Christians reenact the crucifixion ceremony during Good Friday in Quraye village, near the southern port city of Sidon, Lebanon, Friday, April 2, 2010.
"Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres.
Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.
Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
" Le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit."
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
1er mai 2011 Béatification de Jean-Paul II
Béatification du Serviteur de Dieu Jean-Paul II
Notre Dame de Grâce
" J 'étais en bas, tout en bas, avec Dieu et le diable, les deux se sont battus, et Dieu a gagné !"
" J'ai saisi la main de Dieu, c'était la meilleure main. J'ai toujours su que Dieu allait nous sauver."
- Mario Sepulveda à sa sortie le 13 octobre 2010
pour les 33 mineurs pris au piège sous terre dans le désert d'Atacama du Chili depuis le 5 août
Béatification du Père Popieluszko
à Varsovie, 6 juin 2010, Dimanche du Corps et du Sang du Christ
Procession à Kriusha en Russie le samedi 7 août 2010
Procession du Saint Sacrement à Port-au-Prince le 3 juin 2010
Séisme en Haïti

Père Alphonse Kenel - Dimanche 17 janvier 2010, Port-au-Prince, Haïti
Témoignage d'un prêtre haïtien du diocèse de Lille

Près de 47 religieux ont perdu la vie dans le tremblement de terre du 12 janvier à Port au Prince, capitale d'Haïti.
ZENIT.org

Notre-Dame de Paris : Messe du 16 janvier 2010 pour les
victimes du tremblement de terre en Haïti

Carmélites d'Haïti saines et
sauves
Varsovie, avril 2010
Basilique du
Sacré-Cœur de Montmartre
Sanctuaire de l'Adoration Eucharistique et de la Miséricorde
Divine
La miséricorde de Dieu
est comme un torrent débordé. Elle entraîne les cœurs sur son passage.
(Saint Curé d'Ars)

Le côté du Christ a été transpercé et tout le mystère de Dieu sort de là. C’est tout le mystère de Dieu qui aime, qui se livre jusqu’au bout, qui se donne jusqu’au bout. C’est le don le plus
absolu qui soit. Le don du mystère trinitaire est le cœur ouvert. Ce n’est pas une image, c’est une réalité. C’est la réalité la plus profonde qui soit, la réalité de
l’amour.
Père Marie-Joseph Le
Guillou

Dans le cœur transpercé
de Jésus sont unis
le Royaume du Ciel
et la terre d'ici-bas
la source de la vie
pour nous se trouve là.
Ce cœur est cœur divin
Cœur de la Trinité
centre de convergence
de tous les cœur humains
il nous donne la vie
de la Divinité.
Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix
(Edith Stein)

Le Sacré-Cœur représente toutes les puissances d'aimer, divines et humaines, qui sont en
Notre-Seigneur.
Père Marie-Eugène de l'Enfant
Jésus

feuille d'annonces de la Basilique du Sacré-Coeur de
Montmartre
NOTRE DAME
CONFÉRENCES
DE CARÊME 2010
Pour ce Carême 2010, le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a choisi pour thème le Concile Vatican II : la perspective historique dans laquelle il s’inscrit, l’actualité et la force
de ses principaux documents, le sens de la réforme liturgique qui lui est lié et le renouvellement qu’il permet dans l’œcuménisme et dans les rapports de l’Eglise au peuple d’Israël et aux autres
religions. le programme des
conférences 2010
>
la première Conférence de Carême
> la 2e Conférence de
Carême
> la 3e Conférence de
Carême
> la 4e Conférence de
Carême
> la 5e Conférence de
Carême
> la 6e Conférence de
Carême

Ordinations du
samedi 27 juin 2009 à Notre Dame de Paris

la vidéo sur
KTO

Magnificat
Ordinations Sacerdotales 2010 le samedi 26 juin à Notre Dame de Paris

Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie à Notre-Dame de
Paris
NOTRE DAME DES VICTOIRES

Notre-Dame des
Victoires

... ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’Amour !
Et Lutèce devint Paris
Crypte archéologique du parvis de Notre-Dame
Métro : Cité
tous les jours de 10h à 18h, sauf les lundis, jours fériés et dimanches de Pâques et de Pentecôte
du 15 mars 2011 au 26 février 2012
LIVRES

Une mission de
liberté - un livre d'entretiens avec le Cardinal Vingt-Trois
> l'article de Mgr Riocreux
Monseigneur Darboy (1813-1871) Archevêque de Paris entre Pie IX et Napoléon, Jacques-Olivier BOUDON, édtions du Cerf, août 2011

Dans le sillon du Père
Marie-Joseph le Guillou o.p. est proposé un chemin de méditations en contemplant Jésus notre Maître bien-aimé : un chemin de prière

Le livre du Père Marie-Joseph Le Guillou, dominicain, est une sorte de petit guide ou de compagnon pour la prière. Les chapitres sont courts et ils sont une sorte de brève réflexion spirituelle,
fruit de sa longue fréquentation de la Parole de Dieu. Pour lui, la vie humaine n’a d’autre but que de s’éveiller au mystère de Dieu. On y parvient par la prière qui consiste à donner à Dieu un
temps en pure perte de soi, à être enclenché dans le mystère de Dieu. Spiritualité 2000

Prières du Carmel
Anthologie commentée des plus grands textes des carmes, textes théoriques, prières ferventes, méditations intérieures, oraisons
contemplatives, ce livre offre enfin au public les textes les plus saisissants de la spiritualité carmélitaine.

Murmurée depuis des siècles dans le secret et le silence de la cellule, cette prière est un don rare et précieux qui nous remet, à chaque instant de notre vie, face à Dieu, face à nous-mêmes,
à la fidélité, à l'amour, à la confiance, à l'espérance.
La Procure
À Buenos Aires, tous les prêtres de l’archidiocèse sont invités à simplifier au maximum
l’accès au baptême, à éviter les pharisaïsmes et les prétentions qui ne font qu’augmenter la déchristianisation. Le seul fait de demander le baptême pour soi-même ou pour ses propres enfants «est
déjà un fruit de la grâce de Dieu» : Le baptême est quelque chose de simple par Gianni Valente pour 30Jours dans l’Église et
dans le monde

Prions en église - évangile du jour, méditations, psaumes, liturgie
SAINT PIERRE ET SAINT ANDRÉ
BENOÎT XVI à CHYPRE
Salutation avec l'Archevêque Chrysostomos à l'église d' Agia Kyriaki Chrysopolitissa de Paphos, le vendredi 4 juin 2010
Agia Kyriaki Chrysopolitissa, Paphos, Chypre, Vendredi 4 juin 2010
Nicosie, samedi 5 juin 2010, Porte de Paphos, devant l'église de la Sainte Croix pour la Messe de l'Exaltation de la Croix
Nicosie, Dimanche 6 juin 2010, Messe à l'Eleftheria Sport Palace
Voyage de Benoît XVI au Portugal du 11 au 14 mai
Programme du pèlerinage de Benoît XVI
Messe à Lisbonne le mardi 11 mai
sur l'esplanade du Terreiro do Paço
Pèlerinage à Notre Dame de Fatima
mercredi 12 mai
jeudi 13 mai
Messe à Notre Dame de Fatima
Messe à Porto
Vendredi 14 mai après la Messe
un étudiant de Porto offre une guitare à Benoït XVI
" Merci de votre témoignage de foi" a dit le pape aux étudiants des universités qui ont eux aussi voulu rencontrer Benoît XVI à Porto. Ils ont choisi le moment où, après la messe, il a salué la foule depuis le balcon qui domine toute l'Avenida dos Aliados.
" Je suis heureux d'être parmi vous et je vous remercie pour l'accueil joyeux et cordial que vous m'avez réservé à Porto, la Cité de la Vierge", a dit le pape à la foule de plus de 120.000 personnes.
" J'aurais volontiers accepté votre invitation à prolonger mon séjour dans votre ville, mais cela ne m'est pas possible", a-t-il fait remarquer en souriant et sous les applaudissements.
" Permettez-moi donc, au moment de repartir, de vous embrasser tous affectueusement dans le Christ, notre Espérance, et en vous bénissant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit."

Vierge de Vladimir

08-03-2010
Appel en faveur des chrétiens de Terre Sainte
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Pèlerinage du Pape Benoît XVI en Terre Sainte
Custodia Terrae Sanctae - Le Pape Benoît XVI vers la Terre
Sainte – Espoirs et rêves (P. David Neuhaus)
La visite de Benoît XVI en Terre sainte dans un contexte de fortes tensions religieuses

Du 8 au 15 mai 2009, sa Sainteté le pape Benoît XVI effectue un pèlerinage en Terre Sainte.
Les grands rendez-vous du pèlerinage de Benoît XVI
La Custodie ouvre une nouvelle rubrique dans laquelle vous trouvez des informations liées à ce voyage et à son déroulement en
Jordanie, en Israël et dans les Territoires palestiniens.
La revue de presse montrera différentes approches de cet important pèlerinage, le troisième d’un Pape en Terre Sainte depuis 1964.
Custodia Terrae Sanctae

Mgr Fouad Twal :
" Jérusalem est la clé de
la paix dans le monde"
" Il n’y aura jamais de paix pour un peuple sans l’autre. Nous savons tous que Jérusalem est la clé de la paix dans le monde. Nous sommes tous, Palestiniens et Israéliens, à la fois dans
l’attente, dans l’impasse et dans l’espérance."
" En Israël, l’oxygène que les gens respirent, c’est la peur. Peur d’eux-mêmes, du monde, du passé, du présent, de l'avenir."
" Notre Église est minoritaire, entre deux grandes masses juive et musulmane. Nous tentons de faire entendre notre voix, d’annoncer ce qui peut être utile à tout le monde, de dénoncer ce
qui ne va pas."
" J’espère que, dans le sillage du Saint-Père, de nombreux pèlerins viendront en Terre sainte. Nous serons notamment très heureux de recevoir les centaines de jeunes Français attendus en juillet
prochain."
Les chrétiens fuient-ils toujours la Terre sainte ?
" Aujourd’hui, tous, juifs, chrétiens, musulmans, partent."
l'entretien intégral en ligne
Patriarcat latin de Jérusalem
Seigneur Jésus, dans le successeur de Pierre nous avons toujours eu un guide et un pasteur qui indique la route à suivre pour accomplir la volonté
de Dieu le Père. Nous te confions ces mois de préparation de la visite de notre pape Benoît.
Donne-nous ton Esprit Saint pour nous aider à nous y préparer dans un esprit de prière, afin que cette visite soit pour la Terre Sainte un temps fort de renouveau et de grâces
particulières.
La preghiera per il viaggio del Papa in
Terra Santa

Programme officiel du voyage de Benoît XVI en Terre Sainte (8-15 mai)
Jordanie, Israël et Territoires palestiniens
ROME, Vendredi 27 mars 2009 (ZENIT.org)
- Le Vatican publie le programme officiel du voyage de Benoît XVI en Terre Sainte : Jordanie, Israël et Territoires palestiniens (8-15 mai).
à l'occasion de la venue du Pape lancement par Un écho d'Israël du site Jérusalem et religions
Vendredi 8 mai : Jordanie

14 h 30 (heure locale) : Arrivée à l'aéroport de Amman
15 h 30 : Visite du Centre Notre-Dame de la Paix, qui accueille les personnes handicapées, quelle que soit leur religion
17 h 40 : Visite au palais royal, rencontre avec le roi Abdallah II

Samedi 9 mai : Jordanie
7 h 15 : Messe en privé à la nonciature
9 h 15 : Pèlerinage au Mont Nébo, sur les pas de Moïse (un pèlerinage fait par Jean-Paul II en l'an 2000)

Visite de l'ancienne basilique
10 h 30 : Bénédiction de la première pierre de l'Université de Madaba
11 h 30 : A Amman, visite du Musée Hachémite et la mosquée Al-Hussein Bin-Talal de Amman

11h 45 : Rencontre des chefs religieux musulmans, du corps diplomatique et des recteurs d'universités
17h 30 : Célébration des vêpres à la cathédrale grecque-melkite catholique Saint-Georges avec les prêtres, des diacres, les séminaristes, les consacrés, et les mouvements ecclésiaux.

