Crist-Pantocrator.jpg

"Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres.

 

Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.

 

Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres."

 

Evangile de Jésus-Christ selon  saint Jean 

   

 

Pentecôte

" Le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit."

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean  

 

   

 

 El Papa es argentino. Jorge Bergoglio                 

Saint Père François

 

 

La Manif Pour Tous 

La Manif Pour Tous photo C de Kermadec

La Manif Pour Tous Facebook 

 

 

Les Veilleurs Twitter 

Les Veilleurs

Les Veilleurs Facebook

 

 

 

papa%20GP%20II

1er mai 2011 Béatification de Jean-Paul II

Béatification du Serviteur de Dieu Jean-Paul II

 

 

  Béatification du Père Popieluszko

beatification Mass, in Warsaw, Poland

à Varsovie, 6 juin 2010, Dimanche du Corps et du Sang du Christ

 

 

presidential palace in Warsaw

Varsovie 2010

 

 

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
Sanctuaire de l'Adoration Eucharistique et de la Miséricorde Divine

La miséricorde de Dieu est comme un torrent débordé. Elle entraîne les cœurs sur son passage.
(Saint Curé d'Ars)
 

 


Le côté du Christ a été transpercé et tout le mystère de Dieu sort de là. C’est tout le mystère de Dieu qui aime, qui se livre jusqu’au bout, qui se donne jusqu’au bout. C’est le don le plus absolu qui soit. Le don du mystère trinitaire est le cœur ouvert. Ce n’est pas une image, c’est une réalité. C’est la réalité la plus profonde qui soit, la réalité de l’amour.
Père Marie-Joseph Le Guillou




Dans le cœur transpercé
de Jésus sont unis
le Royaume du Ciel
et la terre d'ici-bas
la source de la vie
pour nous se trouve là.

Ce cœur est cœur divin
Cœur de la Trinité
centre de convergence
de tous les cœur humains
il nous donne la vie
de la Divinité.


Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix
(Edith Stein)



Le Sacré-Cœur représente toutes les puissances d'aimer, divines et humaines, qui sont en Notre-Seigneur.
Père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus

 



feuille d'annonces de la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre

 

 

 

 

 

 

 

     

The Cambrai Madonna

Notre Dame de Grâce

Cathédrale de Cambrai

 

 

 

Cathédrale Notre Dame de Paris 

   

Ordinations du samedi 27 juin 2009 à Notre Dame de Paris


la vidéo sur KTO


Magnificat

     



Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie à Notre-Dame de Paris


NOTRE DAME DES VICTOIRES

Notre-Dame des Victoires




... ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’Amour !

 

 

Rechercher

Voyages de Benoît XVI

 

SAINT PIERRE ET SAINT ANDRÉ

Saint Pierre et Saint André

 

BENOÎT XVI à CHYPRE 

 

Benedict XVI and Cypriot Archbishop Chrysostomos, Church of 

Salutation avec l'Archevêque Chrysostomos à l'église d' Agia Kyriaki Chrysopolitissa de Paphos, le vendredi 4 juin 2010

 

     

 

Benoît XVI en Terre Sainte  


 

Visite au chef de l'Etat, M. Shimon Peres
capt_51c4ca241.jpg

Visite au mémorial de la Shoah, Yad Vashem




 






Yahad-In Unum

   

Vicariat hébréhophone en Israël

 


 

Mgr Fouad Twal

Patriarcat latin de Jérusalem

 

               


Vierge de Vladimir  

    

 

SALVE REGINA

28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 15:00

La sainte Eglise propose aujourd'hui à nos méditations un sujet d'une haute portée pour le temps où nous sommes. La leçon que le Sauveur donna un jour à trois de ses Apôtres, elle nous l'applique à nous-mêmes, en ce second Dimanche de la sainte Quarantaine. Efforçons-nous d'y être plus attentifs que ne le furent les trois disciples de notre Evangile, lorsque leur Maître daigna les préférer aux autres pour les honorer d'une telle faveur.

Jésus s'apprêtait à passer de Galilée en Judée pour se rendre à Jérusalem, où il devait se trouver pour la fête de Pâques. C'était cette dernière Pâque qui devait commencer par l'immolation de l'agneau figuratif, et se terminer par le Sacrifice de l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Jésus ne devait plus être inconnu à ses disciples. Ses œuvres avaient rendu témoignage de lui, aux yeux même des étrangers ; sa parole si fortement empreinte d'autorité, sa bonté si attrayante, sa patience à souffrir la grossièreté de ces hommes qu'il avait choisis pour sa compagnie : tout avait dû contribuer à les attacher à lui jusqu'à la mort. Ils avaient entendu Pierre, l'un d'entre eux, déclarer par un mouvement divin qu'il était le Christ, Fils du Dieu vivant ; mais 
cependant l'épreuve qui se préparait allait être si redoutable pour leur faiblesse, que Jésus voulut, avant de les y soumettre, leur accorder encore un dernier secours, afin de les prémunir contre la tentation.

Ce n'était pas seulement, hélas ! pour la synagogue que la Croix pouvait devenir un sujet de scandale ; Jésus, à la dernière Cène, disait devant ses Apôtres réunis autour de lui: "Vous serez tous scandalisés, en cette nuit, à mon sujet". Pour des hommes charnels comme eux, quelle épreuve de le voir traîné chargé de chaînes par la main des soldats, conduit d'un tribunal à l'autre, sans qu'il songe même à se défendre ; de voir réussir cette conspiration des Pontifes et des Pharisiens si souvent confondus par la sagesse de Jésus et par l'éclat de ses prodiges ; de voir le peuple qui tout à l'heure lui criait hosannah demander sa mort avec passion ; de le voir enfin expirer sur une croix infâme, entre deux larrons, et servir de trophée à toutes les haines de ses ennemis !

Ne perdront-ils pas courage, à l'aspect de tant d'humiliations et de souffrances, ces hommes qui depuis trois années se sont attachés à ses pas ? Se souviendront-ils de tout ce qu'ils ont vu et entendu ? La frayeur, la lâcheté ne glaceront-elles pas leurs âmes, au jour où vont s'accomplir les prophéties qu'il leur a faites sur lui-même ? Jésus du moins veut tenter un dernier effort sur trois d'entre eux qui lui sont particulièrement chers : Pierre, qu'il a établi fondement de son Eglise future, et à qui il a promis les clefs du ciel ; Jacques, le fils du tonnerre, qui sera le premier martyr dans le  collège apostolique, et Jean son frère, qui est 
appelé le disciple bien-aimé. Jésus veut les mener à l'écart, et leur montrer, durant quelques instants, l'éclat de cette gloire qu'il dérobe aux yeux des mortels jusqu'au jour de la manifestation.

Il laisse donc les autres disciples dans la plaine, près de Nazareth, et se dirige, avec les trois préférés, vers une haute montagne appelée le Thabor, qui tient encore à la chaîne du Liban, et dont le Psalmiste nous a dit qu'elle devait tressaillir au nom du Seigneur. A peine Jésus est-il arrivé sur le sommet de cette montagne que tout à coup, aux yeux étonnés des trois Apôtres, son aspect mortel disparaît ; sa face est devenue resplendissante comme le soleil ; ses vêtements si humbles ont pris l'éclat d'une neige éblouissante. Deux personnages dont la présence était inattendue sont là sous les yeux des Apôtres, et s'entretiennent avec leur Maître sur les souffrances qui l'attendent à Jérusalem. C'est Moïse, le législateur, couronné de rayons ; c'est Elie, le prophète, enlevé sur un char de feu, sans avoir passé par la mort. Ces deux grandes puissances de la religion mosaïque, la Loi et la Prophétie, s'inclinent humblement devant Jésus de Nazareth. Et non seulement les yeux des trois Apôtres sont frappés de la splendeur qui entoure leur Maître et qui sort de lui ; mais leur cœur est saisi d'un sentiment de bonheur qui les arrache à la terre. Pierre ne veut plus descendre de la montagne ; avec Jésus, avec Moïse et Elie, il désire y fixer son séjour. Et afin que rien ne manque à cette scène sublime, où les grandeurs de l'humanité de Jésus sont manifestées aux Apôtres, le témoignage divin du Père céleste s'échappe du sein d'une nuée lumineuse qui vient couvrir le 
sommet du Thabor, et ils entendent Jehovah proclamer que Jésus est son Fils éternel.

Ce moment de gloire pour le Fils de l'homme dura peu ; sa mission de souffrances et d'humiliations l'appelait à Jérusalem. Il retira donc en lui-même cet éclat surnaturel ; et lorsqu'il rappela à eux les Apôtres, que la voix tonnante du Père avait comme anéantis, ils ne virent plus que leur Maître. La nuée lumineuse du sein de laquelle la parole d'un Dieu avait retenti s'était évanouie ; Moïse et Elie avaient disparu. Se souviendront-ils du moins de ce qu'ils ont vu et entendu, ces hommes honorés d'une si haute faveur ? La divinité de Jésus demeurera-t-elle désormais empreinte dans leur souvenir ? Quand l'heure de l'épreuve sera venue, ne désespéreront-ils pas de sa mission divine ? ne seront-ils pas scandalisés de son abaissement volontaire ? La suite des Evangiles nous répond.

Peu de temps après, ayant célébré avec eux sa dernière Cène, Jésus conduit ses disciples sur une autre montagne, sur celle des Oliviers, à l'orient de Jérusalem. Il laisse à l'entrée d'un jardin le plus grand nombre d'entre eux ; et ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, il pénètre avec eux plus avant dans ce lieu solitaire. "Mon âme est triste jusqu'à la mort, leur dit-il ; demeurez ici, veillez un peu avec moi." Et il s'éloigne à quelque distance pour prier son Père. Nous savons quelle douleur oppressait en ce moment le cœur du Rédempteur. Quand il revient vers ses trois disciples, une agonie affreuse avait passé sur lui ; une sueur de sang avait traversé jusqu'à ses vêtements. Au milieu d'une crise si terrible, les trois 
Apôtres veillent-ils du moins avec ardeur, dans l'attente du moment où ils vont avoir à se dévouer pour lui ? Non ; ils se sont endormis lâchement ; car leurs veux sont appesantis. Encore un moment, et tous s'enfuiront, et Pierre, le plus ferme de tous, jurera qu'il ne le connaît pas.

