcisione Domini ; on jugera mieux de l'ingénieuse critique de Grancolas. Elles ont été composées dans l'Église romaine, au temps des hérésies de Nestorius et d'Eutychès, pour confirmer la créance des fidèles, et elles ont été environnées de la plus profonde vénération dans tous les âges. Voici la première : 

O admirabile commercium ! Creator generis humani animatum corpus sumens de Virgine nasci dignatus est, et procedens homo sine semine largitus est nobis suam Deitatem.

 

" Les Pères de l'Oratoire, dit Grancolas qui les  approuve en cela, changent la fin de l'antienne O admirabile, et au lieu de procedens homo sine semine, ils  disent nostrae factus mortalitatis particeps, qui est une expression plus châtiée."

Admirez l'extrême pudeur de Grancolas et des Pères de l'Oratoire. Le siècle de Louis XV était bien choisi pour une semblable expurgation du langage de l'Église !

 

Le Docteur attaque ensuite en homme de goût les deux antiennes suivantes :

Ecce Maria genuit  nobis Salvatorem quem Joannes

videns exclamavit dicens : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi !

Rubum quem viderat Moyses incombustum, conservatam agnovimus tuam laudabilem ; Dei Genitrix, intercede pro nobis.

 

" Cette Antienne  Ecce  Maria...   quem  Joannes...... Cela est bien distant l'un de l'autre, la naissance de  Jésus-Christ par Marie, et sa manifestation par saint  Jean dans la même antienne ; comme aussi rubum,  l'allégorie entre le buisson et la virginité dans une  antienne !"

Ainsi, dix-huit siècles après l'accomplissement, on ne peut, sans un anachronisme qui révolte le docteur, rappeler, en présence du berceau de l'Enfant Jésus, sa touchante qualité d'Agneau de Dieu, ni les rapports qu'il aura avec saint Jean. Grancolas ne se doute pas qu'il attaque ici l'iconographie chrétienne de tous les siècles ; car la peinture catholique n'est qu'un reflet de la Liturgie. Quant à sa répugnance à voir le rapport du buisson qui brûle sans se consumer, avec la virginité de Marie que sa maternité n'altère pas, on ne peut que plaindre de pareils hommes et déplorer le sort de la poésie catholique, livrée à la merci de leur brutalité.

 

Écoutons pourtant encore notre critique : rien ne saurait être plus instructif. C'est à propos de ce beau répons des matines de la Circoncision :

Confirmatum est cor Virginis in quo divina mysteria Angelo nuntiante concepit : tunc speciosum formœ prae filiis hominum castis suscepit visceribus * et benedicta in œternum Deum nobis protulit et hominem.

Grancolas se croit obligé de prévenir qu'il ne faut pas conclure de ces paroles, cor virginis in quo concepit, que Marie aurait conçu le Sauveur dans son cœur et non dans ses entrailles, et il a le courage d'en appeler aux paroles de l'Ange : Concipies in utero.

 

Mais voici quelque chose de plus pitoyable encore. Le huitième   répons du même office est formé de ces gracieuses et nobles paroles :

Nesciens Mater Virgo virum peperit sine dolore Salvatorem sœculorum : ipsum Regem Angelorum sola Virgo lactabat ubere de cœlo pleno.

Qui jamais se serait imaginé qu'il fût besoin d'avertir ceux qui chantent ce répons, que l'allaitement du divin Enfant n'avait pas lieu au moyen d'un canal de communication par lequel le lait serait descendu du ciel au sein de la Vierge ? C'est pourtant contre cette interprétation burlesque et indécente que Grancolas cherche gravement à prévenir son lecteur. Ces délicatesses de poésie et de piété le dégoûtent et le font soupirer sans cesse après le jour où tous ces pieux mouvements seront remplacés par des phrases de la Bible.