Dimanche 10 mai : Jordanie

10 h : Messe au stade international d'Amman, prière du Regina Coeli

17 h 30 : Pèlerinage à Béthanie sur le Jourdain, lieu du baptême du Christ

18 h : Pose de la première pierre d'une église latine et d'une église grecque-melkite (le pape avait béni la maquette à Rome en 2008).
Lundi 11 mai : Israël
7 h 30 : Messe en privé à la nonciature d'Amman
10 h : cérémonie de congé à l'aéroport d'Amman
10 h 30 : Départ pour Tel Aviv, arrivée à 11 h

11 h : Cérémonie de bienvenue
Voyage vers Jérusalem
16 h15 : Visite au chef de l'Etat, M. Shimon Peres

17 h 45 : Visite au mémorial de la Shoah, Yad Vashem

18 h 45 : Rencontre des organisations engagées dans le dialogue interreligieux

Mardi 12 mai : Jérusalem
9 h : Visite de l'esplanade des mosquées et du Dôme du Rocher

10 h : Visite de courtoisie au Grand Mufti de Jérusalem
10 h 45 : Visite au Mur occidental et rencontre au centre Hechal Shlomo des deux Grands Rabbins d'Israël

11 h 50 : Prière du Regina Coeli avec les évêques de Terre Sainte dans la salle du Cénacle
12 h 30 : Visite de la co-cathédrale des Latins de Jérusalem

13 h : Déjeuner avec les évêques catholiques de Terre Sainte, les abbés et la suite papale au patriarcat latin

16 h 30 : Messe dans la vallée de Josaphat
Custodia Terrae Sanctae - La vallée du Cédron lieu de la messe à Jérusalem le 12 mai

P. Frédéric Manns, ofm
Au fond de la vallée du Cédron
Mercredi 13 mai : Bethléem
9 h : Cérémonie de bienvenue sur l'esplanade du palais présidentiel
10 h : Messe sur la place de la Crèche

12 h 30 : Déjeuner avec les évêques locaux et les Franciscains
15 h 30 : Visite, en privé, de la Grotte de la Nativité
16 h10 : Visite à l'hôpital pédiatrique de la Caritas de Bethléem
16 h 45 : Visite au camp de réfugiés d'Aida où il prononcera un discours

18 h : Palais présidentiel, entretien avec le Président de l'Autorité nationale palestinienne
18 h 40 : Cérémonie de congé
Jeudi 14 mai : Nazareth

10 h : Messe à Nazareth, au Mont du Précipice

Custodia Terrae Sanctae - Le Mont du Précipice lieu de la Messe du Pape Benoît XVI à Nazareth
12 h 30 : Déjeuner au couvent franciscain avec les Franciscains, les évêques locaux et la suite du pape
15 h 50 : Rencontre avec le Premier Ministre d'Israël
16 h 30 : Rencontre avec les chefs religieux de Galilée

17 h Visite à la Grotte de l'Annonciation
17 h 30 : Vêpres avec l'épiscopat, le clergé, les ordres religieux, les mouvements ecclésiaux et les agents pastoraux
Vendredi 15 mai : Jérusalem, Tel Aviv
7 h 30 : Messe en privé à la nonciature
9 h 15 : Rencontre œcuménique au siège du patriarcat gréco-orthodoxe
10 h 15 : Visite au Saint-Sépulcre



11 h 10 : Visite à l'église patriarcale apostolique arménienne Saint-Jacques
13 h 15 : Cérémonie de congé à l'aéroport de Tel Aviv

14 h : Départ, arrivée à Rome Ciampino à 16 h 50
Une Jérusalem artificielle... mais unie ! par ABRAHAM RABINOVICH - Le Jerusalem Post 18.05.2010

Yahad-In Unum
![]()
Vicariat hébréhophone en Israël
Chrétiens arabes en Israël à la recherche d’une identité
Appel de Benoît XVI à la pénitence
" Je dois dire que nous, chrétiens, même ces derniers temps, nous avons souvent évité le mot pénitence, qui nous semblait trop dur. Maintenant sous les attaques du monde qui nous parle de nos péchés, nous voyons que pouvoir faire pénitence est une grâce et nous voyons la nécessité de faire pénitence, de reconnaître les erreurs dans notre vie." -extrait de l'homélie de Benoît XVI
Le Pape invite les chrétiens à reconnaître leurs erreurs
Pénitence - la-Croix.com : le commentaire d'Isabelle de Gaulmyn
Messe au Terreiro do Paço à Lisbonne le 11 mai 2010
" Les souffrances de l'Eglise viennent de l'intérieur même de l'Eglise, du péché qui existe dans l'Eglise.
" Cela aussi on l'a toujours su, mais nous le voyons aujourd'hui de façon réellement terrifiante : la plus grande persécution contre l'Eglise ne vient pas d'ennemis du dehors, mais elle naît du péché dans l'Eglise, et l'Eglise a donc un profond besoin de réapprendre la pénitence, d'accepter la purification, d'apprendre d'une part le pardon mais aussi la nécessité de la justice. Le pardon ne remplace pas la justice.
" Nous devons nous rappeler que le Seigneur est plus fort que le mal et la Vierge est pour nous la garantie visible, maternelle, de la bonté de Dieu, qui a toujours le dernier mot dans l'histoire."
Benoît XVI
pèlerinage de Notre Dame de Fatima - 11 mai 2010
Messe de clôture de l'Année Sacerdotale
11 juin 2010, Place Saint Pierre
" Il est arrivé qu'au cours de cette année de joie pour le sacrement du sacerdoce, sont venus à la lumière les péchés des prêtres, en particulier l'abus à l'égard des petits.
" Nous demandons avec insistance pardon à Dieu et aux personnes impliquées, alors que nous entendons promettre de faire tout ce qui est possible pour que de tels abus ne puissent jamais plus survenir."
Benoît XVI
Dieu Très Haut qui fais merveille,
Béni soit ton Nom !
Dieu vivant qui fais largesse,
Béni soit ton Nom !
Comme au ciel t’adorent les anges
Et sans fin te chantent louange.
Nous aussi prions sur la terre :
Béni soit ton Nom !
Dieu vainqueur de nos ténèbres,
Béni soit ton Nom !
Dieu penché sur nos faiblesses,
Béni soit ton Nom !
Ton amour est notre espérance,
Ta bonté nous rend l’innocence,
De Toi seul nous vient la lumière :
Béni soit ton Nom !
Dieu très saint qui nous libères,
Béni soit ton Nom !
Dieu fidèle en tes promesses,
Béni soit ton Nom !
Ton Église adore en silence,
Et proclame la délivrance,
De nos cœurs monte une prière :
Béni soit ton Nom !