P
lus tard, les trois Apôtres, témoins de la résurrection de leur Maître, désavouèrent par un repentir sincère cette conduite honteuse et coupable ; et ils reconnurent la prévoyante bonté avec laquelle le Sauveur les avait voulu prémunir contre la tentation, en se faisant voir à eux dans sa gloire, si peu de temps avant les jours de sa Passion. Nous, chrétiens, n'attendons pas de l'avoir abandonné et trahi, pour reconnaître sa grandeur et sa divinité. Nous touchons à l'anniversaire de son Sacrifice ; nous aussi, nous allons le voir humilié par ses ennemis et écrasé sous la main de Dieu. Que notre foi ne défaille pas à ce spectacle ; l'oracle de David qui nous le représente semblable à un ver de terre que l'on foule aux pieds, la prophétie d'Isaïe qui nous le dépeint comme un lépreux, comme le dernier des hommes, l'homme de douleurs : tout va s'accomplir à la lettre. Souvenons-nous alors des splendeurs du Thabor, des hommages de Moïse et d'Elie, de la nuée lumineuse, de la voix du Père immortel des siècles. Plus Jésus va s'abaisser à nos yeux, plus il nous faut le relever par nos acclamations, disant avec la milice des Anges, et avec les vingt-quatre vieillards que saint Jean, l'un des témoins du Thabor, a entendus dans le ciel : "Il est digne, l'Agneau qui a été immolé , de recevoir la puissance et la divinité, la sagesse et la force, l'honneur , la gloire  et  la bénédiction !"

Le deuxième Dimanche de Carême est appelé Reminiscere, du premier mot de l'Introït de la Messe, et quelquefois aussi le Dimanche de la Transfiguration, à cause de l'Evangile que nous venons d'exposer.


Transfiguration du Christ par Véronèse


C'est ainsi que le Sauveur venait en aide à ses Apôtres à la veille de l'épreuve, et cherchait à imprimer profondément son image glorieuse dans leur pensée, pour le jour où l'œil de la chair n'apercevrait plus en lui que faiblesse et ignominie. O prévoyance de la grâce divine qui ne manque jamais à l'homme, et qui justifie toujours la bonté et la justice de Dieu !

Comme les Apôtres, nous avons péché ; comme eux, nous avons négligé le secours qui nous avait été envoyé du ciel, nous avons fermé volontairement les yeux à la lumière, nous avons oublié son éclat qui d'abord nous avait ravis, et nous sommes tombés. Nous n'avons donc point été tentés au delà de nos forces, et nos péchés nous appartiennent bien en propre. Les trois Apôtres furent exposés à une violente tentation, au jour où leur Maître sembla avoir perdu toute sa grandeur ; mais il leur était facile de se fortifier par un souvenir glorieux et récent. Loin de là, ils se laissèrent abattre, ils ne songèrent point à renouveler 
leur courage dans la prière ; et les fortunés témoins du Thabor se montrèrent lâches et infidèles au Jardin des Oliviers. Il ne leur resta plus d'autre ressource que de se recommander à la clémence de leur Maître, quand il eut triomphé de ses méprisables ennemis ; et ils obtinrent leur pardon de son cœur généreux.

Nous aussi, venons à notre tour implorer cette miséricorde sans bornes. Nous avons abusé de la grâce divine ; nous l'avons rendue stérile par notre infidélité. La source de cette grâce, fruit du sang et de la mort du Rédempteur, n'est point encore tarie pour nous, tant que nous vivons en ce monde ; préparons-nous à y puiser de nouveau. C'est elle déjà qui nous sollicite à l'amendement de notre vie.

Cette grâce, elle descend sur les âmes avec abondance au temps où nous sommes ; elle est renfermée principalement dans les saints exercices du Carême. Elevons-nous sur la montagne avec Jésus ; à cette hauteur, on n'entend déjà plus les bruits de la terre. Etablissons-y notre tente pour quarante jours en la compagnie de Moïse et d'Elie qui, comme nous et avant nous, sanctifièrent ce nombre par leurs jeûnes ; et, quand le Fils de l'homme sera ressuscité d'entre les morts, nous publierons les faveurs qu'il daigna nous accorder sur le Thabor.

DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique


La Transfiguration par Previtali

Repost 0
28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 05:00
Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier.

Pendant qu'il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d'une blancheur éclatante. Et deux hommes s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem.

Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, se réveillant, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s'en allaient, quand Pierre dit à Jésus : "Maître, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie."

Il ne savait pas ce qu'il disait.

Pierre n'avait pas fini de parler, qu'une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu'ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : " Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi, écoutez-le."

Quand la voix eut retenti, on ne vit plus que Jésus seul. Les disciples gardèrent le silence et, de ce qu'ils avaient vu, ils ne dirent rien à personne à ce moment-là.


Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc


Icône de la Transfiguration
Repost 0
Published by un pèlerin - dans La Bible en tableaux
commenter cet article
27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 10:00

Moïse disait au peuple d'Israël :

"Aujourd'hui, le Seigneur ton Dieu te commande de mettre en pratique ces commandements et ces décrets. Tu les garderas et observeras de tout ton cœur et de toute ton âme.

Aujourd'hui, tu as obtenu du Seigneur cette déclaration : qu'il sera ton Dieu, et que tu suivras ses chemins, que tu garderas ses commandements, ses ordres et ses décrets, et que tu écouteras sa voix.

Aujourd'hui, le Seigneur a obtenu de toi cette déclaration : que tu seras son peuple particulier, comme il te l'a promis, et que tu devras garder tous ses commandements.

Il te donnera prestige, renommée et gloire, plus qu'à toutes les nations qu'il a faites, et tu seras un peuple consacré au Seigneur ton Dieu, comme il te l'a promis.



Livre du Deutéronome





Le Seigneur nous apprend, dans ce passage de Moïse, qu'une nation fidèle à garder toutes les prescriptions du service divin sera bénie entre toutes les autres. L'histoire est là pour attester la vérité de cet oracle. De toutes les nations qui ont péri, il n'en est pas une seule qui ne l'ait mérité par son oubli de la loi de Dieu ; et il en doit être ainsi. Quelquefois le Seigneur attend avant de frapper ; mais c'est afin que le châtiment soit plus solennel et plus exemplaire. Veut-on se rendre compte de la solidité des destinées d'un peuple ? Que l'on étudie son degré de fidélité aux lois de l'Eglise. Si son droit public a pour base les principes et les institutions du christianisme, cette nation peut avoir quelques germes de maladie ; mais son tempérament est robuste ; les révolutions l'agiteront sans la dissoudre. Si la masse des citoyens est fidèle à l'observation des préceptes extérieurs ; si elle garde, par exemple, le jour du Seigneur, les prescriptions du Carême, il y a là un fond de moralité qui préservera ce peuple des dangers d'une dissolution.

De tristes économistes n'y verront qu'une superstition puérile et traditionnelle, qui  n'est bonne qu'à retarder le progrès ;
mais que cette nation, jusqu'alors simple et fidèle, ait le malheur d'écouter ces superbes et niaises théories, un siècle ne se passera pas sans qu'elle ait à s'apercevoir qu'en s'émancipant de la loi rituelle du christianisme, elle a vu baisser chez elle le niveau de la morale publique et privée, et que ses destinées commencent à chanceler.

L'homme peut dire et écrire tout ce qu'il voudra ; Dieu veut être servi et honoré par son peuple, et il entend être le maître des formes de ce service et de cette adoration. Tous les coups portés au culte extérieur, qui est le véritable lien social, retomberont de tout leur poids sur l'édifice des intérêts humains.

Quand bien même la parole du Seigneur n'y serait pas engagée, il est de toute justice qu'il en soit ainsi.


DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique




Le Pénitent par Dürer

Repost 0
26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 19:27

> Orthodoxie.com

La chaîne télévision catholique KTO doit diffuser lundi 22 février 2010 un documentaire intitulé : Le Mont Athos - La république des moines. La Sainte-Communauté du Mont-Athos, a exprimé officiellement sa désapprobation concernant ce film tourné dans des conditions illégales, qui contient des propos mensongers à son encontre et donne une représentation fausse du Mont-Athos.

Dans une lettre adressée au vice-ministre des Affaires étrangère de Grèce (auxquels ils demandent de transmettre leur position à tout responsable concerné), les représentants des vingt grands monastères de la Communauté du Mont-Athos, écrivent notamment :

« Excellence,
Par la présente nous voulons répondre à votre lettre concernant le documentaire "La république des moines".

Il est vrai ce que M. Philippe Aubert [le producteur] raconte qu’"il a été nécessaire faire des efforts pendant cinq ans afin d’obtenir l’autorisation de filmer sur la Sainte Montagne", mais il trompe son monde lorsqu’il cache le fait qu’une telle autorisation n’a jamais été accordée.

MM. Yvon Bertorello et Eddy Noukoujikian (mentionné dans la présentations du film sous le nom d’Eddy Vicken) ont pendant plusieurs années embêté la Sainte-Communauté et les monastères. Ils ont utilisé diverses méthodes pour contourner le refus qui leur avait communiqué. Deux fois, ils ont utilisé la représentation italienne à la Communauté européenne. Au moins quatre fois (une fois par an) ils ont reçu de la Sainte-Communauté des réponses négatives (numéros de protocoles : Ph.2/37 2491/14-27.12.2002, 469/5-18.4.2003, 1735/11-24.10.2004 et 591/5-18.5.2005).

Malgré tout, ils sont arrivés à filmer illégalement dans très peu monastères, soit clandestinement, soit dans un où deux cas probablement après avoir trompé (les moines). Surtout ils ont reçu l’assistance (entrée des caméras, hébergement de plusieurs jours sans autorisation de séjour, etc.) de la faction illégale bien connue [d’extrémistes zélotes] qui occupe les bâtiments du monastère d’Esphigménou. C’est à ces hommes-là qu’une grande partie du film a été consacrée, le texte qui accompagne le film non seulement cachant leur situation réelle, mais soutenant leurs opinions en utilisant des mensonges et en déformant les événements d’une manière tout à fait inacceptable et exaspérante.

Ce film, donc, non seulement n’est une présentation générale du Mont-Athos mais il est malveillant et trompeur. Il porte la charge d’une longue histoire de mouvements secrets et illégaux, choses inacceptables pour notre saint lieu.

En conclusion nous vous exprimons notre désaccord radical et notre protestation que nous prions de transmettre à tout responsable. Nous considérons que la présentation du film doit être complètement interdite.

Signé: tous les représentants des vingts monastères du Mont Athos. »


Le film a été réalisé par Yvan (alias Yvon) Bertorello et Eddy Noukoujikian. Y. Bertorello est le personnage principal du récit du journaliste d’investigation V. Guitard « L’agent secret du Vatican », où il révèle ses activités et missions et prétend  être agent secret au service du Vatican. Il est présenté par certaines sources comme un ancien séminariste d’Écône et comme un ex-diacre catholique.