 

Notre réformateur liturgique ne montre pas plus d'indulgence pour les inspirations de l'Église sur le mystère de la croix, qu'il n'en a fait paraître sur celui de la naissance du Sauveur. Il dénonce la célèbre strophe : O Crux, ave, spes unica !  Cette expression, dit-il, paraît un peu forte ; on pourrait l'adoucir, en disant : 

" O Christe, nostrae victima 

Salutis, et spes unica : 

Serva pios, per hanc Crucem 

Reisque dele crimina. "

 

C'est tout à fait le système de Coffin, quand il adoucissait l’Ave maris Stella. Heureusement, la strophe de Grancolas n'a été adoptée nulle part. Le sentiment qu'il exprime dans ces vers ne rappelle que trop le mot de Luther dans sa Liturgie : "Nous avons en horreur les fêtes de la Croix". Voici encore des paroles de Grancolas qui témoignent de son opposition au culte des instruments de la Passion du Sauveur : "Ne serait-il pas à propos  de recommander un silence perpétuel sur la couronne  d'épines, les clous, le suaire et autres instruments de la  Passion ; choses inconnues dans la belle antiquité,  et dont on n'a presque point ouï parler avant le  XIIe siècle ?" Ici, au mauvais goût se joint encore l'ignorance, car les monuments les plus graves et les plus anciens déposent en faveur de l'existence et de l'authenticité de la sainte couronne d'épines, des clous, etc. Pour être juste, nous devons dire que Grancolas ajoute :  "On  peut honorer le saint sépulcre et la vraie croix."

 

Parmi les nombreux monuments de l'inspiration liturgique, la chrétienté admire avec transport le beau chant connu sous le nom de Prœconium paschale, et qui, commençant par ces mots : Exultet jam angelica turba cœlorum, éclate avec une si ineffable jubilation, à l'office du Samedi saint. Voici l'avis de Grancolas sur cette magnifique pièce, qui n'a pas, il est vrai, le mérite d'être composée de versets de la Bible : "Cette prière est fort  obscure et très-difficile à expliquer pour lui donner un  bon sens."

 

S'agit-il de l'immortel office du Saint Sacrement, l'œuvre du Docteur angélique, notre critique nous dit avec un imperturbable sang-froid :  "Quand on voudra examiner  de près cet office, on ne trouvera point qu'il mérite de  si grands éloges ; car, outre qu'il ne serait pas difficile  d'en faire un plus exact, c'est que l'hymne Pange, lingua,  est très-plate. On y voit Jésus-Christ appelé fructus ventris generosi ! Le Sacris solemniis est celle où il y  a le plus de feu et d'élévation. Ces hymnes n'ont ni  pieds, ni cadence, et ne sont qu'une pure rime ou rimaille ! La prose Lauda, Sion, serait plus complète, si on en retranchait plusieurs des premières  strophes !"

Nous espérons qu'on nous dispensera d'un commentaire sur ces monstruosités non moins énormes, en fait de poésie, que scandaleuses en fait de Liturgie.

 

Encore un trait : c'est le jugement de Grancolas sur les antiennes à la sainte Vierge, Alma Redemptoris, Ave Regina cœli, Salve Regina.  "Ces antiennes, dit-il, faites  par des moines et ajoutées à leur office, ne méritaient  guère d'entrer dans nos bréviaires, tant pour leurs  expressions assez peu mesurées, que pour leur composition, qui était des plus plates."

 

Telle était la critique littéraire sur la Liturgie, au XVIIIe siècle, non sous la plume de Voltaire, mais sous celle d'un savant docteur de Sorbonne, d'un auteur qui a exercé une influence considérable sur la révolution que nous racontons, d'un auteur dont le livre, fort remarquable d'ailleurs, a obtenu, au siècle dernier, les honneurs d'une traduction latine, en Italie.

 

Nous ne pouvions, ce nous semble, prouver par des faits plus expressifs que sous le point de vue de l'appréciation de la Liturgie antérieure, le sens poétique avait totalement manqué aux auteurs de l'innovation.

 

Montrons maintenant qu'ils en ont été tout aussi dépourvus dans leurs propres compositions.

 

DOM GUÉRANGER INSTITUTIONS LITURGIQUES : CHAPITRE XX : SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE DURANT LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XVIIIe SIÈCLE. — RÉACTION CONTRE L'ESPRIT JANSÉNISTE DES NOUVELLES LITURGIES. — BRÉVIAIRE D'AMIENS. — ROBINET.— BREVIAIRE DU MANS.— CARACTERE GÉNÉRAL DE L'INNOVATION LITURGIQUE SOUS LE RAPPORT DE LA POÉSIE, DU CHANT ET DE L'ESTHÉTIQUE EN GÉNÉRAL. — JUGEMENTS CONTEMPORAINS SUR CETTE GRAVE REVOLUTION ET SES PRODUITS.

 

 

Charles-Louis de Froullay, évêque du Mans

Charles-Louis de Froullay, Evêque du Mans, Cathédrale Saint-Julien

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