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"Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres.

 

Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.

 

Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres."

 

Evangile de Jésus-Christ selon  saint Jean 

   

 

Pentecôte

" Le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit."

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean  

 

   

 

 El Papa es argentino. Jorge Bergoglio                 

Saint Père François

 

 

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1er mai 2011 Béatification de Jean-Paul II

Béatification du Serviteur de Dieu Jean-Paul II

 

 

  Béatification du Père Popieluszko

beatification Mass, in Warsaw, Poland

à Varsovie, 6 juin 2010, Dimanche du Corps et du Sang du Christ

 

 

presidential palace in Warsaw

Varsovie 2010

 

 

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
Sanctuaire de l'Adoration Eucharistique et de la Miséricorde Divine

La miséricorde de Dieu est comme un torrent débordé. Elle entraîne les cœurs sur son passage.
(Saint Curé d'Ars)
 

 


Le côté du Christ a été transpercé et tout le mystère de Dieu sort de là. C’est tout le mystère de Dieu qui aime, qui se livre jusqu’au bout, qui se donne jusqu’au bout. C’est le don le plus absolu qui soit. Le don du mystère trinitaire est le cœur ouvert. Ce n’est pas une image, c’est une réalité. C’est la réalité la plus profonde qui soit, la réalité de l’amour.
Père Marie-Joseph Le Guillou




Dans le cœur transpercé
de Jésus sont unis
le Royaume du Ciel
et la terre d'ici-bas
la source de la vie
pour nous se trouve là.

Ce cœur est cœur divin
Cœur de la Trinité
centre de convergence
de tous les cœur humains
il nous donne la vie
de la Divinité.


Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix
(Edith Stein)



Le Sacré-Cœur représente toutes les puissances d'aimer, divines et humaines, qui sont en Notre-Seigneur.
Père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus

 



feuille d'annonces de la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre

 

 

 

 

 

 

 

     

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SALVE REGINA

1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 05:00

Catéchèse de Benoît XVI, mercredi 23 janvier 2013 : Je crois en Dieu

 

En cette Année de la foi, je voudrais aujourd’hui commencer à réfléchir avec vous sur le Credo, c’est-à-dire sur la profession de foi solennelle qui accompagne notre vie de croyants.

 

Le Credo commence ainsi : Je crois en Dieu

 

C’est une affirmation fondamentale, apparemment simple dans son caractère essentiel, mais qui ouvre au monde infini de la relation avec le Seigneur et avec son mystère. Croire en Dieu implique l’adhésion à Lui, l’accueil de sa Parole et l’obéissance joyeuse à sa révélation. Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique, "la foi est un acte personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle" (n. 166). Pouvoir dire que l’on croit en Dieu est donc à la fois un don — Dieu se révèle, va à notre rencontre — et un engagement, c’est une grâce divine et une responsabilité humaine, dans une expérience de dialogue avec Dieu qui, par amour, "parle aux hommes comme à des amis" (Dei verbum, n. 2), nous parle afin que, dans la foi et avec la foi, nous puissions entrer en communion avec Lui.

 

Où pouvons-nous écouter Dieu et sa parole ? C’est fondamentalement dans l’Écriture Sainte, où la Parole de Dieu devient audible pour nous et alimente notre vie d’amis de Dieu. Toute la Bible raconte la révélation de Dieu à l’humanité ; toute la Bible parle de foi et nous enseigne la foi en racontant une histoire dans laquelle Dieu conduit son projet de rédemption et se fait proche de nous les hommes, à travers de nombreuses figures lumineuses de personnes qui croient en Lui et qui se confient à Lui, jusqu’à la plénitude de la révélation dans le Seigneur Jésus.

 

À cet égard, le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux est très beau. On y parle de la foi et les grandes figures bibliques qui l’ont vécue sont mises en lumière, devenant un modèle pour tous les croyants. Dans le premier verset, le texte dit : "La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas" (11, 1). Les yeux de la foi sont donc capables de voir l’invisible et le cœur du croyant peut espérer au-delà de toute espérance, précisément comme Abraham, dont Paul dit dans la Lettre aux Romains que : "espérant contre toute espérance, il a cru" (4, 18).

 

Et c’est précisément sur Abraham que je voudrais m’arrêter et arrêter notre attention, car c’est lui qui est la première grande figure de référence pour parler de foi en Dieu : Abraham le grand patriarche, modèle exemplaire, père de tous les croyants (cf. Rm 4, 11-12). La Lettre aux Hébreux le présente ainsi : "Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage. Et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner comme étranger dans la Terre promise ; c’est dans un campement qu’il vivait, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse que lui, car il attendait la cité qui aurait de vraies fondations, celle dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte" (11, 8-10).

 

L’auteur de la Lettre aux Hébreux fait ici référence à l’appel d’Abraham, raconté dans le Livre de la Genèse, le premier livre de la Bible. Que demande Dieu à ce patriarche ? Il lui demande de partir en abandonnant sa terre pour aller vers le pays qu’il lui indiquera. "Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai" (Gn 12, 1). Comment aurions-nous répondu, nous, à une semblable invitation ? Il s’agit en effet d’un départ à l’aveugle, sans savoir où Dieu le conduira ; c’est un chemin qui demande une obéissance et une confiance radicales, auxquelles seule la foi permet d’accéder. Mais l’obscurité de l’inconnu — où Abraham doit aller — est éclairé par la lumière d’une promesse ; Dieu ajoute à son ordre une parole rassurante qui ouvre devant Abraham un avenir de vie en plénitude : "Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom... En toi seront bénies toutes les familles de la terre" (Gn 12, 2.3).

 

La bénédiction, dans la Sainte Écriture, est liée avant tout au don de la vie qui vient de Dieu et se manifeste tout d’abord dans la fécondité, dans une vie qui se multiplie, passant de génération en génération. Et à la bénédiction est liée aussi l’expérience de la possession d’une terre, d’un lieu stable où vivre et grandir en liberté et en sécurité, en craignant Dieu et en construisant une société d’hommes fidèles à l’Alliance, "un royaume de prêtres, une nation sainte" (cf. Ex 19, 6).

 

C’est pourquoi Abraham, dans le projet divin est destiné à devenir "le père d’un grand nombre de peuples" (Gn 17, 5 ; cf. Rm 4, 17-18) et à entrer dans une nouvelle terre où habiter. Pourtant Sara, sa femme, est stérile, elle ne peut avoir d’enfants ; et le pays vers lequel Dieu le conduit est loin de sa terre d’origine, il est déjà habité par d’autres populations, et il ne lui appartiendra jamais vraiment. Le narrateur biblique le souligne, bien qu’avec une grande discrétion : lorsque Abraham arrive sur le lieu de la promesse de Dieu : "Les Cananéens étaient alors dans le pays" (Gn 12, 6). La terre que Dieu donne à Abraham ne lui appartient pas, il est un étranger et il le restera toujours, avec tout ce que cela comporte : ne pas avoir de visées de possession, sentir toujours sa propre pauvreté, tout voir comme un don. Cela est aussi la condition spirituelle de qui accepte de suivre le Seigneur, de qui décide de partir en accueillant son appel, sous le signe de sa bénédiction invisible mais puissante. Et Abraham, "père des croyants", accepte cet appel, dans la foi. Saint Paul écrit dans la Lettre aux Romains : "Espérant contre toute espérance, il a cru, et ainsi il est devenu le père d’un grand nombre de peuples, selon la parole du Seigneur : Vois quelle descendance tu auras ! Il n’a pas faibli dans la foi : cet homme presque centenaire savait bien que Sara et lui étaient trop vieux pour avoir des enfants ; mais, devant la promesse de Dieu, il ne tomba pas dans le doute et l’incrédulité : il trouva sa force dans la foi et rendit gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis" (Rm 4, 18-21).

 

La foi conduit Abraham à parcourir un chemin paradoxal. Il sera béni mais sans les signes visibles de la bénédiction : il reçoit la promesse de devenir un grand peuple, mais avec une vie marquée par la stérilité de sa femme Sara ; il est conduit dans une nouvelle patrie mais il devra y vivre comme un étranger ; et l’unique possession de la terre qu’il lui sera consentie sera celle d’un lopin de terre pour y enterrer Sara (cf. Gn 23, 1-20). Abraham est béni parce que dans la foi, il sait discerner la bénédiction divine en allant au-delà des apparences, en ayant confiance dans la présence de Dieu même lorsque ses voies lui paraissent mystérieuses.

 

Que signifie cela pour nous ? Lorsque nous affirmons : "Je crois en Dieu", nous disons comme Abraham : "J’ai confiance en toi ; je m’abandonne à toi, Seigneur", mais pas comme à Quelqu’un à qui avoir recours uniquement dans les moments de difficulté ou à qui consacrer certains moments de la journée ou de la semaine. Dire "Je crois en Dieu" signifie fonder sur Lui ma vie, faire en sorte que sa Parole l’oriente chaque jour, dans les choix concrets, sans peur de perdre quelque chose de moi. Lorsque, dans le rite du baptême, on demande par trois fois : Croyez-vous en Dieu, en Jésus Christ, dans l’Esprit Saint, la Sainte Église catholique et les autres vérités de foi, la triple réponse est au singulier : "Je crois", parce que c’est mon existence personnelle qui doit être transformée avec le don de la foi, c’est mon existence qui doit changer, se convertir. Chaque fois que nous participons à un baptême, nous devrions nous demander comment nous vivons quotidiennement le grand don de la foi.

 

Abraham, le croyant, nous enseigne la foi ; et, en étranger sur terre, il nous indique la véritable patrie. La foi fait de nous des pèlerins sur terre, insérés dans le monde et dans l’histoire, mais en chemin vers la patrie céleste. Croire en Dieu nous rend donc porteurs de valeurs qui souvent, ne coïncident pas avec la mode et l’opinion du moment, cela exige de nous d’adopter des critères et d’assumer des comportements qui n’appartiennent pas au mode commun de penser. Le chrétien ne doit pas avoir peur d’aller à contre-courant pour vivre sa foi, en résistant à la tentation de s’uniformiser.

 

Dans un grand nombre de nos sociétés, Dieu est devenu "le grand absent" et à sa place, il y a de nombreuses idoles, des idoles très diverses et surtout la possession et le "moi" autonome. Et les progrès importants et positifs de la science et de la technique également ont introduit chez l’homme une illusion de toute puissance et d’auto-suffisance, et un égocentrisme croissant a créé de nombreux déséquilibres au sein des rapports interpersonnels et des comportements sociaux.

 

Pourtant, la soif de Dieu (cf. Ps 63, 2) ne s’est pas éteinte et le message évangélique continue de retentir à travers les paroles et les œuvres de tant d’hommes et de femmes de foi. Abraham, le père des croyants, continue d’être le père de nombreux enfants qui acceptent de marcher sur ses traces et qui se mettent en chemin, en obéissance à la vocation divine, en ayant confiance dans la présence bienveillante du Seigneur et en accueillant sa bénédiction pour se faire bénédiction pour tous. C’est le monde béni de la foi auquel nous sommes tous appelés, pour marcher sans peur en suivant le Seigneur Jésus Christ. Et il s’agit d’un chemin parfois difficile, qui connaît également les épreuves et la mort, mais qui ouvre à la vie, dans une transformation radicale de la réalité que seuls les yeux de la foi sont en mesure de voir et d’apprécier pleinement.

 

Affirmer Je crois en Dieu nous pousse alors à partir, à sortir continuellement de nous-mêmes, précisément comme Abraham, pour apporter dans la réalité quotidienne dans laquelle nous vivons la certitude qui nous vient de la foi : c’est-à-dire la certitude de la présence de Dieu dans l’histoire, aujourd’hui aussi : une présence qui apporte vie et salut, et nous ouvre à un avenir avec Lui pour une plénitude de vie qui ne connaîtra jamais de fin.

 

BENOÎT XVI

CATÉCHÈSES DU SAINT-PÈRE EN L'ANNÉE DE LA FOI

 

Abraham, Sarah, et l'Ange, Jan Provost, Musée du Louvre

Le panneau est fragmentaire puisque manquent deux des trois anges venus annoncer la naissance d'un fils au vieil Abraham et Sarah, son épouse incrédule. On ignore quelle était sa destination et s'il appartenait à un retable.
Le Louvre, aile Richelieu, 2e étage, salle 6

 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 18:00
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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 12:30

Mais un fait, au IXe siècle, vint apporter comme une légère contradiction à tous ceux que nous avons exposés jusqu'ici.

 

Une nouvelle langue liturgique, la slavonne, parut dans l'Occident, et Rome l'accepta et la reconnut. La chose s'est passée ainsi, nous en convenons volontiers, et loin d'en être étonné, après avoir exposé le fait, nous en ferons sortir une nouvelle confirmation des principes que nous avons établis ci-dessus.

 

Un peu après le milieu du IXe siècle, les Slaves reçurent la bonne nouvelle de l'Évangile par le ministère des deux saints moines grecs, Cyrille et Méthodius. Ces apôtres étaient venus de Constantinople, et après une première station en Bulgarie, où ils plantèrent la foi, ils remontèrent jusqu'à la Moravie où ils s'arrêtèrent. Partis des Églises de la langue grecque, ils se dirigeaient sur l'Occident où régnait seule à l'autel la langue latine. La Moravie qu'ils évangélisèrent semblait même avoir déjà reçu quelques rayons de la prédication des missionnaires envoyés par le Siège apostolique. Les deux saints furent les civilisateurs des peuples slaves au sein desquels leur prédication avait tracé comme un immense sillon de la lumière évangélique, et leur donnèrent un alphabet, au moyen duquel ces peuples purent désormais écrire leur langue. Or cette langue était, et est toujours l'une des plus étendues qui soient parlées, puisque dans ses divers dialectes, elle réunit la Bohême, la Moravie, la Gallicie, la Hongrie, la Pologne, la Lithuanie, la Volhynie, la Podolie, la Grande et la Petite Russie et la Russie Blanche, et au midi, l'Illyrie,la Bosnie, la Servie, la Valachie, la Moldavie et enfin la Bulgarie.

 

Saint Cyrille et saint Méthodius crurent non seulement devoir traduire dans cette langue les livres saints, mais encore l'employer dans la célébration du service divin. Il est probable néanmoins qu'ils n'entreprirent pas d'abord cette innovation, mais qu'ils ne s'y laissèrent aller que plus tard, dans l'espoir d'accélérer, par ce moyen, la conversion des peuples au salut desquels ils s'étaient voués. En effet, nous voyons, en 866, les deux saints mandés à Rome par saint Nicolas Ier qui leur écrit avec toute sorte de bienveillance. Son successeur Adrien II consacra évêque saint Méthodius, et on ne voit aucune trace du mécontentement que l'usage du slavon dans la Liturgie excita à Rome quelques années après. Ce fut seulement sous Jean VIII, qui succéda à Adrien II, que ce fait attira l'attention du Saint-Siège. Le pontife, en 879, écrivit en ces termes :

" Nous avons entendu dire aussi que vous célébrez la messe en langue barbare, c'est-à-dire slave ; c'est pourquoi nous vous l'avons déjà défendu par nos lettres qui vous ont été adressées par Paul, évêque d'Ancône. Vous devez donc célébrer en latin, ou en grec, comme fait l'Église de Dieu qui est répandue par toute la terre, et dans toute les nations. Pour ce qui est de la prédication, vous pouvez la faire dans la langue du peuple ; car le psalmiste exhorte toutes les nations à louer le Seigneur, et l'Apôtre dit : Que toute langue confesse que le Seigneur Jésus est dans la gloire de Dieu le Père."

 

Le Siège apostolique, par ces paroles, montrait assez que l'on croyait alors les deux langues sacrées, grecque et latine, assez établies pour ne plus partager avec d'autres l'honneur de servir à l'autel. Jean VIII ne parle pas du syriaque, du copte, de l'éthiopien, ni de l'arménien, parce que les peuples qui s'en servaient dans la Liturgie étaient tous hérétiques et hors la communion de l'Église ; les réunions partielles de ces nations avec le Siège apostolique n'ayant eu lieu que plusieurs siècles après. Mais ce ne fut pas le dernier mot du pontife dans la cause de la liturgie slave.

 

Par une de ces variations auxquelles Jean VIII était sujet, et qui ont motivé sur son caractère les jugements sévères de la postérité, ce pontife, qui devait bientôt donner à l'Église le triste spectacle de la réhabilitation de Photius, se relâcha bientôt de sa sévérité sur la langue slavonne dans la Liturgie. Dès l'année suivante, il écrivait à Svatopulk, prince de Moravie, cette lettre fameuse par laquelle il élève saint Méthodius à la dignité de métropolitain, et confirme l'usage de la langue slavonne dans le service divin pour ces contrées. Voici les paroles du pontife. Après avoir fait l'éloge de l'alphabet slavon inventé par le philosophe Constantin, c'est le nom sous lequel saint Cyrille avait d'abord été connu, il ajoute : "Nous ordonnons que l'on célèbre dans cette même langue (la slavonne) les louanges et les œuvres du Christ, Notre-Seigneur ; car la sainte Écriture ne nous enseigne pas à louer le Seigneur seulement en trois langues, mais dans toutes, quand elle dit : Toutes les nations, louez le Seigneur ; célébrez-le, tous les peuples, et les Apôtres remplis de l’Esprit-Saint racontèrent en toutes langues les merveilles de Dieu. C'est pourquoi Paul, la trompette céleste, nous donne cet avertisse ment : Que toute langue confesse que Notre-Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père, et au sujet de ces langues, il nous enseigne clairement, dans la première épître aux Corinthiens, à parler les langues, de manière à édifier l'Église de Dieu. Il n'est donc contraire ni à la saine foi, ni à la doctrine, de célébrer les messes dans la langue slavonne, d'y lire le saint évangile, ou les leçons divines du nouveau et de l'Ancien Testament traduites et interprétées fidèlement, ni d'y chanter les autres offices. Celui qui a fait les trois langues principales, l'hébraïque, la grecque et la latine, a créé aussi toutes les autres pour sa louange et sa gloire."

 

La contradiction entre cette lettre à Svatopulk, et celle à saint Méthodius ne saurait être plus flagrante ; les mêmes textes de l'Écriture sont employés dans des sens contraires; il faut donc que le pontife, dans l'un ou l'autre cas, ait agi soit avec emportement, soit avec faiblesse. Ces exemples de l'infirmité humaine sont rares sur la Chaire de Saint-Pierre ; mais l'histoire les enregistre, et les enfants de l'Église n'ont aucun intérêt à les dissimuler, parce qu'ils savent que celui qui a assuré aux pontifes romains l'infaillibilité de la foi dans l'enseignement, ne les a point garantis de toute faute dans l'exercice du gouvernement suprême. Toutefois, Jean VIII, en accordant droit de cité dans le sanctuaire à la langue slavonne, stipule par convenance un hommage pour la langue latine ; Nous ordonnons cependant, dit-il, que dans toutes les églises de votre gouvernement, on lise l'évangile en latin, pour plus grand honneur, et qu'ensuite on le lise traduit en langue slavonne, pour le peuple qui n'entend pas les paroles latines, en la manière qu'il se pratique dans certaines églises. Enfin, s'il vous est plus agréable à vous et à vos officiers, d'entendre la messe en langue latine, nous ordonnons qu'on la célèbre pour vous en cette langue."

 

La concession de Jean VIII avait pour premier résultat d'arrêter le progrès de la langue latine, qui depuis près de trois siècles marchait victorieuse à la conquête du Nord ; elle assignait les limites de l'unité européenne qui, sans l'intervention de saint Grégoire VII dont nous parlerons tout à l'heure, eût expiré en deçà de la Bohême. Peut-être une telle indulgence servit-elle pour le moment à la propagation de la foi chez les Slaves ; mais voici ce qui en résulta dans l'avenir. Au commencement du XIe siècle, l'Église de Constantinople, qui était alors en communion avec le Saint-Siège, commença la conquête de la Ruthénie et de la Moscovie à la foi chrétienne. Les apôtres qu'elle envoya ne se montrèrent pas plus difficiles au sujet de la langue liturgique que ne l'avaient été pour les slaves occidentaux saint Cyrille et saint Méthodius. Le patriarcat de Constantinople, dans son ardeur à pousser ses conquêtes, avait déjà donné des marques de sa complaisance en cette matière. Nous avons vu comment la Géorgie avait reçu de lui le privilège liturgique pour sa langue. Il en avait été de même pour la Mingrélie, qui, plus tard, est retombée dans l'idolâtrie. Les nouveaux missionnaires donnèrent donc aux Ruthènes convertis la Liturgie grecque en slavon, et une immense partie de l'Europe se trouva former corps, au moyen d'une langue liturgique qui n'était ni celle de Rome, ni celle de Constantinople. La chute des Grecs dans le schisme entraîna la rupture de la Ruthénie et de la Moscovie avec le Siège apostolique, et les isola peut-être pour toujours du centre de la foi catholique. Les Slaves occidentaux hésitèrent au milieu de cette crise redoutable ; les provinces voisines de la Ruthénie la suivirent dans le schisme; les autres s'appuyèrent sur l'Occident et résistèrent ; la Pologne, la Bohême, la Hongrie, royaumes slaves, mais dont les deux premiers sont latins presque en totalité, et le troisième au moins en grande partie, leur faisaient un point d'appui.

 

Au XVIe siècle, Rome reconquit sur le schisme slave la Ruthénie à peu près entière, soumise alors à la domination polonaise ; mais cette Église garda la Liturgie slavonne. Elle aspirait vers Rome par les désirs de la foi et de l'unité ; mais un lien la retenait aux formes de la religion du czar ; ce lien était la langue liturgique. Pendant deux siècles elle résista à toute séduction ; mais à la fin du XVIIIe siècle, quand le partage de la Pologne l'eut fait tomber sous la domination de l'ancienne Moscovie, devenue la Russie, Catherine II employa tous les ressorts de sa puissance pour l'entraîner de nouveau dans le schisme, et elle réussit pour une partie de ces Églises, grâce à la différence des rites et de la langue liturgique qui les séparait toujours de Rome. Nous avons vu, dans ces dernières années, la chute de celles qui étaient demeurées fidèles, sans qu'il ait été possible de la prévenir ni de l'arrêter, et personne n'ignore que l'audace du czar et ses désastreux succès n'aient eu pour instrument unique la communauté de la langue sacrée entre ces malheureuses provinces et le reste de l'empire russe. Au reste, la politique de l'autocrate n'est un mystère pour personne, et l'on sait que ses efforts impies ne s'arrêteront que lorsqu'il aura réuni dans son unité schismatique toutes les races slavonnes. Il s'irrite contre les provinces que la Liturgie latine a soustraites à son action immédiate, et il pense, avec raison, que son œuvre ne sera complète que le jour où il aura aboli la Liturgie romaine dans le royaume de Pologne, son dernier boulevard.

 

Si Jean VIII eût refusé de confirmer l'usage liturgique de la langue slavonne dans la Moravie et dans les autres provinces occidentales de cette langue qui furent converties au christianisme, du IXe au XIe siècle, peu importait que les missionnaires de Constantinople eussent traduit en slavon leur Liturgie grecque pour les peuples qu'ils avaient évangélisés ; un mur de séparation s'élevait entre les Slaves occidentaux et les Slaves orientaux. Ces derniers pouvaient suivre Byzance dans ses erreurs, sans entraîner leurs frères, comme l'histoire nous apprend que les diverses défections qui ont eu lieu autour de lui n'ont jamais ébranlé le royaume de Pologne. Des millions d'âmes restaient dans les voies du salut éternel, et le colosse du Nord, qui menace l'Église et l'Europe, et dont la politique est désignée sous le nom redoutable de Panslavisme, se trouvait arrêté dans sa marche et contraint d'essayer plutôt sur l'Orient ses plans de
monarchie universelle. Varsovie désarmée, mais latine, excite encore ses inquiétudes ; d'autres provinces de la même Liturgie l'eussent averti de rester en deçà de ses frontières. Au reste ce n'est pas la première fois que, dans le cours de cet ouvrage, nous avons fait remarquer l'intime liaison de la question liturgique avec les questions sociales, et nous ne serons pas sans doute le premier à observer que l'Asie, ses mœurs et son gouvernement commencent, en Europe, là même où s'arrête la Liturgie romaine.

 

Telle est donc la portée de l'acte complaisant de Jean VIII, et le lecteur est à même de voir si cette désastreuse indulgence est de nature à infirmer les principes que nous avons émis plus haut sur l'importance de ne pas multiplier les langues liturgiques. Quant à la question de droit, on aura observé sans doute que le Pontife accordait l'usage du slavon dans le service divin comme une dispense du droit commun, et qu'il ne le faisait qu'après avoir protesté contre l'œuvre de saint Méthodius.

 

Après la lettre de ce pape à Svatopulk, l'Église compta une langue liturgique de plus ; ce fut la septième, et probablement la dernière. Ainsi légitimé pour le service de l'autel par l'autorité compétente et responsable devant Dieu, le slavon dut, comme les six autres langues sacrées, passer par l'épreuve du temps. La forme de langage dans laquelle les deux saints moines avaient traduit les Écritures et à laquelle ils confièrent bientôt la Liturgie, vieillit et sortit de l'usage commun. Après quelques siècles, il arriva donc que le service divin cessa d'être célébré dans la langue du peuple, chez les Slaves, parce que la Liturgie avait communiqué son immutabilité à la langue qui d'abord lui avait servi d'interprète. Les Slaves se soumirent à cette loi du mystère, comme s'y sont soumis les Romains, les Grecs, les Syriens, les Coptes, les Éthiopiens et les Arméniens, en sorte que l'accession d'une nouvelle langue liturgique n'occasionna point une dérogation permanente au principe qui exclut du sanctuaire la langue vulgaire. C'est ce que n'ont pas pesé suffisamment certains auteurs qui ont raconté avec complaisance la concession de Jean VIII aux Slaves, concession dont l'effet n'était, après tout, que d'accroître d'une simple unité le nombre des six langues liturgiques antérieures, et qui n'ont pas vu que l'Église, en définitive, y trouvait un nouvel et solennel exemple à alléguer à ceux qui se scandalisent ou s'étonnent qu'elle adresse à Dieu ses prières dans une langue ignorée du peuple.

 

Deux formes liturgiques se partagent les pays de la langue slavonne, la grecque et la romaine.

 

DOM GUÉRANGER INSTITUTIONS LITURGIQUES : DEUXIÈME PARTIE : LES LIVRES DE LA LITURGIE ; CHAPITRE III : DE LA LANGUE DES LIVRES LITURGIQUES 

 

Coronation of Alexander II

Couronnement d'Alexandre II au Kremlin en la Cathédrale de la Dormition le 26 août 1856,  Michael Alexandrovitch Zichy  

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 18:30
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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 12:30

Après avoir décrit les langues liturgiques de l'Orient, passons à celles de l'Occident.

 

Elles sont au nombre de trois : le grec, le latin et le slavon.

 

Pour ce qui est du grec, nous en avons parlé suffisamment à propos de l'Orient ; tout à l'heure nous nous occuperons du slavon ; arrêtons-nous maintenant sur la langue latine.

 

Si l'on doit juger de la dignité d'une langue liturgique à la qualité des Églises qui l'emploient et à son degré d'étendue géographique, il n'en est pas une seule qui ait le droit d'être comparée à la langue latine. "Séparée de toutes les autres, comme l'hébraïque et la grecque, sur le titre de la croix du Seigneur, dit le pape saint Nicolas Ier, revêtue d'une insigne principauté, elle prêche à toutes les nations Jésus de Nazareth, Roi des Juifs". Elle est la langue de l'Église mère et maîtresse ; et tandis que les autres sont circonscrites dans des limites étroites, elle ne règne pas seulement dans les sanctuaires de l'Europe, mais elle est parlée à l'autel dans les cinq parties du monde.

 

La syriaque a vu usurper ses droits par l'arménienne, la grecque n'a pu se maintenir à Alexandrie, à Antioche, à Jérusalem ; le latin a vu s'ouvrir devant lui, à plusieurs reprises, un nouveau monde. Seul il s'avance aux deux Indes et dans la Chine, et au sein même des contrées où règnent les langues liturgiques de l'Orient, les missionnaires du Pontife romain le portent comme un fanal de vie et de lumière destiné à rendre l'espérance à ces malheureuses Églises immobiles dans l'isolement et l'erreur.

 

L'héritage de la langue latine fut tout d'abord l'Italie, la province d'Afrique, la Gaule et l'Espagne ; dès le premier siècle, la foi romaine prit possession de ces vastes régions. Le midi de la Gaule reçut, il est vrai, des apôtres venus de l'Asie Mineure qui trouvèrent à Lyon et jusqu'à Autun une civilisation grecque toute préparée à recevoir de leur bouche les enseignements de saint Jean et de saint Polycarpe ; mais la langue latine ne tarda pas à remplacer la grecque dans ces doctes cités, et, à la paix de Constantin, toute Église était latine dans les Gaules. Jamais la Liturgie ne parla le langage des Celtes ni des Basques, ni aucun de ceux qui régnaient dans nos antiques provinces, et si la foi chrétienne poussa d'abord ses conquêtes jusque sur les bords du Rhin, comme les monuments le prouvent, nous y trouvons encore la langue latine parlant seule dans le sanctuaire.

 

Au second siècle, la Grande-Bretagne est évangélisée à la demande d'un de ses rois par les apôtres envoyés de Rome ; cette Église bretonne, qui n'était pas éteinte au VIe siècle, et dont le moine saint Augustin recueillit les débris, n'avait jamais eu d'autre langue que celle de Rome, dans l'usage de l'Écriture sainte et dans la Liturgie.

 

Mais la langue latine avait à subir l'épreuve que nous avons vu traverser par celles de l'Orient chrétien. Après avoir été vulgaire, elle dut cesser d'être parlée dans la vie publique et privée des peuples. Hors de l'Italie, elle avait régné en souveraine sur toutes les provinces de l'Occident, mais sans pouvoir anéantir les idiomes de tant de peuples divers, elle succomba dans Rome même, et dès le VIIe siècle, la langue italienne commençait déjà ses destinées. Après saint Grégoire le Grand, nous ne trouvons plus d'homélies en langue latine prononcées devant le peuple de Rome ; les Goths et les Lombards avaient accéléré la ruine des lettres romaines par leurs dévastations, et d'ailleurs il est reconnu que les langues ne résistent pas dans la décadence des empires qui les ont portées à leur plus haut point de gloire. Dans le reste de l'Occident, les langues que la conquête des Romains n'avait pu anéantir se relevèrent à mesure qu'elles sentaient moins la pression de l'Empire ; mais une autre épreuve les attendait. Les provinces se virent tour à tour occupées par des races barbares qui leur apportaient des moeurs inconnues, et successivement des langues nouvelles surgirent de ce chaos, portant la trace d'éléments divers, dans la proportion de ceux qui vivaient au sein des peuples. Au milieu de cette transformation, comme après qu'elle fut consommée, la langue latine ne cessa pas d'être parlée à l'autel. Les anciennes Églises de l'Occident la conservèrent avec fidélité dans le sanctuaire, pendant qu'elle périssait dans l'usage profane. Les Francs et les autres conquérants qui furent soumis à leur tour par les vaincus dont ils embrassèrent la foi, s'assujettirent docilement à n'entendre dans l'église que la langue, désormais immortelle, de cet ancien Empire, pour la destruction duquel Dieu les avait appelés de l'Aquilon.

 

Mais il existait dans l'Occident de vastes régions que l'invasion n'avait point encore épuisées d'habitants, et sur lesquelles s'étendaient les ténèbres de l'infidélité. L'Église était restée conquérante après la ruine de cet empire romain dont elle avait triomphé d'ailleurs avant les barbares. Après avoir initié au christianisme ceux qui s'étaient d'abord présentés comme les fléaux de Dieu, elle songea à visiter leurs frères et à les appeler dans son sein maternel. Saint Augustin partit bientôt pour l'île des Bretons, devenue l'île des Anglo-Saxons. Le VIIIe siècle vit les conquêtes de saint Wilfrid, de saint Swidbert, de saint Corbinien, de saint Kilien, du grand saint Boniface, de saint Willibrord, à travers les diverses régions de la Germanie et de l'ancienne Gaule-Belgique, et les grands sièges de ces contrées s'élever tout à coup à leur parole. Le IXe siècle fut témoin de la conversion du Danemark par saint Anschaire, qui porta l'Évangile jusque dans la Suède ; le Xe éclaira les conquêtes de saint Adalbert dans la Bohême et la Pologne ; le XIe vit s'avancer la lumière jusque sur la Norvège par les soins de saint Lubentius ; le XIIe admira les succès de saint Othon de Bamberg, qui avait adopté l'apostolat de la Poméranie.

 

Or tous ces apôtres qui sont la gloire de l'Église romaine et de l'ordre monastique, ne portèrent point d'autres livres liturgiques dans ces nouvelles chrétientés que les livres de l'Église romaine, dans la langue latine. Cette langue sacrée fut le lien qui les unit entre elles, et leur donna de faire corps avec le reste de l'Occident. Le latin fut, par les livres liturgiques de Rome, l'instrument de l'unité européenne, unité qui fut brisée le jour où les sectaires du XVIe siècle crièrent qu'il fallait célébrer l'office divin dans la langue du peuple. Ces nations, appelées à la foi et à la civilisation, ne s'étonnèrent pas de voir employer, dans les mystères qu'on leur apportait, une langue différente de celle dans laquelle on les avait instruites. Elles étaient encore trop près de la nature pour ne pas sentir que la ferveur de la prière émane bien plus de l'amour qui échauffe le cœur que des sons perçus par l'oreille, et ne s'étonnèrent pas d'apprendre que la langue qui doit être parlée à Dieu pouvait être différente de celle dans laquelle les hommes expriment leurs besoins et leurs passions.

 

Mais un fait, au IXe siècle, vint apporter comme une légère contradiction à tous ceux que nous avons exposés jusqu'ici.

 

DOM GUÉRANGER INSTITUTIONS LITURGIQUES : DEUXIÈME PARTIE : LES LIVRES DE LA LITURGIE ; CHAPITRE III : DE LA LANGUE DES LIVRES LITURGIQUES

 

Epître de Saint Paul avec glose, Miniaturiste anglais, 1150, Bodleian Library, Oxford

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 17:00
  
     
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Published by un pèlerin - dans musiques de Grèce
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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 12:30

Mais ce n'est pas tout, et le lecteur verra bien mieux encore, dans ce qui nous reste à dire, le véritable esprit de l'Église.

 

Disons mieux, ce qu'exigeait la nature même des mystères, et ce qu'elle a produit sans effort, et sans qu'il ait été besoin d'avoir recours à l'ombre même d'une loi.

 

Le savant Usserius s'est jeté dans une méprise inexcusable, lorsqu'il s'est avisé, dans un livre imprimé, il est vrai, après sa mort, de mettre en parallèle, quant à la langue liturgique, l'Église romaine et celles de l'Orient, bien persuadé que l'Église romaine était la seule qui repoussât la langue vulgaire. "Les Syriens, dit-il avec triomphe, célèbrent le service divin en syriaque, comme les Grecs en grec, les Coptes en copte, les Arméniens en arménien, les Éthiopiens en éthiopien". Pourquoi n'ajoutait-il pas : et l'Église latine en latin ? Toute la question est de savoir si ce syriaque, ce grec, ce copte, cet arménien et cet éthiopien, dans lesquels toutes ces Églises célèbrent la Liturgie, sont des langues vulgaires plus que le latin dans l'Occident. Il est certain qu'elles l'ont été à l'origine ; mais le fait est qu'elles ne le sont pas plus aujourd'hui que le latin, et cela depuis un grand nombre de siècles, en sorte que les Églises orientales, malgré la diversité de leurs langues liturgiques, célèbrent, tout aussi bien que nous, le service divin dans une langue qui n'est plus entendue du peuple.

 

Pour les Grecs d'abord, tout le monde sait que leur langue, appelée grec moderne, diffère autant de l'ancien grec, que l'italien diffère du latin ; or la Liturgie de cette Église n'a pas suivi l'altération de la langue, mais elle est demeurée dans le grec ancien ; les livres de prières et de dévotion à l'usage des fidèles sont seuls en grec moderne. En Syrie, en Egypte, l'Église grecque possède encore un nombre assez considérable d'adhérents, connus sous le nom de Melchites ; la langue grecque est encore de droit leur seule langue. Seulement, pour aider les prêtres qui l'ignorent et les mettre à même d'instruire le peuple des choses contenues dans la Liturgie, les livres grecs à leur usage sont accompagnés d'une traduction arabe, qui leur donne l'intelligence des formules sacrées dans une langue qui leur est familière. Cette condescendance est devenue une tentation, et des prêtres ont pris l'habitude de lire l'arabe au lieu du grec même à l'autel. Telle est leur rusticité, que le Saint-Siège a dû souvent fermer les yeux sur un abus qu'il était presque impossible de déraciner. Il y a là un fait regrettable, mais qui laisse le droit intact. L'arabe n'est point officiellement reconnu comme langue liturgique ; le grec ancien a seul cet honneur.

 

Le syriaque de la Liturgie a pareillement cessé d'être vulgaire, depuis bien des siècles. Au XIIe siècle, Grégoire Albufarage ayant publié son Nomocanon et sa grammaire, dans le véritable et pur araméen, fut contraint d'en donner lui-même une traduction arabe, à l'usage de ses compatriotes de Syrie. L'ignorance du clergé syrien oblige souvent de placer, en regard du texte liturgique, une traduction arabe, comme on le fait pour les Melchites, dans le même pays ; mais cette version n'est pas employée dans le service divin. Il y a plus encore : la secte nestorienne a étendu ses colonies jusque dans la Tartarie, la Perse et l'Inde ; la Chine même a possédé de ses établissements comme l'atteste la fameuse inscription syriaque en caractères chinois, trouvée en 1625, dans la province de Schen-si ; or tous ces nestoriens sont demeurés scrupuleusement fidèles jusqu'aujourd'hui à la langue syriaque dans la Liturgie. Il existe une traduction persane de la Bible entre leurs mains ; quant à la Liturgie, partout ils l'ont laissée scrupuleusement en syriaque, sa langue primitive.

 

L'Église copte n'a pas été moins fidèle à sa langue liturgique. La basse Egypte perdit la langue grecque après la conquête du pays par les Sarrasins, et accepta le joug de la langue arabe. Dans la Liturgie, elle admit insensiblement l'usage du copte, qui servait déjà à l'autel, non seulement dans la Thébaïde, mais dans une partie considérable de la haute Egypte. Or cette langue, depuis de longs siècles, est exclusivement liturgique et n'est plus parlée. On trouve aussi, à l'usage du clergé copte, des livres de Liturgie qui portent en regard la version arabe du texte ; mais cette version n'est pas lue dans l'église, et elle n'est placée dans ces livres que pour suppléer à l'ignorance du clergé, de la même manière que nous l'avons remarqué pour les Melchites de Syrie, et pour les prêtres du rite syriaque. Les prêtres coptes lisent seulement l'épître et l'évangile en arabe, devant le peuple, mais c'est après l'avoir récité en langue copte.

 

L'éthiopien liturgique est cette langue de l'Abyssinie, connue sous le nom de Gheez ancienne ou Axumite, qui s’est éteinte depuis longtemps, après avoir été la plus riche de toute l'Afrique (Balbi, Atlas ethnographique du globe, tableau III°.). Elle fut remplacée par la langue ancharique, lorsque le siège de l'empire cessa d'être à Axum, et que la dynastie venue du pays d'Anchara monta sur le trône d'Ethiopie. Cette révolution n'eut aucun effet sur les livres liturgiques ; ils demeurèrent et sont toujours restés depuis dans l'ancienne langue axumite, qui est ignorée du peuple, et connue seulement des lettrés.

 

Enfin la langue arménienne, que nous avons vue, au commencement du Ve siècle, acquérir une version des saintes Écritures par les soins du savant Mesrob, et qui, vers la même époque, fut admise au rang des langues liturgiques, offre matière à la même observation que nous avons faite sur le grec, le syriaque, le copte et l'éthiopien. Cette langue est divisée en trois dialectes : le sublime, le moyen et le simple. Les livres liturgiques sont écrits dans le dialecte sublime, dont l'intelligence n'appartient qu'aux savants de la nation ; le moyen, qui est parlé dans la société polie, n'est déjà plus la langue liturgique, et diffère encore de l'arménien simple qui est à l'usage du peuple.

 

Tel est l'état des cinq langues liturgiques de l'Orient. Pas une qui se soit perdue, mais pas une aussi qui soit restée vulgaire. Ainsi, trois langues sacrées au commencement ; trois principales leur sont ensuite adjointes; mais à peine ont-elles senti, les unes comme les autres, le contact des mystères de l'autel, qu'elles deviennent immobiles et impérissables. Les peuples se mêlent, se renouvellent, voient changer leur état politique, émigrent sous d'autres cieux ; la langue liturgique survit à tout, et n'accepte point ces révolutions. Consacrée aux secrets de l'éternité, elle n'est plus du temps ; les peuples la vénèrent comme le lien qui les rattache au ciel, comme le voile sacré qui couvre l'objet de leurs adorations. Elle est le lien du passé avec le présent, le signe de fraternité qui triomphe de toutes les distances et réunit les races les plus dissemblables.

 

Sous un autre point de vue, la langue liturgique conserve les traditions de l'âge où elle était encore parlée. La nécessité de l'étudier, a conservé dans chaque pays les monuments de la littérature contemporaine de la rédaction des formules liturgiques. Que fût devenue l'Europe, sous le rapport des sciences, après l'invasion des barbares, si l'étude de la langue latine eût subi une interruption de quelques siècles ? Cependant, si les apôtres des nations occidentales eussent traduit le service divin dans la langue des peuples qu'ils conquéraient à l'Evangile, on s'imagine difficilement l'intérêt qui se fût attaché à la langue latine.

 

Au sein du paganisme, les anciens Romains avaient compris cette immobilité de langage de la prière publique. Quintilien nous apprend que les vers chantés par les prêtres Saliens remontaient à une si haute antiquité, qu'on les comprenait à peine, et cependant la majesté de la religion n'avait pas permis qu'on les changeât. Nous avons vu que les Juifs, avant le christianisme, dans leurs assemblées religieuses, lisaient la Loi et les prières du culte en langue hébraïque, quoique cette langue ne fût plus entendue du peuple. Ne serait-ce pas se refuser à l'évidence que de ne pas reconnaître dans tous ces faits l'expression d'une loi de la nature d'accord avec le génie de la religion ?

 

Après avoir décrit les langues liturgiques de l'Orient, passons à celles de l'Occident.

 

DOM GUÉRANGER INSTITUTIONS LITURGIQUES : DEUXIÈME PARTIE : LES LIVRES DE LA LITURGIE ; CHAPITRE III : DE LA LANGUE DES LIVRES LITURGIQUES

 

The Baptism of the Eunuch of the Ethiopean Queen by Philip

Le Baptême de l'eunuque de la reine d'Ethiopie par Philippe (Actes des Apôtres, 8, 26- 40)

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