Les membres de la communauté légitime du monastère d’Esphigménou (réfugiée à Karyès, capitale de l’Athos, suite à l’occupation de son monastère par les zélotes), ont de leur côté publié la lettre suivante, qui dénonce le caractère illégal et tendancieux du film et le soutien apporté aux réalisateurs par le groupe d’extrémistes qui occupent leur monastère   :

« Le citoyen français Yvon Bertorello, prêtre catholique romain, membre des services secrets du Vatican et membre du fameux Opus Dei, en collaboration avec son collègue Eddy Noukoujikian, souvent accompagnés au Mont-Athos par Thomas Xenakis, ont essayé depuis plusieurs années de réaliser un documentaire sur le Mont-Athos. À plusieurs reprises, ils ont demandé l’autorisation de la Sainte-Communauté (sans que jamais Y. Bertorello ne mentionne sa qualité de prêtre catholique romain) et la Sainte-Communauté a rejeté explicitement leur demande. Finalement, ils ont réalisé ce documentaire sans autorisation. Les prises de vue et de son ont été faites clandestinement, sans l’autorisation des monastères, tandis que Méthodios, le chef de la faction [extrémiste zélote] qui occupe actuellement le monastère d’Esphigménou est présenté dans une grande partie du documentaire et y expose ses opinions bien connues. Selon les informations dont nous disposons, Bertorello est resté comme hôte au monastère d’Esphigménou pendant 25 jours.»


C’est en raison de l’absence d’autorisation pour tourner ce film que ces auteurs n’ont pu interviewer, à part les moines dissidents du monastère non canonique d’Esphigménou, qu'un novice du skit roumain de Prodromou, après avoir trompé la bonne foi de l’higoumène, l’archimandrite Pétroniu, sourd et âgé de plus de 80 ans.


> Orthodoxie.com

Repost 0
Published by un pèlerin - dans infos & photos
commenter cet article
26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 15:00

Parole du Seigneur. Si le méchant se détourne de tous les péchés qu'il a commis, s'il observe tous mes commandements, s'il pratique le droit et la justice, il ne mourra pas, il vivra.

On ne se souviendra pas des péchés qu'il a commis, il vivra à cause de la justice qu'il a pratiquée.

Est-ce donc la mort du méchant que je désire, déclare le Seigneur, n'est-ce pas plutôt qu'il se détourne de sa conduite et qu'il vive ? Mais, si le juste se détourne de sa justice et fait le mal en imitant toutes les abominations des méchants, est-ce qu'il vivra ? On ne se souviendra plus de toute la justice qu'il avait pratiquée : à cause de son infidélité et de son péché, il mourra ! Et pourtant vous dites : "La conduite du Seigneur est étrange". Écoutez donc, fils d'Israël : est-ce ma conduite qui est étrange ? N'est-ce pas plutôt la vôtre ?

Si le juste se détourne de sa justice, se pervertit, et meurt dans cet état, c'est à cause de sa perversité qu'il mourra. Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie.

Parce qu'il a ouvert les yeux, parce qu'il s'est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra.


Livre d'Ezéchiel

 



Portons nos regards sur les pénitents publics que l'Eglise se prépare à rétablir bientôt dans la participation des Mystères. Mais auparavant ils ont besoin d'être réconciliés avec Dieu qu'ils ont offensé. Leur âme est morte par le péché ; pourra-t-elle donc revivre ? Oui, le Seigneur nous l'atteste ; et la lecture du Prophète Ezéchiel, que l'Eglise commençait hier pour les Catéchumènes, elle la continue aujourd'hui en faveur des pénitents publics. 

" Que l'impie, dit le Seigneur,  fasse pénitence de tous les péchés qu'il a commis ; qu'il garde désormais mes préceptes : il vivra certainement, et il ne mourra pas." Cependant ses iniquités sont là, qui s'élèvent contre lui ; leur voix est montée jusqu'au ciel et provoque une vengeance éternelle. Assurément, il en est ainsi ; mais voici que le Seigneur qui sait tout, qui n'oublie rien, nous déclare qu'il ne se souviendra plus de l'iniquité rachetée par la pénitence. Telle est la tendresse de son cœur paternel, qu'il veut bien oublier l'outrage qu'il a reçu d'un fils, si ce fils revient sincèrement à son devoir. Ainsi nos pénitents seront réconciliés, et au jour de la Résurrection du Sauveur, ils se mêleront aux justes, parce que Dieu ne gardera plus souvenir de leurs iniquités ; ils seront devenus justes eux-mêmes.

En remontant par la pensée le cours des âges, nous nous retrouvons ainsi en face de ce grand spectacle de la pénitence publique, dont la Liturgie, qui ne change pas, a seule conservé les traces aujourd'hui. De nos jours, les pécheurs ne sont plus mis à part ; la porte de l'église ne leur est plus fermée ; ils se tiennent souvent tout près des saints autels, mêlés aux justes ; et quand  le pardon descend  sur  eux, l'assemblée des fidèles n'en est point avertie par des rites spéciaux et solennels. Admirons la miséricorde divine, et profitons de l'indulgence de notre mère la sainte Eglise.

A toute heure et sans éclat, la brebis égarée peut rentrer au bercail : qu'elle use donc de la condescendance dont elle est l'objet, et qu'elle ne quitte plus  désormais le Pasteur qui a daigné l'accueillir encore. Quant au juste,  qu'il ne s'élève pas par une vaine complaisance, en se comparant à la pauvre brebis égarée ; qu'il médite ces  paroles : "Si le juste se détourne de la justice, s'il commet l'iniquité, toutes les  œuvres de justice qu'il avait faites, on ne s'en  souviendra plus".

Craignons donc pour nous-mêmes, et ayons pitié des pécheurs. La prière des fidèles pour les pécheurs, durant le Carême, est un des grands moyens sur lesquels compte l'Eglise pour obtenir leur réconciliation.


DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique



 
Le fils prodigue par Dürer

Repost 0
26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 05:00

Après avoir employé trois semaines entières à reconnaître les maladies de notre âme, à sonder la profondeur des blessures que le péché nous a faites, nous devons maintenant nous sentir prépares à la pénitence dont l'Eglise vient de nous ouvrir la carrière. Nous connaissons mieux la justice et la sainteté de Dieu et les dangers auxquels s'expose l'âme impénitente ; et pour opérer dans la nôtre un retour sincère et durable, nous avons rompu avec les vaines joies et les futilités du monde. La cendre a été répandue sur nos têtes ; et notre orgueil s'est humilié sous la sentence de mort qui doit s'accomplir en nous.

Dans le cours de cette épreuve de quarante jours, si longue pour notre faiblesse, nous ne serons pas délaissés de la présence de notre Sauveur. Il semblait s'être dérobé à nos regards durant ces semaines qui ne retentissaient que des malédictions prononcées contre l'homme pécheur ; mais cette absence nous était salutaire. Il était bon pour nous d'apprendre à trembler au bruit des vengeances divines. "La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse" ; et c'est parce que nous avons été saisis de terreur, que le sentiment de la pénitence s'est réveillé dans nos âmes.


Maintenant, ouvrons les yeux et voyons. C'est l'Emmanuel lui-même parvenu à l'âge d'homme, qui se montre à nos regards de nouveau, non plus sous l'aspect de ce doux enfant que nous avons adoré dans son berceau, mais semblable au pécheur, tremblant et s'humiliant devant la souveraine majesté que nous avons offensée, et auprès de laquelle il s'est fait notre caution. Dans l'amour fraternel qu'il nous porte, voyant que la carrière de la pénitence allait s'ouvrir pour nous, il est venu nous encourager par sa présence et par ses exemples. Nous allons nous livrer durant quarante jours au jeûne et à l'abstinence : lui, l'innocence même, va consacrer le même temps à affliger son corps. Nous nous séparons pour un temps des plaisirs bruyants et des sociétés mondaines : il se retire de la compagnie et de la vue des hommes. Nous voulons fréquenter plus assidûment la maison de Dieu et nous livrer à la prière avec plus d'ardeur : il passera quarante jours et quarante nuits à converser avec son Père, dans l'attitude d'un suppliant. Nous allons repasser nos années dans l'amertume de notre cœur et gémir sur nos iniquités : il va les expier par la souffrance et les pleurer dans le silence du désert, comme s'il les avait lui-même commises.


Il est à peine sorti des eaux du Jourdain qu'il vient de sanctifier et de rendre fécondes, et l'Esprit-Saint le pousse vers la solitude. L'heure est venue cependant pour lui de se manifester au monde : mais auparavant, il a un grand exemple à nous donner ; et se dérobant aux regards du Précurseur et de cette foule qui a vu la divine Colombe descendre sur lui et entendu la voix du Père céleste, c'est vers le désert qu'il se dirige. A peu de distance  du fleuve s'élève une montagne
âpre et sauvage, que les âges chrétiens ont nommée depuis la montagne de la Quarantaine. De sa crête abrupte on domine les riantes plaines de Jéricho, le cours du Jourdain et le lac maudit qui rappelle la colère de Dieu. C'est là, au fond d'une grotte naturelle creusée dans la roche stérile, que le Fils de l'Eternel vient s'établir, sans autre société que les bêtes farouches qui ont choisi leur tanière en ces lieux où l'homme ne paraît jamais. Jésus y pénètre sans aucun aliment pour soutenir ses forces humaines ; l'eau même qui pourrait le désaltérer manque dans ce réduit escarpé ; la pierre nue s'offre seule pour reposer ses membres épuisés. Dans quarante jours, les Anges s'approcheront et viendront lui  présenter de la nourriture.

C'est ainsi que le Sauveur nous précède et nous dépasse dans la voie sainte du Carême ; il l'essaie et l'accomplit devant nous, afin de faire taire par son exemple tous nos prétextes, tous nos raisonnements, toutes les répugnances de notre mollesse et de notre orgueil. Acceptons la leçon dans toute son étendue, et comprenons enfin la loi de l'expiation. Le Fils de Dieu, descendu de cette austère montagne, ouvre sa prédication par cette sentence qu'il adresse à tous les hommes : "Faites pénitence ; car le royaume des cieux approche." Ouvrons nos cœurs à cette invitation, afin que le Rédempteur ne soit pas obligé de réveiller notre assoupissement par cette menace terrible qu'il fit entendre dans une autre circonstance : "Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous."
Or, la pénitence consiste dans la contrition du cœur et dans la mortification du corps ; ces deux parties  lui  sont essentielles. C'est le  cœur  de l'homme qui a voulu le mal, et le corps a souvent aidé à l'accomplir. L'homme étant d'ailleurs composé de l'un et de l'autre, il doit les unir dans l'hommage qu'il rend à Dieu. Le corps doit participer aux délices de l'éternité ou aux tourments de l'enfer. Il n'y a donc point de vie chrétienne complète, ni non plus d'expiation valable, si dans l'une et l'autre il ne s'associe à l'âme.

Mais le principe de la véritable pénitence est dans le cœur : nous l'apprenons de l'Evangile par les exemples de l'Enfant prodigue, de la Pécheresse, du publicain Zachée, de saint Pierre. Il faut donc que le coeur rompe sans retour avec le péché, qu'il le regrette amèrement, qu'il l'ait en horreur et qu'il en fuie les occasions. Pour exprimer cette disposition, l'Ecriture se sert d'une expression qui a passé dans le langage chrétien et rend admirablement l'état de l'âme sincèrement revenue du péché ; elle l'appelle la Conversion. Le chrétien doit donc, durant le Carême, s'exercer à la pénitence du cœur et la regarder comme le fondement essentiel de tous les actes propres à ce saint temps. Néanmoins, cette pénitence serait illusoire, si l'on ne joignait l'hommage du corps aux sentiments intérieurs qu'elle inspire. Le Sauveur, sur la montagne, ne se contente pas de gémir et de pleurer sur nos péchés ; il les expie par la souffrance de son corps ; et l'Eglise, qui est son interprète infaillible, nous avertit que la pénitence de notre cœur ne sera pas reçue, si nous n'y joignons la pratique exacte de l'abstinence et du jeûne.


Quelle est donc l'illusion de tant de chrétiens honnêtes qui se flattent d'être irréprochables, surtout lorsqu'ils oublient leur passé ou qu'ils se comparent  à d'autres, et qui parfaitement
contents d'eux-mêmes, ne songent jamais aux dangers de la vie molle qu'ils comptent bien mener jusqu'au dernier jour ! Leurs péchés d'autrefois, ils n'y songent plus : ne les ont-ils pas sincèrement confessés ? La régularité selon laquelle ils vivent désormais n'est-elle pas la preuve de leur solide vertu ? Qu'ont-ils à démêler avec la justice de Dieu ? Aussi les voyons-nous solliciter régulièrement toutes les dispenses possibles dans le Carême. L'abstinence les incommoderait ; le jeûne n'est plus compatible avec la santé, les occupations, les habitudes d'aujourd'hui. On n'a pas la prétention d'être meilleur que tel ou tel qui ne jeûnent pas et ne font pas abstinence ; et comme on est incapable d'avoir même l'idée de suppléer par d'autres pratiques de pénitence à celles que l'Eglise prescrit, il en résulte que, sans s'en apercevoir et insensiblement, on arrive à n'être plus chrétien. L'Eglise, témoin de cette effrayante décadence du sens surnaturel, et redoutant une résistance qui accélérerait encore les dernières pulsations d'une vie qui va s'éteignant, élargit de plus en plus la voie des adoucissements. Dans l'espoir de conserver une étincelle de christianisme pour un avenir meilleur, elle préfère abandonner à la justice de Dieu lui-même des enfants qui ne l'écoutent plus, lorsqu'elle leur enseigne les moyens de se rendre favorable cette justice dès ce monde ; et ces chrétiens se livrent à la sécurité la plus profonde, sans nul souci de comparer leur vie aux exemples de Jésus-Christ et des Saints, aux règles séculaires de la pénitence chrétienne.

Il est sans doute des exceptions à cette mollesse dangereuse ; mais qu'elles sont rares, dans nos villes surtout ! Que de préjugés, que de vains prétextes,
que d'exemples malheureux contribuent à fausser les âmes ! Que de fois n'a-t-on pas entendu cette naïve excuse sortir de la bouche de ceux même qui se font honneur de leur titre de catholiques : qu'ils ne font pas abstinence, qu'ils ne jeûnent pas, parce que l'abstinence et le jeûne les gêneraient, les fatigueraient ! Comme si l'abstinence et le jeûne avaient un autre but que d'imposer un joug pénible à ce corps de péché ! En vérité, ces personnes semblent avoir perdu le sens ; et leur étonnement sera grand lorsque le Seigneur, au jour de son jugement, les confrontera avec tant de pauvres musulmans qui, au sein d'une religion dépravée et sensuelle, trouvent chaque année en eux-mêmes le courage d'accomplir les rudes privations des  trente  jours de leur Ramadan.

Mais serait-il même nécessaire de les confronter avec d'autres qu'avec eux-mêmes si incapables, pensent-ils, de supporter les abstinences et les jeûnes si réduits d'un Carême, tandis que Dieu les voit chaque jour s'imposer tant de fatigues bien autrement pénibles dans la recherche des intérêts et des jouissances de ce monde ? Que de santés usées dans des plaisirs au moins frivoles et toujours dangereux, et qui se fussent maintenues dans toute leur vigueur, si la loi chrétienne, et non le désir de plaire au monde, eût réglé et dominé la vie ! Mais le relâchement est tel, que l'on ne conçoit aucune inquiétude, aucun remords ; on renvoie le Carême au moyen âge, sans faire même attention que l'indulgence de l'Eglise en a proportionné les observances à notre faiblesse physique et morale. On a conservé ou reconquis, par la miséricorde divine, la foi de ses
 pères ; et l'on ne s'est pas ressouvenu encore que la pratique du Carême est un signe essentiel de catholicisme, et que la Réforme protestante du XVIe siècle a eu pour un de ses traits principaux et a écrit sur son drapeau l'abolition de l'abstinence et du jeûne.

Mais, dira-t-on, n'y a-t-il pas des dispenses légitimes ? Assurément, il en est, et, dans ce siècle d'épuisement général, beaucoup plus que dans les âges précédents. Mais que l'on prenne garde à l'illusion. Si vous avez les forces pour supporter d'autres fatigues, pourquoi n'en auriez-vous pas pour remplir le devoir de l'abstinence ? Si la crainte d'une légère incommodité vous arrête, vous avez donc oublié que le péché ne sera pas remis sans l'expiation. Le jugement des hommes de l'art, qui prédisent un affaiblissement de vos forces comme la suite du jeûne, peut être fondé en raison ; la question est de savoir si ce n'est pas précisément cette mortification de la chair que l'Eglise vous prescrit dans l'intérêt de votre âme. Mais admettons que la dispense soit légitime, que votre santé encourrait un risque véritable, que vos devoirs essentiels souffriraient, si vous observiez à la lettre les prescriptions de l'Eglise ; dans ce cas, songez-vous à substituer d'autres œuvres de pénitence à celles que vos forces ne vous permettent pas d'entreprendre ? Eprouvez-vous un vif regret, une confusion sincère de ne pouvoir porter avec les vrais fidèles le joug de la discipline quadragésimale ? Demandez-vous à Dieu la grâce de pouvoir, une autre année, participer aux mérites de vos frères, et accomplir avec eux ces saintes pratiques qui doivent être le motif de la miséricorde et du pardon ? S'il en est ainsi, la dispense ne vous aura pas été nuisible ; et quand la fête de
 Pâques conviera les fidèles enfants de l'Eglise a ses joies ineffables, vous pourrez vous joindre avec confiance à ceux qui ont jeûné ; car si la faiblesse de votre corps ne vous a pas permis de les suivre extérieurement dans la carrière, votre cœur est demeuré fidèle à l'esprit du Carême.

Que de choses nous aurions à dire encore sur les illusions dont se berce la mollesse de nos jours, quand il s'agit du jeûne et de l'abstinence ! Il n'est pas rare de rencontrer des chrétiens qui remplissent le devoir pascal, qui se font honneur d'être enfants de l'Eglise catholique, et chez lesquels la notion même du Carême a totalement péri. Ils en sont venus à n'avoir pas même une idée précise de l'abstinence et du jeûne. Ils ignorent que ces deux éléments du Carême sont tellement distincts, que la dispense de l'un n'emporte en aucune façon celle de l'autre. Si, pour une raison fondée ou non, ils ont obtenu l'exemption de l'abstinence, il ne leur vient pas même en pensée que l'obligation de pratiquer le jeûne durant quarante jours est demeurée tout entière ; de même, si on leur a accordé l'exemption du jeûne, ils en concluent qu'ils peuvent faire servir sur leur table toute sorte d'aliments : tant est grande la confusion qui règne de toutes parts ; tant sont rares les exemples d'une parfaite exactitude aux ordonnances et aux traditions de l'Eglise.


Nous n'avons en vue, en écrivant ces pages, que les lecteurs chrétiens qui nous ont suivi jusqu'ici ; mais que serait-ce si nous venions à considérer le résultat de la suspension des saintes lois du Carême sur la masse des populations, principalement dans les villes ? Comment nos publicistes catholiques, qui ont éclairé tant de questions, n'ont-ils pas insisté sur les tristes effets que produit
 dans la société la cessation d'une pratique qui, rappelant chaque année le besoin de l'expiation, maintenait plus que toute autre institution le sentiment du bien et du mal ? Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un peuple qui s'impose, durant quarante jours chaque année, une série de privations, dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur cet autre peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement. Et s'il faut en venir à examiner la question au point de vue de l'hygiène, n'est-il pas évident que cette profusion de nourriture animale, sans laquelle on prétend que les habitants des villes ne pourraient plus désormais se soutenir, loin d'avoir fortifié la race, ne fait que l'affaiblir de jour en jour ? Nous ne craignons pas de le dire, un temps viendra où les économistes sonderont cette plaie qui s'aggrave chaque jour, et déclareront que le seul moyen de relever l'affaiblissement qui se déclare toujours plus sensible à chaque nouvelle génération, est d'introduire dans l'alimentation des hommes une plus grande proportion de l'élément végétal, et de suspendre quelquefois la nourriture animale qui, devenue exclusive, altère de plus en plus le sang européen. Où trouve-t-on aujourd'hui des santés qui résistent, si ce n'est dans nos campagnes, où les végétaux forment le principal de la nourriture de l'homme, et particulièrement chez nos populations rurales de la Bretagne et de la Vendée, où l'abstinence quadragésimale, et souvent même le jeûne, sont encore fidèlement observés par le grand nombre, malgré les fatigues occasionnées par des travaux qui légitimeraient bien plutôt la dispense que les tièdes incidents de la vie molle et insignifiante de nos cités ?

Que les enfants de l'Eglise raniment donc leur courage ; qu'ils aspirent à cette paix de la conscience qui n'est assurée qu'à l'âme vraiment pénitente. L'innocence perdue se recouvre par l'humble aveu de la faute, quand il est accompagné de l'absolution du prêtre ; mais le fidèle doit se garder de ce dangereux préjugé, qu'il ne resterait plus rien à faire après le pardon. Rappelons-nous cet avertissement si grave de l'Esprit-Saint dans l'Ecriture : "Ne sois jamais sans crainte au sujet du péché qui t'a été pardonné". La certitude du pardon est en raison du changement du cœur ; et l'on peut d'autant mieux se laisser aller à la confiance, que l'on sent constamment le regret des péchés et l'empressement a les expier toute sa vie. "Nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine", dit encore l'Ecriture ; mais celui-là peut espérer être digne d'amour, qui sent en lui-même que l'esprit de pénitence ne l'a pas abandonné.


Entrons donc avec résolution dans la voie sainte que l'Eglise ouvre devant nous, et fécondons notre jeûne par les deux autres moyens que Dieu nous propose dans les saints Livres : la Prière et l'Aumône. De même que sous le nom de Jeûne, l'Eglise entend toutes les œuvres de la mortification chrétienne ; sous le nom de la Prière elle comprend tous les pieux exercices par lesquels l'âme s'adresse à Dieu. La fréquentation plus assidue de l'Eglise, l'assistance journalière au saint Sacrifice, les lectures pieuses, la méditation des vérités du salut et des souffrances du Rédempteur, l'examen de la conscience, l'usage des Psaumes, l'assistance aux prédications particulières à ce saint temps, et surtout la réception  des sacrements de Pénitence et
 d'Eucharistie, sont les principaux moyens par lesquels les fidèles peuvent offrir au Seigneur l'hommage de la Prière.

L'Aumône renferme toutes les œuvres de miséricorde envers le prochain : aussi les saints Docteurs de l'Eglise l'ont-ils unanimement recommandée comme le complément nécessaire du Jeûne et de la Prière pendant le Carême. C'est une loi établie de Dieu, et à laquelle il a daigné lui-même se soumettre, que la charité exercée envers nos frères, dans le but de lui plaire, obtient sur son cœur paternel le même effet que si elle s'exerçait directement envers lui-même. Telle est la force et la sainteté du lien par lequel il a voulu unir les hommes entre eux ; et de même qu'il n'accepte pas l'amour d'un cœur fermé à la miséricorde, de même il reconnaît pour véritable, et comme se rapportant à lui, la charité du chrétien qui, soulageant son frère, rend hommage au lien sublime par lequel tous les hommes s'unissent dans une même famille dont Dieu est le père. C'est par ce sentiment que l'aumône n'est plus seulement un acte d'humanité, mais s'élève à la dignité d'un acte de religion qui monte directement à Dieu et apaise sa justice.


Rappelons-nous la dernière recommandation du saint Archange Raphaël à la famille de Tobie, au moment de remonter au ciel : "La prière accompagnée du jeûne et de l'aumône vaut mieux que tous les trésors ; l'aumône délivre de la mort, efface les péchés, ouvre la miséricorde et la vie éternelle." La doctrine des Livres Sapientiaux n'est pas moins expresse : "De même que l'eau éteint le feu le plus ardent, ainsi l'aumône
détruit le péché. Renferme ton aumône dans "le sein du pauvre, et elle priera pour que tu sois délivré du mal". Que ces consolantes promesses soient toujours présentes à la pensée du fidèle, mais plus encore dans le cours de la sainte Quarantaine ; et que le pauvre qui jeûne toute l'année s'aperçoive qu'il est aussi un temps où le riche s'impose des privations. Une vie plus frugale produit ordinairement le superflu, relativement aux autres temps de l'année ; que ce superflu serve au soulagement de Lazare. Rien ne serait plus contraire à l'esprit du Carême que de rivaliser en luxe et en dépenses de table avec les saisons où Dieu nous permet de vivre selon l'aisance qu'il nous a donnée. Il est beau que, dans ces jours de pénitence et de miséricorde, la vie du pauvre devienne plus douce, en proportion de ce que celle du riche participe davantage à la frugalité et à l'abstinence qui sont le partage de la plupart des hommes. C'est alors que pauvres et riches se présenteront avec un sentiment vraiment fraternel à ce solennel banquet de la Pâque que le Christ ressuscité nous offrira dans quarante jours.

Enfin, il est un dernier moyen d'assurer en nous les fruits du Carême : c'est l'esprit de retraite et de séparation du monde. Les habitudes de ce saint temps doivent trancher en toutes choses sur celles du reste de l'année ; autrement l'impression salutaire que nous avons reçue, au moment où l'Eglise imposait la cendre sur nos fronts, se dissiperait en peu de jours. Le chrétien doit donc faire trêve aux vains amusements du siècle, aux fêtes mondaines, aux réunions profanes. Quant à ces spectacles pervers ou amollissants, à ces soirées
de plaisirs qui sont l'écueil de la vertu et le triomphe de l'esprit du monde, si dans aucun temps il n'est permis au disciple de Jésus-Christ de s'y montrer autrement que par position et par nécessité, comment pourrait-on y paraître en ces jours de pénitence et de recueillement, sans abjurer en quelque sorte son titre de chrétien, sans rompre avec tous les sentiments d'une âme pénétrée de la pensée de ses fautes, et de la crainte des jugements de Dieu ? La société chrétienne n'a plus aujourd'hui, durant le Carême, cet extérieur si imposant de deuil et de sévérité que nous avons admiré dans les siècles de foi ; mais de Dieu à l'homme et de l'homme à Dieu, rien n'est changé. C'est toujours la grande parole :  "Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous".

Aujourd'hui, il en est peu qui prêtent l'oreille à cette parole ; et c'est pourquoi beaucoup périssent. Mais ceux sur qui tombe cette parole doivent se souvenir des avertissements que nous donnait le Sauveur lui-même, au Dimanche de la Sexagésime. Il nous disait qu'une partie de la semence est foulée sous les pieds des passants, ou dévorée par les oiseaux du ciel ; une autre desséchée par l'aridité de la pierre qui la reçoit ; une autre enfin étouffée par des épines. N'épargnons donc aucun soin, afin de devenir cette bonne terre dans laquelle la semence non seulement est reçue, mais fructifie au centuple pour la récolte du Seigneur qui approche.


En lisant ces pages dans lesquelles nous avons tâché de rendre la pensée de l'Eglise telle qu'elle nous est exprimée, non seulement dans la Liturgie, mais dans les canons des Conciles et dans les écrits des saints Docteurs, plus d'un de nos lecteurs se sera pris à regretter de plus en plus la douce et gracieuse poésie dont l'année liturgique se montrait
  empreinte durant les quarante jours où nous célébrâmes la naissance de l'Emmanuel. Déjà le Temps de la Septuagésime est venu jeter son voile sombre sur toutes ces riantes images ; et voici que nous sommes entrés dans un désert aride, semé d'épines, et sans eaux jaillissantes. Ne nous en plaignons pas cependant ; la sainte Eglise connaît nos vrais besoins, et veut y satisfaire. Pour approcher du Christ entant, elle n'a demandé de nous que la légère préparation de l'Avent, parce que les mystères de l'Homme-Dieu n'étaient encore qu'à leur début.

Beaucoup sont venus à la crèche avec la simplicité et l'ignorance des bergers de Bethléhem, ne connaissant pas suffisamment encore ni la sainteté du Dieu incarné, ni l'état dangereux et coupable de leurs âmes ; mais aujourd'hui que le Fils de l'Eternel est entré dans la voie de la pénitence, quand bientôt nous allons le voir en proie à toutes les humiliations et à toutes les douleurs sur l'arbre de la croix, l'Eglise nous enlève à notre ignorante sécurité. Elle nous dit de frapper nos poitrines, d'affliger nos âmes, de mortifier nos corps, parce que nous sommes pécheurs. La pénitence devrait être le partage de notre vie entière ; les âmes ferventes ne l'interrompent jamais ; du moins est-il juste et salutaire pour nous d'en faire enfin l'essai, en ces jours où le Sauveur souffre au désert, en attendant qu'il expire sur le Calvaire. Recueillons encore de lui cette parole qu'il dit aux femmes de Jérusalem qui pleuraient sur son passage, au jour de sa Passion : "Si l'on traite ainsi le bois vert, que fera-t-on du bois sec ?" Mais, par la miséricorde du Rédempteur, le bois sec peut reprendre sève et échapper au  feu.


Telle est l’espérance, tel est le désir de la sainte Eglise, et c'est pour cela qu'elle nous impose le joug du Carême. En parcourant avec constance cette voie laborieuse, nous verrons peu à peu la lumière briller à nos regards. Si nous étions loin de Dieu par le péché, ce saint temps sera pour nous la vie purgative, comme parlent les docteurs mystiques ; et nos yeux s'épureront afin de pouvoir contempler le Dieu vainqueur de la mort. Si déjà nous marchons dans les sentiers de la vie illuminative ; après avoir sondé si utilement la profondeur de nos misères, au Temps de la Septuagésime, nous retrouvons maintenant celui qui est notre Lumière ; et si nous avons su le voir sous les traits de l'Enfant de Bethléhem, nous le reconnaîtrons sans peine dans le divin Pénitent du désert, et bientôt dans la victime sanglante du Calvaire.



Le Portement de la Croix par Dürer


DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique 

Repost 0
25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 05:00

On donne le nom de Carême au jeûne de quarante jours par lequel l'Eglise se prépare à célébrer la fête de Pâques ; et l'institution de ce jeûne solennel remonte aux premiers temps du Christianisme. Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même l'a inauguré par son exemple, en jeûnant quarante jours et quarante nuits dans le désert ; et s'il n'a pas voulu, dans sa suprême sagesse, en faire un commandement divin qui dès lors n'eût plus été susceptible de dispense, il a du moins déclaré que le jeûne imposé si souvent par l'ordre de Dieu dans l'ancienne loi serait aussi pratiqué par les enfants de la loi nouvelle.

Un jour, les disciples de Jean s'approchèrent de Jésus et lui dirent : "Pourquoi, tandis que nous et les pharisiens jeûnons fréquemment, vos disciples ne jeûnent-ils pas ?" Jésus daigna leur répondre : "Est-ce que les enfants de l'Epoux peuvent être dans le deuil, tandis que l'Epoux
est avec eux ? Il viendra  un temps où  l'Epoux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront."

Aussi voyons-nous, par le livre des Actes des Apôtres, les disciples du Sauveur, après la fondation de l'Eglise, s'appliquer au jeûne et le recommander aux fidèles dans les Epîtres qu'ils leur adressent. La raison de cette conduite est facile à saisir. L'homme demeure pécheur, même après l'accomplissement des mystères divins par lesquels le Christ a opéré notre salut ; l'expiation est donc encore nécessaire.


C'est pourquoi les saints Apôtres, venant au secours de notre faiblesse, statuèrent, dès le commencement du christianisme, que la solennité de la Pâque serait précédée d'un jeûne universel ; et l'on détermina tout naturellement pour cette carrière de pénitence le nombre de quarante jours, que l'exemple du Sauveur lui-même avait marqué. L'institution apostolique du Carême nous est attestée par saint Jérôme, saint Léon le Grand, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Isidore de Seville, etc., bien qu'il y ait eu à l'origine des variétés assez considérables dans la manière d'appliquer cette loi.


On a vu déjà, dans le Temps de la Septuagésime, que les Orientaux commencent leur Carême avant les Latins, parce que leur coutume étant de ne pas jeûner les samedis, ni même les jeudis en certains lieux, ils sont contraints, pour arriver a la mesure voulue, de précéder l'Occident dans la carrière de la pénitence. Ces sortes d'exceptions sont du nombre de celles qui confirment la règle. Nous avons  fait voir aussi comment l'Eglise
latine, qui, primitivement, ne jeûnait que trente-six jours sur les six semaines du Carême, le jeûne du dimanche avant été de tout temps prohibé dans l'Eglise, a cru devoir ajouter postérieurement les quatre derniers jours de la semaine de Quinquagésime, afin de former rigoureusement le nombre de quarante jours de jeûne.

La matière du Carême ayant été traitée souvent et avec abondance, nous sommes contraint d'abréger considérablement les détails dans l'exposé historique que nous faisons ici, afin de ne pas dépasser les proportions de cet ouvrage ; nous ferons en sorte cependant de ne rien omettre d'essentiel. Puissions-nous réussir a faire comprendre aux fidèles l'importance et la gravité de cette sainte institution, qui est destinée a remplir une si grande part dans l'oeuvre du salut de chacun de nous !


Le Carême est un temps spécialement consacré à la pénitence ; et la pénitence s'y exerce principalement par la pratique du jeûne. Le jeûne est une abstinence volontaire que l'homme s'impose en expiation de ses péchés, et qui, durant le Carême, s'accomplit en vertu d'une loi générale de l'Eglise. Dans la discipline actuelle de l'Occident, le jeûne du Carême n'est pas d'une plus grande rigueur que celui qui est imposé aux Vigiles de certaines fêtes et aux Quatre-Temps ; mais il s'étend à toute la série des quarante jours, et n'est suspendu que par la solennité du dimanche.


Nous n'avons pas besoin de démontrer à des chrétiens l'importance et l'utilité du jeûne ; les divines Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament déposent tout entières en faveur de cette sainte pratique. On peut même dire que la tradition
de tous les peuples vient y joindre son témoignage ; car cette idée que l'homme peut apaiser la divinité en soumettant son corps à l'expiation a fait le tour du monde et se retrouve dans toutes les religions, même les plus éloignées de la pureté des traditions patriarcales.

Saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint Jérôme et saint Grégoire le Grand ont remarqué que le précepte auquel furent soumis nos premiers parents dans le paradis terrestre était un précepte d'abstinence, et que c'est pour ne pas avoir gardé cette vertu qu'ils se sont précipités dans un abîme de maux, eux et toute leur postérité. La vie de privations à laquelle le roi déchu de la création se vit soumis désormais sur la terre, qui ne devait plus produire pour lui que des ronces et des épines, montra dans tout son jour cette loi d'expiation que le Créateur irrité a imposée aux membres révoltés de l'homme pécheur.

Jusqu'au temps du déluge, nos ancêtres soutinrent leur existence par l'unique secours des fruits de la terre, qu'ils ne lui arrachaient qu'à force de travail. Mais lorsque Dieu, comme nous l'avons vu, jugea à propos, dans sa sagesse et dans sa miséricorde, d'abréger la vie de l'homme, afin de resserrer le cercle de ses dépravations, il daigna lui permettre de se nourrir de la chair des animaux, comme pour suppléer à l'appauvrissement des forces de la nature. En même temps Noé, poussé par un instinct divin, exprimait le jus de la vigne ; et un nouveau supplément était apporté à la faiblesse de l'homme.


La nature du jeûne a donc été déterminée d'après ces divers éléments qui servent à la sustentation des forces humaines ; et d'abord il a dû consister dans l'abstinence de la chair des animaux,  parce
que ce secours, offert par la condescendance de Dieu, est moins rigoureusement nécessaire à la vie. La privation de la viande, avec les adoucissements que l'Eglise a consentis, est demeurée comme essentielle dans la notion du jeune : ainsi on a pu, selon les pays, tolérer l'usage des œufs, des laitages, de la graisse même ; mais on l'a fait sans abandonner le principe fondamental, qui consiste dans la suspension réelle de l'usage de la chair des animaux. Durant un grand nombre de siècles, comme aujourd'hui encore dans les Eglises de l'Orient, les œufs et tous les laitages demeuraient interdits, parce qu'ils proviennent des substances animales ; et ils ne sont même permis aujourd'hui dans les Eglises latines qu'en vertu d'une dispense annuelle et plus ou moins générale. Telle est même la rigueur du précepte de l'abstinence de la viande, qu'il n'est pas suspendu le dimanche en Carême, malgré l'interruption du jeûne, et que ceux qui ont obtenu dispense des jeûnes de la semaine demeurent sous l'obligation de cette abstinence, à moins qu'elle n'ait été levée par une dispense spéciale.

Dans les premiers siècles du christianisme, le jeûne renfermait aussi l'abstinence du vin ; c'est ce que nous apprenons de saint Cyrille de Jérusalem , de saint Basile, de saint Jean Chrysostome, de Théophile d'Alexandrie, etc. Cette rigueur a disparu d'assez bonne heure chez les Occidentaux ; mais elle s'est conservée plus longtemps chez les chrétiens d'Orient.
Enfin le jeûne, pour être complet, doit s'étendre, dans une certaine mesure, jusqu'à la privation de la nourriture ordinaire : en ce sens qu'il ne comporte qu'un seul repas par jour. Telle est l'idée que l'on doit s'en former et qui résulte de toute la pratique de l'Eglise, malgré les nombreuses modifications qui se sont produites, de siècle en siècle, dans la discipline du Carême.

L'usage des Juifs, dans l'Ancien Testament, était de différer jusqu'au soleil couché l'unique repas permis dans les jours de jeûne. Cette coutume passa dans l'Eglise chrétienne et s'établit jusque dans nos contrées occidentales, où elle fut gardée longtemps d'une manière inviolable. Enfin, des le IXe siècle, un adoucissement se produisit peu à peu dans l'Eglise latine ; et l'on trouve à cette époque un Capitulaire de Théodulphe, évêque d'Orléans, dans lequel ce prélat réclame contre ceux qui déjà se croyaient en droit de prendre leur repas à l'heure de None, c'est-à-dire à trois heures de l'après-midi. Néanmoins, ce relâchement s'étendait insensiblement ; car nous rencontrons dès le siècle suivant le témoignage du célèbre Rathier, évêque de Vérone, qui, dans un Sermon sur le Carême, reconnaît aux fidèles la liberté de rompre le jeûne dès l'heure de None. On trouve bien encore quelques traces de réclamation au XIe siècle, dans un Concile de Rouen qui défend aux fidèles de prendre leur repas avant que l'on ait commencé à l'église l'Office des Vêpres, à l'issue de celui de None ; mais on entrevoit déjà ici l'usage d'anticiper l'heure des Vêpres, afin de donner aux fidèles une raison d'avancer leur repas.


Jusque vers cette époque, en effet, la coutume avait été de ne célébrer la Messe, les jours de jeûne
qu'après avoir chanté l'Office de None qui commençait vers trois heures, et de ne chanter les Vêpres qu'au moment du coucher du soleil. La discipline du jeûne s'adoucissant graduellement, l'Eglise ne jugea pas à propos d'intervertir l'ordre de ses Offices qui remontait à la plus haute antiquité ; mais successivement elle anticipa d'abord les Vêpres, puis la Messe, puis enfin None, de manière à permettre que les Vêpres se pussent terminer avant midi, lorsque la coutume eut enfin autorisé les fidèles à prendre leur repas au milieu de la journée.

Au XIIe siècle, nous voyons par un passage de Hugues de Saint-Victor que l'usage de rompre le jeûne à l'heure de None était devenu général ; cette pratique fut consacrée au XIIIe siècle par l'enseignement des docteurs scolastiques. Alexandre de Halès, dans sa Somme, l'enseigne formellement, et saint Thomas d'Aquin n'est pas moins exprès.
Mais l'adoucissement devait s'étendre encore ; et nous voyons, dès la fin du même XIIIe siècle, le docteur Richard de Middleton, célèbre franciscain, enseigner que l'on ne doit pas regarder comme transgresseurs du jeûne ceux qui prendraient leur repas à l'heure de Sexte, c'est-à-dire à midi, parce que, dit-il, cet usage à déjà prévalu en plusieurs endroits, et que l'heure à laquelle on mange n'est pas aussi nécessaire à l'essence du jeûne que l'unité du repas. Le XIVe siècle consacra par sa pratique et par un enseignement formel le sentiment de Richard de Middleton. Nous citerons en témoignage le fameux docteur Durand de Saint-Pourçain, dominicain et évêque de Meaux. Il ne fait aucune difficulté d'assigner l'heure de midi pour le repas dans les jours de jeûne ; telle est, dit-il, la pratique du pape, des cardinaux et même des religieux. On ne doit donc pas être surpris de voir cet enseignement maintenu au XVe siècle par les plus graves auteurs, comme saint Antonin, Etienne Poncher, évêque de Paris, le cardinal Cajétan, etc. En vain Alexandre de Halès et saint Thomas avaient cherché à retarder la décadence du jeûne en fixant pour le repas l'heure de None ; ils furent bientôt débordés, et la discipline actuelle s'établit, pour ainsi dire, dès leur temps.

Mais, par  l'avancement même de l'heure  du repas, le  jeûne, qui consiste essentiellement à ne faire  que cet unique repas, était devenu  d'une pratique difficile, à raison du long intervalle qui s'écoule d'un midi à l'autre. Il fallut donc venir au secours de la faiblesse humaine,  en autorisant ce qu'on a appelé la Collation. La première origine de cet usage est fort ancienne, et provient des coutumes monastiques. La Règle de saint Benoît prescrivait, en dehors du Carême ecclésiastique, un grand nombre de jeûnes ; mais elle en tempérait la rigueur, en permettant le repas à l'heure de None : ce qui rendait ces jeûnes moins pénibles que ceux du Carême, auxquels tous  les fidèles, séculiers ou religieux, étaient tenus jusqu'au coucher du soleil. Néanmoins, comme les moines se trouvaient avoir à accomplir les plus rudes travaux de la campagne durant l'été et l'automne, époque où ces jeunes jusqu'à None étaient fréquents, et devenaient même journaliers, à partir du 14 septembre ; les Abbés, usant d'un pouvoir fondé sur
la Règle elle-même, accordèrent aux religieux la liberté de boire sur le soir un coup de vin avant les Compiles, afin de restaurer leurs forces épuisées par les fatigues de la journée. Ce soulagement se prenait en commun, et au moment où l'on faisait la lecture du soir appelée Conférence, en latin Collatio, parce qu'elle consistait principalement à lire les célèbres Conférences (Collationes) de Cassien : de là vint le nom de Collation donné à cet adoucissement du jeûne monastique.

Dès le IXe siècle, nous voyons l'Assemblée d'Aix-la-Chapelle de 817, étendre aux jeûnes même du Carême cette liberté, à raison de la grande fatigue qu'éprouvaient les moines dans les Offices divins de ce saint temps. Mais on remarqua dans la suite que l'usage de cette boisson pouvait avoir des inconvénients pour la santé, si l'on n'y joignait pas quelque chose de solide ; et du XIVe au XVe siècle, l'usage s'introduisit de donner aux religieux un léger morceau de pain qu'ils mangeaient en prenant le coup de vin qui leur était accordé à la Collation.


Ces adoucissements du jeûne primitif s'étant introduits dans les cloîtres, il était naturel qu'ils s'étendissent bientôt aux séculiers eux-mêmes. La liberté de boire hors de l'unique repas s'établit peu à peu ; et dès le XIIIe siècle saint Thomas, examinant la question de savoir si la boisson rompt le jeûne, la résout négativement ; toutefois, il n'admet pas encore que l'on puisse joindre à cette boisson une nourriture solide. Mais lorsque, dès la fin du XIIIe siècle et dans le cours du XIVe, le repas eut été, sans retour, avancé à midi, une simple bois
son dans la soirée ne pouvait plus suffire pour soutenir les forces du corps ; ce fut alors que l'usage de prendre du pain, des herbes, des fruits, etc., outre la boisson, s'introduisit à la fois dans les cloîtres et dans le siècle, à la condition cependant d'user de ces aliments avec une telle modération que la collation ne fût jamais transformée en un second repas.

Telles furent les conquêtes que le relâchement de la ferveur, et aussi l’affaiblissement géneral des forces chez les peuples occidentaux obtinrent sur l'antique observance du jeûne. Toutefois, ces envahissements ne sont pas les seuls que nous ayons à constater. Durant de longs siècles l'abstinence de la viande entraînait l'interdiction de tout ce qui provient du règne animal, sauf le poisson, qui a toujours été privilégié à cause de sa nature froide, et pour diverses raisons mystérieuses fondées sur les saintes Ecritures. Les laitages de toute espèce furent longtemps prohibés ; et aujourd'hui encore le beurre et le fromage sont détendus à Rome, tous les jours où n'a pas été donnée la dispense pour manger de la viande.


Dès le IXe siècle, l'usage s'établit dans l'Europe occidentale, particulièrement en Allemagne et dans les pays septentrionaux, d'user des laitages en Carême ; le concile de Kedlimbourg, au XIe siècle, s'efforça en vain de le déraciner. Après avoir essayé de légitimer cette pratique, au moyen de dispenses temporaires qu'elles obtenaient des souverains pontifes, ces Eglises finirent par jouir paisiblement de leur coutume. Jusqu'au XVIe siècle, les Eglises de France maintinrent l'ancienne rigueur,  qui parait n'avoir cédé tout à fait que d
ans le XVIIe. En réparation de cette brèche faite à l'ancienne discipline, et comme pour compenser par un acte pieux et solennel le relâchement qui s'était introduit sur cet article des laitages, toutes les paroisses de Paris, auxquelles se joignaient les Dominicains, les Franciscains, les Carmes et les Augustins, se rendaient en procession à l'Eglise de Notre-Dame, le Dimanche de Quinquagésime ; et ce même jour, le Chapitre métropolitain, avec le clergé des quatre paroisses qui lui étaient sujettes, allait faire une station dans la cour du Palais, et chanter une Antienne devant la relique de la vraie Croix qui était exposée dans la Sainte-Chapelle. Ces pieux usages, qui avaient pour but de rappeler l'ancienne discipline, ont duré jusqu'à la Révolution.

Mais la concession des laitages n'entraînait pas la liberté d'user des œufs en Carême. Sur ce point, l'ancienne règle est demeurée en vigueur ; et cet aliment n'est jamais permis que selon la teneur de la dispense qui peut être donnée annuellement. A Rome, les œufs demeurent toujours prohibés, les jours où la dispense pour user de la viande n'a pas été octroyée ; en d'autres lieux, les œufs permis à certains jours demeurent interdits en d'autres, et particulièrement dans la Semaine sainte. On voit que partout l'Eglise, préoccupée du bien spirituel de ses enfants, a cherché à maintenir, dans leur intérêt, tout ce qu'elle a pu conserver des salutaires observances qui doivent les aider à satisfaire à la justice de Dieu. C'est en vertu de ce principe que Benoît XIV, alarmé de l'extrême facilité avec laquelle dès son temps les dispenses de l'abstinence se multipliaient de toutes parts, a renouvelé par une solennelle Constitution, en date du 10 juin 1745, la  défense de servir sur la  même
table du poisson et de la viande aux jours de jeune.

Ce même Pontife, que l'on n'a jamais accusé d'exagération, adressa dès la première année de son pontificat, le 3o mai 1741, une Lettre Encyclique à tous les Evêques du monde chrétien, dans laquelle il exprime avec force la douleur dont il est pénétré à la vue du relâchement qui déjà s'introduisait partout au moyen des dispenses indiscrètes et non motivées. "L'observance du Carême, disait le Pontife, est le lien de notre milice ; c'est par elle que nous nous distinguons des ennemis de la Croix de Jésus-Christ ; par elle que nous détournons les fléaux de la divine colère ; par elle que, protégés du secours céleste durant le jour, nous nous fortifions contre les princes des ténèbres. Si cette observance vient à se relâcher, c'est au détriment de la gloire de Dieu, au déshonneur de la religion catholique, au péril des âmes chrétiennes ; et l'on ne doit pas douter que cette négligence ne devienne la source de malheurs pour les peuples, de désastres dans les affaires publiques et d'infortunes pour les particuliers."

Un siècle s'est écoulé depuis ce solennel avertissement du Pontife, et le relâchement qu'il eût voulu ralentir est toujours allé croissant. Combien compte-t-on dans nos cités de chrétiens strictement fidèles à l'observance du Carême, en la forme pourtant si réduite que nous avons exposée ? Ne voyons-nous pas chaque année les Pasteurs des Eglises publier des dispenses générales toujours plus étendues, et en même temps le nombre de ceux qui s'astreignent à ne pas dépasser ces dis
penses diminuer de jour en jour ? Où nous conduira cette mollesse qui s'accroît sans fin, si ce n'est à l'abaissement universel des caractères et par là au renversement de la société ? Déjà les tristes prédictions de Benoît XIV ne sont que trop visiblement accomplies. Les nations chez lesquelles l'idée de l'expiation vient à s'éteindre défient la colère de Dieu ; et il ne reste bientôt plus pour elles d'autre sort que la dissolution ou la conquête. De pieux et courageux efforts ont été faits pour relever l'observation du Dimanche, au sein de nos populations asservies sous l'amour du gain et de la spéculation. Des succès inespérés sont venus couronner ces efforts ; qui sait si le bras du Seigneur levé pour nous frapper ne s'arrêtera pas, en présence d'un peuple qui commence à se ressouvenir de la maison de Dieu et de son culte ? Nous devons l'espérer ; mais cet espoir sera plus ferme encore, lorsque l'on verra les chrétiens de nos sociétés amollies et dégénérées rentrer, à l'exemple des Ninivites, dans la voie trop longtemps abandonnée de l'expiation et de la pénitence.


La chute par Dürer


Mais reprenons notre récit historique, et signalons encore quelques traits de l'antique fidélité des chrétiens aux saintes observances du Carême. Il ne sera pas hors de propos de rappeler ici la forme des premières dispenses dont les annales de l'Eglise ont conservé le souvenir : on y puisera un enseignement salutaire.


Au XIIIe siècle, l'archevêque de Brague recourait au Pontife Romain, qui était alors le grand Innocent III, pour lui faire savoir que la plus grande partie de son peuple avait été obligée de se nourrir de viande durant le Carême, par suite d'une disette qui avait privé la province de toutes les provisions ordinaires ; le prélat demandait au
pape quelle compensation il devait imposer aux fidèles pour cette violation forcée de l'abstinence quadragésimale. Il consultait en outre le Pontife sur la conduite à tenir à L'égard des malades qui demandaient dispense pour user d'aliments gras. La réponse d'Innocent III, qui est insérée au Corps du Droit, est pleine de modération et de charité, comme on devait s'y attendre ; mais nous apprenons par ce fait que tel était alors le respect pour la loi générale du Carême, que l'on ne voyait que l'autorité du souverain pontife qui pût en délier les fidèles. Les âges suivants n'eurent point une autre manière d'entendre la question des dispenses.

Venceslas, roi de Bohême, se trouvant atteint d'une infirmité qui rendait nuisibles à sa santé les aliments de Carême, s'adressa, en 1297, à Boniface VIII, afin d'obtenir la permission d'user de la viande. Le Pontife commit deux Abbés de l'Ordre de Cîteaux pour informer au sujet de l'état réel de la santé du prince; et, sur leur rapport favorable, il accorda la dispense demandée, en y mettant toutefois les conditions suivantes : que l'on s'assurerait si le roi ne se serait pas engagé par vœu à jeûner toute sa vie pendant le Carême ; que les vendredis, les samedis et la Vigile de saint Mathias seraient exceptés de la dispense ; enfin que le roi mangerait en particulier, et le ferait sobrement.

Nous trouvons au XIVe siècle deux brefs de dispense adressés par Clément VI, en 1351, à Jean, roi de France, et à la reine son épouse. Dans le premier, le Pape,  ayant  égard à  ce que le roi,
durant les guerres auxquelles il est occupé, se trouve souvent en des lieux où le poisson est rare, accorde au confesseur de ce prince le pouvoir de permettre, à lui et à ceux qui seront à sa suite, l'usage de la viande, à la réserve cependant du Carême entier, des vendredis de l'année et de certaines Vigiles ; pourvu encore que ni le roi ni les siens ne se soient pas engagés par un vœu à l'abstinence pendant toute leur vie. Par le second bref, Clément VI, répondant à la demande que lui avait présentée le roi Jean pour être exempté du jeûne, commet encore le confesseur du monarque et ceux qui lui succéderont dans cet emploi, pour le dispenser, ainsi que la reine, de l'obligation du jeûne, après avoir pris l'avis des médecins.

Quelques années plus tard, en 1376, Grégoire XI rendait un nouveau bref, en faveur du roi de France Charles V et de la reine Jeanne son épouse, par lequel il déléguait à leur confesseur le pouvoir de leur accorder l'usage des œufs et des laitages, pendant le Carême, de l'avis des médecins qui demeureront chargés en conscience, aussi bien que le confesseur, d'en répondre devant Dieu. La permission s'étend aux cuisiniers et aux serviteurs, mais seulement pour goûter les mets.

Le XVe siècle continue de nous fournir des exemples de ce recours au siège apostolique pour la dispense des observances quadragésimales. Nous citerons en particulier le bref que Sixte IV adressa, en 1483, à Jacques III, roi d'Ecosse, et par lequel il permet à ce prince d'user de la viande aux jours d'abstinence, toujours de l'avis du confesseur. Enfin, au XVIe siècle, nous voyons
Jules II accorder une faculté semblable à Jean, roi de Danemark, et à la reine Christine son épouse ; et quelques années plus tard, Clément VII octroyer le même privilège à l'empereur Charles-Quint, et ensuite à Henri II de Navarre et à la reine Marguerite son épouse.

Telle était donc la gravité avec laquelle on procédait encore il y a trois siècles, quand il s'agissait de délier les princes eux-mêmes d'une obligation qui tient à ce que le christianisme a de plus universel et de plus sacré. Que l'on juge d'après cela du chemin qu'ont fait les sociétés modernes dans la voie du relâchement et de l'indifférence. Que l'on compare ces populations auxquelles la crainte des jugements de Dieu et la noble idée de l'expiation faisaient embrasser chaque année de si longues et si rigoureuses privations, avec nos races molles et attiédies chez lesquelles le sensualisme de la vie éteint de jour en jour le sentiment du mal, si facilement commis, si promptement pardonné et réparé si faiblement.



L'expulsion du Paradis par Dürer


Où sont maintenant ces joies naïves et innocentes de nos pères à la fête de Pâques, lorsque, après une privation de quarante jours, ils rentraient en possession des aliments plus nourrissants et plus agréables qu'ils s'étaient interdits durant cette longue période ? Avec quel charme, et aussi quelle sérénité de conscience, ils rentraient dans les habitudes d'une vie plus facile qu'ils avaient suspendue pour affliger leurs âmes dans le recueillement, la séparation du monde et la pénitence ! Et ceci nous amène à ajouter quelques mots encore pour aider le lecteur catholique
à bien saisir l'aspect de la chrétienté, dans les âges de foi, au temps du Carême.

Que l'on se figure donc un temps durant lequel non seulement les divertissements et les spectacles étaient interdits par l'autorité publique, mais où les tribunaux vaquaient, afin de ne pas troubler cette paix et ce silence des passions si favorable au pécheur pour sonder les plaies de son âme, et préparer sa réconciliation avec Dieu.

Dès l'an 38o, Gratien et Théodose avaient porté une loi qui ordonnait aux juges de surseoir à toutes procédures et à toutes poursuites, quarante jours avant Pâques. Le Code Théodosien renferme plusieurs autres dispositions analogues ; et nous voyons les conciles de France, encore au IXe siècle, s'adresser aux rois carolingiens pour réclamer l'application de cette mesure, qui avait été sanctionnée par les Canons et recommandée par les Pères de l'Eglise. La législation d'Occident a depuis longtemps laissé tomber ces traditions trop chrétiennes ; mais, il faut le dire avec humiliation, elles se sont conservées chez les Turcs qui, aujourd'hui encore, suspendent toute action judiciaire pendant la durée des trente jours de leur grand Ramadan.


Le Carême fut longtemps jugé incompatible avec l'exercice de la chasse, à cause de la dissipation et du tumulte qu'il entraîne. Au IXe siècle, le pape saint Nicolas Ier l'interdisait durant ce saint temps aux Bulgares, nouvellement convertis au
 christianisme ; et encore au XIIIe siècle, saint Raymond de Pennafort, dans sa Somme des cas pénitentiaux, enseigne que l’on ne peut sans un péché se livrer à cet exercice durant le Carême, si la chasse est bruyante et se fait avec des chiens et des faucons. Cette obligation est du nombre de celles qui sont tombées en désuétude ; mais saint Charles la renouvela pour la province de Milan, dans un de ses conciles.

On ne s'étonnera pas sans doute de voir la chasse interdite pendant le Carême, quand on saura que, dans les siècles chrétiens, la guerre elle-même, si nécessaire quelquefois au repos et à l'intérêt légitime des nations, devait suspendre ses hostilités durant la sainte Quarantaine. Dès le IVe siècle, Constantin avait ordonné la cessation des exercices militaires les dimanches et les vendredis, pour rendre hommage au Christ, qui a souffert et est ressuscité en ces jours, et pour ne pas enlever les chrétiens au recueillement avec lequel ces mystères demandent d'être célébrés. Au IXe siècle, la discipline de l'Eglise d'Occident exigeait universellement la suspension des armes, durant tout le Carême, hors le cas de nécessité, comme on le voit par les actes de l'assemblée de Compiègne, en 833, et parles conciles de Meaux et d'Aix-la-Chapelle, à la même époque. Les instructions du pape saint Nicolas Ier aux Bulgares expriment la même intention ; et l’on voit, par une lettre de saint Grégoire VII à Didier, Abbé du Mont-Cassin, que cette règle était encore respectée au XIe siècle. Nous la voyons même observée
jusque dans le XIIe, en Angleterre, au rapport de Guillaume de Malmesbury, par deux armées en présence : celle de l'impératrice Mathilde, comtesse d'Anjou, fille du roi Henri, et celle du roi Etienne, comte de Boulogne, qui, en l'année 1143, allaient en venir aux mains pour la succession à la couronne.

Tous nos lecteurs connaissent l'admirable institution de la Trêve de Dieu, au moyen de laquelle l'Eglise, au XIe siècle, parvint à arrêter dans toute l'Europe l'effusion du sang, en suspendant le port des armes quatre jours de la semaine, depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin, dans tout le cours de l'année. Ce règlement, qui fut sanctionné par l'autorité des papes et des conciles, avec le concours de tous les princes chrétiens, n'était qu'une extension, à chaque semaine de l'année, de cette discipline en vertu de laquelle toute action militaire était interdite en Carême. Le saint roi d'Angleterre Edouard le Confesseur développa encore une si précieuse institution, en portant une loi qui fut confirmée par son successeur Guillaume le Conquérant, et d'après laquelle la Trêve de Dieu devait être inviolablement observée depuis l'ouverture de l'Avent jusqu'à l'Octave de l'Epiphanie, depuis la Septuagésime jusqu'à l'Octave de Pâques, et depuis l'Ascension jusqu'à l'Octave de la Pentecôte, en ajoutant encore tous les jours des Quatre-Temps, les Vigiles de toutes les fêtes, et enfin, chaque semaine, l'intervalle du samedi après None jusqu'au lundi matin.

Urbain II, au concile de Clermont, en  1095, après avoir réglé tout ce qui concernait  l'expédition
de la Croisade, employa aussi son autorité apostolique pour étendre la Trêve de Dieu, en prenant pour base la suspension des armes observée durant le Carême ; et il statua, par un décret qui fut renouvelé dans le concile tenu à Rouen l'année suivante, que tous actes de guerre demeureraient interdits depuis le Mercredi des Cendres jusqu'au lundi qui suit l'Octave delà Pentecôte, et à toutes les vigiles et fêtes de la sainte Vierge et des Apôtres : le tout sans préjudice de ce qui avait été réglé antérieurement pour chaque semaine, c'est-à-dire depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin.

Ainsi la société chrétienne témoignait de son respect pour les saintes observances du Carême, et empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, pour asseoir sur elles les plus précieuses institutions. La vie privée ne ressentait pas moins la salutaire influence des saintes tristesses du Carême ; et l’homme y puisait chaque année un renouvellement d'énergie pour combattre les instincts sensuels, et relever la dignité de son âme en mettant un frein à l'attrait du plaisir. Pendant un grand nombre de siècles, la continence fut exigée des époux dans tout le cours de la sainte Quarantaine ; et l'Eglise, qui a conservé dans le plus auguste de ses livres liturgiques, sinon le précepte, du moins la recommandation de cette pratique salutaire, a laissé un monument de ses intentions, en interdisant la célébration des noces pendant le Carême.


Eve par Dürer


Nous arrêtons ici cet exposé historique de la discipline du Carême, avec le regret d'avoir à peine effleuré une matière si  intéressante. Nous
eussions voulu, entre autres choses, parler au long des usages des Eglises d'Orient qui ont mieux que nous conservé la rigueur des premiers siècles du christianisme ; mais l'espace nous manque absolument. Nous nous bornerons donc à quelques détails abrégés.

Dans le volume précédent, le lecteur a vu que le Dimanche que nous nommons Dimanche de Septuagésime, est appelé chez les Grecs Prosphonésime, parce qu'il annonce le jeûne du Carême qui doit bientôt s'ouvrir. Le lundi d'après est compté pour le premier jour de la semaine suivante qui est appelée Apocreos, du nom du dimanche auquel elle se termine, lequel correspond à notre Dimanche de Sexagésime ; ce nom d'Apocreos est un avertissement pour l'Eglise grecque qu'elle devra suspendre bientôt l'usage de la viande. Le lundi qui suit ouvre la semaine appelée Tyrophagie, laquelle se termine au dimanche de ce nom, qui est notre Quinquagésime ; les laitages sont encore permis pendant toute cette semaine. Enfin, le lundi d'après est le premier jour de la première semaine de Carême, et le jeûne commence dès ce lundi dans toute sa rigueur, tandis que les Latins ne l'ouvrent que le mercredi.


Durant tout le cours du Carême proprement dit, les laitages, les œufs, le poisson même, sont interdits ; la seule nourriture permise avec le pain consiste dans les légumes, le miel, et pour ceux qui habitent près de la mer, les divers coquillages qu'elle leur fournit. L'usage des vins, longtemps défendu aux jours de jeûne, a fini par s'établir en Orient, ainsi que la dispense pour manger du poisson, le jour de l'Annonciation et le Dimanche des Rameaux.

Outre le Carême de  préparation à la fête de
Pâques, les Grecs en célèbrent encore trois autres dans le cours de l'année : celui qu'ils appellent des Apôtres, et qui s'étend depuis l'Octave de la Pentecôte jusqu'à la l'été de saint Pierre et de saint Paul ; celui qu'ils nomment de la Vierge Marie, qui commence le premier jour d'août et finit la veille de l'Assomption ; enfin le Carême de préparation à Noël, qui dure quarante jours entiers. Les privations que les Grecs observent durant ces trois Carêmes sont analogues à celles du grand Carême, sans être tout à fait aussi rigoureuses. Les autres nations chrétiennes de l'Orient solennisent aussi plusieurs Carêmes, et avec une rigueur qui surpasse encore celles qu'observent les Grecs ; mais tous ces détails nous conduiraient trop loin.

DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique





Autoportrait par Dürer

Repost 0