Notre-Dame de Paris : déposer une
intention de prière
Il est midi. Je vois l'église ouverte. Il faut entrer.
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.
Je n'ai rien à offrir et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.
Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela
Que je suis votre fils et que vous êtes là
Rien que pour un moment pendant que tout s'arrête.
Midi !
Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.
Ne rien dire, regarder votre visage,
Laisser le cœur chanter dans son propre langage.
Ne rien dire, mais seulement chanter parce qu'on a le cœur trop plein,
Comme le merle qui suit son idée en ces espèces de couplets soudains.
Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,
La femme dans la Grâce enfin restituée,
La créature dans son honneur premier et dans son épanouissement final,
Telle qu'elle est sortie de Dieu au matin de sa splendeur originale.
Intacte ineffablement parce que vous êtes la Mère de Jésus-Christ,
Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance et le seul fruit.
Parce que vous êtes la femme, l'Eden de l'ancienne tendresse oubliée,
Dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir les larmes accumulées.
Parce qu'il est midi, parce que nous sommes en ce jour d'aujourd'hui,
Parce que vous êtes là pour toujours,
Simplement parce que vous êtes Marie,
Simplement parce que vous existez,
Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !
Paul Claudel
La Vierge à midi
SALVE REGINA
Christians reenact the crucifixion ceremony during Good Friday in Quraye village, near the southern port city of Sidon, Lebanon, Friday, April 2, 2010.
La nuit a passé sur le sépulcre où repose le corps de l'Homme-Dieu. Mais si la mort triomphe au fond de cette grotte silencieuse, si elle tient dans ses liens celui qui donne la vie à tous les êtres, son triomphe sera court. Les soldats ont beau veiller à l'entrée du tombeau, ils ne retiendront pas le divin captif, quand il prendra son essor. Les saints Anges adorent, dans un respect profond, le corps inanimé de celui dont le sang va "pacifier le ciel et la terre". Ce corps séparé de l'âme pour un court intervalle est demeuré uni au Verbe divin ; l'âme qui a cessé un moment de l'animer, n'a point non plus perdu son union avec la personne du Fils de Dieu. La divinité reste unie même au sang épanché sur le Calvaire, et qui doit rentrer dans les veines de l'Homme-Dieu, au moment de sa prochaine résurrection.
Nous aussi, approchons de ce tombeau, et vénérons à notre tour la froide dépouille du Fils de Dieu. Nous comprenons maintenant les effets du péché. "C'est par le péché que la mort est entrée dans le monde et qu'elle a passé dans tous les hommes". Jésus, "qui n'a point connu le péché", a cependant permis à la mort d'étendre jusque sur lui son empire, afin d'en diminuer pour nous les horreurs et de nous rendre, en ressuscitant, cette immortalité que le péché nous avait ravie. Adorons dans toute notre reconnaissance ce dernier anéantissement du Fils de Dieu. Il avait daigné, dans son incarnation, prendre "la forme d'esclave" ; en ce moment, il est descendu plus bas encore. Le voilà sans vie et glacé dans un tombeau ! Si ce spectacle nous révèle l'affreux pouvoir de la mort, il nous montre bien plus encore l'immense et incompréhensible amour de Dieu pour l'homme. Cet amour n'a reculé devant aucun excès ; et nous pouvons dire que si le Fils de Dieu s'est abaissé outre mesure, nous avons été d'autant plus glorifiés par ses abaissements. Qu'elle nous soit donc chère cette tombe sacrée qui doit nous enfanter à la vie ; et après avoir rendu grâces au Fils de Dieu de ce qu'il a daigné mourir pour nous sur la Croix, remercions-le aussi d'avoir accepté pour nous l'humiliation du sépulcre.
Descendons maintenant dans Jérusalem, et visitons humblement la Mère des douleurs. La nuit aussi a passé sur son cœur affligé ; et les scènes lamentables de la journée n'ont cessé d'assiéger sa mémoire. Le fils de sa tendresse a été foulé sous les pieds des hommes, elle a vu couler son sang par torrents ; et maintenant il est dans le tombeau, comme le dernier des mortels ! Que de larmes a versées déjà la fille de David durant ces longues heures ; et son fils ne lui est pas rendu encore ! Près d'elle, Madeleine, toute brisée des secousses qu'elle a ressenties dans les rues de Jérusalem et sur le Calvaire, éclate en sanglots, muette de douleur. Elle aspire au lever du jour suivant pour retourner au tombeau, et revoir les restes de son cher maître. Les autres femmes, moins aimées que Madeleine, mais cependant chères à Jésus, elles qui ont bravé les Juifs et les soldats pour l'assister jusqu'à la fin, entourent avec discrétion l'inconsolable mère, et songent aussi à soulager leur propre douleur, en allant avec Madeleine lorsque le Sabbat sera écoulé, déposer dans le sépulcre le tribut de leur amour et de leurs parfums.
Jean, le fils d'adoption, le bien-aimé de Jésus, pleure sur le Fils et sur la mère. D'autres apôtres, des disciples, Joseph d'Arimathie, Nicodème, visitent tour à tour cette maison de deuil. Pierre, dans l'humilité de son repentir, n'a pas craint de reparaître aux regards de la Mère de miséricorde. On s'entretient à voix basse du supplice de Jésus, de l'ingratitude de Jérusalem. La sainte Eglise, dans l'Office de cette nuit, nous suggère quelques traits des entretiens de ces hommes qu'une si terrible catastrophe a ébranlés jusqu'au fond de l'âme. "C'est donc ainsi, disent-ils, que meurt le juste, et personne ne s'en émeut ! Il a disparu devant l'iniquité ; semblable à l'agneau, il n'a pas ouvert la bouche ; il a été enlevé au milieu des angoisses ; mais son souvenir est un souvenir de paix."
Ainsi parlent ces hommes fidèles, pendant que les femmes, en proie à leur douleur, songent aux soins des funérailles. La sainteté, la bonté, la puissance, les douleurs et la mort de Jésus, tout est présent à leur pensée ; mais sa résurrection qu'il a annoncée et qui ne doit pas tarder, ne leur revient pas en souvenir. Marie seule vit dans cette attente certaine. L'Esprit-Saint dit de la femme forte : "Durant la nuit, sa lampe ne s'éteint jamais" ; cette parole s'accomplit aujourd'hui en la Mère de Jésus. Son cœur ne succombe pas, parce qu'elle sait que bientôt la tombe doit rendre son fils à la vie. La foi de la résurrection du Sauveur, cette foi sans laquelle, comme dit l'Apôtre, notre religion serait vaine, est, pour ainsi dire, concentrée dans l’âme de Marie. La Mère de la Sagesse conserve ce dépôt précieux ; et de même qu'elle a tenu dans ses chastes flancs celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir, ainsi aujourd'hui, par sa croyance ferme et constante aux paroles de son fils, elle résume en elle-même toute l'Eglise.
Sublime journée du Samedi qui, au milieu de toutes ses tristesses, vient encore ajouter aux grandeurs de Marie ! La sainte Eglise en garde à jamais le souvenir ; et c'est pour cela que, désirant consacrer à sa grande Reine un jour spécial chaque semaine, elle lui a dédie pour toujours le Samedi.
Mais l'heure est venue de se rendre à la maison de Dieu. Les cloches ne retentiront pas encore ; mais les mystères de la sainte Liturgie qui doivent remplir cette matinée n'en appellent pas moins les fidèles aux plus touchantes émotions. Conservons le souvenir de celles que nous venons de ressentir au sépulcre et aux pieds de la Mère des douleurs, et disposons nos âmes aux saintes jouissances que la foi nous prépare.
De toute antiquité, la journée d'aujourd'hui, comme celle d'hier, s'est passée sans l'offrande du divin Sacrifice. Hier, l'Eglise ne la célébrait pas, parce que l'anniversaire de la mort du Christ lui semblait remplir de ses souvenirs le jour tout entier, et qu'une sainte terreur lui interdisait d'appeler sur ses autels la victime du Calvaire. La même raison la porte à se priver aujourd'hui encore de la célébration du Sacrifice. La sépulture du Christ est la suite de sa Passion ; et pendant que son corps repose inanimé dans le tombeau, il ne convient pas de renouveler le divin mystère dans lequel il est offert glorieux et ressuscité.
DOM GUÉRANGER
L'Année
Liturgique
Worshippers re-enact the Stations of the Cross during a procession on Good Friday in Ourem, central Portugal April 2, 2010
Retournons sur le Calvaire achever cette journée du deuil universel. Nous y avons laissé Marie, en la compagnie de Madeleine, de Jean et des autres saintes femmes. Une heure s'est à peine écoulée depuis le moment où Jésus a rendu le dernier soupir, et voici que des soldats, conduits par un centurion, viennent troubler du bruit de leurs pas et de leurs voix le silence qui régnait sur la colline. Ils sont chargés d'un commandement de Pilate. Sur la demande des princes des prêtres, le gouverneur a ordonné que l'on achève les trois crucifiés, en leur brisant les jambes, qu'on les détache de la croix, et qu'ils soient ensevelis avant la nuit. Les Juifs comptaient les jours à partir du coucher du soleil : bientôt donc va commencer le grand Samedi.
Les soldats s'avancent vers les croix; ils vont d'abord aux deux larrons, auxquels ils brisent les jambes. Ce dernier tourment achève leur existence ; Dimas expire avec résignation, confiant dans la promesse de Jésus ; son compagnon, obstiné dans le blasphème, meurt sans consolation. C'est maintenant vers la Croix du Rédempteur que se dirigent les soldats; le cœur de Marie frémit à leur approche ; quel nouvel outrage ces hommes barbares réservent-ils au corps ensanglanté de son fils ? Ils inspectent le divin supplicié, et constatent que la vie a déjà cessé en lui ; cependant, pour s'assurer de la mort, l'un d'eux brandit sa lance et l'enfonce dans le flanc droit de la victime. Le fer pénètre jusqu'au cœur ; et quand le soldat le retire, du sang et de l'eau coulent de cette dernière plaie. C'est la cinquième effusion du sang rédempteur ; et c'est aussi la cinquième des plaies que Jésus reçut sur la Croix. Mais réservons le touchant mystère du Cœur ouvert de notre Sauveur, pour le jour où l'Eglise le proposera spécialement à notre adoration.
Marie a senti jusqu'au fond de son âme la pointe de cette lance cruelle ; les pleurs et les sanglots redoublent autour d'elle. Comment donc finira cette lamentable journée ? Quelles mains descendront de la Croix l'innocent Agneau qui y demeure suspendu ? Qui le rendra enfin à sa mère ? Les soldats se retirent, et parmi eux Longin, celui qui a osé porter le coup de lance, et qui sent déjà en lui-même un mouvement inconnu, présage de la foi dont il doit être un jour le martyr.
Mais voici d'autres hommes qui s'avancent. Un noble juif, Joseph d'Arimathie, un vénérable docteur, Nicodème, gravissent respectueusement la colline, et s'arrêtent avec émotion au pied de la Croix de Jésus. Marie fixe sur eux un regard de reconnaissance. Ils sont venus pour remettre en ses bras maternels le corps de son fils, et pour rendre ensuite à leur maître les honneurs de la sépulture. Ces fidèles disciples sont munis de l'autorisation du gouverneur ; Pilate a accorde à Joseph le corps de Jésus.
On se hâte de détacher de la Croix les membres du Juste ; car le temps est court, le soleil est sur son déclin, et la première heure du Sabbat est proche. Près du lieu où est plantée la Croix, au bas du monticule, se trouve un jardin, et dans ce jardin une chambre sépulcrale taillée dans le roc . Aucun corps n'a été placé jusqu'ici dans ce tombeau. C'est là que Jésus va reposer. Joseph et Nicodème, chargés du précieux fardeau, descendent de la colline et déposent le corps sacré sur un quartier de roche, à peu de distance du sépulcre. C'est là que la mère de Jésus reçoit de leurs mains le fils de sa tendresse ; c'est là qu'elle arrose de ses larmes, qu'elle parcourt de ses baisers tant de plaies cruelles dont son corps est couvert. Jean, Madeleine et les autres saintes femmes compatissent à la Mère des douleurs ; mais l'heure presse d'embaumer ces restes inanimés.
Sur cette pierre qui s'appelle aujourd'hui encore la Pierre de l'Onction, et qui marque la treizième Station de la Voie douloureuse, Joseph déploie le linceul qu'il a apporté ; Nicodème, dont les serviteurs ont pris avec eux, par ses ordres, jusqu'à cent livres de myrrhe et d'aloès, dispose les parfums. On lave le sang des blessures ; on enlève doucement la couronne d'épines de la tête du divin roi ; enfin le moment est venu d'envelopper le corps du linceul funèbre. Marie serre une dernière fois dans ses bras la dépouille insensible de son bien-aimé, qui bientôt disparaît à ses regards sous les plis des voiles et sous les bandelettes. Joseph et Nicodème se lèvent, et reprenant leur noble fardeau, ils le portent dans le sépulcre.
C'est la quatorzième Station de la Voie douloureuse. Il y avait deux chambres taillées dans la roche et se communiquant l'une à l'autre ; c'est dans la seconde, sur la main droite, dans une niche pratiquée au ciseau, qu'ils étendent le corps du Sauveur. Ils sortent promptement ; et réunissant leurs efforts, ils roulent à l'entrée du monument une grande pierre qui doit servir de porte, et que bientôt, à la demande des ennemis de Jésus, l'autorité publique viendra sceller de son sceau et protéger par un poste de soldats romains.
Cependant le soleil est sur le point de disparaître au couchant, et le grand Samedi va s'ouvrir avec ses sévères prescriptions.
Madeleine et les autres femmes ont observé les lieux et la disposition du corps dans le sépulcre. Elles suspendent leurs plaintives lamentations, et descendent en hâte à Jérusalem. Leur dessein est d'acheter des parfums et de les préparer ; afin que, lorsque le Sabbat sera passé, elles puissent revenir au tombeau, dès le dimanche, au grand matin, et compléter l'embaumement trop précipité du corps de leur maître. Marie, après avoir salué une dernière fois le tombeau qui renferme le cher objet de sa tendresse, suit le cortège de deuil qui se dirige vers la ville, Jean, son fils d'adoption, est près d'elle. Dès cette heure, cet heureux mortel est devenu le gardien de celle qui, sans cesser d'être la Mère de Dieu, devient en lui la Mère des hommes. Mais au prix de quelles angoisses elle a obtenu ce nouveau titre ! quelle blessure son cœur a reçue au moment où nous lui avons été confiés ! Tenons-lui, nous aussi, fidèle compagnie durant ces cruelles heures qui doivent s'écouler jusqu'au moment où la résurrection de Jésus viendra consoler son immense douleur.
Mais nous ne quitterons pas votre sépulcre, ô Rédempteur, sans y déposer le tribut de nos adorations et l'amende honorable de notre repentir. Vous voilà donc, ô Jésus, le captif de la mort ! Cette fille du péché a donc étendu sur vous son empire. Vous vous êtes soumis à la sentence portée contre nous, et vous avez daigné nous devenir semblable jusqu'au tombeau. Quelle réparation pourrait égaler l'humiliation que vous subissez en cet état qui nous était dû, mais qui n'est devenu le vôtre, ô souverain auteur de la vie, que par l'amour que vous nous avez porté ?
Les saints Anges qui font la garde autour de cette pierre sur laquelle sont étendus vos membres glacés, s'étonnent que vous ayez pu aimer à un tel excès l'homme, cette chétive et ingrate créature. Jusqu'alors ils n'avaient pas compris l’infinie bonté de celui qui les a tirés comme nous du néant. Ce n'est pas pour leurs frères tombés que vous avez subi la mort ; c'est pour nous, les derniers de la création. Mais quel indissoluble lien forme désormais entre vous et nous ce sacrifice que vous venez d'offrir ? C'est pour nous que vous mourez ; c'est donc pour vous maintenant que nous devons vivre. Nous vous le promettons, ô Jésus, sur ce tombeau que nos péchés avaient creusé pour vous. Nous aussi, nous voulons mourir, mourir au péché et vivre à votre grâce.
Nous suivrons désormais vos préceptes et vos exemples ; nous nous éloignerons du péché, qui nous a rendus responsables de votre mort si amère et si douloureuse. Nous recevons, en union de votre Croix, toutes les croix, si légères en comparaison, dont la vie humaine est semée.
Enfin, nous acceptons de mourir à notre tour, lorsque le moment sera venu de subir la sentence si méritée que la justice de votre Père a prononcée contre nous. Vous avez adouci par votre mort ce moment si redoutable à la nature. Par vous, la mort n'est plus qu'un passage à la vie ; et de même qu'en ce moment nous nous séparons de votre sépulcre avec l'espoir prochain de saluer bientôt votre glorieuse résurrection ; de même, en laissant à la terre sa dépouille mortelle, notre âme, pleine de confiance, montera vers vous, avec l'espoir de se réunir un jour à cette poussière coupable que la tombe doit rendre après l'avoir purifiée.
Nous plaçons à la fin de cette journée quelques strophes empruntées à la Liturgie de l'Eglise Grecque, en l'Office du grand Vendredi.
In Parasceve
Aujourd'hui est attaché à la Croix celui qui a suspendu la terre au-dessus des eaux. On met une couronne d'épines à celui qui est le roi des Anges ; on revêt d'une pourpre dérisoire celui qui a étendu les nuages sur le ciel. On donne un soufflet à celui qui, dans le Jourdain, a rendu la liberté à Adam. L'Epoux de l'Eglise est percé de clous ; le fils de la Vierge est traversé d'une lance ; nous adorons vos souffrances, ô Christ ! Manifestez-nous aussi votre glorieuse résurrection.
La brebis voyait traîner son agneau à la mort ; Marie affligée suivait avec les autres femmes ; elle s'écriait : Mon fils, où allez-vous ? pourquoi cette marche si rapide ? Y a-t-il encore des noces à Cana, et vous y rendez-vous en hâte pour y changer de nouveau l'eau en vin. Irai-je avec vous, mon fils, ou vous attendrai-je? Ô Verbe , dites-moi une parole ; ne passez pas sans me répondre, vous qui, dans votre naissance, m'avez conservée chaste, ô mon fils et mon Dieu !
Chacun des membres de votre corps sacré a souffert son outrage à cause de nous, ô Christ ! La tête a enduré les épines ; le visage, les crachats ; les joues, les soufflets ; la bouche, le vinaigre mêlé de fiel ; les oreilles, d'impies blasphèmes ; le dos, des coups de fouet ; la main, le roseau ; le corps tout entier, l'extension violente sur la Croix ; les membres, les clous ; et le côté, la lance. Vous qui avez souffert pour nous, qui par votre souffrance nous avez rendus à la liberté, qui par vos travaux pour les hommes nous avez élevés en vous abaissant , Sauveur tout-puissant , ayez pitié de nous !
Aujourd'hui la Vierge sans tache vous considérant sur la Croix, ô Verbe, était émue de douleur dans ses entrailles maternelles. Une blessure amère transperçait son cœur, et du fond de son âme désolée elle s'écriait d'un ton plaintif : Divin Fils, hélas ! lumière du monde , hélas ! pourquoi avez-vous disparu de mes regards, Agneau de Dieu ? L'armée des Esprits bienheureux était saisie de terreur. Seigneur que nul ne peut comprendre , gloire a vous !
Lorsque vous montâtes sur la Croix, Seigneur, la crainte et le tremblement se répandirent sur toute créature. Vous défendîtes a la terre d'engloutir ceux qui vous crucifiaient, et vous permîtes à la tombe de rendre ses captifs. Ô Juge des vivants et des morts, vous êtes venu pour donner la vie et non la mort. Ami des hommes, gloire à vous !
DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique
Bientôt la sainte Eglise nous invitera de nouveau avenir prendre part à ses divins Offices ; en attendant, il convient que, durant ces heures qui furent celles de notre salut, nous suivions du cœur et de la pensée notre miséricordieux Rédempteur. Nous l'avons laissé sur le Calvaire au moment où on le dépouillait de ses vêtements, après lui avoir présenté l'amer breuvage. Assistons avec recueillement et componction à la consommation du sacrifice qu'il offre pour nous à la justice divine.
Jésus est conduit à quelques pas de là par ses bourreaux, à l'endroit où la Croix étendue par terre marque la onzième Station de la Voie douloureuse.
Il se couche, comme un agneau destiné à l'holocauste, sur le bois qui doit servir d'autel. On étend ses membres avec violence, et des clous qui pénètrent entre les nerfs et les os, fixent au gibet ses mains et ses pieds. Le sang jaillit en ruisseaux de ces quatre sources vivifiantes où nos âmes viendront se purifier. C'est la quatrième fois qu'il s'échappe des veines du Rédempteur. Marie entend le bruit sinistre du marteau, et son cœur de mère en est déchiré. Madeleine est en proie à une désolation d'autant plus amère, qu'elle sent son impuissance à soulager le Maître tant aimé que les hommes lui ont ravi.
Cependant Jésus élève la voix ; il profère sa première parole du Calvaire : "Père, dit-il. pardonnez-leur ; car ils ne savent ce qu'ils font". Ô bonté infinie du Créateur ! il est venu sur cette terre, ouvrage de ses mains, et les hommes l'ont crucifié ; jusque sur la Croix, il a prié pour eux, et dans sa prière il semble vouloir les excuser !
La Victime est attachée au bois sur lequel il faut qu'elle expire ; mais elle ne doit pas rester ainsi étendue à terre. Isaïe a prédit que "le royal rejeton de Jessé serait arboré comme un étendard à la vue de toutes les nations". Il faut que le divin crucifié sanctifie les airs infestés de la présence des esprits de malice ; il faut que le Médiateur de Dieu et des hommes, le souverain Prêtre et intercesseur, soit établi entre le ciel et la terre, pour traiter la réconciliation de l'un et de l'autre.
A peu de distance de l'endroit où la Croix est étendue, on a pratiqué un trou dans la roche ; il faut que la Croix y soit enfoncée, afin qu'elle domine toute la colline du Calvaire. C'est le lieu de la douzième Station.
Les soldats opèrent avec de grands efforts la plantation de l'arbre du salut. La violence du contre-coup vient encore accroître les douleurs de Jésus dont le corps tout entier est déchiré, et qui n'est soutenu que sur les plaies de ses pieds et de ses mains. Le voilà exposé nu aux yeux de tout un peuple, lui qui est venu en ce monde pour couvrir la nudité que le péché avait causée en nous. Au pied de la Croix, les soldats se partagent ses vêtements ; ils les déchirent et en font quatre parts ; mais un sentiment de terreur les porte à respecter la tunique. Selon une pieuse tradition, Marie l'avait tissue de ses mains virginales. Ils la jettent au sort, sans l'avoir rompue ; et elle devient ainsi le symbole de l'unité de l'Eglise que l'on ne doit jamais rompre sous aucun prétexte.
Au-dessus de la tête du Rédempteur est écrit en hébreu, en grec et en latin : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. Tout le peuple lit et répète cette inscription ; il proclame ainsi de nouveau, sans le vouloir, la royauté du fils de David. Les ennemis de Jésus l'ont compris ; ils courent demander à Pilate que cet écriteau soit changé ; mais ils n'en reçoivent d'autre réponse que celle-ci : "Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit".
Une circonstance que la tradition des Pères nous a transmise, annonce que ce Roi des Juifs, repoussé par son peuple, n'en régnera qu'avec plus de gloire sur les nations de la terre qu'il a reçues de son Père en héritage. Les soldats, en plantant la Croix dans le sol, l'ont disposée de sorte que le divin crucifié tourne le dos à Jérusalem, et étend ses bras vers les régions de l'occident. Le Soleil de la vérité se couche sur la ville déicide et se lève en même temps sur la nouvelle Jérusalem, sur Rome, cette fière cité, qui a la conscience de son éternité, mais qui ignore encore qu'elle ne sera éternelle que par la Croix.
L'arbre de salut, en plongeant dans la terre, a rencontré une tombe ; et cette tombe est celle du premier homme. Le sang rédempteur coulant le long du bois sacré descend sur un crâne desséché ; et ce crâne est celui d'Adam, le grand coupable dont le crime a rendu nécessaire une telle expiation.
La miséricorde du Fils de Dieu vient planter sur ces ossements endormis depuis tant de siècles le trophée du pardon, pour la honte de Satan, qui voulut un jour taire tourner la création de l'homme à la confusion du Créateur. La colline sur laquelle s'élève l'étendard de notre salut s'appelait le Calvaire, nom qui signifie un Crâne humain ; et la tradition de Jérusalem porte que c'est en ce lieu que fut enseveli le père des hommes et le premier pécheur. Les saints Docteurs des premiers siècles ont conservé à l'Eglise la mémoire d'un fait si frappant ; saint Basile, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint Epiphane, saint Jérôme, joignent leur témoignage a celui d'Origène si voisin des lieux ; et les traditions de l'iconographie chrétienne s'unissant à celles de la piété, on a de bonne heure adopté la coutume de placer, en mémoire de ce grand fait, un crâne humain au pied de l'image du Sauveur en croix.
Mais levons nos regards vers cet Homme-Dieu, dont la vie s'écoule si rapidement sur l'instrument de son supplice. Le voilà suspendu dans les airs, à la vue de tout Israël, "comme le serpent d'airain que Moïse avait offert aux regards du peuple dans le désert" ; mais ce peuple n'a pour lui que des outrages. Leurs voix insolentes et sans pitié montent jusqu'à lui : "Toi qui détruis le temple de Dieu, et le rebâtis en trois jours, délivre-toi maintenant ; si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix, si tu peux". Puis les indignes pontifes du judaïsme enchérissent encore sur ces blasphèmes : "Il est le sauveur des autres, et il ne peut se sauver lui-même ! allons ! Roi d'Israël, descends de la croix, et nous croirons en toi ! Tu as mis ta confiance en Dieu ; c'est à lui de te délivrer. N'as-tu pas dit : Je suis le Fils de Dieu ?" Et les deux voleurs crucifiés avec lui s'unissaient à ce concert d'outrages. Jamais la terre, depuis quatre mille ans. n'avait reçu de Dieu un bienfait comparable à celui qu'il daignait lui accorder a cette heure ; et jamais non plus l'insulte à la majesté divine n'était montée vers elle avec tant d'audace. Ces impies lui reprochent ses divines paroles, et les tournent contre lui : rappelons-lui à notre tour celle-ci qu'il a dite aussi, et qui doit remplir nos cœurs d'espérance : "Lorsque je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi".
Le moment est venu. Seigneur Jésus, de remplir votre promesse ; attirez-nous à vous. Nous tenons encore à la terre ; nous y sommes enchaînes par mille intérêts et par mille attraits ; nous y sommes captifs de l'amour de nous-mêmes, et sans cesse notre essor vers vous en est arrêté ; soyez l'aimant qui nous attire et qui rompe nos liens, afin que nous montions jusqu'à vous, et que la conquête de nos âmes vienne enfin consoler votre cœur oppressé.
Cependant on est arrivé au milieu du jour ; il est la sixième heure, celle que nous appelons midi. Le soleil qui brillait au ciel, comme un témoin insensible, refuse tout à coup sa lumière ; et une nuit épaisse étend ses ténèbres sur la terre entière. Les étoiles paraissent au ciel, les mille voix de la nature s'éteignent et le monde semble prêt à retomber dans le chaos. On dit que le célèbre Denys de l'Aréopage d'Athènes, qui fut plus tard l'heureux disciple du Docteur des Gentils, s'écria, au moment de cette affreuse éclipse : "Ou le Dieu de la nature est dans la souffrance, ou la machine de ce monde est au moment de se dissoudre". Phlégon, auteur païen, qui écrivait un siècle après, rappelle encore l'épouvante que répandirent dans l'empire romain ces ténèbres inattendues, dont l'invasion vint tromper tous les calculs des astronomes.
Un phénomène si imposant, témoignage trop visible du courroux céleste, glace de crainte les plus audacieux blasphémateurs. Le silence succède à tant de clameurs. C'est alors que celui des deux voleurs, dont la croix était à la droite de celle de Jésus, sent le remords et l'espérance naître à la fois dans son cœur. Il ose reprendre son compagnon avec lequel tout à l'heure il insultait l'innocent : "Ne crains-tu point Dieu, lui dit-il, toi non plus qui subis la même condamnation ? Pour nous, c'est justice ; car nous recevons ce que nos actions méritent; mais celui-ci, il n'a rien tait de mal". Jésus défendu par un voleur, en ce moment où les docteurs de la loi juive, ceux qui sont assis dans la chaire de Moïse, n'ont pour lui que des outrages ! Rien ne fait mieux sentir le degré d'aveuglement auquel la Synagogue est arrivée. Dimas, ce larron, cet abandonné, ligure en ce moment la gentilité qui succombe sous le poids de ses crimes, mais qui bientôt se purifiera en confessant la divinité du crucifié. Il tourne péniblement sa tète vers la Croix de Jésus, et s'adressant au Sauveur : "Seigneur, dit-il, souvenez-vous de moi quand vous serez entré dans votre royaume".
Il croit à la royauté de Jésus, à cette royauté que les prêtres et les magistrats de sa nation tournaient tout à l'heure en dérision. Le calme divin, la dignité de l'auguste victime sur le gibet, lui ont révélé toute sa grandeur ; il lui donne sa foi, il implore d'elle avec confiance un simple souvenir, lorsque la gloire aura succédé à l'humiliation. Quel chrétien la grâce vient de faire de ce larron ! Et cette grâce, qui oserait dire qu'elle n'a pas été demandée et obtenue par la Mère de miséricorde, en ce moment solennel où elle s'offre dans un même sacrifice avec son fils ? Jésus est ému de rencontrer dans un voleur supplicié pour ses crimes cette foi qu'il a cherchée en vain dans Israël ; il répond à son humble prière : "En vérité, je te le dis, aujourd'hui même tu seras avec moi dans le Paradis". C'est la deuxième parole de Jésus sur la Croix.
L'heureux pénitent la recueille dans la joie de son cœur ; il garde désormais le silence, et attend dans l'expiation l'heure fortunée qui doit le délivrer.
Cependant Marie s'est approchée de la Croix sur laquelle Jésus est attaché. Il n'est point de ténèbres pour le cœur d'une mère qui l'empêchent de reconnaître son fils. Le tumulte s'est apaisé depuis que le soleil a dérobé sa lumière, et les soldats ne mettent pas obstacle à ce douloureux rapprochement. Jésus regarde tendrement Marie, il voit sa désolation ; et la souffrance de son cœur, qui semblait arrivée au plus haut degré, s'en accroît encore. Il va quitter la vie ; et sa mère ne peut monter jusqu'à lui, le serrer dans ses bras, lui prodiguer ses dernières caresses !
Madeleine est là aussi, éplorée, hors d'elle-même. Les pieds de son Sauveur qu'elle aimait tant, qu'elle arrosait encore de ses parfums il y a quelques jours, ils sont blessés, noyés dans le sang qui en a jailli et qui déjà se fige sur les plaies. Elle peut encore les baigner de ses larmes ; mais ses larmes ne les guériront pas. Elle est venue pour voir mourir celui qui récompensa son amour par le pardon.
Jean le bien-aimé, le seul Apôtre qui ait suivi son maître jusqu'au Calvaire, est abîmé dans sa douleur ; il se rappelle la prédilection que Jésus daigna lui témoigner, hier encore, au festin mystérieux ; il souffre pour le fils, il souffre pour la mère ; mais son cœur ne s'attend pas au prix inestimable dont Jésus a résolu de payer son amour.
Marie de Cléophas a accompagné Marie près de la Croix; les autres femmes forment un groupe à quelque distance.
Tout à coup, au milieu d'un silence qui n'était interrompu que par des sanglots, la voix de Jésus mourant a retenti pour la troisième fois. C'est à sa mère qu'il s'adresse : "Femme, lui dit-il ; car il n'ose l'appeler sa mère, afin de ne pas retourner le glaive dans la plaie de son cœur ; Femme, voilà votre fils" Il désignait Jean par cette parole. Puis il ajoute, en s'adressant à Jean lui-même : "Fils, voilà votre mère". Echange douloureux au cœur de Marie, mais substitution fortunée qui assure pour jamais à Jean, et en lui à la race humaine, le bienfait d'une mère. Aujourd'hui, en cet anniversaire, acceptons ce généreux testament de notre Sauveur, qui par son incarnation nous avait procuré l'adoption de son Père céleste, et dans ce moment nous fait don de sa propre mère.
Déjà la neuvième heure trois heures de l'après-midi, approche ; c'est celle que les décrets éternels ont fixée pour le trépas de l'Homme-Dieu. Jésus éprouve en son âme un nouvel accès de ce cruel abandon qu'il a ressenti dans le jardin. Il sent tout le poids de la disgrâce de Dieu qu'il a encourue en se faisant caution pour les pécheurs. L'amertume du calice de la colère de Dieu, qu'il lui faut boire jusqu'à la lie, lui cause une défaillance qui s'exprime par ce cri plaintif : "Mon Dieu! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné ?" C'est la quatrième parole ; mais cette parole ne ramène pas la sérénité au ciel. Jésus n'ose plus dire : "Mon Père !" on dirait qu'il n'est plus qu'un homme pécheur, au pied du tribunal inflexible de Dieu. Cependant une ardeur dévorante consume ses entrailles, et de sa bouche haletante s'échappe à grand'peine cette parole qui est la cinquième : "J'ai soif". Un des soldats vient présenter à ses lèvres mourantes une éponge imbibée de vinaigre ; c'est tout le soulagement que lui offre dans sa soif brûlante cette terre qu'il rafraîchit chaque jour de sa rosée, et dont il a fait jaillir les fontaines et les fleuves.
Le moment est enfin venu où Jésus doit rendre son âme à son Père. Il parcourt d'un regard les oracles divins qui ont annoncé jusqu'aux moindres circonstances de sa mission ; il voit qu'il n'en est pas un seul qui n'ait reçu son accomplissement, jusqu'à cette soif qu'il éprouve, jusqu'à ce vinaigre dont on l'abreuve. Proférant alors la sixième parole, il dit : "Tout est consommé".
Il n'a donc plus qu'à mourir, pour mettre le dernier sceau aux prophéties qui ont annoncé sa mort comme le moyen final de notre rédemption. Mais il faut qu'il meure en Dieu. Cet homme épuisé, agonisant, qui tout à l'heure murmurait à peine quelques paroles, pousse un cri éclatant qui retentit au loin, et saisit à la fois de crainte et d'admiration le centurion romain qui commandait les gardes au pied de la Croix. "Mon Père ! s'écrie-t-il, je remets mon esprit entre vos mains".
Après cette septième et dernière parole, sa tête s'incline sur sa poitrine, d'où s'échappe son dernier soupir.
A ce moment terrible et solennel, les ténèbres cessent, le soleil reparaît au ciel ; mais la terre tremble, les pierres éclatent, la roche même du Calvaire se fend entre la Croix de Jésus et celle du mauvais larron ; la crevasse violente est encore visible aujourd'hui.
Dans le Temple de Jérusalem, un phénomène effrayant vient épouvanter les piètres juifs. Le voile du Temple qui cachait le Saint des Saints se déchire de haut en bas, annonçant la fin du règne des figures. Plusieurs tombeaux où reposaient de saints personnages s'ouvrent d'eux-mêmes, et les morts qu'ils contenaient vont revenir à la vie. Mais c'est surtout au fond des enfers que le contre-coup de cette mort qui sauve le genre humain se fait sentir. Satan comprend enfin la puissance et la divinité de ce Juste contre lequel il a imprudemment ameuté les passions de la Synagogue. C'est son aveuglement qui a fait répandre ce sang dont la vertu délivre le genre humain, et lui rouvre les portes du ciel. Il sait maintenant à quoi s'en tenir sur Jésus de Nazareth, dont il osa approcher au désert pour le tenter. Il reconnaît avec désespoir que ce Jésus est le propre Fils de l'Eternel, et que la rédemption refusée aux anges rebelles vient d'être accordée surabondante à l'homme, par les mérites du sang que lui-même Satan a fait verser sur le Calvaire.
Fils adorable du Père, nous vous adorons expiré sur le bois de votre sacrifice.
Votre mort si amère nous a rendu la vie. Nous frappons nos poitrines, à l'exemple de ces Juifs qui avaient attendu votre dernier soupir, et qui rentrent dans la ville émus de componction.
Nous confessons que ce sont nos péchés qui vous ont arraché violemment la vie ; daignez recevoir nos humbles actions de grâces pour l'amour que vous nous avez témoigné jusqu'à la fin. Vous nous avez aimés en Dieu ; désormais c'est à nous de vous servir comme rachetés par votre sang. Nous sommes en votre possession, et vous êtes notre Seigneur. Voici que votre sainte Eglise nous convoque au service divin ; il nous faut descendre du Calvaire, pour nous joindre à elle et célébrer vos louanges.
Bientôt nous reviendrons près de votre corps inanimé ; nous assisterons à vos funérailles, et nous les accompagnerons de nos regrets et de nos larmes. Marie, votre mère, demeure au pied de la Croix ; rien ne la peut séparer de votre dépouille mortelle. Madeleine est enchaînée à vos pieds glacés par la mort ; Jean et les saintes femmes forment autour de vous un cortège de désolation.
Nous adorons encore une fois votre corps sacré, votre sang précieux, votre Croix qui nous a sauvés.
DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique
Tous nous avons trempé dans l'affreux déicide. (Dom Guéranger)
Le soleil s'est levé sur Jérusalem ; mais les pontifes et les docteurs de la loi n'ont pas attendu sa lumière pour satisfaire leur haine contre Jésus. Anne, qui avait d'abord reçu l'auguste prisonnier, l'a fait conduire chez son gendre Caïphe. L'indigne pontife a osé faire subir un interrogatoire au Fils de Dieu. Jésus, dédaignant de répondre, a reçu un soufflet d'un des valets. De faux témoins avaient été préparés ; ils viennent déposer leurs mensonges à la face de celui qui est la Vérité ; mais leurs témoignages ne s'accordent pas. Alors le grand-prêtre, voyant que le système qu'il a adopté pour convaincre Jésus de blasphème n'aboutit qu'à démasquer les complices de sa fraude, veut tirer de la bouche même du Sauveur le délit qui doit le rendre justiciable de la Synagogue. "Je vous adjure, par le Dieu vivant, de répondre. Etes-vous le Christ Fils de Dieu ?" Telle est l'interpellation que le pontife adresse au Messie.
Jésus, voulant nous apprendre les égards qui sont dus à l'autorité, aussi longtemps qu'elle en conserve les titres, sort de son silence, et répond avec fermeté : "Vous l'avez dit : je le suis ; au reste, je vous déclare qu'un jour vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Vertu de Dieu, et venant sur les nuées du ciel". A ces mots, le pontife sacrilège se lève, il déchire ses vêtements, et s'écrie : "Il a blasphémé ! qu'avons-nous besoin de témoins ? Vous venez d'entendre le blasphème, que vous en semble ?" De toutes parts, dans la salle, on crie : « Il mérite la mort !"
Le propre Fils de Dieu est descendu sur la terre pour rappeler à la vie l'homme qui s'était précipité dans la mort ; et par le plus affreux renversement, c'est l'homme qui, en retour d'un tel bienfait, ose traduire à son tribunal ce Verbe éternel, et le juge digne de mort. Et Jésus garde le silence, et il n'anéantit pas dans sa colère ces hommes aussi audacieux qu'ils sont ingrats ! Répétons en ce moment ces touchantes paroles par lesquelles l'Eglise Grecque interrompt souvent aujourd'hui la lecture du récit de la Passion : "Gloire à votre patience, Seigneur !"
A peine ce cri épouvantable : " Il mérite la mort !" s'est-il fait entendre, que les valets du grand-prêtre se jettent sur Jésus. Ils lui crachent au visage, et lui ayant ensuite bandé les yeux, ils lui donnent des soufflets, en lui disant : "Prophète, devine qui t'a frappé". Tels sont les hommages de la Synagogue au Messie dont l'attente la rend si fière. La plume hésite à répéter le récit de tels outrages faits au Fils de Dieu ; et cependant ceci n'est que le commencement des indignités qu'a dû subir le Rédempteur.
Dans le même temps, une scène plus affligeante encore pour le cœur de Jésus se passe hors de la salle, dans la cour du grand-prêtre. Pierre, qui s'y est introduit, se trouve aux prises avec les gardes et les gens de service, qui l'ont reconnu pour un Galiléen de la suite de Jésus. L'Apôtre, déconcerté et craignant pour sa vie, abandonne lâchement son maître, et va jusqu'à affirmer par serment qu'il ne le connaît même pas. Triste exemple du châtiment réservé à la présomption ! Mais, ô miséricorde de Jésus ! les valets du grand-prêtre l'entraînent vers le lieu où se tenait l'Apôtre ; il lance sur cet infidèle un regard de reproche et de pardon ; Pierre s'humilie et pleure. Il sort à ce moment de ce palais maudit ; et désormais tout entier à ses regrets, il ne se consolera plus qu'il n'ait revu son maître ressuscité et triomphant. Qu'il soit donc notre modèle, ce disciple pécheur et converti, en ces heures de compassion où la sainte Eglise veut que nous soyons témoins des douleurs toujours croissantes de notre Sauveur ! Pierre se retire ; car il craint sa faiblesse ; restons, nous, jusqu'à la fin ; nous n'avons rien à redouter ; et daigne le regard de Jésus, qui fond les cœurs les plus durs, se diriger vers nous !
Cependant les princes des prêtres, voyant que le jour commence à luire, se disposent à traduire Jésus devant le gouverneur romain. Ils ont instruit sa cause comme celle d'un blasphémateur, mais il n'est pas en leur pouvoir de lui appliquer la loi de Moïse, selon laquelle il devrait être lapidé. Jérusalem n'est plus libre, et ses propres lois ne la régissent plus. Le droit de vie et de mort n'est plus exercé que par les vainqueurs, et toujours au nom de César. Comment ces pontifes et ces docteurs ne se rappellent-ils pas en ce moment l'oracle de Jacob mourant, qui déclara que le Messie viendrait, lorsque le sceptre serait enlevé à Juda ? Mais une noire jalousie les a égarés ; et ils ne sentent pas non plus que le traitement qu'ils vont faire subir à ce Messie se trouve décrit par avance dans les prophéties qu'ils lisent et dont ils sont les gardiens.
Le bruit qui se répand dans la ville que Jésus a été saisi cette nuit, et qu'on se dispose à le traduire devant le gouverneur, arrive aux oreilles du traître Judas. Ce misérable aimait l'argent ; mais il n'avait aucun motif de désirer la mort de son maître. Il connaissait le pouvoir surnaturel de Jésus, et se flattait peut-être que les suites de sa trahison seraient promptement arrêtées par celui à qui la nature et les éléments ne résistaient jamais. Maintenant qu'il voit Jésus aux mains de ses plus cruels ennemis, et que tout annonce un dénouement tragique, un remords violent s'empare de lui ; il court au Temple, et va jeter aux pieds des princes des prêtres ce fatal argent qui a été le prix du sang. On dirait que cet homme est converti, et qu'il va implorer son pardon. Hélas ! il n'en est rien. Le désespoir est le seul sentiment qui lui reste, et il a hâte d'aller mettre fin à ses jours. Le souvenir de tous les appels que Jésus fit à son cœur, hier encore, durant la Cène et jusque dans le jardin, loin de lui donner confiance, ne sert qu'à l'accabler ; et pour avoir douté d'une miséricorde qu'il devrait cependant connaître, il se précipite dans l'éternelle damnation, au moment même où le sang qui lave tous les crimes a déjà commencé de couler.
Or les princes des prêtres, conduisant avec eux Jésus enchaîné, se présentent au gouverneur Pilate, demandant d'être entendus sur une cause criminelle. Le gouverneur paraît, et leur dit avec une sorte d'ennui : "Quelle accusation apportez-vous contre cet homme ? —Si ce n'était pas un malfaiteur, répondent-ils, nous ne vous l'aurions pas livré." Le mépris et le dégoût se trahissent déjà dans les paroles du gouverneur, et l'impatience dans la réponse que lui adressent les princes des prêtres. On voit que Pilate se soucie peu d'être le ministre de leurs vengeances : "Prenez-le, leur dit-il, et jugez-le selon votre loi. —Mais, répondent ces hommes de sang, il ne nous est pas permis de faire mourir personne." Pilate, qui était sorti du Prétoire pour parler aux ennemis du Sauveur, rentre et fait introduire Jésus. Le Fils de Dieu et le représentant du monde païen sont en présence. "Etes-vous donc le roi des Juifs ? demande Pilate. —Mon royaume n'est pas de ce monde, répond Jésus ; il n'a rien de commun avec ces royaumes formés parla violence ; sa source est d'en haut. Si mon royaume était de ce monde, j'aurais des soldats qui ne m'eussent pas laissé tomber au pouvoir des Juifs. Bientôt, à mon tour, j'exercerai l'empire terrestre ; mais à cette heure mon royaume n'est pas d'ici bas. —Vous êtes donc roi, enfin ? reprend Pilate. —Oui, je suis roi, dit le Sauveur." Après avoir confessé sa dignité auguste, l'Homme-Dieu fait un effort pour élever ce Romain au-dessus des intérêts vulgaires de sa fortune ; il lui propose un but plus digne de l'homme que la recherche des honneurs de la terre. "Je suis venu en ce monde, lui dit-il, pour rendre témoignage à la Vérité ; quiconque est de la Vérité écoute ma voix. —Et qu'est-ce que la Vérité ?" reprend Pilate ; et sans attendre la réponse à sa question, pressé d'en finir, il laisse Jésus, et va retrouver les accusateurs. "Je ne reconnais en cet homme aucun crime", leur dit-il. Ce païen avait cru rencontrer en Jésus un docteur de quelque secte juive dont les enseignements ne valaient pas la peine d'être écoutés, mais en même temps un homme inoffensif dans lequel on ne pouvait, sans injustice, chercher un homme dangereux.
A peine Pilate a-t-il exprimé son avis favorable sur Jésus, qu'un amas d'accusations est produit contre ce Roi des Juifs par les princes des prêtres. Le silence de Jésus, au milieu de tant d'atroces mensonges, émeut le gouverneur : "Mais n'entendez-vous pas, lui dit-il, tout ce qu'ils disent contre vous ?" Cette parole, d'un intérêt visible, n'enlève point Jésus à son noble silence ; mais elle provoque de la part de ses ennemis une nouvelle explosion de fureur. "Il agite le peuple, s'écrient les princes des prêtres ; il va prêchant dans toute la Judée, depuis la Galilée jusqu'ici". Dans ce mot de Galilée, Pilate croit voir un trait de lumière. Hérode, tétrarque de Galilée, est en ce moment à Jérusalem. Il faut lui remettre Jésus ; il est son sujet ; et cette cession d'une cause criminelle débarrassera le gouverneur, en même temps qu'elle rétablira la bonne harmonie entre Hérode et lui.
Le Sauveur est donc traîné dans les rues de Jérusalem, du Prétoire au palais d'Hérode. Ses ennemis l'y poursuivent avec la même rage, et Jésus garde le même silence. Il ne recueille là que le mépris du misérable Hérode, du meurtrier de Jean-Baptiste ; et bientôt les habitants de Jérusalem le voient reparaître sous la livrée d'un insensé, entraîné de nouveau vers le Prétoire. Ce retour inattendu de l'accusé contrarie Pilate ; cependant il croit avoir trouvé un nouveau moyen de se débarrasser de cette cause qui lui est odieuse. La fête de Pâque lui fournit occasion de gracier un coupable ; il va essayer de faire tomber cette faveur sur Jésus. Le peuple est ameuté aux portes du Prétoire ; il n'y a qu'à mettre en parallèle Jésus, ce même Jésus que la ville a vu conduire en triomphe il y a quelques jours, avec Barabbas, ce malfaiteur qui est un objet d'horreur pour Jérusalem ; le choix du peuple ne peut manquer d'être favorable à Jésus. "Qui voulez-vous que je vous délivre, leur dit-il, de Jésus ou de Barabbas ?" La réponse ne se fait pas attendre ; des voix tumultueuses s'écrient : "Non Jésus, mais Barabbas ! —Que faire donc de Jésus ? reprend le gouverneur interdit. —Crucifiez-le ! —Mais quel mal a-t-il fait ? Je vais le châtier, et je le renverrai ensuite. —Non, non ; crucifiez-le !"
L'épreuve n'a pas réussi ; et la situation du lâche gouverneur est devenue plus critique qu'auparavant. En vain il a cherché à ravaler l'innocent au niveau d'un malfaiteur ; la passion d'un peuple ingrat et soulevé n'en a tenu aucun compte. Pilate est réduit à promettre qu'il va faire châtier Jésus d'une manière assez barbare pour étancher un peu la soif de sang qui dévore cette populace ; mais il n'a fait que provoquer un nouveau cri de mort.
N'allons pas plus loin sans offrir au Fils de Dieu une réparation pour l'indigne outrage dont il vient d'être l'objet. Mis en balance avec un homme infâme, c'est ce dernier qu'on lui préfère. Si Pilate essaie par pitié de lui sauver la vie, c'est à condition de lui faire subir cette ignoble comparaison, et c'est en pure perte. Les voix qui chantaient Hosannah au fils de David, il y a quelques jours, ne font plus entendre que des hurlements féroces ; et le gouverneur, qui craint une sédition, a osé promettre de punir celui dont il a tout à l'heure confessé l'innocence.
Jésus est livré aux soldats pour être flagellé par eux. On le dépouille avec violence de ses vêtements, et on l'attache à la colonne qui servait pour ces exécutions. Les fouets les plus cruels sillonnent son corps tout entier, et le sang coule par ruisseaux le long de ses membres divins. Recueillons cette seconde effusion du sang de notre Rédempteur, par laquelle Jésus expie pour l'humanité tout entière les complaisances et les crimes de la chair. C’est par la main des Gentils que ce traitement lui est infligé ; les Juifs l'ont livré, et les Romains sont les exécuteurs ; tous nous avons trempé dans l'affreux déicide.
Mais cette soldatesque est lasse enfin de frapper ; les bourreaux détachent leur victime , en auront-ils enfin pitié ? Non, ils vont faire succéder a tant de cruauté une dérision sacrilège. Jésus a été appelé le Roi des Juifs ; les soldats prennent occasion de ce titre pour donner une forme nouvelle à leurs outrages. Un roi porte la couronne ; les soldats vont en imposer une au fils de David. Tressant à la hâte un horrible diadème avec des branches d'arbrisseaux épineux, ils la lui enfoncent sur la tête, et pour la troisième fois, le sang de Jésus coule avec abondance. Puis, afin de compléter l'ignominie, les soldats lui jettent sur les épaules un manteau de pourpre, et placent dans sa main un roseau, en guise de sceptre. Alors ils se mettent a genoux devant lui, et disent : "Roi des Juifs, salut !" Et cet hommage insultant est accompagné de soufflets sur le visage de l'Homme-Dieu, et d'infâmes crachats ; et de temps en temps on lui arrache le roseau des mains pour l'en frapper sur la tête, afin d'enfoncer toujours davantage les cruelles épines dont elle est ceinte.
A ce spectacle, le chrétien se prosterne dans un douloureux respect, et dit à son tour. "Roi des Juifs, salut ! Oui, vous êtes le fils de David, et à ce titre, notre Messie et notre Rédempteur. Israël renie votre royauté qu'il proclamait naguère ; la gentilité n'y trouve qu'une occasion de plus pour vous outrager ; mais vous n'en régnerez pas moins par la justice sur Jérusalem, qui ne tardera pas à sentir le poids de votre sceptre vengeur ; par la miséricorde sur les Gentils, que bientôt vos Apôtres amèneront à vos pieds. En attendant, recevez notre hommage et notre soumission. Régnez dès aujourd'hui sur nos cœurs et sur notre vie tout entière."
On conduit Jésus à Pilate dans l'affreux état où l'a mis la cruauté des soldats. Le gouverneur ne doute pas qu'une victime réduite aux abois n'obtienne grâce devant le peuple ; et faisant monter avec lui le Sauveur à une galerie du palais, il le montre à la multitude, en disant : "Voici l'homme !" Cette parole était plus profonde que ne le croyait Pilate II ne disait pas : Voilà Jésus, ni voilà le Roi des Juifs ; il se servait d'une expression générale dont il n'avait pas la clef, mais dont le chrétien possède l'intelligence. Le premier homme, dans sa révolte contre Dieu, avait bouleversé, par son péché, l'œuvre entière du Créateur ; en punition de son orgueil et de sa convoitise, la chair avait asservi l'esprit ; et la terre elle-même. en signe de malédiction, ne produisait plus que des épines. Le nouvel homme qui porte, non la réalité, mais la ressemblance du péché, paraît ; et l'œuvre du Créateur reprend en lui son harmonie première ; mais c'est par la violence. Pour montrer que la chair doit être asservie à l'esprit, la chair en lui est brisée sous les fouets ; pour montrer que l'orgueil doit céder la place à l'humilité, s'il porte une couronne, ce sont les épines de la terre maudite qui la forment sur sa tête. Triomphe de l'esprit sur les sens, abaissement de la volonté superbe sous le joug de la sentence : voici l'homme.
Israël est comme le tigre ; la vue du sang irrite sa soif ; il n'est heureux qu'autant qu'il s'y baigne. A peine a-t-il aperçu sa victime ensanglantée, qu'il s'écrie avec une nouvelle fureur : "Crucifiez-le ! crucifiez-le ! —Eh bien ! dit Pilate, prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; pour moi. je ne trouve aucun crime en lui." Et cependant on l'a mis. par son ordre, dans un état qui, à lui seul, peut lui causer la mort. Sa lâcheté sera encore déjouée. Les Juifs répliquent en invoquant le droit que les Romains laissaient aux peuples conquis : "Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir ; car il s'est dit le Fils de Dieu." A cette réclamation Pilate se trouble ; il rentre dans la salle avec Jésus, et lui dit : "D'où êtes-vous ?" Jésus se tait ; Pilate n'était pas digne d'entendre le Fils de Dieu lui rendre raison de sa divine origine. Il s'irrite cependant : "Vous ne me répondez pas ? dit-il ; ne savez-vous pas que j'ai le pouvoir de vous crucifier, et le pouvoir de vous absoudre ?" Jésus daigne parler ; et c'est pour nous apprendre que toute puissance de gouvernement, même chez les infidèles, vient de Dieu, et non de ce qu'on appelle le pacte social : "Vous n'auriez pas ce pouvoir, répondit-il, s'il ne vous avait été donné d'en haut : c'est pour cela que le péché de celui qui m'a livré à vous est d'autant plus grand."
La noblesse et la dignité de ces paroles subjuguent le gouverneur ; et il veut encore essayer de sauver Jésus. Mais les cris du peuple pénètrent de nouveau jusqu'à lui : "Si vous le laissez aller, lui dit-on, vous n'êtes pas l'ami de César. Quiconque se fait roi, se déclare contre César." A ces paroles, Pilate, essayant une dernière fois de ramener à la pitié ce peuple furieux, sort de nouveau, et monte sur un siège en plein air ; il s'assied et fait amener Jésus : "Le voilà, dit-il, votre roi ; voyez si César a quelque chose à craindre de lui." Mais les cris redoublent : "Ôtez-le ! ôtez-le ! Crucifiez-le ! —Mais, dit le gouverneur, qui affecte de ne pas voir la gravite du péril, crucifierai-je donc votre roi ?" Les Pontifes répondent : "Nous n'avons point d'autre roi que César". Parole indigne qui, lorsqu'elle sort du sanctuaire, annonce aux peuples que la foi est en péril : en même temps parole de réprobation pour Jérusalem ; car si elle n'a pas d'autre roi que César, le sceptre n'est plus dans Juda et l'heure du Messie est arrivée.
Pilate, voyant que la sédition est au comble, et que sa responsabilité de gouverneur est menacée, se résout à abandonner Jésus à ses ennemis. Il porte enfin quoique à contre-cœur, cette sentence qui doit produire en sa conscience un affreux remords dont bientôt il cherchera la délivrance dans le suicide. Il trace lui-même sur une tablette, avec un pinceau, l'inscription qui doit être placée au-dessus de la tête de Jésus. Il accorde même à la haine des ennemis du Sauveur que, pour une plus grande ignominie, deux voleurs seront crucifies avec lui. Ce trait était nécessaire à l'accomplissement de l'oracle prophétique : "il sera mis au rang des scélérats". Puis, lavant ses mains publiquement, à ce moment où il souille son âme du plus odieux forfait, il s'écrie en présence du peuple : "Je suis innocent du sang de ce juste : cela vous regarde"."Et tout le peuple répond par ce souhait épouvantable : "Que son sang soit sur nous et sur nos enfants". Ce fut le moment où le signe du parricide vint s'empreindre sur le front du peuple ingrat et sacrilège, comme autrefois sur celui de Caïn ; dix-huit siècles de servitude, de misère et de mépris ne l'ont pas effacé. Pour nous, enfants de la gentilité, sur lesquels ce sang divin est descendu comme une rosée miséricordieuse, rendons grâce à la bonté du Père céleste, qui "a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique" ; rendons grâces à l'amour de ce Fils unique de Dieu, qui, voyant que nos souillures ne pouvaient être lavées que dans son sang, nous le donne aujourd'hui jusqu'à la dernière goutte.
Ici commence la Voie douloureuse, et le Prétoire de Pilate, où fut prononcée la sentence de Jésus, en est la première Station.
Le Rédempteur est abandonné aux Juifs par l'autorité du gouvernement. Les soldais s'emparent de lui et l'emmènent hors de la cour du Prétoire. Ils lui enlèvent le manteau de pourpre, et le revêtent de ses vêtements qu'ils lui avaient ôtés pour le flageller ; enfin ils chargent la croix sur ses épaules déchirées. Le lieu où le nouvel Isaac reçut ainsi le bois de son sacrifice est désigné comme la seconde Station.
La troupe des soldats, renforcée des exécuteurs, des princes des prêtres, des docteurs de la loi, d'un peuple immense, se met en marche. Jésus s'avance sous le fardeau de sa croix ; mais bientôt, épuisé par le sang qu'il a perdu et par les souffrances de tout genre, il ne peut plus se soutenir, et tombant sous le faix, il marque par sa chute la troisième Station.
Les soldats relèvent avec brutalité le divin captif qui succombait plus encore sous le poids de nos péchés que sous celui de l'instrument de son supplice. Il vient de reprendre sa marche chancelante, lorsque tout à coup sa mère éplorée se présente à ses regards. La femme forte, dont l'amour maternel est invincible, s'est rendue sur le passage de son fils ; elle veut le voir, le suivre, s'attacher à lui, jusqu'à ce qu'il expire. Sa douleur est au-dessus de toute parole humaine ; les inquiétudes de ces derniers jours ont déjà épuisé ses forces ; toutes les souffrances de son fils lui ont été divinement manifestées ; elle s'y est associée, et elle les a toutes endurées une à une. Mais elle ne peut plus demeurer loin du regard des hommes ; le sacrifice avance dans son cours, la consommation est proche ; il lui faut être avec son fils, et rien ne la pourrait retenir en ce moment. La fidèle Madeleine est près d'elle, noyée dans ses pleurs ; Jean, Marie mère de Jacques avec Salomé, l'accompagnent aussi ; ils pleurent sur leur maître ; mais elle, c'est sur son fils qu'elle pleure. Jésus la voit, et il n'est pas en son pouvoir de la consoler, car tout ceci n'est encore que le commencement des douleurs. Le sentiment des angoisses qu'éprouve en ce moment le cœur de la plus tendre des mères vient oppresser d'un nouveau poids le cœur du plus aimant des fils. Les bourreaux n'accorderont pas un moment de retard dans la marche, en faveur de cette mère d'un condamné ; elle peut se traîner, si elle le veut, à la suite du funeste convoi : c'est beaucoup pour eux qu'ils ne la repoussent pas ; mais la rencontre de Jésus et de Marie sur le chemin du Calvaire désignera pour jamais la quatrième Station.
La route est longue encore ; car, selon la loi, les criminels devaient subir leur supplice hors des portes de la ville. Les Juifs en sont à craindre que la victime n'expire avant d'être arrivée au lieu du sacrifice. Un homme qui revenait de la campagne, nommé Simon de Cyrène, rencontre le douloureux cortège ; on l'arrête, et, par un sentiment cruellement humain envers Jésus, on oblige cet homme à partager avec lui l'honneur et la fatigue de porter l'instrument du salut du monde. Cette rencontre de Jésus avec Simon de Cyrène consacre la cinquième Station.
A quelques pas de là, un incident inattendu vient frapper d'étonnement et de stupeur jusqu'aux bourreaux eux-mêmes. Une femme fend la foule, écarte les soldats et se précipite jusqu'auprès du Sauveur. Elle tient entre ses mains son voile qu'elle a détaché, et elle en essuie d'une main tremblante le visage de Jésus, que le sang, la sueur et les crachats avaient rendu méconnaissable. Elle l'a reconnu cependant, parce qu'elle l'a aimé ; et elle n'a pas craint d'exposer sa vie pour lui offrir ce léger soulagement. Son amour sera récompensé : la face du Rédempteur, empreinte par miracle sur ce voile, en fera désormais son plus cher trésor ; et elle aura eu la gloire de désigner, par son acte courageux, la sixième Station de la Voie douloureuse.
Cependant les forces de Jésus s'épuisent de plus en plus, à mesure que l'on approche du terme fatal. Une subite défaillance abat une seconde fois la victime, et marque la septième Station.
Jésus est bientôt relevé avec violence par les soldats, et se traîne de nouveau sur le sentier qu'il arrose de son sang. Tant d'indignes traitements excitent des cris et des lamentations dans un groupe de femmes qui, émues de compassion pour le Sauveur, s'étaient mises à la suite des soldats et avaient bravé leurs insultes. Jésus, touché de l'intérêt courageux de ces femmes qui, dans la faiblesse de leur sexe, montraient plus de grandeur d'âme que le peuple entier de Jérusalem, leur adresse un regard de bonté, et reprenant toute la dignité de son langage de prophète, il leur annonce, en présence des princes des prêtres et des docteurs de la loi, l'épouvantable châtiment qui suivra bientôt l'attentat dont elles sont témoins, et qu'elles déplorent avec tant de larmes. "Filles de Jérusalem, leur dit-il, à cet endroit même qui est compté pour la huitième Station ; filles de Jérusalem ! ce n'est pas sur moi qu'il faut pleurer ; c'est sur vous et sur vos enfants ; car il viendra des jours où l'on dira : Heureuses les stériles, et les entrailles qui n'ont point porté, et les mamelles qui n'ont point allaité ! Alors ils diront aux montagnes : Tombez sur nous ; et aux collines : Couvrez-nous ; mais si l'on traite ainsi le bois vert aujourd'hui, comment alors sera traité le bois sec ?"
Enfin on est arrivé au pied de la colline du Calvaire, et Jésus doit encore la gravir avant d'arriver au lieu de son sacrifice. Une troisième fois son extrême fatigue le renverse sur la terre, et sanctifie la place où les fidèles vénéreront la neuvième Station.
La soldatesque barbare intervient encore pour faire reprendre à Jésus sa marche pénible, et après bien des coups il parvient enfin au sommet de ce monticule qui doit servir d'autel au plus sacré et au plus puissant de tous les holocaustes. Les bourreaux s'emparent de la croix et vont l'étendre sur la terre, en attendant qu'ils y attachent la victime. Auparavant, selon l'usage des Romains, qui était aussi pratiqué par les Juifs, on offre à Jésus une coupe qui contenait du vin mêlé de myrrhe. Ce breuvage, qui avait l'amertume du fiel, était un narcotique destiné à engourdir jusqu'à un certain point les sens du patient, et à diminuer les douleurs de son supplice. Jésus touche un moment de ses lèvres cette potion que la coutume, plutôt que l'humanité, lui faisait offrir ; mais il refuse d'en boire, voulant rester tout entier aux souffrances qu'il a daigné accepter pour le salut des hommes. Alors les bourreaux lui arrachent avec violence ses vêtements collés à ses plaies, et s'apprêtent à le conduire au lieu où la croix l'attend. L'endroit du Calvaire où Jésus fut ainsi dépouillé, et où on lui présenta le breuvage amer, est désigné comme la dixième Station de la Voie douloureuse.
Les neuf premières sont encore visibles dans les rues de Jérusalem, de l'emplacement du Prétoire jusqu'au pied du Calvaire ; mais cette dernière, ainsi que les quatre suivantes, sont dans l'intérieur de l'Eglise du Saint-Sépulcre, qui renferme dans sa vaste enceinte le théâtre des dernières scènes de la Passion du Sauveur.
Mais il nous faut suspendre ce récit ; déjà même nous avons devancé un peu les heures de cette grande journée, et nous avons à revenir plus tard sur le Calvaire.
Il est temps de nous unir à la sainte Eglise dans la lugubre fonction par laquelle elle s'apprête à célébrer le trépas de son divin Epoux. L'airain sacré ne convoquera pas aujourd'hui les fidèles à la maison de Dieu ; la foi et la componction seules les invitent a franchir au plus tôt les degrés du temple.
DOM GUÉRANGER
L'Année
Liturgique
Le Sauveur, aujourd'hui, après avoir lavé les pieds à ses disciples, leur a dit : "Savez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien ; car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi Maître et Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car je vous ai donné l'exemple, afin que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi". L' Eglise a recueilli et mis en pratique cette parole; et quoique le précepte qu'elle contient n'ait pas d'autre portée obligatoire que de nous astreindre, par l'exemple même de l'Homme-Dieu, aux procédés de la charité fraternelle, dans tous les siècles on a vu les chrétiens suivre cet exemple à la lettre, et se laver les pieds les uns aux autres.
A l'origine du christianisme, cette action d'humble charité était fréquente ; saint Paul, énumérant les qualités de la veuve chrétienne, recommande à Timothée d'observer si elle a été empressée "à laver les pieds des saints", c'est-à-dire des fidèles. Nous voyons, en effet, cette pieuse pratique en usage au temps des martyrs, et même plus tard, dans les siècles de la paix. Les Actes des Saints des six premiers siècles, les Homélies et les traités des Pères y font mille allusions. Dans la suite, la charité se refroidit, et le lavement des pieds tendit à n'être plus qu'une pratique pour les monastères.
Toutefois de grands exemples étaient donnés de temps en temps, et jusque sur le trône, comme pour empêcher la prescription que l'orgueil humain cherchait à établir contre l'exemple du Rédempteur. La France vit son pieux roi Robert, et plus tard son incomparable saint Louis, laver avec délices les pieds des pauvres. De saintes princesses, une Marguerite d'Ecosse, une Elisabeth de Hongrie et tant d'autres, tinrent à honneur d'imiter à la lettre l'action du Christ. Enfin l'Eglise, qui ne peut rien laisser perdre des traditions que lui a recommandées celui qui est son Chef et son Epoux, a voulu que du moins une fois dans l'année la représentation de l'humilité sublime du Sauveur envers ses serviteurs fût mise sous les yeux des fidèles. Elle veut que, dans chaque église importante, le Prélat, ou le supérieur, honore les abaissements du Fils de Dieu, en accomplissant le rite touchant du lavement des pieds. Le Pontife suprême donne aujourd'hui, comme il convient, l'exemple à toute l'Eglise, dans le palais du Vatican ; et son action est répétée, par ses frères les Evêques, dans le monde entier ; bien plus, dans les cours catholiques, on voit les rois et les reines s'agenouiller aux pieds de leurs sujets, leur laver humblement les pieds, et les combler de pieuses largesses.
Douze pauvres sont ordinairement choisis pour représenter, en cette occasion, les douze Apôtres ; mais le Pontife Romain lave les pieds à treize prêtres de treize nations différentes : ce qui a porté la sainte Eglise, dans son Cérémonial, à exiger ce nombre pour la fonction du lavement des pieds dans les Eglises cathédrales. Cet usage a été diversement interprété. Les uns y ont vu l'intention de représenter le nombre parfait du Collège Apostolique, qui est de treize : le traître Judas ayant été remplacé par saint Mathias, et une disposition extraordinaire du Christ ayant adjoint saint Paul aux Apôtres antérieurement choisis. D'autres sont plus fondés à dire, avec le savant pape Benoit XIV, qu'il faut aller chercher la raison de ce nombre dans un fait de la vie de saint Grégoire le Grand, dont Rome a voulu conserver le touchant souvenir. Cet illustre Pontife lavait chaque jour les pieds à douze pauvres qu'il admettait ensuite à sa table. Un jour, un treizième pauvre se trouva mêlé avec les autres, sans que personne l'eût vu entrer ; ce personnage était un Ange que Dieu avait envoyé afin qu'il témoignât, par sa miraculeuse présence, combien était agréable au ciel la charité de Grégoire.
La cérémonie du lavement des pieds, qui est aussi appelée le Mandatum, à cause du premier mot de l'Antienne que l'on chante à cette fonction, commence par la lecture de l'Evangile de la Messe du Jeudi saint. Après cet Evangile, où est racontée l'action du Sauveur, le Célébrant se dépouille du pluvial ; on le ceint ensuite d'un linge, et il se dirige vers ceux dont il doit laver les pieds. Il s'agenouille devant chacun d'eux, et baise le pied après l'avoir lavé.
DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique