Crist-Pantocrator.jpg

"Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres.

 

Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.

 

Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres."

 

Evangile de Jésus-Christ selon  saint Jean 

 

 

 

Pentecôte

" Le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit."

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean  

 

 

 

 

 

 

 

papa%20GP%20II

1er mai 2011 Béatification de Jean-Paul II

Béatification du Serviteur de Dieu Jean-Paul II

 

  

 

The Cambrai Madonna

Notre Dame de Grâce

Cathédrale de Cambrai

 

 

 

  

" J 'étais en bas, tout en bas, avec Dieu et le diable, les deux se sont battus, et Dieu a gagné !"

Mario Sepulveda, the second of 33 workers 

" J'ai saisi la main de Dieu, c'était la meilleure main. J'ai toujours su que Dieu allait nous sauver."

- Mario Sepulveda à sa sortie le 13 octobre 2010

 

 

Relatives show a video recorded with a camera in a probe

pour les 33 mineurs pris au piège sous terre dans le désert d'Atacama du Chili depuis le 5 août

 

 

 

 

Béatification du Père Popieluszko

beatification Mass, in Warsaw, Poland

à Varsovie, 6 juin 2010, Dimanche du Corps et du Sang du Christ

 

 

 

Kriusha 10 

Procession à Kriusha en Russie le samedi 7 août 2010 

 

 

 

Port au Prince 3 juin 2010 

Procession du Saint Sacrement à Port-au-Prince le 3 juin 2010

 


Séisme en Haïti

Fr. Kenel Alphone, Pastor of the St. Louis King of Spain ca
Père Alphonse Kenel - Dimanche 17 janvier 2010, Port-au-Prince, Haïti 

Témoignage d'un prêtre haïtien du diocèse de Lille



capt photo 1263955024846-1-0

Près de 47 religieux ont perdu la vie dans le tremblement de terre du 12 janvier à Port au Prince, capitale d'Haïti. 

 ZENIT.org


r1366641655
Notre-Dame de Paris : Messe du 16 janvier 2010 pour les victimes du tremblement de terre en Haïti


Carmel d'Haïti
Carmélites d'Haïti saines et sauves


 

 

presidential palace in Warsaw

Varsovie, avril 2010 

 

 

 

 

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
Sanctuaire de l'Adoration Eucharistique et de la Miséricorde Divine

La miséricorde de Dieu est comme un torrent débordé. Elle entraîne les cœurs sur son passage.
(Saint Curé d'Ars)
 

 


Le côté du Christ a été transpercé et tout le mystère de Dieu sort de là. C’est tout le mystère de Dieu qui aime, qui se livre jusqu’au bout, qui se donne jusqu’au bout. C’est le don le plus absolu qui soit. Le don du mystère trinitaire est le cœur ouvert. Ce n’est pas une image, c’est une réalité. C’est la réalité la plus profonde qui soit, la réalité de l’amour.
Père Marie-Joseph Le Guillou




Dans le cœur transpercé
de Jésus sont unis
le Royaume du Ciel
et la terre d'ici-bas
la source de la vie
pour nous se trouve là.

Ce cœur est cœur divin
Cœur de la Trinité
centre de convergence
de tous les cœur humains
il nous donne la vie
de la Divinité.


Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix
(Edith Stein)



Le Sacré-Cœur représente toutes les puissances d'aimer, divines et humaines, qui sont en Notre-Seigneur.
Père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus

 



feuille d'annonces de la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Patriarcat latin de Jérusalem 

 

 

 

 

NOTRE DAME
CONFÉRENCES DE CARÊME 2010

Pour ce Carême 2010, le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a choisi pour thème le Concile Vatican II : la perspective historique dans laquelle il s’inscrit, l’actualité et la force de ses principaux documents, le sens de la réforme liturgique qui lui est lié et le renouvellement qu’il permet dans l’œcuménisme et dans les rapports de l’Eglise au peuple d’Israël et aux autres religions.
le programme des conférences 2010

> la première Conférence de Carême

> la 2e Conférence de Carême

> la 3e Conférence de Carême

> la 4e Conférence de Carême

> la 5e Conférence de Carême

> la 6e Conférence de Carême

 


Ordinations du samedi 27 juin 2009 à Notre Dame de Paris


la vidéo sur KTO


Magnificat

 

 

Ordinations Sacerdotales 2010 le samedi 26 juin à Notre Dame de Paris 

 



Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie à Notre-Dame de Paris


NOTRE DAME DES VICTOIRES

Notre-Dame des Victoires




... ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’Amour !

 

 

livres - expositions

 

Et Lutèce devint Paris   

Et Lutèce devint Paris

Crypte archéologique du parvis de Notre-Dame

Métro : Cité

tous les jours de 10h à 18h, sauf les lundis, jours fériés et dimanches de Pâques et de Pentecôte

du 15 mars 2011 au 26 février 2012

 

 

 

 

 

  LIVRES

 

Livre Benoît XVI

 

 

 

 

 

Une mission de liberté
Une mission de liberté - un livre d'entretiens avec le Cardinal Vingt-Trois

> l'article de Mgr Riocreux

 

 

 

 

Monseigneur Darboy Archevêque de Paris enre Pie IX et Napo      

Monseigneur Darboy (1813-1871) Archevêque de Paris entre Pie IX et Napoléon, Jacques-Olivier BOUDON, édtions du Cerf, août 2011





Père Marie-Joseph Le Guillou
Dans le sillon du Père Marie-Joseph le Guillou o.p. est proposé un chemin de méditations en contemplant Jésus notre Maître bien-aimé : un chemin de prière


Un chemin pour la prière
Le livre du Père Marie-Joseph Le Guillou, dominicain, est une sorte de petit guide ou de compagnon pour la prière. Les chapitres sont courts et ils sont une sorte de brève réflexion spirituelle, fruit de sa longue fréquentation de la Parole de Dieu. Pour lui, la vie humaine n’a d’autre but que de s’éveiller au mystère de Dieu. On y parvient par la prière qui consiste à donner à Dieu un temps en pure perte de soi, à être enclenché dans le mystère de Dieu.
Spiritualité 2000


 

Prières du Carmel
Anthologie commentée des plus grands textes des carmes, textes théoriques, prières ferventes, méditations intérieures, oraisons contemplatives, ce livre offre enfin au public les textes les plus saisissants de la spiritualité carmélitaine.




Murmurée depuis des siècles dans le secret et le silence de la cellule, cette prière est un don rare et précieux qui nous remet, à chaque instant de notre vie, face à Dieu, face à nous-mêmes, à la fidélité, à l'amour, à la confiance, à l'espérance.
La Procure

 

 

 

 

  Qumrân discipline 

 

 

 


À Buenos Aires, tous les prêtres de l’archidiocèse sont invités à simplifier au maximum l’accès au baptême, à éviter les pharisaïsmes et les prétentions qui ne font qu’augmenter la déchristianisation. Le seul fait de demander le baptême pour soi-même ou pour ses propres enfants «est déjà un fruit de la grâce de Dieu» : Le baptême est quelque chose de simple par Gianni Valente pour 30Jours dans l’Église et dans le monde 



Prions en église - évangile du jour, méditations, psaumes, liturgie

Voyages de Benoît XVI

 

SAINT PIERRE ET SAINT ANDRÉ

Saint Pierre et Saint André

 

  

BENOÎT XVI à CHYPRE 

Benedict XVI and Cypriot Archbishop Chrysostomos

Salutation avec l'Archevêque Chrysostomos à l'église d' Agia Kyriaki Chrysopolitissa de Paphos, le vendredi 4 juin 2010 

Benedict XVI and Cypriot Archbishop Chrysostomos, Church of 

 

Agia Kyriaki Chrysopolitissa

Agia Kyriaki Chrysopolitissa, Paphos, Chypre, Vendredi 4 juin 2010

 

 

in the U.N controlled area

Nicosie, samedi 5 juin 2010, Porte de Paphos, devant l'église de la Sainte Croix pour la Messe de l'Exaltation de la Croix

 

 

Eleftheria Sports Centre in Nicosia on June 6, 2010

Nicosie, Dimanche 6 juin 2010, Messe à l'Eleftheria Sport Palace

Sunday, June 6, 2010 

 

 

 

 

Voyage de Benoît XVI au Portugal du 11 au 14 mai

Notre Dame de Fatima

Programme du pèlerinage de Benoît XVI 

 

 

Mass at Lisbon's Terreiro do Paco square Tuesday

Messe à Lisbonne le mardi 11 mai 

Terreiro do Paco

sur l'esplanade du Terreiro do Paço

  

Pèlerinage à Notre Dame de Fatima  

Notre Dame de Fatima 12 mai 2010

mercredi 12 mai

  

Mass at the Catholic shrine of Fatima

jeudi 13 mai 

open Mass at Fatima 

Messe à Notre Dame de Fatima

Notre Dame de Fatima 13 mai 2010

 

 

Messe à Porto

Messe à Porto 14.05

 

Vendredi 14 mai après la Messe 

Avenida dos Aliados square in Porto 14.05.2010

 un étudiant de Porto offre une guitare à Benoït XVI

 

 " Merci de votre témoignage de foi" a dit le pape aux étudiants des universités qui ont eux aussi voulu rencontrer Benoît XVI à Porto. Ils ont choisi le moment où, après la messe, il a salué la foule depuis le balcon qui domine toute l'Avenida dos Aliados.

 

" Je suis heureux d'être parmi vous et je vous remercie pour l'accueil joyeux et cordial que vous m'avez réservé à Porto, la Cité de la Vierge", a dit le pape à la foule de plus de 120.000 personnes.

 

" J'aurais volontiers accepté votre invitation à prolonger mon séjour dans votre ville, mais cela ne m'est pas possible", a-t-il fait remarquer en souriant et sous les applaudissements.

 

" Permettez-moi donc, au moment de repartir, de vous embrasser tous affectueusement dans le Christ, notre Espérance, et en vous bénissant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit."  

 

 

 


Vierge de Vladimir  

Le Pape en Terre Sainte



08-03-2010 Appel en faveur des chrétiens de Terre Sainte

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _
Pèlerinage du Pape Benoît XVI en Terre Sainte 
                                               
 

Custodia Terrae Sanctae - Le Pape Benoît XVI vers la Terre Sainte – Espoirs et rêves (P. David Neuhaus)

La visite de Benoît XVI en Terre sainte dans un contexte de fortes tensions religieuses




Du 8 au 15 mai 2009, sa Sainteté le pape Benoît XVI effectue un pèlerinage en Terre Sainte.
Les grands rendez-vous du pèlerinage de Benoît XVI

La Custodie ouvre une nouvelle rubrique dans laquelle vous trouvez des informations liées à ce voyage et à son déroulement en Jordanie, en Israël et dans les Territoires palestiniens.

La revue de presse montrera différentes approches de cet important pèlerinage, le troisième d’un Pape en Terre Sainte depuis 1964.

Custodia Terrae Sanctae






Mgr Fouad Twal
" Jérusalem est la clé de la paix dans le monde"

" Il n’y aura jamais de paix pour un peuple sans l’autre. Nous savons tous que Jérusalem est la clé de la paix dans le monde. Nous sommes tous, Palestiniens et Israéliens, à la fois dans l’attente, dans l’impasse et dans l’espérance."

" En Israël, l’oxygène que les gens respirent, c’est la peur. Peur d’eux-mêmes, du monde, du passé, du présent, de l'avenir."

 " Notre Église est minoritaire, entre deux grandes masses juive et musulmane. Nous tentons de faire entendre notre voix, d’annoncer ce qui peut être utile à tout le monde, de dénoncer ce qui ne va pas."

" J’espère que, dans le sillage du Saint-Père, de nombreux pèlerins viendront en Terre sainte. Nous serons notamment très heureux de recevoir les centaines de jeunes Français attendus en juillet prochain."

Les chrétiens fuient-ils toujours la Terre sainte ?
" Aujourd’hui, tous, juifs, chrétiens, musulmans, partent."

l'entretien intégral en ligne



Patriarcat latin de Jérusalem


Seigneur Jésus, dans le successeur de Pierre nous avons toujours eu un guide et un pasteur qui indique la route à suivre pour accomplir la volonté de Dieu le Père. Nous te confions ces mois de préparation de la visite de notre pape Benoît.

Donne-nous ton Esprit Saint pour nous aider à nous y préparer dans un esprit de prière, afin que cette visite soit pour la Terre Sainte un temps fort de renouveau et de grâces particulières
.

La preghiera per il viaggio del Papa in Terra Santa




Programme officiel du voyage de Benoît XVI en Terre Sainte (8-15 mai)

Jordanie, Israël et Territoires palestiniens


ROME, Vendredi 27 mars 2009 (ZENIT.org) - Le Vatican publie le programme officiel du voyage de Benoît XVI en Terre Sainte : Jordanie, Israël et Territoires palestiniens (8-15 mai).


à l'occasion de la venue du Pape lancement par Un écho d'Israël du site Jérusalem et religions


Vendredi 8 mai : Jordanie


14 h 30 (heure locale) : Arrivée à l'aéroport de Amman

15 h 30 : Visite du Centre Notre-Dame de la Paix, qui accueille les personnes handicapées, quelle que soit leur religion

17 h 40 : Visite au palais royal, rencontre avec le roi Abdallah II




Samedi 9 mai : Jordanie

7 h 15 : Messe en privé à la nonciature

9 h 15 : Pèlerinage au Mont Nébo, sur les pas de Moïse (un pèlerinage fait par Jean-Paul II en l'an 2000)




Visite de l'ancienne basilique

10 h 30 : Bénédiction de la première pierre de l'Université de Madaba

11 h 30 : A Amman, visite du Musée Hachémite et la mosquée Al-Hussein Bin-Talal de Amman


11h 45 : Rencontre des chefs religieux musulmans, du corps diplomatique et des recteurs d'universités


17h 30 : Célébration des vêpres à la cathédrale grecque-melkite catholique Saint-Georges avec les prêtres, des diacres, les séminaristes, les consacrés, et les mouvements ecclésiaux.




Dimanche 10 mai : Jordanie


10 h : Messe au stade international d'Amman, prière du Regina Coeli





17 h 30 : Pèlerinage à Béthanie sur le Jourdain, lieu du baptême du Christ



18 h : Pose de la première pierre d'une église latine et d'une église grecque-melkite (le pape avait béni la maquette à Rome en 2008).

Lundi 11 mai : Israël

7 h 30 : Messe en privé à la nonciature d'Amman

10 h : cérémonie de congé à l'aéroport d'Amman

10 h 30 : Départ pour Tel Aviv, arrivée à 11 h


11 h : Cérémonie de bienvenue


Voyage vers Jérusalem

16 h15 : Visite au chef de l'Etat, M. Shimon Peres
capt_51c4ca241.jpg


17 h 45 : Visite au mémorial de la Shoah, Yad Vashem




18 h 45 : Rencontre des organisations engagées dans le dialogue interreligieux




Mardi 12 mai : Jérusalem

9 h : Visite de l'esplanade des mosquées et du Dôme du Rocher


10 h : Visite de courtoisie au Grand Mufti de Jérusalem


10 h 45 : Visite au Mur occidental et rencontre au centre Hechal Shlomo des deux Grands Rabbins d'Israël




11 h 50 : Prière du Regina Coeli avec les évêques de Terre Sainte dans la salle du Cénacle


12 h 30 : Visite de la co-cathédrale des Latins de Jérusalem



13 h : Déjeuner avec  les évêques catholiques de Terre Sainte, les abbés et la suite papale au patriarcat latin




16 h 30 : Messe dans la vallée de Josaphat

Custodia Terrae Sanctae - La vallée du Cédron  lieu de la messe à Jérusalem le 12 mai



P. Frédéric Manns, ofm
Au fond de la vallée du Cédron


Mercredi 13 mai : Bethléem

9 h : Cérémonie de bienvenue sur l'esplanade du palais présidentiel


10 h : Messe sur la place de la Crèche





12 h 30 : Déjeuner avec les évêques locaux et les Franciscains

15 h 30 : Visite, en privé, de la Grotte de la Nativité

16 h10 : Visite à l'hôpital pédiatrique de la Caritas de Bethléem


16 h 45 : Visite au camp de réfugiés d'Aida où il prononcera un discours




18 h : Palais présidentiel, entretien avec le Président de l'Autorité nationale palestinienne

18 h 40 : Cérémonie de congé

Jeudi 14 mai : Nazareth


10 h : Messe à Nazareth, au Mont du Précipice


Custodia Terrae Sanctae - Le Mont du Précipice  lieu de la Messe du Pape Benoît XVI à Nazareth 



12 h 30 : Déjeuner au couvent franciscain avec les Franciscains, les évêques locaux et la suite du pape

15 h 50 : Rencontre avec le Premier Ministre d'Israël

16 h 30 : Rencontre avec les chefs religieux de Galilée




17 h Visite à la Grotte de l'Annonciation



17 h 30 : Vêpres avec l'épiscopat, le clergé, les ordres religieux, les mouvements ecclésiaux et les agents pastoraux

Vendredi 15 mai : Jérusalem, Tel Aviv

7 h 30 : Messe en privé à la nonciature

9 h 15 : Rencontre œcuménique au siège du patriarcat gréco-orthodoxe


10 h 15 : Visite au Saint-Sépulcre







11 h 10 : Visite à l'église patriarcale apostolique arménienne Saint-Jacques


13 h 15 : Cérémonie de congé à l'aéroport de Tel Aviv




14 h : Départ, arrivée à Rome Ciampino à 16 h 50

 

 

 

 

Jerusalem may 15 2010

Une Jérusalem artificielle... mais unie ! par ABRAHAM RABINOVICH - Le Jerusalem Post 18.05.2010






Yahad-In Unum





Vicariat hébréhophone en Israël



Chrétiens arabes en Israël  à la recherche d’une identité

Christ crucifié en son Église

les 7 Sacrements

 

 

 

Appel de Benoît XVI à la pénitence

Benoît XVI 14.04.2010

" Je dois dire que nous, chrétiens, même ces derniers temps, nous avons souvent évité le mot pénitence, qui nous semblait trop dur. Maintenant sous les attaques du monde qui nous parle de nos péchés, nous voyons que pouvoir faire pénitence est une grâce et nous voyons la nécessité de faire pénitence, de reconnaître les erreurs dans notre vie." -extrait de l'homélie de Benoît XVI

 

Le Pape invite les chrétiens à reconnaître leurs erreurs 

 

 

Pénitence - la-Croix.com : le commentaire d'Isabelle de Gaulmyn 

 

 

 

 

Terreiro do Paco 11.05.2010

Messe au Terreiro do Paço à Lisbonne le 11 mai 2010

 

 

" Les souffrances de l'Eglise viennent de l'intérieur même de l'Eglise, du péché qui existe dans l'Eglise.

 

 " Cela aussi on l'a toujours su, mais nous le voyons aujourd'hui de façon réellement terrifiante : la plus grande persécution contre l'Eglise ne vient pas d'ennemis du dehors, mais elle naît du péché dans l'Eglise, et l'Eglise a donc un profond besoin de réapprendre la pénitence, d'accepter la purification, d'apprendre d'une part le pardon mais aussi la nécessité de la justice. Le pardon ne remplace pas la justice.

 

 " Nous devons nous rappeler que le Seigneur est plus fort que le mal et la Vierge est pour nous la garantie visible, maternelle, de la bonté de Dieu, qui a toujours le dernier mot dans l'histoire."

 

Benoît XVI

pèlerinage de Notre Dame de Fatima - 11 mai 2010

 

 

Saint Peter's Square at the Vatican on June 11, 2010

Messe de clôture de l'Année Sacerdotale
11 juin 2010, Place Saint Pierre

 

" Il est arrivé qu'au cours de cette année de joie pour le sacrement du sacerdoce, sont venus à la lumière les péchés des prêtres, en particulier l'abus à l'égard des petits.

 

" Nous demandons avec insistance pardon à Dieu et aux personnes impliquées, alors que nous entendons promettre de faire tout ce qui est possible pour que de tels abus ne puissent jamais plus survenir."

 

 Benoît XVI
 

 

  

Franciscaines Missionnaires du Cœur Immaculé de Marie 05.

Sœur Marie-Aimée de Jésus

Rechercher

Syndication

  • Flux RSS des articles

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Béni soit ton Nom !

Dieu Très Haut qui fais merveille,
Béni soit ton Nom !
Dieu vivant qui fais largesse,
Béni soit ton Nom !
Comme au ciel t’adorent les anges
Et sans fin te chantent louange.
Nous aussi prions sur la terre :
Béni soit ton Nom !

Dieu vainqueur de nos ténèbres,
Béni soit ton Nom !
Dieu penché sur nos faiblesses,
Béni soit ton Nom !
Ton amour est notre espérance,
Ta bonté nous rend l’innocence,
De Toi seul nous vient la lumière :
Béni soit ton Nom !

Dieu très saint qui nous libères,
Béni soit ton Nom !
Dieu fidèle en tes promesses,
Béni soit ton Nom !
Ton Église adore en silence,
Et proclame la délivrance,
De nos cœurs monte une prière :
Béni soit ton Nom !

 
(Prière d'une Clarisse)


 

 

 

 


The Penitent Magdalen













Notre-Dame de Paris : déposer une intention de prière












Il est midi. Je vois l'église ouverte. Il faut entrer.


Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.

Je n'ai rien à offrir et rien à demander.


Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.

Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela

Que je suis votre fils et que vous êtes là


Rien que pour un moment pendant que tout s'arrête.

Midi !

Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.


Ne rien dire, regarder votre visage,

Laisser le cœur chanter dans son propre langage.

Ne rien dire, mais seulement chanter parce qu'on a le cœur trop plein,

Comme le merle qui suit son idée en ces espèces de couplets soudains.

Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,

La femme dans la Grâce enfin restituée,


La créature dans son honneur premier et dans son épanouissement final,

Telle qu'elle est sortie de Dieu au matin de sa splendeur originale.

Intacte ineffablement parce que vous êtes la Mère de Jésus-Christ,

Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance et le seul fruit.

Parce que vous êtes la femme, l'Eden de l'ancienne tendresse oubliée,

Dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir les larmes accumulées.

Parce qu'il est midi, parce que nous sommes en ce jour d'aujourd'hui,

Parce que vous êtes là pour toujours,


Simplement parce que vous êtes Marie,

Simplement parce que vous existez,


Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !



Paul Claudel
La Vierge à midi









 

SALVE REGINA

Institutions Liturgiques par Dom Guéranger

Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 12:30

Nous voyons encore, au XVIIe siècle, la mémoire de saint Grégoire VII outragée dans un État catholique, en Portugal.

 

Il ne paraît pas cependant qu'on y ait proscrit la  légende ; mais   un   homme plus téméraire, Antoine Pereira  de Figueiredo, entre  les nombreux  écrits qu'il publia contre les droits de l'Église et du Saint-Siège, consacra une dissertation spéciale à combattre la personne et les écrits de notre saint pontife, sous ce titre : De Gestis et scriptis Gregorii VII.

 

C'était, assurément, un outrage parti de bien bas, que celui qui provenait d'un homme auquel  son attachement à   la cause du Saint-Siège avait d'abord valu la disgrâce de Pombal, et qui devenu, sans transition, l'enthousiaste prôneur de ce ministre, l'un des plus infâmes persécuteurs de l'Église, se montra l'ignoble flatteur d'un aussi pauvre souverain que le fut Joseph Ier. Non, le caractère  apostolique de  saint Grégoire VII n'avait rien de commun avec l'ex-oratorien qui applaudit à l'atroce supplice de Malagrida, et dont la plume vénale écrivit les fades pamphlets intitulés : Parallèle d'Auguste César et de Don Joseph, roi magnanime de Portugal, et Vœux de la nation portugaise à l'ange gardien du Marquis de Pombal (Lisbonne, 1775.).

 

Le XIXe siècle a bien fourni aussi quelques insultes à la mémoire du saint pontife. Sans parler des blasphèmes qui plus d'une fois, au parlement anglais, sont partis des bancs des Pairs ecclésiastiques, contre la personne du fougueux Hildebrand, il en est dont les pays catholiques ont été le théâtre. Commençons par l'Italie.

 

Jusqu'en 1810, l'office de saint Grégoire VII n'avait cessé d'être célébré dans les églises des divers diocèses dont se composait le royaume d'Italie. L'excommunication encourue par Napoléon, en 1809, le rendit inquiet à l'excès, et l'on sait en général combien de mesures persécutrices pesèrent sur le clergé à cette époque. Mais ce que l'on sait moins, c'est que le grand empereur, en même temps qu'il élevait sa main contre Pie VII, osa défier aussi la majesté d'un pontife, autrefois, comme Pie VII, assiégé et captif, mais depuis et à jamais couronné par Celui qui le premier a bu l'eau du torrent, avant d'élever la tête (Psalm. CIX.). Une lettre du ministre des cultes, Bigot de Préameneu, écrite en février 1810, enjoignait aux évêques d'Italie d'imiter le silence de l'Église gallicane sur le nom et les actes d'Hildebrand. Nous ne saurions dire les noms des prélats italiens (il y en eut plusieurs) qui préférèrent obéir à César plutôt qu'à l'Église ; mais nous avons entre les mains, et nous gardons comme un monument, la lettre autographe dans laquelle Hyacinthe de La Tour, archevêque de Turin, envoie au ministre le mandement qu'il s’est fait un devoir de donner pour interdire l'office de saint Grégoire VII, et dont il déclare que copie est affichée dans toutes les sacristies des églises de son diocèse. La lettre est du 1er mars 1810.

 

A peine échappé aux violences de l’aigle redoutable qui étreignait l'Europe, mais toujours debout à la même place, l'héroïque Hildebrand tomba en proie à ces anarchistes dont les désirs sont aussi des désirs de tyrannie. En France, on vit le régicide Grégoire, dans son Essai historique sur les libertés de l'Église gallicane, publié en 1818, accumuler contre le saint pape et sa légende tous les blasphèmes des protestants et des jansénistes.

 

En Espagne, au mois de mars 1822, on faisait aux Cortès la proposition de supprimer une partie de l'office de Grégoire VII, "comme attentatoire aux droits des nations" ! Certes, c'était là une bien amère dérision de ces rois et de ces évêques courtisans, occupés depuis si longtemps à poursuivre le culte du saint Pontife, et qui l'avaient noté comme coupable de lèse-majesté royale ! Elle fut donc bien droite, bien pure, la politique de ce grand homme ; Dieu avait donc placé en lui une notion  bien haute du droit public, si tous les hommes à excès se sont donné le mot pour faire de son nom et de sa mémoire l'objet de leurs attaques. Jouissez de cette gloire, saint Pontife ; jusqu'ici nul mortel ne l'a partagée avec vous.

 

Encore un outrage : ce sera le dernier. Au commencement de l'année 1828, une nouvelle édition du Bréviaire romain paraissait à Paris chez le libraire Rusand. L'éditeur avait cru pouvoir y insérer l'office de saint Grégoire VII : encore ne l'avait-il placé qu'à la fin du volume, ne se sentant pas pleinement rassuré par la promesse de cette liberté religieuse garantie à tous par la Charte de 1814. Peu de jours après la publication du bréviaire, certaines feuilles se disant libérales, et fraternisant en toutes choses avec les Cortès espagnoles de 1822, se prirent à crier à l'ultramontanisme qui débordait chez nous, jusque-là, disaient-ils, qu'on osait, en 1828, imprimer et mettre en vente la légende de Grégoire VII. Leurs clameurs furent entendues, et on vit, à Paris, en 1828, la légende de saint Grégoire VII, soumise, par ordre de l'archevêché, aux mutilations que lui inflige l'Autriche dans ses États, sans oublier la suppression charitable de l'épithète iniqui, si justement assignée à Henri IV par l'Église ! Depuis dix ans, plusieurs éditions du Bréviaire romain ont été données, tant à Lyon qu'à Paris ; l'office de saint Grégoire VII s'y lit à sa place et dans son entier, et l'édition parisienne de 1828 va s'épuisant de jour en jour, gardant jusqu'ici la trace de cette dernière faiblesse que nous n'aurions pu taire sans partialité.

 

Hâtons-nous de franchir quelques années difficiles ; l'heure de la réhabilitation a sonné. Le Dieu qui est admirable dans ses saints, a résolu enfin de venger son serviteur Grégoire. Ce n'est plus la voix des Leibnitz, des Jean de Muller, des Voigt, etc., qui va retentir ; ce n'est plus même celle de Joseph de Maistre, prophète du passé, annonçant à l'Europe que le moment est venu d'adorer ce qu'elle a brûlé, de brûler ce qu'elle avait adoré. Toutes les barrières sont tombées ; c'est maintenant l'Église de France qui proclamera saint Grégoire VII sauveur de la société, restaurateur de la science, de la vertu et de la justice ; et l'organe de l'Église de France, dans l'accomplissement de ce devoir sacré, sera ce pieux et savant évêque, fils, par l'intelligence autant que par le sang, du grand philosophe catholique à qui Dieu donna d'approfondir la législation primitive des sociétés, et de comprendre dans toute son étendue le rôle sublime du législateur pontife. Or ce fut le 4 mars 1838, que fut donnée au Puy, par monseigneur Louis-Jacques-Maurice de Bonald, aujourd'hui cardinal de la sainte Église romaine, archevêque de Lyon, Primat des Gaules, cette magnifique et courageuse lettre pastorale sur le chef visible de l'Église, qui restera dans les annales de l'Église de France, comme un des événements les plus graves qu'ait vus notre siècle, qui en a vu un si grand nombre.

 

C'est en ce jour mémorable qu'on entendit professer, avec non moins d'éloquence que de doctrine, du haut de la chaire épiscopale, la foi dans l'infaillibilité du pontife romain parlant aux églises, et proclamer la haute mission imposée par la Providence à saint Grégoire VII, et si dignement accomplie par sa grande âme : 

« L'irruption des barbares, disait le prélat, n'était que l'image d'une invasion plus dangereuse pour l'Église et pour le monde civilisé ; ce n'était que la figure de cette triple coalition de l'ignorance, du vice et de la cupidité, ligués pour éteindre toute lumière, flétrir toute vertu et étouffer toute justice. Le moyen âge vit cet abîme dilater ses entrailles pour engloutir la société tout entière. Et la société, où ira-t-elle se réfugier dans sa détresse ? Encore aux pieds de la chaire de saint Pierre. Là elle trouvera son appui et son salut, dans un pauvre moine élevé au souverain pontificat, mais qui cachait, sous le vêtement grossier du cloître, une âme dont l'élévation n'a pas été comprise, et qui le serait difficilement dans nos jours de spéculation et d'indifférence.

« Hildebrand mesure la profondeur de la plaie du corps social. A tout autre, les obstacles pour la guérir paraîtraient insurmontables ; pour Grégoire VII, c'est dans ces obstacles mêmes qu'il puise un nouveau courage, et va ranimer l'énergie de son caractère. Armé d'une force inébranlable et d'une rectitude inflexible de volonté ; cédant aussi aux maximes de ses contemporains et à l'esprit de son temps, il entreprend une lutte terrible contre son siècle et toutes les puissances de son siècle. La science a déserté le sanctuaire ; il l'y ramènera. La vertu semble être bannie de tous les coeurs ; il la rétablira dans ses droits. La justice est foulée aux pieds ; il la fera triompher. Il se croit envoyé pour opposer un front d'airain au vice, qu'il le trouve à l'autel ou sur le trône. Toujours inaccessible à la crainte, toujours au-dessus des considérations mondaines, Grégoire ne donnera point de repos à son zèle, jusqu'à ce qu'il ait réformé le palais des grands, le sanctuaire de la justice, le cloître des cénobites, et la maison de Dieu ; jusqu'à ce qu'il ait rallumé le flambeau du savoir, les flammes célestes de la piété ; fait passer dans les cœurs des souverains et des prêtres, cet amour de la justice, cette haine de l'iniquité qui, de son âme, où ces vertus surabondent, se répandent avec une sainte profusion dans ses écrits, dans ses actions, dans ses paroles, dans tout son pontificat.

« Peu lui importent les calomnies, les persécutions et la mort, pourvu qu'il abaisse toute hauteur et fasse fléchir le genou devant les lois éternelles de la justice et de la vérité. Dans ses démêlés avec les princes de la terre, on n'a voulu voir que des empiétements injustes ; on a appelé comme d'abus des saintes entreprises de ce grand pape. Que pouvait-il faire, quand les peuples, broyés sous le pressoir du despotisme insensé de leurs maîtres, venaient réclamer à genoux, comme un dernier secours et un extrême remède à leurs maux, l'exercice sévère de sa juridiction, et les foudres de ses sentences spirituelles ? Ce qui nous étonne et presque nous scandalise, n'était aux yeux du moyen âge que l'exercice d'un juste droit et l'accomplissement nécessaire d'une mission divine. Or, combattre pour établir partout le règne de la justice, de la science et de la vertu, qu'est-ce autre chose que de combattre pour civiliser le monde ? Ce furent là les combats de Grégoire VII, et le sujet pour lui d'une gloire immortelle.»

 

En lisant ces lignes si calmes, si épiscopales, dans lesquelles est béni avec tant d'amour le nom de ce Grégoire que nous avons vu poursuivi avec tant d'acharnement dans les pages qui précèdent, ne semble-t-il pas au lecteur catholique qu'il se repose avec suavité dans une paix qui ne sera plus troublée ? Après ce mandement, on peut le dire, la bataille est gagnée ; il n'y a plus d'Alpes ; Rome et la France sont unanimes à célébrer la gloire et les vertus de Grégoire, père de la chrétienté. Tout est oublié, renouvelé ; le Christ est glorifié dans son serviteur. Mais espérons que bientôt la louange de Grégoire ne retentira plus seulement dans des discours et des instructions pastorales ; que bientôt des autels s'élèveront à sa gloire dans cette France qu'il aima et qui le méconnut trop longtemps ; qu'enfin, le jour viendra où nous chanterons tous à l'honneur de Grégoire ce bel éloge que Rome et toutes les autres églises latines entonnent dans la solennité de ces saints pontifes qui, pour leur fidélité, ont mérité d'échanger la tiare contre la couronne de l'immortalité : Dum esset summus Pontifex terrena non metuit ; sed ad cœlestia regna gloriosus migravit.

 

Si maintenant, selon notre usage, nous en venons à tirer les conséquences des faits consignés au présent chapitre, elles se présentent en telle abondance, qu'il nous faudrait consacrer un chapitre entier à les recueillir ; mais nous nous bornerons à celles qui rentrent directement dans notre sujet.

 

La première,que nous offrons à ceux de nos lecteurs qui ne comprendraient pas encore toute l'importance de la science liturgique, est que néanmoins, ainsi qu'ils ont pu le voir, un seul fait liturgique a suffi pour mettre en mouvement la plus grande partie de l'Europe et pour occuper la plupart des gouvernements, au dix-huitième siècle ; en sorte que, pour raconter de la manière la plus succincte, l'histoire d'une page du Bréviaire romain, il nous a fallu ajouter soixante pages à cette histoire, déjà si abrégée, de la Liturgie.

 

En second lieu, on a pu remarquer avec quel soin la divine Providence s'est servie de la liturgie comme du seul moyen qui restât au Saint-Siège de sauver l'honneur d'un de ses plus grands pontifes, à une époque où tout autre moyen que la rédaction officielle de sa légende eût été impuissant à prévenir la prescription contre sa gloire.

 

En troisième lieu, on a été à même de voir comment un clergé, isolé de Rome, même dans des choses d'une importance secondaire, porte toujours la peine de cet isolement par les contradictions en lesquelles il se précipite, victime de la position fausse où il s'est placé.

 

En quatrième lieu, c'est un spectacle instructif de voir les magistrats séculiers s'arroger tout naturellement, sur les choses de la Liturgie, le pouvoir qu'ils refusent à Rome sur ce point, et raisonner d'ailleurs avec justesse sur l’autorité que donne immanquablement à un fait et à une maxime, son insertion dans les livres liturgiques de l'Eglise romaine.

 

DOM GUÉRANGER INSTITUTIONS LITURGIQUES : CHAPITRE XXI : SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE, DURANT LA PREMIERE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIECLE. — AFFAIRE DE LA LEGENDE DE SAINT GRÉGOIRE VII

 

Cardinal de Bonald

Cardinal de Bonald, par Flandrin, Archevêché de Lyon

Publié dans : Institutions Liturgiques par Dom Guéranger
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 12:30

Il nous tarde de finir le honteux récit des outrages qu'eut à subir en France, au XVIIIe siècle, la mémoire de l'incomparable pontife.

 

Hâtons-nous donc de dire que l'évêque de Montpellier, dans son courroux contre l'Assemblée qui avait refusé de s'associer à ses fureurs, attaqua violemment son collègue l'évêque de Nîmes, dans une lettre pastorale, en date du 30 novembre 1730, où il s'efforce de montrer la contradiction, évidente en effet, entre la harangue du prélat et l'adresse de l'Assemblée au roi : "Dans la harangue, dit-il, on donne pour maxime que le règne de Sa Majesté est fondé sur la catholicité, et qu'il doit toujours se soutenir sur les mêmes principes ; d'où il est aisé de conclure que si un prince avait le malheur de tomber dans l'hérésie, le pape serait en droit de le déposer, et les peuples seraient dispensés de lui obéir !"

 

D'un autre côté, le parlement de Paris, soulevé d'indignation, préparait une procédure contre la harangue, et faisait faire, par son président, des remontrances au roi sur les principes attentoires à la majesté royale que l'orateur y avait professés : tout faisait présager un orage. L'esprit pacifique du cardinal de Fleury parvint, cette fois encore, à l'apaiser, et le roi s'en tint à déclarer au parlement qu'il évoquait l'affaire à son conseil. Tout se termina là ; les vagues tombèrent peu à peu ; mais la France demeura en dehors de la catholicité, quant au culte d'un saint pape. On put voir alors tout le chemin qu'on avait fait depuis 1682.

 

Si nous recherchons maintenant ce qui se passait dans plusieurs autres contrées de l'Europe, au sujet de la Légende, nous rencontrons des faits singulièrement humiliants pour nous autres Français ; il est triste, en effet, de voir les adversaires de l'Église et les hérétiques eux-mêmes s'unir à nous pour anéantir le culte d'un saint.

 

Naples avait eu la gloire de porter le premier coup au Siège apostolique dans cette déplorable circonstance. Cette ville et son État appartenaient alors à l'empereur, qui  y entretenait un vice-roi. Ce personnage, nommé le comte de Harrach, ayant eu connaissance de l'entrée de la légende dans ce royaume, s'empressa d'en dénoncer la publication au tribunal napolitain dit du Collatéral, où on ne manqua pas de la traiter comme un délit, et le vice-roi, le 3 mars 1729, adressait à son souverain un long rapport, dans lequel, après avoir discuté longuement les graves dangers qui s'ensuivaient tout naturellement pour la couronne impériale du seul fait de la légende, il s'exprimait en ces termes :

« De tous ces grands et insupportables préjudices, qui naissent en général de la publication des susdites leçons contre l'indépendance de la souveraineté, et en particulier contre les droits royaux de Votre Majesté, comme empereur, il nous paraissait s'ensuivre naturellement qu'il était du devoir de notre charge qu'imitant la coutume et l'adresse de la cour romaine, nous eussions défendu ces leçons, ordonnant aux évêques de ne les point insérer dans les bréviaires. Mais ayant fait réflexion que nonobstant cette défense, les ecclésiastiques auraient continué de les réciter, et que la prohibition d'un office aurait causé du scandale à ce peuple trop superstitieux, et que la cour de Rome, profitant de ce mécontentement, aurait suscité d'autres inconvénients qui nous auraient après obligés à prendre de plus grands engagements, le tribunal du Collatéral fut d'avis de ne point défendre de réciter les leçons, et qu'il était même plus à propos de ne faire paraître aucun ressentiment, pour ne pas faire connaître aux simples et aux ignorants le venin caché qu'elles renferment, et qu'il suffirait a ordonner que les imprimeurs fussent emprisonnés et tous les exemplaires fussent supprimés ; et cela, sur le seul motif qu'on   avait  introduit,  réimprimé,  vendu ces leçons sans ma permission, et celle du Collatéral, contre la Pragmatique de ce royaume, d'autant plus qu'elles étaient imprimées avec la permission des supérieurs ecclésiastiques, quoiqu'on n'eût pas permis de la donner.»

 

Après la prohibition de la légende de saint Grégoire VII, par le vice-roi de Naples, vient celle que fit, peu de jours après, l'hérétique archevêque d'Utrecht, Corneille-Jean Barchman, par un mandement en date du 12 mai 1730. Il tient dans cette pièce scandaleuse le même langage que nous avons remarqué dans les mandements des évêques d'Auxerre, de Montpellier, de Troyes. Ce sont les mêmes injures grossières contre le chef de l'Église, le même mépris de ses ordonnances : "Si la loi de la prière, dit Barchman, doit établir celle de la foi, les évêques sont obligés de veiller pour empêcher que rien ne se glisse dans les prières publiques qui puisse corrompre insensiblement la loi de la foi. Si on lit dans l'Église l'histoire des saints, afin qu'en considérant la fin de la vie de ceux qui nous ont annoncé la parole de Dieu, nous imitions leur foi et nous suivions leurs exemples, d'autant plus dignes d'être imités, que la piété y paraît d'une manière plus excellente ; il faut prendre garde de ne rien louer dans les divins offices, que nous ne devions approuver et imiter même, lorsque l'occasion s'en présentera."

 

Le mandement se termine par ces paroles : " A ces causes, pour défendre la doctrine de l'Église catholique par rapport à la distinction des deux puissances; pour conserver autant qu'il est en nous, à la puissance civile, son indépendance de la puissance spirituelle : pour donner à nos seigneurs les États généraux, suprêmes modérateurs de notre république, des preuves de la fidélité que nous leur devons, sans affaiblir en rien le respect que  nous devons  au  Saint-Siège apostolique, nous défendons de réciter l'office de saint Grégoire VII, tant publiquement dans les églises qu'en  particulier, à tous ceux qui sont obligés aux heures canoniales. La grâce de Dieu soit avec vous tous. Ainsi soit-il."

 

Lorsqu'un prélat qui se prétendait catholique, malgré l'Église, se livrait à de pareils excès, il n'y a plus lieu de  s'étonner qu'un gouvernement protestant ne voulût pas demeurer en retard et se ruât avec violence contre la mémoire du saint pape. Ce n'est donc pas là ce qui doit nous surprendre; mais ce qui est humiliant, c'est d'être forcé de reconnaître que ce gouvernement protestant, dans ses mesures hostiles à notre foi et aux objets de notre vénération, ne se montre pas plus hostile que diverses puissances de la communion romaine. Voici l'arrêt que les États généraux des Provinces-Unies firent publier et afficher, dans toutes les villes de la confédération. Il est daté du 20 septembre 1730 : 

« Les États de Hollande et de West-Frise, à tous ceux qui ces présentes verront, salut.

« Comme nous avons appris qu'on abuse de notre indulgence à conniver l'exercice du service divin des catholiques romains, sans faire exécuter à divers égards les placards émanés ci-devant contre cet exercice, juste qu'au point qu'on imprime publiquement, dans notre pays de Hollande et de West-Frise, pour l'usage des églises romaines, soit séparément, soit avec ou à la fin de ce qu'on appelle Directorium ou bréviaire, l'office ainsi nommé du pape Grégoire VII, arrêté à Rome par l'autorité papale, le 25 septembre 1728 ; quoique ledit office exalte comme une action louable l'entreprise de ce pape, pour avoir excommunié un empereur des Romains, a privé ce prince de son royaume et absous ses sujets de la fidélité qu'ils lui avaient promise, et qu'on ne puisse ignorer que diverses puissances de la communion romaine regardent cette entreprise de Grégoire VII comme si séditieuse, si contraire à la tranquillité publique, et d'une suite si dangereuse, qu'elles ne permettent pas qu'on  en  fasse  aucun  usage dans   leurs royaumes et Etats.

« A ces causes, après une mûre délibération, nous avons jugé à propos, pour la conservation de la tranquillité commune, et pour la sûreté de la régence et de la véritable religion réformée, de statuer et d'ordonner contre les entreprises et les machinations des adhérents du Siège de Rome, comme nous statuons et ordonnons par la présente :

« Premièrement, qu'on ne pourra faire le moindre usage dans notre pays de Hollande et de West-Frise, soit en public, soit en particulier, dudit office du pape Grégoire VII, sous peine que les prêtres catholiques romains qui y contreviendront, seront punis sans aucune rémission comme perturbateurs du repos public, et que les églises de la religion romaine, chapelles ou autres assemblées dans lesquelles on fera à l'avenir usage dudit office, seront fermées pendant six mois.

« En second lieu, qu'on ne pourra réimprimer dans notredit pays, ou y apporter du dehors ledit office, pour y être débité ou vendu, soit séparément, ou tel qu'il est imprimé à la fin dudit Directorium de la Messe et autres cérémonies de l'Église romaine, et qu'on ne pourra faire aucune mention dudit office dans les éditions suivantes dudit Directorium ; le tout sous peine d'une amende de mille florins contre celui qui y contreviendra, dont la moitié appartiendra à l'officier, et l'autre au dénonciateur, et d'être privé de son trafic.

« Chargeant et ordonnant à tous officiers, juges et justiciers de notredit pays, d'exécuter et de faire exécuter notre présent placard et commandement, et de procéder et de faire procéder sans aucune grâce, faveur ou dissimulation, contre ceux qui y contreviendront; nous voulons qu'il soit publié et affiché partout où besoin sera. Fait à La Haye, le 20 septembre 1730.»

(Gazette de Hollande, 3 octobre 1730.)

 

Nous trouvons, en 1750, une circulaire partie du cabinet impérial, et adressée aux  évêques des Pays-Bas, leur enjoignant de supprimer au bréviaire l'office de saint Grégoire VII. Le clergé de Belgique, déjà mécontent du joug  autrichien, ne  paraît pas avoir mis une grande importance à cette  prohibition, puisque, suivant l'abbé Grégoire (Essai sur les Libertés de l'Église gallicane, page 110.), le gouvernement de Vienne fut obligé de renouveler la proscription de la légende, en 1774. Il est inutile, sans doute, de faire observer que Joseph II se montra impitoyable contre le culte du fougueux Hildebrand ; au reste, saint Grégoire VII ne fut pas le seul saint pontife qu'il poursuivit au bréviaire. On cite, sous la date de 1787, une ordonnance de la régence de la basse Autriche, supprimant, au Bréviaire des chanoines réguliers, divers passages de l'office de plusieurs saints papes, entre autres celui-ci dans la cinquième leçon de saint Zacharie, au 15 mars : Consultus a Francis, regnum illud a Chilperico viro stupido et ignavo, ad Pipinum pietate et fortitudine prœstantem auctoritate Apostolica transtulit. Cet office de saint Zacharie n'est pas au Bréviaire romain proprement dit, mais fait simplement partie des offices propres du clergé de la ville de Rome.

 

Pour en revenir à la légende de saint Grégoire VII, elle a fini néanmoins par triompher, en Autriche, du mauvais vouloir des gouvernants, à la condition toutefois de subir, de par la police, une ridicule formalité. Nous ignorons à quelle époque précise a été statuée cette condition, mais tous les bréviaires romains imprimés dans les Etats  de l'Autriche depuis le commencement de ce siècle, qui nous sont tombés entre les mains, sont remarquables par une mutilation très curieuse. Elle consiste d'abord dans la suppression de ces paroles qui terminent la cinquième leçon : Contra Henrici Imperatoris impios conatus, fortis per omnia athleta impavidus permansit, seque pro muro domui Israël ponere non timuit, ac eumdem Henricum in profundum malorum prolapsum, fidelium communione, regnoque privavit, atque subditos populos fide ei data liberavit.

 

Enfin, la censure impériale, franchissant toutes mesures, non contente d'avoir à jamais assuré la couronne des Césars contre les entreprises de la papauté, et garanti ainsi l'inamissibilité du trône de tout envahissement de la liturgie, la censure, disons-nous, a décrété en même temps l'impeccabilité impériale ; ce qui a bien aussi son mérite pour ce monde et surtout pour l'autre. La sixième leçon est donc maintenue dans son entier, sauf un seul mot : l'épithète iniqui appliquée à Henri de Germanie ! Rome et toutes les églises qui obéissent à ses décrets sur la Liturgie, lisent cum ab INIQUI Henrici exercitu Romœ gravi obsidione premeretur ; dans les États d'Autriche, il faut imprimer et lire simplement : Cum ab Henrici exercitu Romœ, etc. Ceci ne rappelle-t-il pas tout naturellement ce qui se passa à Milan, il y a quelques années, quand on vit un mandement du cardinal-archevêque, à l'occasion de la mort de l'empereur François II, repris par la censure, parce que le prélat y exhortait les fidèles à prier pour un souverain bien-aimé qui, malgré toutes ses vertus, pouvait néanmoins avoir contracté quelques taches de l'humaine faiblesse ?

 

Nous voyons encore, au XVIIe siècle, la mémoire de saint Grégoire VII outragée dans un État catholique, en Portugal.

 

DOM GUÉRANGER INSTITUTIONS LITURGIQUES : CHAPITRE XXI : SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE, DURANT LA PREMIERE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIECLE. — AFFAIRE DE LA LEGENDE DE SAINT GRÉGOIRE VII

 

M. l'abbé Grégoire

Publié dans : Institutions Liturgiques par Dom Guéranger
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 12:30

La nouvelle de ce bref arriva bientôt en France et ne tarda pas d'exciter la fureur des suppôts du gallicanisme.

 

Le parlement de Paris rendit en date du 23 février 1730, un arrêt contre la publication, distribution et exécution de ce bref, ainsi que de ceux qui avaient été lancés contre les évêques. Cette cour exhalait son indignation par le ministère de son fidèle organe, Gilbert de Voisins, qui s'exprimait ainsi dans le début de son réquisitoire :

« Après l'arrêt solennel que la cour rendit, au mois de juillet dernier, sur nos conclusions, à l'occasion de l'office de Grégoire VII, nous avions lieu de croire que nous n'aurions plus d'autre devoir à remplir sur cet objet, et que la cour de Rome nous en laisserait insensiblement perdre la mémoire.

« Mais nous reconnaissons, avec douleur, combien nos espérances ont été trompées, à la vue d'un bref de Rome, que nous avons entre les mains, et dont on peut dire qu'il réduit en pratique la doctrine répandue dans l'office de Grégoire VII, en cassant, par l'autorité pontificale, tous édits, arrêts, ordonnances, et autres actes émanés à ce sujet des puissances séculières, même souveraines. Ce bref entreprend de soumettre au sacerdoce l'empire temporel des souverains. Il exerce une autorité suprême sur des actes revêtus du caractère de leur pouvoir. Il attaque leur indépendance jusque dans ses fondements, et tend à leur ôter la voie de la défendre.»

 

Toutefois, l'arrêt du 23 février 1730, quoique rendu dans les formes et imprimé, ne fut pas publié : défense expresse en fut intimée au parlement de la part du cardinal de Fleury. Déjà, dès les premiers jours du mois de décembre 1729, le chancelier avait écrit aux gens du roi de tous les parlements, de ne faire aucun réquisitoire concernant les libertés de l'Église gallicane, sans avoir auparavant consulté la  cour ; il  avait même déclaré en termes exprès à l'avocat général du conseil supérieur de Roussillon, qu'il fallait aller doucement et qu'on n'était pas en position de soutenir cette affaire.

 

Cette conduite du gouvernement, opposée au voeu de la magistrature, s'expliquera facilement, si l'on se rappelle la situation du pouvoir royal à cette époque. Sans doute, les maximes qui avaient prévalu depuis longtemps à la cour de Versailles, ne permettaient pas qu'on tolérât dans les églises du royaume l'usage de la légende de saint Grégoire VII ; mais, d'autre part, un éclat contre Rome eût ameuté le parti janséniste, qui ne demandait qu'à se ruer contre cette autorité sacrée que la couronne de France trouvait encore bonne à conserver. Les pamphlets jansénistes du temps retentissaient des accents de jubilation du parti qui se croyait à la veille de voir rapporter, par le fait de la suppression de la légende, l'odieuse condamnation de la proposition XCI de Quesnel ; mais la cour avait besoin de la bulle Unigenitus pour contenir la séditieuse phalange des nouveaux calvinistes, tandis que, d'autre part, les quatre articles de 1682, en vain révoqués par Louis XIV, lui semblaient le palladium de l'autorité royale. Ce n'était donc ni des mandements déclamatoires, ni des arrêts fanatiques qu'il lui fallait, mais tout simplement une résolution prise à l'amiable par le clergé, de supprimer sans bruit la. légende. Ainsi la cour l'entendit, ainsi fut-elle docilement comprise dans toute l'Eglise de France, en sorte que jusqu'à la destruction de l'ancienne société, en 1789, pas une église séculière ou régulière n'avait pu inaugurer le culte du grand pontife Grégoire VII.

 

Donnons  encore quelques traits de cette déplorable histoire.

 

L'évêque d'Auxerre, toujours ardent à la défense de la double cause gallicane et janséniste, sentant aussi la fausse position de la cour et de l'épiscopat dans leur résolution d'ensevelir la légende sans éclat, s'agitait en désespéré pour accroître le bruit. Il présentait requête au parlement de Paris contre le bref qui avait flétri son mandement, ayant préalablement pris l'avis d'un conseil auquel ne siégeaient pas moins de cent avocats. Peu de jours après, le 11 février 1730, il adressait ses doléances au roi, dans une longue lettre où il cherche à exciter le zèle du monarque contre les entreprises de la cour de Rome. Il n'obtint cependant pas l'éclat qu'il désirait, car le 18 février le cardinal de Fleury écrivit aux gens du roi la lettre suivante, qui montra que la politique du moment était de s'en tenir à la paix :

« Je n'ai rien à ajouter, Messieurs, à ce que j'écris à M. le premier président ; et je m'en remets aussi aux ordres du roi, que M. le Chancelier vous communiquera. Il suffit, dans les conjonctures présentes, que l'essentiel, c'est-à-dire les maximes du royaume, soient à couvert : et la prudence demande qu'on ne cherche pas à irriter le mal, plutôt que de le guérir. Le roi veut, surtout, qu'il ne soit fait aucune mention de la requête, ni du mandement de M. l'évêque d'Auxerre. Il devait savoir qu'avant de le publier, il convenait qu'il sût les intentions de S.  M. sur une matière aussi délicate, et concerter la manière dont il s'expliquerait ; et il est encore plus indécent qu'il fasse signer sa requête par une foule d'avocats. Ce procédé tient beaucoup plus d'une cabale que d'un véritable zèle.»

 

Or l'année 1730 devait voir réunie l'Assemblée générale du clergé, et chacun pensait en soi-même combien alors serait embarrassante la situation des prélats dans cette conjoncture délicate. S'élèveraient-ils contre la légende ? la passeraient-ils entièrement sous silence ? Tel était le problème difficile qui restait à résoudre. En attendant, soit hasard, son intention, l'Assemblée s'ouvrit à Paris le 25 mai, jour même de la fête de saint Grégoire VII. Le 22 juin suivant, le cardinal de Fleury s'étant présenté à l'Assemblée, et ayant pris la place du président, Son Éminence, dans un discours sur la situation des affaires ecclésiastiques dit, entre autres choses :

" Que personne n'ignorait avec quel artifice et quelle mauvaise foi les novateurs cherchaient à répandre d'injustes soupçons contre le clergé de France, comme si, en se déclarant aussi solennellement qu'il a fait en faveur de la Bulle Unigenitus, il eût eu intention secrète de favoriser des opinions aussi injurieuses à l'indépendance du pouvoir temporel de nos rois, qu'opposées aux anciennes maximes que les évêques de France avaient, dans tous les siècles, si constamment défendues ; que, quoique cette indigne a accusation ne fût pas revêtue de la plus légère ombre de vraisemblance, il lui paraissait cependant que, pour ôter à leurs ennemis le dernier retranchement qu'ils avaient imaginé pour affaiblir l'autorité des jugements prononcés contre eux, il était de l'honneur du clergé de s'expliquer sur cette calomnie d'une manière à leur fermer la bouche et à découvrir toute leur malignité."

(Procès-verbaux du clergé. Tome VII, page 892. )

 

L'archevêque de Paris, Charles de Vintimille, dans sa réplique au cardinal, répondit en ces termes sur l'article en question :

" A l'égard de nos maximes sur le temporel de nos rois et la fidélité que nous leur devons, qui est-ce qui les a plus à cœur et qui les annonce avec plus de zèle que le clergé de France ? Vous savez, Monseigneur, et j'avais eu l'honneur de vous le dire en particulier, ce que pensent tous ceux qui composent cette illustre Assemblée, qui avait résolu de ne point se séparer sans s'expliquer d'une manière à fermer la bouche à un parti opiniâtre qui, dans le temps qu'il méconnaît l'autorité de l'Église et celle du roi, ose se couvrir d'un prétendu zèle pour ces mêmes maximes."

(Procès-verbaux du clergé. Tome VII, page 894.)

 

Nous ne tarderons pas à voir comment l'Assemblée se tira de ce pas difficile : mais, en attendant la décision, un incident remarquable la força de prendre position sur le fait même de la légende. L'évêque d'Auxerre avait imaginé d'adresser une lettre à l'Assemblée, pour lui remontrer l'obligation où elle était de sévir contre la scandaleuse entreprise de Rome, et ramenait dans l'affaire la condamnation de la proposition XCI de Quesnel. L'Assemblée, ayant refusé d'entendre la lecture de la lettre, prit les résolutions suivantes que nous empruntons à son procès-verbal :

« La Compagnie a unaninement témoigné qu'elle avait un juste sujet de se plaindre de la conduite de monseigneur l'évêque d'Auxerre, qui croyait devoir exciter le zèle de l'Assemblée pour le maintien des droits sacrés attachés à l'autorité royale, comme si elle méritait d'être soupçonnée d'en manquer.

« Que cette conduite de monseigneur l'évêque d'Auxerre était d'autant moins convenable, que ce prélat s'ingérait à faire des  exhortations à une assemblée qui n'en avait pas besoin, et dont il ne pouvait ignorer les sentiments ; tandis qu'il était lui-même dans une désobéissance ouverte à l'autorité de l'Église, dont il rejetait les décisions ; qu'il se trouvait par là réfractaire aux ordres du roi, qui, comme protecteur de l'Église, employait son autorité à en faire exécuter les lois.

« Que l'Assemblée comprenait, sans peine, que le motif qui avait porté monseigneur l'évêque d'Auxerre à lui écrire, n'était que pour se  donner la liberté de s'élever contre la constitution Unigenitus ; mais que ce n'était pas sans indignation que l'Assemblée voyait à quels excès il s'était ci-devant porté contre un jugement dogmatique de l'Église universelle, auquel tout évêque, comme tout fidèle, doit adhérer  de cœur et d'esprit.

« Que l'Assemblée, au surplus, était justement scandalisée de ce que ce prélat prétend qu'il y a une  liaison entre la constitution Unigenitus et l'opinion qui combat l'indépendance de nos rois et de leur couronne, en ce qui concerne le temporel : enfin que, par toutes ces raisons, l'Assemblée ne devait point permettre qu'on lût la lettre que monseigneur l'évêque d'Auxerre lui avait adressée.»

(Procès-verbaux du clergé. Tome VII, page 1062.)

 

Peu de jours après, l'Assemblée eut à s'occuper de la lettre que l'évêque de Montpellier avait écrite au roi, le 3i décembre 1729,au sujet de la légende, et dans laquelle il cherchait à jeter des nuages sur les intentions des prélats qui n'avaient pas jugé à propos de prohiber, par mandements, le culte de saint Grégoire VII. Jalouse de se justifier du soupçon d'indifférence pour les droits de Sa Majesté, l'Assemblée arrêta le plan d'une adresse à Louis XV, qui fut rédigée  et signée  sous la date du 11 septembre. Les prélats s'y plaignaient amèrement des insinuations de l'évêque de Montpellier contre leur fidélité, et disaient entre autres ces paroles remarquables :

« C'est par de vaines déclamations et par des imputations calomnieuses, que M. l'évêque de Montpellier croit pouvoir faire oublier ses excès, et couvrir, à l'ombre d'un zèle amer et déplacé, les erreurs qu'il débite, et le scandale qu'il cause dans l'Église. Cet artifice n'est pas nouveau; tous les sectaires l'ont mis en usage ; les ennemis de l'unité s'en servent aujourd'hui, et leur dessein est aisé à pénétrer. Occupés depuis seize ans à soulever les magistrats et les peuples contre l'autorité de la constitution, et à rendre méprisables ceux qui l'ont reçue, ils ont saisi l'occasion de la légende de Grégoire VII ; légende qui n'a été adoptée dans votre royaume par aucun évêque, et dont l'usage n'a été et ne sera permis dans aucun de nos diocèses : ils ont cru pouvoir, par des réflexions malignes et captieuses, rompre l'union et le concert qui règnent entre les deux puissances, et, à la faveur des divisions qu'ils tentent d'exciter, se mettre à couvert de l'une et de l'autre ; ils ont voulu, par une diversion sur les contestations qu'ils s'efforcent de réveiller, faire perdre de vue l'intérêt commun de l'Église et de l'État, qui consiste à conserver l'unité de la foi, et à ramener ou à soumettre ceux qui la violent.

« On affecte, Sire, de mettre une indifférence entre la puissance de Louis XIV et la vôtre : c'est un trait également injurieux à Votre Majesté et à votre auguste bisaïeul : héritier de son trône et de ses vertus, devenu l'amour de vos peuples en naissant, sans avoir jamais éprouvé aucune contradiction, ni domestique, ni étrangère, que pourrait-il manquer à Votre Majesté, pour soutenir ses droits, comme il soutenait les siens ? Mais, en  les  soutenant,  ce   grand  roi n'oublia jamais   les sages ménagements que la religion inspire.»

(Procès-verbaux du clergé. Tome VII, page 1074.)

 

Voilà sans doute quelque chose de positif. Point de mandements contre la légende de saint Grégoire VII, que l'Église gallicane appelle ici simplement Grégoire VII, dans une occasion où il s'agit précisément du culte décerné à ce saint pontife, protestant ainsi contre le martyrologe et contre l'autorité qui promulgue le calendrier catholique ; point de mandements individuels et passionnés, mais la résolution prise, en corps, froidement et d'autorité, par l'assemblée, d'étouffer ce culte, d'arrêter l'effet des volontés apostoliques ; de se mettre, par une désobéissance flagrante au Saint-Siège, dans une situation analogue à celle de l'évêque d'Auxerre dont on signalait l'esprit de révolte. Sans doute cette désobéissance de l'Assemblée aux ordres du pape, n'avait lieu que sur un point de simple discipline ; mais croyait-on pouvoir conserver longtemps dans le clergé les liens de la subordination, quand on les brisait si aisément à l'égard du pontife qui, d'après la doctrine même de 1682, rend les décrets qui obligent toutes les Eglises ? Rome dissimula l'outrage ; mais elle maintint courageusement la légende. Un siècle s'est écoulé depuis, et voilà qu'une auréole de gloire environne le nom de ce Grégoire VII que l'assemblée refusa d'appeler saint, et la voix publique salue avec acclamation celui dont les prélats de 1730 se faisaient honneur d'avoir banni la mémoire de leurs diocèses. Certes, si la patience de Dieu est d'autant plus imposante qu'il en puise le motif dans son éternité, combien est sublime celle de sa noble épouse, notre mère, la sainte Église romaine, dont le temps vengea toujours l'injure !

 

Cette adresse déplorable était signée de quatorze archevêques et évêques de l'Assemblée, et de dix-neuf députés du second ordre. Un seul nom y manquait. C'était celui de Jean-César de La Parisière, évêque de Nîmes. Ce prélat, zélé contre le jansénisme et honoré de la haine de la secte, fut un de ceux qui osèrent maintenir le Bréviaire romain dans leurs églises, au milieu de l'innovation liturgique. Dans l'Assemblée de 1730, il vit de bonne heure tout ce que la conduite de ses collègues contre la légende de saint Grégoire VII renfermait de contraire à l'honneur du Siège apostolique, et malgré tout l'éloignement qu'il professait pour la personne et les doctrines de l’évêque de Montpellier, il osa refuser de prendre part à la délibération qu'on tint au sujet de la lettre de ce prélat au roi, et dans laquelle on concerta l'adresse dont nous venons de parler. Son isolement à l'égard de tout ce qui se passa dans cette affaire est expressément attesté dans le procès-verbal de l'Assemblée (page  1073).

 

Nous ignorons comment il se put faire que ce prélat, qui avait refusé de partager avec ses collègues la responsabilité de l'adresse qu'ils présentèrent à Louis XV pour l'assurer de la fidélité qu'ils lui garderaient aux dépens même de l'obéissance jurée au Saint-Siège, fut néanmoins choisi pour rédiger et prononcer la harangue au roi, par laquelle se terminaient d'ordinaire les Assemblées du clergé. Quoi qu'il en soit, cette harangue courageuse et indépendante roulait uniquement sur les maux de l'Église. L'évêque de Nîmes y signalait avec une éloquence apostolique  les entreprises des  magistrats contre   la  liberté ecclésiastique et l'insolence de la secte janséniste, enhardie par une telle protection ; et, rappelant l'obligation pour un roi chrétien de défendre le clergé, il disait ces belles paroles :

« C'est pour cela, Sire, que votre trône, qui, depuis qu'un saint Pontife le consacra, en arrachant le grand Clovis au paganisme, n'a jamais été profané par l'erreur, est une ressource si sûre et si nécessaire pour nous, et que le droit qu'il vous a donné de nous protéger est le plus auguste de tous vos titres. Nous venons à vous pour maintenir l'ouvrage de Jésus-Christ même, et pour nous conserver la liberté d'un ministère dont l'usurpation et la violence peuvent bien arrêter l'exercice, mais qu'on ne saurait essentiellement nous ravir.

« Tout ce qui n'est qu'humain peut être à la merci des hommes ; mais pour le dépôt de la foi, et notre juridiction qui en est une suite nécessaire, c'est notre trésor, notre gloire, notre engagement : nous ne pouvons jamais consentir qu'on nous l'enlève ; nous en sommes redevables à Dieu, à l'Église, aux peuples, à Votre Majesté, dont le règne est fondé sur la catholicité, et doit toujours se soutenir sur les mêmes principes.»

 

C'était le dernier soupir de l'antique liberté qui s'exhalait dans ces fortes paroles : Votre Majesté, dont le règne est fondé sur la catholicité. Jamais plus un seul mot dans les actes du clergé français ne rappela cet axiome de l'ancien droit de la chrétienté, qu'une nation catholique ne pouvait être gouvernée que par un prince catholique.

 

Ce mot si court, si simple, mais si profond que l'évêque de Nîmes avait jeté dans sa harangue, était d'ailleurs la seule allusion qu'elle renfermât à l'affaire de la légende de saint Grégoire VII ; mais on ne pouvait désavouer avec plus de délicatesse tout ce qui s'était fait contre l'héroïque pontife qu'en rappelant, en présence du roi même, qu'il y avait encore quelque chose au-dessus de sa couronne : l'intérêt de la catholicité. Certes, la harangue ferait oublier l'adresse, si on n'était contraint de voir dans la harangue le fait d'un seul évêque, et dans l'adresse la résolution prise et observée, jusqu'à la fin, par les représentants du clergé d'alors, d'anéantir le culte de saint Grégoire VII. Or ceci se passait en 1730 ; et avant la fin du même siècle, cette royauté qui avait voulu être inamissible, était déclarée abolie à jamais. Le successeur de Louis XV, atteint du vertige dont Dieu semblait avoir frappé ceux de sa race, après s'être vu entraîné à sanctionner des actes qui anéantissaient l'Église, montait sur un échafaud, sans que sa loyauté, sa vertu, ni son repentir, fussent capables de sauver les principes monarchiques éclipsés pour de longues années encore, tandis que, ramené en triomphe, saint Grégoire VII reparaît avec une majesté inouïe et partagera désormais avec Charlemagne le titre sublime de fondateur de la société européenne.

 

Il nous tarde de finir le honteux récit des outrages qu'eut à subir en France, au XVIIIe siècle, la mémoire de l'incomparable pontife.

 

DOM GUÉRANGER INSTITUTIONS LITURGIQUES : CHAPITRE XXI : SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE, DURANT LA PREMIERE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIECLE. — AFFAIRE DE LA LEGENDE DE SAINT GRÉGOIRE VII

 

Jean César Rousseau de la Parisière

Jean César Rousseau de la Parisière, Evêque de Nîmes, par Hyacinthe Rigaud, Musée Fabre - Montpellier

Publié dans : Institutions Liturgiques par Dom Guéranger
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 12:30

Quant à Benoît XIII lui-même, que M. de Metz appelle un saint pontife, jugement que l'histoire a du moins confirmé, il ne parut pas fort disposé à laisser croire que les actes les plus importants de son gouvernement s'accomplissaient à son insu. Nous verrons bientôt l'énergique réponse qu'il fit à ces insolentes provocations.

 

En attendant, le prélat déclare que, voulant, dans une occasion aussi importante, donner au roi des preuves de la fidélité qu'il lui a vouée, à l'empereur, à S. A. R. de Lorraine et aux autres souverains qui ont quelque portion de leurs États dans son diocèse, de l'attention qu'il aura toujours pour ce qui les intéressera, et "pour préserver les âmes commises à sa charge des illusions que le prétexte d'une piété mal entendue pourrait leur faire, il a défendu et défend à toutes les communautés et à toutes les personnes de l'un  et l'autre sexe de son  diocèse....., de réciter, soit en public, soit en particulier, l'office de Grégoire VII". Il défend pareillement à tous les imprimeurs, etc., de publier le même office. Il ordonne, de plus, que les exemplaires en seront rapportés au greffe de sa chambre épiscopale. Le tout, sous les peines de droit.

 

Les réflexions seraient ici superflues : nous continuerons donc notre récit. Encouragé par le zèle des trois prélats, le Parlement de Bretagne s'empressa de suivre les traces de celui de Paris. Le 17 août, il rendit un arrêt pour supprimer la légende. On remarquait les phrases suivantes dans le réquisitoire du procureur général :

« Permettez-moi de vous rappeler, Messieurs, que Grégoire VII est le premier de tous les papes qui ait osé faire éclater ses prétentions sur le temporel des rois, en s'attribuant ouvertement le droit imaginaire de pouvoir les déposer, et délier leurs sujets du serment de fidélité. Imagination fatale, qui ne s'est que trop perpétuée au-delà des monts, parmi des esprits à qui l'ignorance et une soumission aveugle tiennent presque toujours lieu de savoir.

« C'est cette chimère contre laquelle on ne peut être trop en garde dans ce royaume, qu'on veut réaliser aujourd'hui, en insinuant aux peuples qu'elle a servi de degré à ce pape pour parvenir à la sainteté : moyen inconnu avant lui. Et vous ne verrez, sans doute, qu'avec indignation, que ces paroles séditieuses : Contra Henrici Imperatoris, etc., marchent sur la même ligne que les paroles de vie et de paix qui sont sorties de la bouche de Jésus-Christ même.

« Quel assemblage, et que peut-on penser de cet éloge monstrueux ? si ce n'est qu'on a cru, en l'insérant dans un livre de prières, qu'il aurait plus d'effet, et ferait respecter comme permises, ces foudres que les papes se croient en droit de lancer contre les monarques ; puisque, dira-t-on, si c'était un crime, ou que cela passât leur pouvoir, on n'eût pas relevé une pareille action dont les ministres de nos autels ne peuvent que trop abuser dans leurs instructions.»

 

Comme l’on voit, les magistrats, fidèles d'ailleurs à leur omnipotence liturgique, ne se dissimulaient pas plus que les évêques d'Auxerre, de Montpellier et de Metz, la valeur et l'autorité d'une pièce insérée au Bréviaire romain, Il était aisé de prévoir que le jour n'était pas loin où l'on chercherait à rompre le lien liturgique avec Rome pour s'affranchir, ainsi qu'on l'a vu précédemment, de plusieurs choses contraires aux maximes de notre Eglise gallicane. Le jansénisme, sans doute, était pour beaucoup dans les scandales que nous racontons ; mais le simple gallicanisme y avait bien aussi sa part. On le vit clairement, lorsque le 21 août parut le mandement de Charles-François d'Hallencourt, évêque de Verdun. Ce prélat avait adhéré à la bulle Unigenitus, et dans le mandement même que nous citons, il disait expressément que l'obéissance au pape et aux évêques, dans ce qui concerne la religion, est la seule voie sûre pour le salut.

 

Écoutons maintenant ce que la doctrine de 1682 lui inspirait au sujet de la légende :

« Non, Nos très chers Frères, quelles que puissent être les fautes de l'empereur Henri quatrième, le pape n'était pas en droit de lui enlever sa couronne, ni de délier les nœuds sacrés qui attachaient ses sujets à son service. Ce fait dans lequel ce pape a si injustement excédé son pouvoir, ce fait qu'il est à présumer qu'il expia par la pénitence, ne peut être un des motifs de sa canonisation ; et, si l'on ne le regarde que comme un fait historique, ce n'est pas dans une légende de saint, ni au milieu d'un office divin, qu'il doit être cité.»

 

Voilà bien la naïveté de certains honnêtes gallicans, qui seraient tout aussi éloignés d'admettre les conséquences du système à la manière des parlements, que de ménager les prétentions ultramontaines. L'évêque de Verdun, plus catholique que celui de Montpellier, consent donc à reconnaître Grégoire VII pour saint, mais, pour se rendre compte à lui-même de la valeur de sa canonisation, il suppose ingénument que ce grand pape a fait pénitence de la déposition de Henri IV. Toutefois, cette distinction ne l'empêche pas de conclure son mandement par la même prohibition que ses trois collègues : "Dans la crainte, dit-il, que cette légende ne fasse illusion à quelques esprits faibles, et les évêques ne pouvant veiller de trop près à la sûreté des rois ; pour ensevelir autant qu'il est en nous, dans un éternel oubli, cette entreprise du pape Grégoire VII, nous avons défendu et défendons par ces présentes de réciter, soit en public, soit en particulier, l'office contenu dans ladite feuille, le tout sous les peines de droit."

 

Après cela, on ne dut pas être étonné d'entendre publier un arrêt du parlement de Metz, en date du 1er septembre, qui condamnait la légende comme l'avaient condamnée les parlements de Paris et de Bretagne. Celui de Bordeaux ne tarda pas non plus à se déclarer par un arrêt, sous la date du 12 du même mois, et on entendit même l'avocat général Dudon demander à la cour, dans son réquisitoire, qu'il lui plût de prendre certaines précautions qui pourvoient à l'avenir à ce qu'il ne se glisse rien dans les livres destinés au service divin, et autres livres de piété, qui puisse blesser les droits du roi et troubler la tranquillité de l'État.

 

L'affaire était bien loin d'être terminée par ces scandaleux arrêts : de nouveaux troubles se manifestèrent encore en plusieurs lieux. A Paris, un certain nombre de curés de la ville, faubourgs et banlieue, présentèrent requête à l'archevêque Vintimille, le 14 septembre, et lui dénoncèrent la légende. Nous ne citerons rien de cette pièce, analogue pour le fond et les termes aux mandements et arrêts que nous avons cités. Les curés concluent à supplier l'archevêque de joindre son autorité spirituelle à celle du parlement pour ordonner "ce que la religion, la justice, la fidélité au roi, et l'amour de la patrie, ne peuvent manquer d'inspirer à l'évêque de la capitale du royaume, en pareilles occasions, et singulièrement de prescrire que la Déclaration du Clergé de France, de 1682, soit inviolablement maintenue et exactement observée dans les communautés séculières et régulières, et dans toute l'étendue de ce diocèse, conformément aux lois si nécessaires qu'a établies le feu roi : que, par une action si glorieuse, il rendra un service essentiel à l'Eglise et à l'État."

 

L'archevêque, qui sentait que les jansénistes n'excitaient tout ce bruit que pour déconsidérer, s'il eût été possible, le siège apostolique,  dont les  prérogatives leur étaient d'autant plus odieuses qu'ils en avaient éprouvé les effets, eut la prudence de ne faire aucune démonstration publique contre la légende, et affecta de la passer sous silence dans  une instruction pastorale qu'il publia,  le 29 du même mois de septembre, sur les querelles religieuses du temps. Les curés signataires de la requête dont nous avons parlé, présentèrent à l'archevêque un nouveau mémoire, dans lequel ils se plaignaient amèrement  de la   rigueur  du prélat envers le parti, et revenaient encore sur la légende. Ce fut alors  que l'archevêque, si l'on en croit les Nouvelles Ecclésiastiques, leur dit avec sévérité :

« Je condamne  ce qu'on a fait à  Rome, et je   suis aussi bon serviteur du  roi que vous ; mais puisque le roi l'a fait condamner  par son  Parlement, il était  inutile  d'en parler. Si quelqu'un remue sur cela, M. l'official fera son devoir, et, s'il le faut, on abrégera les procédures en envoyant à la Grève, ce que le Prélat répéta deux fois. MM. les Curés se levèrent, disant qu'ils n'avaient point dessein de lui faire de la peine, mais de lui représenter l'état de leurs paroisses,  et le scandale  que cause la légende qui est entre les mains de plus de la moitié des prêtres du diocèse, qui récitent le Bréviaire romain.» (7 octobre 1729.)

 

Pendant que ces choses se passaient en France, Rome outragée dans ce qu'elle a  de plus cher, l'honneur des saints qu'elle invoque, et sa propre dignité qui n'étant pas de ce monde (non est de  hoc mundo), ne doit pas être sacrifiée aux  considérations humaines   et  personnelles, Rome se mit en devoir de se défendre par les armes que le Roi des rois a déposées entre ses mains. En vain, les mandements que nous avons cités, les arrêts des  parlements eux-mêmes, en condamnant la légende, avaient fait leur réserve sur la complicité de Benoît XIII, prétendant qu'il avait ignoré cet attentat, qu'il était trop vertueux, trop animé de l’esprit apostolique des premiers siècles de l'Eglise, pour s'être permis de contrarier si violemment les maximes françaises ; le saint Pontife eut à cœur de donner un solennel démenti à ces réserves infamantes. Dès le 17 septembre, on affichait dans la ville sainte un bref énergique qui commençait par ces mots :

« Comme il est parvenu à la connaissance de Notre Apostolat qu'il s'était répandu dans le vulgaire certains feuillets en langue française, avec ce titre : Mandement de Monseigneur l'évêque d'Auxerre, qui défend de réciter l'office imprimé sur une feuille volante qui commence par ces mots : Die 25 Maii. In Festo sancti Gregorii VII, Papœ et Confessoris. Donné à Auxerre, le vingt-quatre du mois de juillet mil sept cent vingt-neuf.

« Nous avons choisi pour faire l'examen de ces feuillets plusieurs de Nos vénérables frères les cardinaux et de la sainte Église romaine, et d'autres docteurs de la sacrée Théologie, lesquels, après une mûre discussion, Nous ont rapporté ce qu'il leur semblait sur cette affaire. Ayant donc entendu les avis desdits cardinaux et docteurs, Nous déclarons de la plénitude de l'autorité apostolique, les injonctions contenues dans les susdits feuillets, nulles, vaines, invalides, sans effet, attentatoires, et de nulle force pour le présent et pour l'avenir.

« Et néanmoins, pour plus grande précaution et en tant que besoin est, Nous les révoquons, cassons, irritons, annulons, destituons entièrement de toutes forces et effet, voulant et ordonnant qu'elles soient à jamais regardées comme révoquées, cassées, irritées, nulles, invalides et abolies. Défendons en outre, par la teneur des présentes, de lire ou retenir lesdits feuillets, tant imprimés que manuscrits, et en interdisons l'impression, transcription, lecture, rétention et usage, à tous et chacun des fidèles   chrétiens, même dignes d'une mention spéciale et individuelle, sous peine d'excommunication encourue ipso facto par les contrevenants, et de laquelle nul d'entre eux ne pourra être absous que par Nous, ou par le pontife romain pour lors existant, si ce n'est à l'article de la mort.

« Voulant et mandant d'autorité apostolique, que ceux qui auraient ces feuillets en leur possession, aussitôt que les présentes lettres parviendront à leur connaissance, les livrent et consignent aux ordinaires des lieux, ou aux inquisiteurs de l'hérétique perversité, lesquels auront soin de les livrer incontinent aux flammes.»

 

Telle fut la première sentence du Siège apostolique contre les oppositions françaises à la légende de saint Grégoire VII. Rome faisait voir assez, sans doute, qu'elle n'avait pas lancé à la légère cet éloge d'un si illustre pontife, et qu'elle ne reculerait pas dans la ligne qu'elle avait adoptée. Le gallicanisme n'avait cependant pas encore atteint la mesure de son audace, en France. Le 30 septembre vit paraître un mandement colossal de Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Troyes, qui venait se joindre à ses collègues d'Auxerre, de Montpellier et de Metz, et affronter les redoutables hasards d'une lutte avec l'Église romaine. Ce mandement, qui était tout un gros livre, avait été facile à rédiger. L'auteur s'y était tout simplement proposé d'établir la doctrine du premier article de la Déclaration de 1682, et pour cela, il avait cru suffisant de traduire en français assez lourd, plusieurs des pages que son oncle a consacrées à cette matière, dans la Défense encore inédite de la Déclaration du Clergé de France. Nous ne citerons que quelques lignes de cet énorme factum tout rempli d'injures brutales contre les souverains Pontifes :

« Vous sentez, mes chers frères, à ce simple exposé, dit le Prélat, tout le poison dont cette feuille est remplie ; vous en comprenez tout le danger, vous apercevez sans peine les maximes qu'on voudrait vous inspirer, en vous proposant de célébrer dans vos jours de fête des actions qui auraient dû demeurer ensevelies dans un éternel oubli, et qui ne peuvent que déshonorer leurs auteurs ; de consacrer par un culte public la mémoire d'une sanglante tragédie, et de canoniser dans les offices de l'Église comme inspirée par le Saint-Esprit, une conduite entièrement opposée à l'Évangile, à l'esprit de Jésus-Christ et de la sainte Église.»

 

L'évêque de Troyes finissait par défendre, dans tout son diocèse, l'usage de la légende, pour donner au roi de nouvelles preuves de son attachement à sa personne sacrée, de son zèle pour la défense des droits de sa couronne et pour le maintien de la tranquillité de son royaume; enfin, pour préserver le troupeau de Jésus-Christ des illusions d'une fausse piété.

 

Rome ne pouvait demeurer impassible à ces nouveaux outrages. Un second bref, portant condamnation du mandement de l'évêque de Metz, et conçu dans les mêmes termes que celui qui avait été lancé contre l'évêque d'Auxerre, fut solennellement publié et affiché dans Rome, le 8 octobre.

 

En France, ces actes apostoliques ne ralentissaient pas le zèle des ennemis de Rome. Le scandale d'un nouveau mandement contre la légende éclatait à grand bruit. Voici en quels termes Honorat de Quiquerand de Beaujeu, évêque de Castres, s'exprimait sur la légende, dans une lettre pastorale du 11 novembre 1729 : "Je ne puis me résoudre de traduire ici des paroles plus propres à scandaliser les bons Français, qu'à édifier les bons catholiques.» Nous ne le suivrons pas dans le cours de ses banales déclamations, au milieu desquelles il cherche à insinuer que des motifs humains pourraient  bien avoir dicté seuls la canonisation de Grégoire VII, et nous nous hâtons d'arriver à la conclusion, dans laquelle le prélat déclare que, pour prévenir autant qu'il dépend de lui les impressions qu'une fausse maxime pourrait faire sur les esprits de toutes les personnes qui, avec beaucoup de piété, manquent de lumières, il défend de réciter le nouvel office, soit en public, soit en particulier, ordonnant que les exemplaires en soient rapportés au greffe de son officiante : le tout sous les peines de droit.

 

Quelques semaines après, le 6 décembre, Rome, pour la troisième fois, répondait à ces grossières insultes par un bref qui flétrissait avec énergie le mandement de l'évêque de Montpellier, et ce bref ne tarda pas à être suivi d'un quatrième, par lequel Benoît XIII, sous la date du 19 du même mois, infligeait enfin, par son autorité apostolique, aux parlements de Paris et de Bordeaux, le châtiment qu'ils avaient mérité par leurs arrêts attentatoires à l'autorité du Saint-Siège et à l'honneur d'un glorieux serviteur de Dieu. Dans ce bref remarquable, le pape ne se contentait pas de déclarer abusifs et nuls pour la conscience, les arrêts et injonctions de ces parlements, mais il les cassait et annulait de sa propre autorité, en la manière que dans les jours mêmes où nous écrivons ces lignes, Grégoire XVI vient de casser et d'annuler tous les actes de la Régence d'Espagne qui sont contraires aux droits et à la liberté de l'Église.

« Comme il est parvenu à nos oreilles, disait Benoît XIII, que plusieurs magistrats, officiers et ministres séculiers se sont élevés, dans des édits, arrêts, résolutions, ordonnances, mandats et autres règlements et provisions, sous quelque nom que ce soit, contre le décret récemment publié par nous pour l'extension de l'office de saint Grégoire VII à toute l'Église ; office qui, en vertu des induits de Paul V, Clément X, Alexandre VIII et Clément XI, nos prédécesseurs d'heureuse mémoire, se célébrait déjà publiquement et solennellement dans beaucoup d'églises du monde chrétien, et que nous avons rendu obligatoire pour tous ceux qui sont tenus aux heures canoniales, à l'effet d'accroître le culte de ce saint pontife et confesseur qui a travaillé avec un courage si infatigable au rétablissement et au renouvellement de la discipline ecclésiastique, et à la réforme des mœurs.

« Voulant, conformément au devoir de la charge pastorale que la divine miséricorde a confiée à Notre bassesse, et qui est si fort au-dessus de Nos mérites et de Nos forces, défendre et conserver sans diminution et sans tache Notre autorité et celle de l'Église, attaquées dans les pernicieuses entreprises de ces laïques, et ayant présente à Notre esprit toute la suite de  toutes et chacune des choses qui se sont passées.....; du conseil de plusieurs de Nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Église romaine, par l'autorité apostolique, de la teneur des présentes, nous déclarons les édits, arrêts, résolutions, décrets, ordonnances, promulgués par les magistrats même suprêmes, et tous officiers ou ministres séculiers de quelque puissance laïque que ce soit, contre Notre susdit décret d'extension de l'office de saint Grégoire VII....., nuls, vains, invalides, dépourvus à perpétuité de toute force, ni valeur, ainsi que toutes les choses qui en sont suivies ou suivraient.

« Et de plus, pour plus grande sûreté, et en tant que besoin est, par les présentes, Nous les révoquons, cassons, irritons, annulons et abolissons à perpétuité, les privant de toute force et effet, et voulons qu'ils soient à jamais tenus pour révoqués, cassés, irrités, annulés, invalidés, abolis, et privés entièrement de toute force et effet, etc..»

 

La nouvelle de ce bref arriva bientôt en France et ne tarda pas d'exciter la fureur des suppôts du gallicanisme.

 

DOM GUÉRANGER INSTITUTIONS LITURGIQUES : CHAPITRE XXI : SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE, DURANT LA PREMIERE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIECLE. — AFFAIRE DE LA LEGENDE DE SAINT GRÉGOIRE VII

 

Tomb of Pope Benedict XIII

Tomb of Pope Benedict XIII, by Pietro Bracci, Santa Maria sopra Minerva, Rome

Publié dans : Institutions Liturgiques par Dom Guéranger
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 12:30

Mais il est temps de révéler au lecteur cette monstrueuse légende qui mettait ainsi en péril les vérités révélées.

 

Les pages que l'on va lire sont belles sans doute, pleines de noblesse et d'une éloquente simplicité : elles sont. pourtant moins énergiques dans les éloges qu'elles donnent au pontife, que certaines pages qu'on peut lire tous les jours dans les écrits de plusieurs historiens, ou publicistes protestants. Voici la légende en son entier.

 

IN   FESTO  S.   GREGORII   VII.   PAPAE   ET CONFESSORIS. 

IN SECUNDO NOCTURNO.  

 

LECTIO IV.

« Gregorius Papa septimus antea Hildebrandus, Soanae  in Etruria natus, doctrina, sanctitate omnique virtutum  genere cum primis nobilis, mirifice universam Dei illustravit Ecclesiam. Cum parvulus ad fabri ligna edolantis pedes, jam litterarum inscius, luderet, ex rejectis tamen segmentis illa Davidici elementa oraculi: Dominabitur a mari usque ad mare, casu formasse narratur,  manum pueri ductante Numine, quo significaretur  ejus fore amplissimam in mundo auctoritatem. Romam  deinde profectus, sub protectione sancti Petri educatus  est. Juvenis Ecclesiae libertatem a laicis oppressam ac  depravatos Ecclesiasticorum mores vehementius dolens,  in Cluniacensi Monasterio, ubi sub Regula sancti Benedicti austerioris vitae observantia eo tempore maxime  vigebat, Monachi habitum induens ,tanto pietatis ardore  divinte Majestati deserviebat, ut a sanctis ejusdem  Coenobii Patribus Prior sit electus. Sed divina Providentia majora de eo disponente in salutem plurimorum,  Cluniaco eductus Hildebrandus, Abbas primum Monasterii sancti Pauli extra muros Urbis electus, ac postmodum Romana; Ecclesias Cardinalis creatus, sub summis  Pontificibus, Leone nono, Victore secundo, Stephano  nono, Nicolao secundo, et Alexandro secundo, praecipuis  muneribus, et legationibus perfunctus est, sanctissimi,  et purissimi consilii vir a Beato Petro Damiani nuncupatus. A Victore Papa secundo Legatus a latere in  Galliam missus, Lugduni Episcopum simoniaca labe  infectum ad sui criminis confessionem miraculo adegit.  Berengarium in concilio Turonensi ad iteratam heeresis  adjurationem compulit. Cadolai quoque schisma sua  virtute compressit. »

 

LECTIO V. 

« Mortuo Alexandro secundo, invitus, et moerens unanimi omnium consensu, decimo  Kalendas Maii, anno Christi millesimo septuagesimo tertio, summus Pontifex  electus, sicut sol effulsit in Domo Dei ; nam potens opere et sermone, Ecclesiasticae disciplinas reparandae, fidei propagandae, libertati Ecclesias restituendae, extirpandis erroribus et corruptelis, tanto studio incubuit, ut ex  apostolorum setate nullus Pontificum fuisse tradatur qui  majores pro Ecclesia Dei labores, molestiasque pertulerit, aut qui pro ejus libertate acrius pugnaverit. Aliquot  Provincias a simoniaca labe expurgavit. Contra Henrici  Imperatoris impios conatus fortis per omnia athleta impavidus permansit, seque pro muro domui Israel ponere  non timuit, ac eumdem Henricum in profundum malorum prolapsum, fidelium communione, regnoque privavit, atque subditos populos fide ei data liberavit. »

 

LECTIO  VI.  

« Dum Missarum solemnia perageret, visa est viris piis  columba e caelo delapsa, humero ejus dextro insidens,  alis extensis caput ejus velare,quo significatum est, Spiritus Sancti afflatu, non humanas prudentias rationibus  ipsum duci in Ecclesia; regimine. Cum ab iniqui Henrici exercitu Romaa gravi obsidione premeretur, excitatum ab hostibus incendium signo crucis extinxit. De  ejus manu tandem a Roberto Guiscardo Duce Northamno ereptus, Casinum se contulit; atque inde Salernum ad dedicandam Ecclesiam sancti Matthad Apostoli  contendit, Cum aliquando in ea civitate sermonem  habuisset ad populum, aerumnis confectus, iri morbum  incidit quo se interiturum praescivit. Postrema morientis  Gregorii verba fuere : Dilexi justitiam, et odivi iniquitatem : propterea morior in exilio. Innumerabilia sunt quae vel fortiter sustinuit, vel multis coactis in Urbe  Synodis sapienter constituit vir vere sanctus, criminum  vindex, et acerrimus Ecclesiœ defensor. Exactis itaque  in Pontificatu annis duodecim, migravit in caelum,  anno salutis millesime octogesimo quinto, pluribus in  vita, et post mortem miraculis clarus, ejusque sacrum  corpus in Cathedrali Basilica Salernitana est honorifice  conditum. »

 

L'oraison qui complète et résume l'office de saint Grégoire VII, au missel et au bréviaire, est ainsi conçue : 

Deus in te sperantium fortitudo, qui Beatum Gregorium Confessorem tuum atque Pontificem, pro tuenda Ecclesiœ libertate virtute constantiœ roborasti ; da nobis, ejus exemplo et intercessione, omnia adversantia fortiter superare.

 

Maintenant que nous avons mis sous les yeux du lecteur cette pièce si fameuse, avant d'entrer dans le récit des événements qui suivirent sa promulgation, nous nous permettrons quelques réflexions sur la portée de ce manifeste pontifical.

 

Que suit-il du récit que nous venons de lire des actes et des vertus d'un pape du XIe siècle ? Cela veut-il dire que Rome se prépare à fondre, comme l'aigle, sur les États européens, a disposer arbitrairement de la couronne des princes qui les gouvernent, en un mot, à ébranler le monde entier du bruit de ses foudres ? Nous qui vivons un siècle après l'apparition de cette redoutable légende, trouvons-nous beaucoup d'exemples depuis lors de cette omnipotence temporelle des pontifes du moyen âge, exercée par Benoît XIII, ou ses successeurs ? Nous semble-t-il que la couronne de France, pays où la légende a été proscrite, ait été l'objet de moins d'attaques que celle des souverains dans les Etats desquels elle a été admise par le clergé ? Et si par hasard, chez nous, depuis cette époque, les rois ont souffert la mort, l'exil, ou l'humiliation, est-ce Rome qui s'est montrée envers eux si impitoyable ? Ne perdons pas ce point de vue dans les diverses parties du récit qui va commencer. Beaucoup de gens vont jeter les hauts cris, comme si la puissance royale était au moment d'expirer dans l'univers entier, par le seul fait de la légende. La haine de Rome les aveugle : et Dieu les a donnés en spectacle à notre siècle, qui sait enfin que Rome n'en veut pas à la puissance des monarques ; qui semble même comprendre que si, dans les âges catholiques, elle exerça effectivement une influence temporelle sur la société, elle fut alors l'unique sauvegarde de la liberté des peuples, comme le plus solide appui de l'autorité dont elle réprimait les excès. La légende est donc tout simplement le bouclier sous lequel Rome met à couvert son honneur compromis par tant de sophismes et de déclamations. Par ce manifeste solennel, elle neutralise le mouvement aveugle qui entraîne certaines écoles sur les pas de ces auteurs hétérodoxes qui n'ont souci de l'honneur des pontifes romains, mais ont, au contraire, tout à gagner, s'ils les peuvent faire considérer comme des violateurs des lois divines et de l'ordre naturel de la société.

 

L'office de saint Grégoire VII parvint en France, peu après sa publication à Rome, comme il arrive encore aujourd'hui, quand le souverain Pontife impose de nouveaux offices ; seulement à cette époque où l'usage de la Liturgie romaine était encore presque universel en France, les décrets de ce genre devaient occuper davantage et les ecclésiastiques et les fidèles qu'il n'arrive maintenant. Comme aujourd'hui, l'office était imprimé sur une feuille volante destinée à être jointe au bréviaire, en attendant son insertion en sa place dans la prochaine édition de celui-ci. Les Nouvelles ecclésiastiques, journal du Jansénisme, signalent la librairie Coignard fils, à l'enseigne du Livre d'or, comme ayant eu l'audace de tenir en vente, à Paris, le feuillet in-8° qui recelait la légende. "Dès que parut cette légende, dit le républicain Grégoire, elle excita I'horreur de tous les hommes attachés  aux libertés gallicanes". (Essai sur les libertés de l'Église gallicane, page 99.)

 

A peine le parlement de Paris, juge souverain en matières liturgiques, eut-il connaissance de cette séditieuse manifestation des prétentions romaines, qu'il se réunit pour rendre, le 20 juillet 1729, sur les conclusions de l'avocat général Gilbert de Voisins, le même qui devait, sept ans plus tard, prendre sous sa protection le Bréviaire parisien de Vigier et Mésenguy, un arrêt portant suppression de la feuille contenant l'office de saint Grégoire VII, avec défense d'en faire aucun usage public, sous peine de saisie du temporel. Nous citerons seulement quelques phrases du réquisitoire; elles suffiront pour constater l'esprit de la première magistrature du royaume, dans cette circonstance mémorable. L'avocat général, déguisant mal la haine dont lui et son corps étaient animés contre Rome, veut faire croire que, par le seul fait de la publication de l'office de saint Grégoire VII, la nation française est à la veille de secouer le joug de ses anciens rois. Il est vrai que ceci est arrivé avant même la fin du siècle dans lequel parlait l'honorable magistrat ; mais il est fort douteux que la légende y ait été pour quelque chose.

« On savait assez, dit l'avocat général, que Grégoire VII  si célèbre par ses différends avec l'empereur Henri, est  celui qu'on a vu porter le plus loin ses prétentions ambitieuses, inouïes dans les premiers siècles de l'Église, qui causèrent de si longs troubles, et allumèrent des guerres  si cruelles de son temps.

« Mais, qu'il soit permis de le dire, ajoute-t-il, on  n'avait pas lieu de s'attendre de voir entrer dans son  éloge, et célébrer dans un office ecclésiastique, l'excès  où le conduisirent enfin des principes si dangereux.  Est-ce donc le chef-d'œuvre de son zèle, d'avoir entrepris de priver un Roi de sa couronne et de délier ses  sujets du . serment de fidélité ? Et pouvons-nous voir  sans douleur, qu'on appuie sur un fait si digne d'être  enseveli dans l'oubli, les titres qu'on lui donne de  défenseur de l'Église, de restaurateur de sa liberté, de rempart de la Maison d'Israël ?

« Pourquoi faut-il que les vestiges d'une entreprise,  dont le temps semblait affaiblir la mémoire, reparaissent aujourd'hui jusque sous, nos yeux, qu'ils viennent  encore exciter notre devoir et notre zèle ? Souffririons-nous qu'à la faveur de ce prétendu supplément du Bréviaire romain, on mît dans les mains des fidèles, dans la  bouche des ministres de la religion, jusqu'au milieu  de nos saints temples et de la solennité du culte divin,  ce qui tend à ébranler les principes inviolables et sacrés  de l'attachement des sujets à leur souverain ? »

 

Nous avons puisé une partie des pièces que nous devons citer en ce chapitre, dans un recueil publié en 1743 sur toute cette affaire. Il est intitulé : L'Avocat du Diable, Mémoires historiques et critiques sur la vie et sur la légende du Pape Grégoire VII, avec des Mémoires du même goût sur la bulle de canonisation de Vincent de Paul, instituteur des Pères de la Mission et des Filles de la charité (trois volumes in-12). L'auteur est Adam, curé de Saint-Barthélemi de Paris, appelant fameux. Il est remarquable que les jansénistes poursuivaient de la même haine saint Vincent de Paul et saint Grégoire VII ; comme pour faire mieux comprendre aux gens distraits que la même Église romaine, qui produit des Vincent de Paul pour le soulagement des misères corporelles de l'humanité, est aussi celle qui produit, suivant le besoin, des Grégoire VII pour remettre la société chrétienne sur ses véritables bases.

 

Le 24 du même mois de juillet, Daniel-Charles-Gabriel de Caylus, évêque d'Auxerre, qui venait de donner, en 1726, le nouveau bréviaire dont nous avons parlé, fidèle à l'impulsion de la magistrature, signala son zèle contre la légende, dans un mandement épiscopal adressé au clergé et aux fidèles de son diocèse. Appelant de la constitution Unigenitus, il s'était déjà essayé dans la résistance au Saint-Siège : il saisit donc avec empressement l'occasion d'outrager cette Rome, dont il ne portait le joug qu'en frémissant. Du reste, aussi zélé pour le pouvoir absolu et inamissible du prince temporel, que haineux envers l'autorité Apostolique, il donna, comme tous ceux de ses confrères dont nous citerons ci-dessous des extraits de mandement, le plus solennel démenti à certains écrivains de notre temps, qui s'obstinent à voir dans la secte de Port-Royal la première manifestation des idées soi-disant libérales.  

« Ce n'est qu'avec peine, dit le Prélat, que nous rappelons ici le souvenir des entreprises de Grégoire VII. Il  serait à souhaiter que ses successeurs eussent fait a connaître, par leur conduite, qu'ils étaient très éloignés de les approuver, et encore plus de les renouveler..... Nous serions dispensés par là de prendre de nouvelles  précautions pour nous y opposer et en démontrer l'injustice. Nous les regarderions comme une tache effacée,  et nous n'aurions garde d'aller rechercher dans l'histoire  ecclésiastique des faits qui ne sont propres qu'à déshonorer leurs auteurs, et que la sainte Eglise désavouera  toujours.

« Mais nous ne pouvons nous taire, continue M. d'Auxerre ;  ce que nous devons à l'Église universelle, au roi très-chrétien, à l'État, aux fidèles de notre diocèse et à nous-même, nous force de parler à l'occasion de l'office de  Grégoire VII.

« Ne nous arrêtons pas à remarquer ici que la sainteté  de Grégoire VII n'est point reconnue dans l'Église ;  qu'il ne paraît pas qu'on ait fait pour lui, à Rome, ce qui  s'observe dans la canonisation des saints, et que l'histoire  de son pontificat est difficile à accorder avec l'idée d'une  sainteté formée sur l'esprit et sur les règles de l'Évangile,  et digne de la vénération et du culte public des fidèles.

« Tenons-nous donc, poursuit le Prélat, inviolablement  attachés à la doctrine de la sainte antiquité, qui apprend  aux sujets que personne ne peut les dispenser de la  fidélité qu'ils doivent à leurs légitimes souverains, et  qu'il n'y a ni crainte, ni menace qui doive les empêcher  de remplir ce devoir, que la loi de Dieu leur impose ;  et aux papes comme aux évêques, qu'ils n'ont pas le  pouvoir de donner ni d'ôter les royaumes, et que, quant  au temporel, les rois ne leur sont point soumis et ne  dépendent pas d'eux, mais de Dieu seul. »

 

Assurément, c'est un grand avantage pour les souverains de ne dépendre ni du pape ni des évêques ; mais quand l'évêque d'Auxerre leur garantit qu'ils ne dépendent ici-bas que de Dieu, il exprime son désir, sans doute, mais non ce qui existe réellement; car il n'est point d'homme ici-bas qui ne se soit rencontré, et souvent même, face à face avec son supérieur. Si les rois d'aujourd'hui n'ont plus à craindre la puissance du pape (et cependant voyez comme plusieurs la redoutent encore, cette Rome désarmée), ils ont, en revanche, de dures querelles et contestations à vider avec les peuples, qui à coup sûr sont moins justes et plus intéressés dans l'affaire que ne le seraient les pontifes romains.

 

Quoi qu'il en soit, M. d'Auxerre termine son mandement en déclarant que, pour remplir toute justice, en donnant au roi de nouvelles preuves de sa fidélité et de son zèle pour la sûreté de sa personne sacrée, et pour la tranquillité de son royaume, qui pourraient être encore exposés aux derniers malheurs, si les maximes autorisées par l'office du pape Grégoire VII trouvaient créance dans les esprits, il défend à toutes les communautés et personnes séculières et régulières de l'un et de l'autre sexe de son diocèse, se disant exemptes ou non exemptes, qui se servent du Bréviaire romain, ou qui reçoivent les offices des nouveaux saints qu'on insère dans ce bréviaire, de réciter soit en public, soit en particulier, l'office imprimé, etc.

 

Ainsi, le Pape enjoint à toute l'Église de réciter l'office de saint Grégoire VII, et il se trouve un évêque qui défend à ses diocésains de se soumettre à cette injonction. Évidemment, l'un des deux est dans son tort ; car autrement que deviendrait une société qui renfermerait dans son sein des pouvoirs contradictoires, et néanmoins toujours légitimes, dans tous les cas ?

 

Le mandement de l'évêque d'Auxerre fut incontinent suivi d'un autre, publié le 3i juillet, par Charles-Joachim Colbert, évêque de Montpellier, si fameux par le catéchisme auquel il a donné son nom, et par son obstination dans les principes des appelants. On se rappelle, sans doute, son zèle à faire adopter dans son diocèse le nouveau Bréviaire de Paris, et la courageuse opposition du chapitre à cette mesure. Nous ne fatiguerons point le lecteur de toutes les déclamations que ce mandement renferme contre lès prétentions romaines; nous extrairons seulement les qualifications qu'il applique à un acte du souverain Pontife. La Légende de saint Grégoire VII est condamnée comme "renfermant une doctrine séditieuse, contraire à la parole de Dieu, tendante au schisme, dérogeante à l'autorité souveraine des rois, et capable d'empêcher la conversion des princes infidèles et hérétiques". Il en défend l'usage, sous les  peines   de droit ; ordonne, sous les mêmes peines, qu'on en porte les exemplaires à son secrétariat, et il exhorte son clergé à demeurer inviolablement attaché à la doctrine des quatre articles de l'assemblée de 1682.

 

Ce n'était pas assez encore. Le 16 août, parut le mandement publié sur la même matière par Henri-Charles de Coislin, évêque de Metz, connu aussi par son attachement aux principes de la secte qui troublait  alors l'Église de France, et qui avait mis sa plus chère espérance dans les doctrines de la Déclaration de 1682.

 

Après un sombre tableau des malheurs qui ne manquèrent pas d'ensanglanter le monde, chaque fois qu'il arriva à un souverain Pontife de faire usage de l'autorité spirituelle, pour venger certains grands crimes sociaux, tableau qu'on pourrait comparer, avec assez d'avantage, à ceux qu'on rencontre de temps en temps dans l’ Essai sur les Mœurs, de Voltaire ; même intelligence de l'histoire, même équité envers l'Église : l'évêque de Metz ajoute, avec une gravité solennelle :  "L'expérience de tant d'événements funestes, qui avaient pris leur source dans les entreprises de Grégoire VII, semblait avoir depuis longtemps arrêté le cours de cet embrasement : mais il en a paru depuis une étincelle qui serait capable de le rallumer, si chacun de ceux que le Père céleste a mis à la garde de sa maison n'accourait, pour en prévenir la communication dans la portion du troupeau qui lui a été confiée."

 

Ainsi, il est bien démontré que c'est le pape qui met le feu à l'Église, tandis que Messieurs d'Auxerre, de Montpellier, de Metz, et plus tard Messieurs de Verdun, de Troyes, de Castres, et d'autres encore, font tout ce qu'ils peuvent pour l'éteindre.

« Il vient de se répandre, dit encore l'évêque de Metz, une feuille imprimée pour servir de supplément au Bréviaire romain, et dans cette feuille qui contient un office consacré à la mémoire de Grégoire VII, les prélats et les premiers magistrats du royaume ont aperçu ce qu'il y a de plus capable d'inspirer l'excès des prétentions ultra-montaines. On lit dans la cinquième leçon de cet office, que ce pape résista courageusement, etc.

« La connaissance que nous avons, nos très chers frères, de votre zèle pour la personne du Roi, et de votre fidèle attachement au service de Sa Majesté, et à l'obéissance que vous devez à vos souverains, ne nous laisse aucun lieu de douter que vous ne soyez touchés aussi sensiblement que nous l'avons été, en voyant dans ce peu de paroles un dessein ferme de proposer au clergé et aux peuples, comme un éloge destiné à rendre croyable la sainteté d'un pape, ce qui, suivant les principes de la foi et les lumières de la raison, ne devrait servir qu'à la condamnation de son gouvernement.

« Votre piété, sans doute, s'est sentie d'autant plus blessée, que cet étonnant office a été rendu public, sous les apparences d'une autorité empruntée de celle du Saint-Siège. Mais cette vue ne doit point alarmer votre vénération pour ce premier siège de l'Église.

« Le saint pontife, que la Providence a placé sur la Chaire de saint Pierre, n'a eu nulle part à la composition, encore moins à la publication de cet artificieux ouvrage. Il a appris, dans l'école de ce chef des Apôtres, le respect et l'obéissance qui est due aux souverains. Il préfère à cet égard les instructions et l'exemple de saint Grégoire le Grand, à la conduite et aux entreprises de Grégoire VII L'humilité du serviteur des serviteurs de Dieu éloigne de son cœur les pensées de maître des sceptres et des couronnes ; et sa sagesse est trop éclairée, pour ne pas voir qu'une prétention si mal fondée n'est capable que d'aigrir les princes et d’indisposer les peuples. »

 

On ne disconviendra pas que ces leçons données au chef de l'Église, par un  simple évêque, ne dussent produire un très grand effet sur les peuples auxquels était adressé le mandement ; quant à Benoît XIII lui-même, que M. de Metz appelle un saint pontife, jugement que l'histoire a du moins confirmé, il ne parut pas fort disposé à laisser croire que les actes les plus importants de son gouvernement s'accomplissaient à son insu.

 

Nous verrons bientôt l'énergique réponse qu'il fit à ces insolentes provocations.

 

 

DOM GUÉRANGER INSTITUTIONS LITURGIQUES : CHAPITRE XXI : SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE, DURANT LA PREMIERE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIECLE. — AFFAIRE DE LA LEGENDE DE SAINT GRÉGOIRE VII

 

Benedict XIII

Bust of Pope Benedict XIII, by Pietro Bracci, Palazzo Venezia, Rome

Publié dans : Institutions Liturgiques par Dom Guéranger
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 12:30

Nous venons d'entendre le témoignage des historiens contemporains, sur l'opinion de sainteté qui environnait Grégoire VII durant sa vie, et après sa mort ; suivons maintenant à travers les siècles les différentes manifestations de cette persuasion qui, plus tard, devaient motiver le jugement infaillible du Saint-Siège.

 

Soixante-dix ans s'étaient à peine écoulés depuis le jour où le glorieux athlète de l'Eglise expirait dans l'exil, que déjà un de ses successeurs qui a laissé une mémoire vénérable, Anastase IV, plaçait son image parmi celles des Saints, sur la mosaïque de la chapelle de Saint-Nicolas, au palais patriarcal de Latran.

 

Le corps de Grégoire avait été enseveli par les soins de Robert Guiscart, ou de Roger, son fils, dans un tombeau de marbre, et placé dans la cathédrale de Salerne, déjà célèbre comme possédant les reliques de l'apôtre et évangéliste saint Matthieu. Orderic Vital, historien du XIe siècle, que nous avons cité plus haut, parle de l'affluence des pèlerins au tombeau du saint pape, et des grâces de santé que l'on y recevait. Une chronique, rédigée par ordre de Cencius Savelli, camérier apostolique, qui fut pape en 1216, sous le nom d'Honorius III, atteste pour son temps la continuation du  culte de saint Grégoire VII et des prodiges opérés par son intercession ; et lorsque, vers la fin du même siècle, Jean de Procida dota et fit décorer avec magnificence la chapelle dite de Saint-Michel, dans la cathédrale de Salerne, il est naturel de penser, avec Papebrock, qu'il avait en vue de manifester sa dévotion envers le pontife qui reposait dans cette même chapelle, où il était l'objet du culte des peuples attirés par le bruit des merveilles qui s'y opéraient.

 

Le corps de saint Grégoire VII continuait toujours d'être l'objet de la vénération des habitants de Salerne, sans pourtant que cette vénération se répandît beaucoup au dehors de la province du royaume de Naples où est située cette ville, lorsqu'en 1574, le cardinal Marc-Antoine Marsile Colonna monta sur le siège qu'avait occupé saint Alphane, l'ami de notre saint pontife. La Providence avait dessein de se servir de lui pour accroître encore le culte jusque-là décerné au serviteur de Dieu, et pour en préparer les développements. Le prélat fit l'ouverture du tombeau, et il y trouva les précieux restes du saint pontife conservés presque en entier, avec les ornements pontificaux dont on l'avait revêtu lors de sa sépulture. C'est ce qu'il atteste par une inscription qui se lit encore dans la cathédrale de Salerne, et qui est conçue en ces termes :

Gregorio VII Soanensi P. O. M. Ecclesiasticœ libertatis vindici acerrimo, assertori constantissimo : qui dum Rom. Pontifias auctoritatem, adversus Henrici perfîdiam strenne tuetur, Salerni sancte decubuit, anno Domini M LXXXV, VIII Kal. Junii. Marais Antonius Colamna Marsilius, Bononiensis, Archiepiscopus Salerni tamis,   cum    illius  corpus, post quingentos circiter annos, sacris amictum et fere integrum reperisset, ne tanti Pontificis sepulchrum memoria diutius careret. Gregorio XIII Bononiense sedente. Anno Domini MDLXXVIII. Pridie Kalendas Quintilis.

 

Le pieux cardinal mourut en 1582, et n'eut pas la consolation de voir consommée l'œuvre de la canonisation du saint pontife. Elle eut lieu deux ans après, par l'autorité de Grégoire XIII, qui inséra le nom de Grégoire VII au Martyrologe romain, avec cet éloge : Salerni, Depositio B. Gregorii Papœ septimi qui Alexandro secundo succedens, ecclesiasticam Libertatem a superbia principum suo tempore vindicavit, et viriliter Pontificia auctoritate defendit.

 

Cette sorte de canonisation, sans procès préalable, est distincte de la canonisation appelée formelle, et est désignée sous le nom d’équipollente. Elle a lieu lorsque le souverain Pontife décerne le culte public à un personnage déjà en possession d'honneurs religieux que lui rend la piété des fidèles, en même temps que l'héroïsme de ses vertus et la vérité de ses œuvres miraculeuses sont certifiés par le témoignage d'historiens dignes de foi. Cette canonisation a la même autorité que la canonisation formelle, et outre que le culte de presque tous les saints qui ont vécu dans l'Église avant l'institution des procédures aujourd'hui en usage, ne repose que sur un jugement du même genre, il est un grand nombre de saints parmi ceux qui ont fleuri dans l'Église,depuis que le Siège apostolique s'est réservé les causes de canonisation, qui n'ont cependant été inscrits au catalogue des saints que de cette manière équipollente ; tels sont, par exemple, saint Romuald, saint Norbert, saint Bruno, saint Pierre Nolasque, saint Raymond Nonnat, saint Ferdinand III, saint Jean de Matha, sainte Marguerite d'Ecosse, saint Etienne de Hongrie, etc. L'ignorance des règles de l'Église romaine a donc pu seule faire dire à certains auteurs jansénistes et non jansénistes, que saint Grégoire VII était honoré par l'Église, sans avoir été canonisé, puisque l'on en devrait dire autant des illustres saints que nous venons de nommer : conséquence à laquelle, sans doute, ces auteurs se refuseraient.

 

Quant à ce que l'on a prétendu, que Grégoire XIII avait voulu diriger l'effet de cette canonisation contre Henri de Bourbon,qui poursuivait alors la couronne de France, recommandant ainsi la mémoire d'un pontife qui avait foulé sous ses pieds un autre Henri, aussi quatrième du nom, il semble qu'il n'est pas besoin de recourir à cette explication. La translation du corps de saint Grégoire VII, par l'archevêque de Salerne, dans un moment où Grégoire XIII s'occupait de l'édition du martyrologe, était suffisante, avec la possession du culte antérieur, pour engager ce dernier pape à définir enfin la sainteté du glorieux confesseur de Salerne.

 

Sixte-Quint, successeur de Grégoire XIII, fit quelque changement à la formule consacrée par son prédécesseur à notre saint pape,  dans  le martyrologe ;  il adopta cette phrase qui est restée dans l'édition de Benoît XIV, et les suivantes : Salerni, DepositioB. Gregorii Papce septimi, ecclesiasticœ libertatis propugnatoris ac defensoris acerrimi.

 

Bientôt après, sous Clément VIII, en 1505, le corps de saint Grégoire VII fut tiré du sépulcre que lui avait consacré le cardinal Colonna, et placé sous un autel, toujours dans la même chapelle de Saint-Michel. Il paraît même que ce fut alors, Mario Bolognini étant archevêque, que le chef fut séparé du reste du corps pour être renfermé dans un reliquaire spécial.

 

Sous le, pontificat du même Clément VIII, Baronius fit paraître le onzième tome de ses Annales, où il célébra et vengea tout à la fois, avec son éloquente érudition, la mémoire de saint Grégoire VII. Un peu avant lui, Bellarmin, dans ses controverses, et spécialement au livre quatrième, de Romano Pontifice, avait eu pareillement l'occasion de faire cette grande justice. Ainsi, les deux plus illustres écrivains du catholicisme, à cette époque de géants, se montraient préoccupés de la gloire du saint pontife : mais jusque-là les hérétiques seuls s'étaient levés pour la flétrir.

 

Du moment où le nom de saint Grégoire VII fut inséré au martyrologe, le chapitre de la cathédrale de Salerne, que le saint pape avait autrefois comblé de privilèges, accordant à ses membres la chape rouge et la mitre, fut autorisé à célébrer solennellement son office. Mais d'abord il ne fut récité que suivant le rite commun des confesseurs pontifes, jusqu'à ce qu'en 1609, à la prière du même chapitre et de l'archevêque Jean Beltramini, Paul V, par un bref qui commence ainsi : Domini Jesu Christi, accorda un office propre dont les Leçons se retrouvent en grande partie dans celles qui furent publiées, en 1728, par Benoît XIII, et dont  nous  allons bientôt parler.

 

L'archevêque Beltramini fit, vers le même temps, ériger une statue remarquable du saint pape dans la cathédrale de Salerne, et, ayant été transféré à un autre siège, il eut pour successeur le cardinal Lucius San Severino, non moins zélé que lui pour la garde du saint dépôt confié à son Église. Il en donna une preuve solennelle en 1614, faisant construire un nouvel autel à saint Grégoire VII, et y plaçant solennellement son corps ; ce que l'on doit compter pour la troisième translation de ces précieuses reliques : la première par le cardinal Marsile Colonna; la seconde par Mario Bolognini ; enfin, celle dont nous parlons ici, accomplie par le cardinal San Severino, laquelle est attestée par une inscription conçue en ces termes, qu'il fit placer dans la cathédrale de Salerne : Ego Lucius Sanseverinus, Archiepiscopus Salernitanus, altare hoc in honorent B. Gregorii Papae VII consecravi ; ejusque sacrum corpus in eo inclusi ; prcesentibus, annum unum, anniversaria deinceps consécrations die, ipsum pie visitantibus, quadraginta dies verœ indulgentiae de Ecclesiœ more, concessi. A. D. MDCXIV, die IV mensis Maii.

 

Ce fut peut-être  à  cette occasion, ou du moins peu auparavant, qu'un bras du saint pape fut distrait pour être donné à la ville de Soana, en Toscane, patrie de saint Grégoire VII, laquelle avait député deux ambassadeurs vers le chapitre de la cathédrale de Salerne, avec les lettres de recommandation du Grand-Duc, qui joignait ses instances à celles de la ville.

 

Vers la même époque, le savant jésuite Jacques Gretser, dont les immenses travaux ne sont point assez appréciés aujourd'hui, publia une docte apologie des actions et de la personne de saint Grégoire VII. Dans cette importante discussion, il n'allègue pas moins de cinquante écrivains à l'appui des éloges qu'il donne au Pontife, et le venge d'une manière victorieuse des imputations qu'avaient lancées contre lui et les schismatiques du XIe siècle, et les hérétiques du XVIe.

 

Vers le milieu du XVIIe siècle, Alexandre VII établit l'office de saint Grégoire VII dans les basiliques de Rome, sans cependant l'insérer encore au Bréviaire de l'Église romaine. Mais ce siècle devait être fameux par les attaques portées au saint pontife, non plus seulement de la part des protestants, mais de la part des juristes, et surtout des théologiens et canonistes gallicans. Nous nous contenterons de rappeler le trop fameux Edmond Richer, dans son livre de Ecclesiastica et politica potestate ; Ellies Dupin, dans son Traité de la puissance ecclésiastique, et  Bossuet, dans sa Défense de la déclaration de 1682, ouvrage dont le grave et impartial Benoît XIV a dit :  Il serait impossible de trouver un livre qui soit  plus opposé à la doctrine reçue en tous lieux, excepté en  France, sur l'infaillibilité du Souverain Pontife, définissant ex Cathedra, sur sa supériorité à l'égard de  tout concile œcuménique, sur le domaine indirect a qu'il a sur les droits temporels des souverains,  quand l'avantage de la Religion et de l'Eglise le  demande."

 

Cependant, de tous les auteurs gallicans du dix-septième siècle qui écrivirent contre saint Grégoire VII, celui dont la hardiesse fit le plus d'éclat à raison du châtiment qui lui fut infligé par le Saint-Siège, est le P. Noël Alexandre. Il avait publié les dix premiers siècles de son Histoire ecclésiastique, et mérité jusque-là les éloges du pape Innocent XI, qui occupait alors la Chaire de saint Pierre, et qui avait daigné lui faire parvenir le témoignage le plus flatteur de sa satisfaction pour l'érudition et l'orthodoxie qui, jusqu'alors, avait présidé à cette œuvre. Arrivé aux événements du XIe siècle, Noël Alexandre consacra deux dissertations à faire ressortir les torts qu'avait eus, selon lui, un pontife déjà placé sur les autels. Innocent XI, celui qui n'avait pas fléchi devant le grand roi, crut devoir manifester énergiquement l'indignation que lui inspirait une semblable conduite de la part d'un religieux. Il rendit un décret, en date du 13 juillet 1684, par lequel il condamnait  le volume  qui renfermait  ces dissertations, et, afin de témoigner plus énergiquement encore le déplaisir que le Saint-Siège avait ressenti, tous les écrits du même auteur furent proscrits, avec défense de les lire, retenir, ou imprimer, sous peine d'excommunication. Ce fut ainsi qu'un Pontife, déclaré Vénérable par la congrégation des Rites, à cause de ses grandes vertus, se montra jaloux de l'honneur de son saint prédécesseur, dont la mémoire allait bientôt être en butte à de nouveaux outrages, en attendant les honneurs que lui réservait le XIXe siècle.

 

Au reste, Noël Alexandre n'attendit pas longtemps la réfutation de ses thèses gallicanes ; un religieux, dominicain comme lui, François d'Enghiel, publia peu après un livre très solide, au jugement de Benoît XIV, et intitulé : Auctoritas Sedis Apostolicœ pro Gregorio Papa VII vindicata, adversus Natalem Alexandrum Ordinis Prœdicatorum Doctorem Theologum.

 

Dom Mabillon, dans la publication des Acta sanctorum Ordinis sancti Benedicti, eut aussi à produire la vie et les actes de notre saint pape. Le deuxième tome du VIe siècle bénédictin parut en 1701 ; mais l'illustre éditeur sut franchir ce pas devenu difficile, sans manquer ni à la prudence ni à la fidélité de l'historien catholique.

 

Cependant Clément XI, à la prière du cardinal Gabrielli, dont la conduite avait été si ferme dans l'affaire de la Régale, accorda, en 1705, à l'ordre de Cîteaux le privilège de faire l'office de saint Grégoire VII, et cinq ans après, le même pontife concéda la même grâce à l'ordre de Saint-Benoît, sur les instances du procureur général de la congrégation du Mont-Cassin. Ces différentes concessions d'office ne firent aucun bruit ; mais lorsque, par un décret du 25 septembre 1728, Benoît XIII eut ordonné d'insérer la fête de saint Grégoire VII au missel et au bréviaire, et enjoint à toutes les églises du monde de la célébrer, un grand orage s'éleva dans plusieurs États de l'Europe, et particulièrement en France.

 

Il est évident, sans doute, que dans l'établissement de cette fête et la promulgation universelle de la Légende si remarquable qui devait se lire dans l'office, Rome se proposait un but ; nous n'avons garde d'en disconvenir. Mais nous dirons, en premier lieu, que c'est un assez beau spectacle pour nous, hommes de ce siècle, de voir au moment où d'absurdes préjugés commençaient à éclipser toute vérité historique sur le moyen âge, où une philosophie menteuse et sans intelligence foulait aux pieds les plus salutaires enseignements du passé ; de voir, disons-nous, Rome arracher par un acte courageux à ce naufrage universel, le nom vénérable d'un héros de l'humanité, en qui le siècle suivant devait saluer, avec enthousiasme, le vengeur de la civilisation et le conservateur des libertés publiques, aussi bien que des libertés ecclésiastiques. C'était là, certes, un progrès, et d'autant plus méritoire que le Pontife qui s'en portait l'auteur ne pouvait ignorer que l'autorité du Saint-Siège, déjà si affaiblie, allait encore devenir à cette occasion même l'objet de nouvelles attaques.

 

Nous dirons en second lieu, et sans détour, que Rome avait bien, par cet acte, quelque intention de pourvoir à son honneur outragé dans la fameuse Déclaration de l'Assemblée du Clergé de 1682, et dans tout ce qui s'en était suivi en France de la part des deux autorités. Le roi Louis XIV avait, il est vrai, promis de révoquer son édit pour l'enseignement des quatre Articles, et, tant qu'il avait vécu, on avait tenu à l'exécution de cet engagement, qui, joint à la lettre de réparation des évêques de l'assemblée du pape, avait été la condition nécessaire de l'institution canonique des prélats nommés depuis plus de dix ans aux sièges vacants. Mais déjà les promesses n'étaient plus exécutées ; les universités faisaient chaque jour soutenir dans leur sein des thèses dans lesquelles les doctrines romaines étaient attaquées, l'autorité apostolique circonscrite dans des bornes arbitraires, la conduite des plus saints papes taxée de violence aveugle, et signalée comme contraire au droit naturel et divin.

 

Il était temps que la grande voix du Siège apostolique se fît entendre, et qu'elle protestât du moins contre l'audace sans cesse croissante de ces docteurs toujours prêts à restreindre les limites du pouvoir spirituel, en même temps qu'ils enseignaient avec tant de complaisance l’inamissibilité du pouvoir royal. Heureusement l'Église a eu de tout temps, dans sa Liturgie, un moyen de répression contre les entreprises téméraires qu'on a osées sur sa doctrine ou contre son honneur. Ce qu'elle confesse dans la prière universelle, devient règle pour ses enfants, et comme nous l'avons fait voir dans cette histoire, si quelques-uns ont cherché à s'isoler des formules qu'elle consacre, c'est qu'ils sentaient avec quelle irréfragable autorité elle impose, dans ce bréviaire, dans ce missel si odieux, ses jugements sur les doctrines, sur les personnes et sur les institutions. Benoît XIII eut donc intention, en étendant à l'Église universelle l'office de saint Grégoire VII, de faire un contrepoids aux envahissements du gallicanisme qui, de jour en jour, augmentaient de danger et d'importance, à raison surtout des efforts d'une secte puissante et opiniâtre qui menaçait de plus en plus l'existence de la foi catholique au sein du royaume de France. Si Rome laissait flétrir plus longtemps la mémoire des plus saints pontifes des siècles passés, elle donnait gain de cause à ces hommes audacieux qui criaient sur les toits qu'elle avait renouvelé ses prévarications, et qu'Innocent X,   Alexandre VII, Clément XI, n'étaient ni plus ni moins coupables  que Grégoire VII, Innocent III   et tant d'autres.

 

Écoutez plutôt un des fidèles organes de la secte :

" Au premier coup d'œil, on saisit la connexité de doctrine entre les brefs d'Innocent XI et d'Alexandre VIII,  contre l'assemblée de 1682 ; la Proposition quatre-vingt-onze, concernant l'excommunication, censurée par la  Bulle Unigenitus, et cette légende contraire aux vérités  révélées qui enjoignent aux papes comme aux autres  individus de la société, la soumission à l'autorité  civile." (Grégoire.  Essai historique  sur les Libertés  de l'Église gallicane, page 98.)

 

Mais il est temps de révéler au lecteur cette monstrueuse légende qui mettait ainsi en péril les vérités révélées.

 

DOM GUÉRANGER INSTITUTIONS LITURGIQUES : CHAPITRE XXI : SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE, DURANT LA PREMIERE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIECLE. — AFFAIRE DE LA LEGENDE DE SAINT GRÉGOIRE VII

 

Bulle Unigenitus de Clément XI

Bulle Unigenitus de Clément XI condamnant le jansénisme, 8 septembre 1713

Publié dans : Institutions Liturgiques par Dom Guéranger
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 12:30

Telle fut la situation fausse dans laquelle les novateurs placèrent la Liturgie en France, qu'on les entendit eux-mêmes rendre témoignage contre leur œuvre, et s'unir aux partisans de l'antiquité qui regrettaient la perte des livres grégoriens.

 

Nous plaçons ici un épisode liturgique du plus haut intérêt pour l'histoire que nous écrivons. L'affaire de la légende de saint Grégoire VII est tout aussi ignorée aujourd'hui que la plupart des faits qu'on a lus dans les précédents chapitres, et nous ne donnerions au lecteur qu'une connaissance imparfaite du siècle que nous avons à faire connaître sous le rapport liturgique, si nous passions sous silence un fait d'une si haute portée.

 

Cet épisode étant d'une dimension considérable, nous l'avons entièrement détaché du récit principal, qu'il eût entravé d'une manière gênante ; nous ne doutons pas cependant que la grande scène que nous allons dérouler n'intéresse ceux qui auront eu le courage de nous suivre jusqu'ici.

 

Un des noms les plus glorieux de l'histoire est sans contredit aujourd'hui le nom du grand pontife saint Grégoire VII. Une justice tardive, mais éclatante, a été rendue à ce héros de l'Église et de l'humanité, et l'on peut même dire que sa gloire croît encore tous les jours. Pour aider à mettre dans toute son évidence ce phénomène providentiel, nous avons voulu, dans le présent chapitre, raconter une faible partie des outrages que ce grand homme, que cet admirable saint a essuyés, non de la part des protestants et des philosophes du dernier siècle (ceci serait moins instructif), mais de la part de plusieurs qui, prétendant appartenir toujours à l'Église romaine, n'ont pas craint de récuser, comme intéressé, l'auguste jugement par lequel elle inscrivait au rang des saints et proposait à la vénération universelle, ce pontife véritablement apostolique.

 

Il est bon que certains faits caractéristiques d'une époque, et propres à montrer en action certains principes, soient impartialement enregistrés et publiés, dans la crainte que ces mêmes faits, venant à se perdre, les leçons importantes qu'on en peut tirer ne soient en même temps perdues. Que si quelque défaveur devait, de nos jours encore, poursuivre celui qui ose plaider une pareille cause nous l'acceptons d'office, tout indigne que nous en sommes, et nous nous levons sans crainte pour venger celui qui,avec son auguste prédécesseur saint Grégoire Ier, est et demeurera le plus grand des Papes que l'ordre bénédictin ait fourni à l'Église.

 

Nous oserons dire ici quelque chose des motifs personnels qui nous obligent à défendre et à honorer la mémoire de saint Grégoire VII. Si nos lecteurs se souviennent que ce grand Pontife, moine de Saint-Pierre-de-Cluny, est une des gloires de la France bénédictine, qu'avant de monter sur la Chaire de saint Pierre, il occupa le siège abbatial de l'insigne monastère de Saint-Paul extra mœnia Urbis, ils comprendront la nature des sentiments que nous dûmes éprouver lorsqu'en 1837, appelé, malgré notre indignité, par le souverain Pontife Grégoire XVI, successeur de Grégoire VII et enfant de saint Benoît, à recueillir la succession des abbés de Cluny, nous émettions notre profession solennelle entre les mains de l'abbé de Saint-Paul, successeur, lui aussi, de l'héroïque Hildebrand. Puisse le glorieux Pontife, devenu si particulièrement notre père, allumer dans notre faible cœur quelques étincelles de son ardent amour pour l'Église de Jésus-Christ, et nous donner quelque part à cette complète abnégation avec laquelle il la servit toujours ! 

 

Nous ne donnerons point ici l'histoire de saint Grégoire VII. Elle est écrite partout ; dans ses admirables lettres conservées en si grand nombre par les soins d'une Providence toute particulière ; dans ses œuvres généreuses qui ont sauvé l'Église, et sur lesquelles elle s'appuie encore aujourd'hui ; dans les récits pleins d'admiration et, certes, aussi de désintéressement que lui consacrent aujourd'hui tant d'écrivains non suspects. Tout le monde la sait aujourd'hui cette histoire. Nous nous proposons donc seulement ici de traiter la question liturgique de saint Grégoire VII, c'est-à-dire, le culte décerné par l'Église à cet illustre pontife, et les divers incidents qui se sont rencontrés dans son établissement et dans son progrès.

 

L'idée de la haute sainteté de Grégoire VII était déjà répandue en son vivant, et ne fit que s'accroître après sa mort. En vain les schismatiques fauteurs de l'empereur Henri IV, ayant à leur tête le fougueux Bennon, archi-prêtre cardinal de l'antipape Guibert, s'efforcèrent de flétrir sa mémoire : en vain, pour expliquer la supériorité de son génie, ils l'accusèrent d'avoir commerce avec Satan, au point, disaient-ils, que lorsqu'il agitait ses manches, des étincelles de feu tombaient avec abondance ; en vain, ils le traitèrent de faux prophète et l'accusèrent de n'avoir point assez ménagé l'empereur ; le silence qu'ils gardent sur ses mœurs n'en atteste que plus énergiquement, suivant la remarque de Fleury lui-même (Hist. ecclés., livre 63, XXIV.), l'intégrité morale du saint pape et la haute estime qu'on faisait de sa vertu.

 

Du reste, le témoignage des hommes pieux qui l'avaient connu ne manqua point à sa défense. Le courageux saint Anselme de Lucques, son ami fidèle, vengea sa mémoire dans le livre qu'il a dirigé contre l'anti pape Guibert. Saint Pierre Damien, qui l'avait connu durant de longues années, le qualifie un homme très pur et très saint dans ses conseils. Saint Alphane, archevêque de Salerne, dans une Ode remplie de la plus mâle poésie, le compare aux saints Apôtres. Le B. Victor III qui, après avoir professé comme lui la règle de saint Benoît, fut son successeur sur la Chaire de saint Pierre, atteste qu'il illustra l'Église du Christ autant par ses exemples que par ses vertus. Saint Anselme, archevêque de Cantorbéry ; saint Gébehard, archevêque de Salzbourg, et un autre saint Gébehard, évêque de Constance, tous personnages contemporains, s'unissent à ceux que nous venons de nommer avec un accord admirable ; en sorte que l'on trouverait difficilement un saint dont la sainteté soit attestée par un si grand nombre de saints contemporains. Il semble que la sagesse divine, prévoyant les outrages dont il devait être l'objet, se soit plu à entourer son nom des plus augustes témoignages, préparant ainsi à l'avance la meilleure de toutes les réponses aux blasphèmes qui devaient plus tard être proférés.

 

Consultons maintenant les historiens contemporains de Grégoire VII, et recueillons les expressions par lesquelles ils terminent le récit de ses travaux et de ses tribulations. Le premier que nous citerons est Paul, chanoine de Bernried, qui écrivit, vers 1131, la vie du saint pape :

" Ainsi, dit-il, rempli de la grâce septiforme, l'esprit du  septième Grégoire qui avait repris le monde et ses  princes sur le péché, l'injustice et le jugement, fortifié  de la nourriture divine qu'il venait de recevoir, s'élançant dans la voie céleste, et porté, comme Elie, sur le  char de feu à cause de son zèle pour les intérêts divins, dans le jour même consacré à la mémoire d'Urbain, son prédécesseur, augmenta d'une manière excellente l'allégresse de ce saint pontife et celle de tous les Bienheureux qui, avec le Christ, se réjouissent dans la gloire  du ciel ; en même temps qu'il laissait abîmée, dans une  douleur profonde, l'Eglise qui poursuit sur la terre  son pèlerinage."

 

« A la mort de Grégoire, dit Bertold, également contemporain, dans sa chronique, les fidèles des deux  sexes furent dans le deuil, mais principalement les  pauvres ; car il était le très-zélé docteur de la religion  catholique, et le défenseur le plus intrépide de la liberté  ecclésiastique. Il ne voulut pas que l'ordre du clergé  restât avili aux mains des laïques, mais qu'il occupât,  au contraire, le premier rang, par la sainteté des mœurs  comme par sa dignité sacrée."

 

« Cependant, dit le poète Domnizone, témoin de  l'événement, des cris de douleur se font entendre; ils  sont causés par le trépas du pontife Grégoire, que le  Seigneur Christ vient d'enlever aux cieux, sept jours  avant la fin de mai. Les moines le pleurent, parce qu'il  était moine lui-même ; les clercs sont dans les larmes,  et plongés dans le deuil sont aussi les laïques dont la  foi est pure de tout contact avec les schismatiques."

 

Hugues de Flavigny, dans sa précieuse Chronique, termine ainsi l'histoire de notre grand pontife, qui l'avait honoré de son amitié : "Ainsi, martyr et confesseur, l'an de l'Incarnation du Seigneur mil quatre-vingt-cinq, il rendit son âme au Créateur."

 

Tel apparaît le jugement des contemporains de Grégoire dans les diverses relations qu'ils nous ont laissées de sa vie et de ses actes. Il est clair, d'après cela, que la vénération publique ne devait pas tarder à se manifester envers lui, et à préparer les bases de ce culte immémorial que plus tard le Siège apostolique devait reconnaître et sanctionner.

 

Au reste, les prodiges qui, plus d'une fois pendant sa vie, avaient rehaussé la grandeur de ses actions, éclataient encore à son tombeau. Paul de Bernried les rapporte avec toute l'autorité et aussi la simplicité d'un témoin oculaire. Lambert de Schafnabourg, qui ne conduit sa chronique que jusqu'à la quatrième année de Grégoire, atteste l'existence de faits miraculeux qui servaient, dit-il, puissamment à confondre les ennemis du saint pontife. Orderic Vital, dans son Histoire ecclésiastique, parle, comme d'un fait avéré, de la guérison de plusieurs lépreux au moyen de l'eau qui avait touché le corps de Grégoire. Enfin, on peut voir sur cet article la discussion assez brève, mais lumineuse, de Benoît XIV, en son traité de la Canonisation des Saints.

 

Mais croirait-on que des écrivains catholiques aient pu se rencontrer, dans ce siècle même, qui ont tiré scandale des épreuves par lesquelles la divine justice purifia l'âme de son serviteur, et dont la foi vacillante n'a pas vu toute la portée de ces adversités précieuses qui, en sauvant la sainte cause de la liberté de l'Église, assuraient au pontife expirant la récompense et la mémoire des martyrs. J'ai aimé la justice et j'ai haï l'iniquité ; c'est pourquoi je meurs dans l'exil ! disait Grégoire sur son lit de mort. Mais le Sauveur lui-même, qui avait passé en faisant le bien, et guérissant toute langueur et toute infirmité, ne s'est-il pas senti abandonné de son Père, au point qu'il criait : Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’avez-vous délaissé ? Cependant ses ennemis, témoins de son agonie, disaient en branlant la tête : S'il est le Fils de Dieu, qu'il descende de la Croix. Ils croyaient peut-être que le salut du monde pouvait s'opérer sans l'immolation de la Victime. Ceux dont nous parlons ne savaient pas non plus apparemment que la liberté ecclésiastique ne pouvait être sauvée sans qu'il en coûtât la vie et l'honneur de son défenseur. Grégoire devait succomber pour le salut de plusieurs ; son nom devait donc être maudit ; car le disciple n'est point au-dessus du maître (Matth., X, 24.).

 

Qu'on ne nous dise donc plus : "La cause de Grégoire VII n'était pas celle de Dieu car ses entreprises hardies ne reçurent point la consécration du succès". Nous, nous répondrons par ces paroles du grand Baronius, qui terminent le récit de la mort sublime de notre héros : 

" Ainsi, c'est par des persécutions sans fin, des angoisses  de tout genre, souvent même par le  meurtre de ses prêtres, que l'Église reçoit une heureuse paix, que la  liberté ecclésiastique s'acquiert et se consolide, que le  salut des âmes est opéré. Ainsi, le Christ a instruit ses  pontifes à combattre et à vaincre, lui dont les souffrances et les infirmités font la force et le courage des  fidèles, lui dont la mort est leur vie. Je me trompe, ou  l'expérience des siècles a démontré jusqu'au temps présent que c'est aux travaux de Grégoire qu'il faut rapporter et les investitures des églises arrachées aux mains  des Princes, et la libre élection des pontifes romains  restituée, et la discipline ecclésiastique relevée de ses  ruines, et tant d'autres avantages innombrables assurés  à l'Église."

 

Oui, certes, Grégoire a été vaincu suivant la chair ; comme le Fils de l'Homme, il s'est vu n'ayant pas où reposer sa tête ; il s'est éteint dans l'humiliation, tellement que les hommes l'ont réputé frappé de la main de Dieu ; mais pour lui aussi, la mort, d'abord victorieuse, est demeurée ensevelie dans son triomphe. Son nom, sa gloire, ses mérites ont inspiré, ont soutenu dans la défense laborieuse des libertés ecclésiastiques, non seulement l'incomparable Thomas de Cantorbéry, dans sa lutte contre un roi d'Angleterre, mais tant d'illustres papes qui ont su se poser comme un rempart pour la maison d'Israël ; Pascal II contre l'empereur Henri V ; Innocent IV contre Frédéric II ; Boniface VIII contre Philippe le Bel ; Grégoire XIII, Sixte-Quint, Grégoire XIV et Clément VIII, contre Henri de Bourbon ; Innocent XI contre LouisXIV ; Clément XIII contre les cours de Madrid, de Lisbonne, de Naples, de Parme ; Pie VII contre Napoléon ; Grégoire XVI contre Frédéric-Guillaume.

 

Nous venons d'entendre le témoignage des historiens contemporains, sur l'opinion de sainteté qui environnait Grégoire VII durant sa vie, et après sa mort ; suivons maintenant à travers les siècles les différentes manifestations de cette persuasion qui, plus tard, devaient motiver le jugement infaillible du Saint-Siège.

 

DOM GUÉRANGER INSTITUTIONS LITURGIQUES : CHAPITRE XXI : SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE, DURANT LA PREMIERE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIECLE. — AFFAIRE DE LA LEGENDE DE SAINT GRÉGOIRE VII

 

Gregorius Papa VII

Gregorius Papa VII - initiale ornée - Registrum

Publié dans : Institutions Liturgiques par Dom Guéranger
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés