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"Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres.

 

Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.

 

Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres."

 

Evangile de Jésus-Christ selon  saint Jean 

   

 

Pentecôte

" Le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit."

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean  

 

   

 

 El Papa es argentino. Jorge Bergoglio                 

Saint Père François

 

 

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1er mai 2011 Béatification de Jean-Paul II

Béatification du Serviteur de Dieu Jean-Paul II

 

 

  Béatification du Père Popieluszko

beatification Mass, in Warsaw, Poland

à Varsovie, 6 juin 2010, Dimanche du Corps et du Sang du Christ

 

 

presidential palace in Warsaw

Varsovie 2010

 

 

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
Sanctuaire de l'Adoration Eucharistique et de la Miséricorde Divine

La miséricorde de Dieu est comme un torrent débordé. Elle entraîne les cœurs sur son passage.
(Saint Curé d'Ars)
 

 


Le côté du Christ a été transpercé et tout le mystère de Dieu sort de là. C’est tout le mystère de Dieu qui aime, qui se livre jusqu’au bout, qui se donne jusqu’au bout. C’est le don le plus absolu qui soit. Le don du mystère trinitaire est le cœur ouvert. Ce n’est pas une image, c’est une réalité. C’est la réalité la plus profonde qui soit, la réalité de l’amour.
Père Marie-Joseph Le Guillou




Dans le cœur transpercé
de Jésus sont unis
le Royaume du Ciel
et la terre d'ici-bas
la source de la vie
pour nous se trouve là.

Ce cœur est cœur divin
Cœur de la Trinité
centre de convergence
de tous les cœur humains
il nous donne la vie
de la Divinité.


Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix
(Edith Stein)



Le Sacré-Cœur représente toutes les puissances d'aimer, divines et humaines, qui sont en Notre-Seigneur.
Père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus

 



feuille d'annonces de la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre

 

 

 

 

 

 

 

     

The Cambrai Madonna

Notre Dame de Grâce

Cathédrale de Cambrai

 

 

 

Cathédrale Notre Dame de Paris 

   

Ordinations du samedi 27 juin 2009 à Notre Dame de Paris


la vidéo sur KTO


Magnificat

     



Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie à Notre-Dame de Paris


NOTRE DAME DES VICTOIRES

Notre-Dame des Victoires




... ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’Amour !

 

 

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Voyages de Benoît XVI

 

SAINT PIERRE ET SAINT ANDRÉ

Saint Pierre et Saint André

 

BENOÎT XVI à CHYPRE 

 

Benedict XVI and Cypriot Archbishop Chrysostomos, Church of 

Salutation avec l'Archevêque Chrysostomos à l'église d' Agia Kyriaki Chrysopolitissa de Paphos, le vendredi 4 juin 2010

 

     

 

Benoît XVI en Terre Sainte  


 

Visite au chef de l'Etat, M. Shimon Peres
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Visite au mémorial de la Shoah, Yad Vashem




 






Yahad-In Unum

   

Vicariat hébréhophone en Israël

 


 

Mgr Fouad Twal

Patriarcat latin de Jérusalem

 

               


Vierge de Vladimir  

    

 

SALVE REGINA

31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 11:30

Adoration of the Lamb
 

La sainte Liturgie abonde en mystères, en ces jours où l'Eglise célèbre les anniversaires de tant de merveilleux événements ; mais la plus grande partie de cette mystique se rapportant à des rites et à des cérémonies propres à des jours spéciaux, nous en traiterons à mesure que l'occasion s'en présentera. Notre but, ici, est seulement de dire quelques mots sur les coutumes mystérieuses de l'Eglise dans les deux semaines auxquelles ce volume est consacré.

Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons exposé, dans notre Carême, sur le mystère du Quadragénaire ; la sainte carrière de l'expiation poursuit son cours, jusqu'à ce que le jeûne des hommes pécheurs ait atteint la durée de celui que l'Homme-Dieu a accompli sur la montagne. La troupe des fidèles du Christ continue à combattre, sous l'armure spirituelle, les ennemis invisibles du salut ; assistée des Anges de lumière, elle lutte corps à corps avec les esprits de ténèbres, par la componction du cœur et par la mortification de la chair.

Trois objets, comme nous l'avons dit, préoccupent spécialement l'Eglise pendant le Carême : la Passion du Rédempteur dont nous avons, de semaine en semaine, pressenti les approches ; la 
préparation des catéchumènes au baptême qui doit leur être conféré dans la nuit de Pâques ; la réconciliation des pénitents publics, auxquels l'Eglise ouvrira de nouveau son sein, le Jeudi de la Cène du Seigneur. Chaque jour qui s'écoule rend plus vives ces trois grandes préoccupations de la sainte Eglise.

Le Sauveur, en ressuscitant Lazare à Béthanie, aux portes de Jérusalem, a mis le comble à la rage de  ses ennemis. Le peuple s'est ému en  voyant reparaître dans les rues de la cité ce mort de quatre jours ; il se demande si le Messie opérera  de plus grands prodiges, et s'il n'est pas temps enfin de chanter Hosannah au fils de David. Bientôt il ne sera plus possible d'arrêter l'élan des enfants d'Israël. Les princes des prêtres et les anciens du peuple n'ont pas un instant à perdre, s'ils veulent empêcher la proclamation de Jésus de  Nazareth, roi des Juifs. Nous allons assister à leurs infâmes conseils ; le sang du Juste va être vendu et  payé à deniers comptants. La divine Victime, livrée par un de ses disciples,  sera   jugée,  condamnée, immolée ; et les circonstances de ce drame sublime ne seront plus l'objet  d'une  simple  lecture : la sainte Liturgie les représentera, de la façon la plus expressive, sous les yeux du peuple fidèle.

Les catéchumènes n'ont plus que peu de temps à soupirer vers la fontaine de vie. Leur instruction se complète chaque jour ; les figures de l'ancienne alliance achèvent de se dérouler à leurs regards ; et bientôt ils n'auront plus rien à apprendre sur les mystères de leur salut. Dans peu de jours on leur livrera le Symbole de la foi. Initiés aux grandeurs et aux humiliations du Rédempteur, ils attendront avec les fidèles l'instant de sa glorieuse résurrection ; et nous les accompagnerons 
de nos vœux et de nos chants, à l'heure solennelle où, plongés dans la piscine du salut, et ayant laissé toutes leurs souillures dans les eaux régénératrices, ils remonteront purs et radieux pour recevoir les dons de l'Esprit divin, et participer à la chair sacrée de l'Agneau qui ne doit plus mourir.

Adoration of the Lamb 3

La réconciliation des pénitents avance aussi à grands pas. Sous le cilice et la cendre, ils poursuivent leur œuvre d'expiation. Les consolantes lectures que nous avons déjà entendues continueront de leur être faites, et rafraîchiront de plus en plus leurs âmes. L'approche de l'immolation de l'Agneau accroît leur espoir ; ils savent que le sang de cet Agneau est d'une vertu infinie, et qu'il efface tous les péchés. Avant la résurrection du libérateur, ils auront recouvré l'innocence perdue ; le pardon descendra sur eux assez à temps pour qu'ils puissent encore s'asseoir, heureux prodigues, à la table du Père de famille, le jour même où il dira à ses convives : "J'ai désiré d'un désir ardent manger avec vous cette Pâque".

Telles sont en abrégé les scènes augustes qui nous attendent ; mais, en même temps, nous allons voir la sainte Eglise, veuve désolée, s'abîmer de plus en plus dans les tristesses de son deuil. Naguère elle pleurait les péchés de ses enfants ; maintenant elle pleure le trépas de son céleste Epoux. Dès longtemps déjà le joyeux Alléluia est banni de ses cantiques ; elle supprimera désormais jusqu'à ce cri de gloire qu'elle consacrait encore à l'adorable Trinité. A moins qu'elle ne célèbre la mémoire de quelque Saint, dont la fête se rencontrerait encore jusqu'au samedi de la Passion, elle 
s'interdira, en partie d'abord, et bientôt totalement, jusqu'à ces paroles qu'elle aimait tant à redire : "Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit !" Ses chants sont devenus trop lugubres, et ce cri de jubilation irait mal à la désolation qui a submergé son cœur.

Ses lectures, aux offices de la nuit, sont prises dans Jérémie, le plus lamentable des Prophètes. La couleur de ses vêtements est toujours celle qu'elle a adoptée au jour où elle imposa les cendres sur le front humilié de ses enfants ; mais quand sera arrivé le redoutable Vendredi, le violet ne suffira plus à sa tristesse : elle se couvrira de vêtements noirs, comme ceux qui pleurent le trépas d'un mortel ; car son Epoux est véritablement mort en ce jour. Les péchés des hommes et les rigueurs de la justice divine ont fondu sur lui, et il a rendu son âme à son Père, dans les horreurs de l'agonie.

Dans L'attente de cette heure terrible, la sainte Eglise manifeste ses douloureux pressentiments, en voilant par avance l'image de son divin Epoux. La croix elle-même a cessé d'être accessible aux regards des fidèles ; elle a disparu sous un voile sombre. Les images des Saints ne sont plus visibles ; il est juste que le serviteur s'efface, quand la gloire du Maître s'est éclipsée. Les interprètes de la sainte Liturgie nous enseignent que cette austère coutume de voiler la croix au temps de la Passion exprime l'humiliation du Rédempteur, réduit à se cacher pour n'être pas lapidé par les Juifs, comme nous le lirons dans l'Evangile du Dimanche de la Passion. L'Eglise applique dès le samedi, à Vêpres, cette solennelle rubrique, et avec une telle rigueur que, dans les années où la fête de l'Annonciation de Notre-Dame tombe dans
la semaine de la Passion, l'image de Marie, Mère de Dieu, demeure voilée, en ce jour même où l'Ange la salue pleine de grâce et bénie entre toutes les femmes.


DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique

Adoration of the Lamb 2

tableau : Retable de l'Agneau Mystique  par Van Eyck

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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 19:30

La Semaine sainte était déjà en grande vénération au IIIe siècle, d'après le témoignage contemporain de saint Denys, évêque d'Alexandrie. Dès le siècle suivant, nous la trouvons appelée la grande Semaine, dans une Homélie de saint Jean Chrysostome : "Non pas, dit le saint Docteur, qu'elle ait plus de jours que les autres, ou que les jours y soient composés d'un plus grand nombre d'heures, mais à cause de la grandeur des mystères que l'on y célèbre". On la trouve encore désignée sons le nom de Semaine peineuse ou pénible (pœnosa), à cause des souffrances de Jésus-Christ et des saintes fatigues qu'exige sa célébration ; de Semaine d'indulgence, parce que l'on y recevait les pécheurs à la pénitence ; enfin de Semaine sainte, à cause delà sainteté des mystères dont on fait la commémoration. Cette désignation est la plus usitée parmi nous ; et elle est devenue tellement propre à cette semaine, qu'elle s'attache a chacun des jours qui la composent : en sorte que l'on dit le Lundi saint, le Mardi saint, etc.

La rigueur du jeûne quadragésimal s'accroît durant ces derniers jours, qui sont comme le suprême effort de la pénitence chrétienne. Même parmi nous, la dispense accordée de faire usage des œufs s'arrête vers le milieu de la semaine, et demeure suspendue en plusieurs lieux jusqu'à la fête de Pâques. Les Eglises d'Orient, fidèles aux traditions de l'antiquité, continuent d'observer la rigoureuse abstinence qui, depuis notre Dimanche de Quinquagésime,donne son nom de Xérophagie a cette longue période où il n'est permis de manger que des aliments secs.

Quant au jeûne, dans l'antiquité, il s'étendait aussi loin que les forces humaines le pouvaient permettre. Nous voyons par saint Epiphane qu'il y avait des chrétiens qui le prolongeaient depuis le lundi matin jusqu'au chant du coq le jour de Pâques. Sans doute, ce n'était que le petit nombre des fidèles qui pouvait atteindre à un tel effort ; les autres se contentaient de passer, sans prendre de nourriture, deux, trois ou quatre jours 
consécutifs ; mais l'usage commun était de demeurer sans manger depuis le Jeudi saint au soir jusqu'au matin du jour de Pâques. Les exemples de cette rigueur ne sont pas rares, même de nos jours, chez les chrétiens orientaux et en Russie.

Les veilles prolongées la nuit dans l'église ont été aussi l'un des caractères de la Semaine sainte dans l'antiquité. Le Jeudi saint, après avoir célébré les divins mystères en commémoration de la dernière Cène du Seigneur, le peuple persévérait longtemps dans la prière. La nuit du Vendredi au Samedi se passait presque tout entière dans les veilles, afin d'honorer la sépulture du Christ : mais la plus longue de toutes ces veilles était celle du Samedi, qui durait jusqu'au matin du jour de Pâques. Le peuple entier y prenait part ; il assistait à la dernière préparation des catéchumènes ; il était ensuite témoin de l'administration du baptême ; et l'assemblée ne se séparait qu'après la célébration du saint Sacrifice, qui ne se terminait qu'au lever du soleil.

La suspension des oeuvres serviles fut longtemps requise des fidèles durant le cours de la Semaine sainte ; et la loi civile s'unissait à la loi de l'Eglise pour produire cette solennelle vacation du travail et du négoce, qui exprimait d'une manière si imposante le deuil de la chrétienté. La pensée du sacrifice et de la mort du Christ était la
pensée commune ; les relations ordinaires étaient suspendues ; les offices divins et la prière absorbaient la vie morale tout entière, en même temps que le jeûne et l'abstinence réclamaient toutes les forces du corps. On comprend quelle impression devait produire sur le reste de l'année cette solennelle interruption de tout ce qui préoccupait les hommes dans le reste de leur vie ; et quand on se rappelle avec quelle rigueur le Carême avait déjà sévi, durant cinq semaines entières, sur les appétits sensuels, on conçoit la joie simple et naïve avec laquelle était accueillie la fête de Pâques, qui venait apporter en même temps la régénération de l'âme et le soulagement du corps.

Nous avons rappelé, dans le volume précédent, les dispositions du Code Théodosien qui prescrivaient de surseoir à toutes procédures et à toutes poursuites quarante jours avant Pâques. La loi de Gratien et de Théodose, donnée sur ce sujet en 380, fut développée par Théodose en 389, et rendue propre aux jours où nous sommes par un nouveau décret qui interdisait même les plaidoiries durant les sept jours qui précédaient la fête de Pâques et les sept qui la suivaient. On rencontre, dans les Homélies de saint Jean Chrysostome et dans les Sermons de saint Augustin, plusieurs allusions à cette loi encore récente, qui déclarait que chacun des jours de cette quinzaine aurait désormais, dans les tribunaux, le privilège du Dimanche.

Mais les princes chrétiens ne se bornaient pas à arrêter l'action de la justice humaine en ces jours de miséricorde ; ils voulaient aussi rendre un hommage sensible à la bonté paternelle de Dieu, qui a daigné pardonner au monde coupable par les mérites de son Fils  immolé. L'Eglise allait
ouvrir de nouveau son sein aux pécheurs repentants, après avoir rompu les liens du péché dont ils étaient captifs ; les princes chrétiens avaient à cœur d'imiter leur Mère, et ils ordonnaient que l'on brisât les chaînes des prisonniers, que l'on ouvrît les cachots, et que l'on rendit à la liberté les malheureux qui gémissaient sous le poids des sentences portées par les tribunaux de la terre. Il n'y avait d'exception que pour les criminels dont les délits atteignaient gravement la famille ou la société. Le grand nom de Théodose paraît encore ici avec honneur. Au rapport de saint Jean Chrysostome, cet empereur envoyait dans les villes des lettres de rémission ordonnant l'élargissement des prisonniers, et accordant la vie aux condamnés à mort, afin de sanctifier les jours qui précédaient la fête de Pâques. Les derniers empereurs établirent en loi cette disposition ; c'est le témoignage que leur rend saint Léon, dans un de ses Sermons : "Les empereurs romains, dit-il, observent déjà depuis longtemps cette sainte institution, par laquelle on les voit, en l'honneur de la Passion et de la Résurrection du Seigneur, abaisser le faîte de leur puissance, relâcher la sévérité de leurs lois, et faire grâce à un grand nombre de coupables : voulant se montrer par cette clémence les imitateurs de la bonté céleste, en ces jours où elle a daigné sauver le monde. Que le peuple chrétien, à son tour, ait à cœur d'imiter ses princes, et que l'exemple donné par le souverain porte les sujets à une mutuelle indulgence ; car les lois domestiques ne doivent pas être plus rigoureuses que les lois publiques. Il faut donc que l'on se remette les torts, que l’on rompe les liens, que l'on pardonne les offenses, que l'on étouffe les ressentiments, afin que, tant du côté de Dieu que du côté de l'homme, tout contribue à rétablir en nous l'innocence de vie qui convient à l'auguste solennité que nous attendons".

Cette amnistie chrétienne n'est pas seulement décrétée au Code Théodosien ; nous en retrouvons la trace dans les monuments du droit public de nos pères. Sous la première race de nos rois, saint Eloi, évêque de Noyon, dans un sermon prononcé le Jeudi saint, s'exprime ainsi : "En ce jour où l'Eglise accorde l'indulgence aux pénitents et l'absolution aux pécheurs, les magistrats se relâchent de leur sévérité et pardonnent aux coupables.  Dans le monde entier, on ouvre les prisons. Les princes font grâce aux criminels ; les maîtres pardonnent à leurs esclaves". Sous la seconde   race,  on voit par   les  Capitulaires  de Charlemagne  que  les évêques avaient   le   droit d'exiger des juges, pour l'amour de Jésus-Christ, est-il dit, la délivrance des prisonniers dans les jours qui précédaient la Pâque, et de leur interdire, à ces magistrats, l'entrée de  l'église,   s'ils refusaient d'obéir. Enfin, sous la troisième race, nous  trouvons   l'exemple  de  Charles  VI,   qui, ayant  eu  à  réprimer  une  rébellion  à   laquelle s'étaient livrés les habitants de Rouen, ordonna plus tard de rendre les prisonniers à la liberté, parce que l'on était dans la Semaine peineuse, et tout près de la fête de Pâques.


Un  dernier  vestige  de   cette  miséricordieuse
législation se conserva jusqu'à la fin, dans les usages du Parlement de Paris. Le Palais, depuis des siècles, ne connaissait plus ces longues et chrétiennes vacations qui, dans d'autres temps, s'étaient étendues au Carême tout entier. C'était seulement le Mercredi saint que les cours commençaient à vaquer, pour ne se rouvrir qu'après le Dimanche de Quasimodo. Le Mardi saint, dernier jour d'audience, le Parlement se transportait aux prisons du Palais, et l'un des Grands-Présidents, ordinairement le dernier reçu, tenait la séance avec la chambre. On interrogeait les prisonniers, et, sans aucun jugement, on délivrait ceux dont la cause semblait favorable, ou qui n'étaient pas criminels au premier chef.

Les révolutions qui se sont succédées sans interruption depuis cent ans ont eu le résultat vanté de séculariser la France, c'est-à-dire d'effacer de nos mœurs publiques et de notre législation tout ce qu'elles avaient emprunté d'inspirations au sentiment surnaturel du christianisme. Depuis, on s'est mis à répéter aux hommes sur tous les tons qu'ils sont égaux entre eux. Il eût été superflu de chercher à convaincre de cette vérité les peuples chrétiens dans les siècles de foi, lorsqu'ils voyaient les princes, à l'approche des grands anniversaires qui rappellent si vivement la justice et la miséricorde divines, abdiquer, pour ainsi dire, le sceptre, s'en remettre à Dieu lui-même du châtiment des coupables, et s'asseoir au banquet pascal de la fraternité chrétienne, à côté de ces hommes qu'ils retenaient dans les fers, au nom de la société, quelques jours auparavant. La pensée d'un Dieu aux yeux duquel tous les hommes sont pécheurs, d'un Dieu de qui seul procèdent la justice et le pardon, planait, en ces
jours, sur les nations ; et l'on pouvait, en toute vérité, dater les fériés de la grande Semaine à la manière de certains diplômes de ces âges de foi : "Sous le règne de notre Seigneur Jésus-Christ" : Regnante Domino nostro Jesu Christo.

Au sortir de ces jours de sainte et chrétienne égalité, les sujets répugnaient-ils à reprendre le joug de la soumission envers les princes ? Songeaient-ils à profiter de l'occasion pour rédiger la charte des droits de l'homme ? Nullement : la même pensée qui avait humilié devant la croix du Sauveur les faisceaux de la justice légale révélait au peuple le devoir d'obéir aux puissances établies de Dieu. Dieu était la raison du pouvoir et en même temps celle de la soumission ; et les dynasties pouvaient se succéder, sans que le respect de l'autorité s'amoindrît dans les cœurs. Aujourd'hui la sainte Liturgie n'a plus cette action sur la société ; la religion est réfugiée, comme un secret, au fond des âmes fidèles ; les institutions politiques ne sont plus que l'expression de l'orgueil humain qui veut commander, ou qui refuse d'obéir.


Et cependant cette société du IVe siècle qui produisait comme spontanément, par le seul esprit chrétien, ces lois miséricordieuses que nous venons de rappeler, était encore demi-païenne ! La nôtre a été fondée par le christianisme ; lui seul a civilisé nos pères les barbares : et nous nommons progrès cette marche en sens inverse à toutes les garanties d'ordre, de paix et de moralité qu'il avait inspirées aux législateurs ! Quand donc renaîtra cette foi de nos pères qui seule pourrait rétablir les nations sur leurs bases ? Quand les sages de ce monde en auront-ils fini avec les utopies humaines qui n'ont d'autre but que de flatter ces passions
funestes, que les mystères de Jésus-Christ, accomplis en ces jours, réprouvent si hautement ?

Ajoutons encore un trait à ce que nous avons rapporté sur les ordonnances des empereurs chrétiens pour la Semaine sainte. Si l'esprit de charité et le désir d'imiter la miséricorde divine obtenaient d'eux la délivrance des prisonniers, ils ne pouvaient manquer de s'intéresser au sort des esclaves, en ces jours où Jésus-Christ a daigné affranchir le genre humain par son sang. L'esclavage, fils du péché, et institution fondamentale de l'ancien monde, avait été frappé à mort par la prédication de l'Evangile ; mais il était réservé aux particuliers de l'éteindre successivement par l'application du principe de la fraternité chrétienne. De même que Jésus-Christ et les Apôtres n'en avaient pas exigé l'abolition subite, ainsi les princes chrétiens s'étaient bornés à encourager cette abolition par leurs lois. Nous en trouvons une preuve solennelle au Code de Justinien, où, après avoir interdit les procédures durant la grande Semaine et celle qui la suit, le prince ajoute cette disposition touchante : "Il sera néanmoins permis de donner la liberté aux esclaves ; et aucun des actes nécessaires pour leur affranchissement ne sera réputé contrevenir à cette loi". Au reste, par cette mesure charitable, Justinien ne faisait qu'appliquer à la quinzaine de Pâques la loi miséricordieuse qu'avait portée Constantin, dès le lendemain du triomphe de l'Eglise, en défendant toutes procédures le dimanche, sauf celles qui auraient pour objet la liberté des esclaves.


Longtemps avant la paix de Constantin, l'Eglise avait songé aux esclaves, en ces jours où se sont
accomplis les mystères de la rédemption universelle. Leurs maîtres chrétiens devaient les laisser jouir d'un repos complet durant la quinzaine sacrée. Telle est la loi canonique portée dans les Constitutions Apostoliques, recueil dont la compilation est antérieure au IVe siècle. "Durant la grande Semaine qui précède le jour de Pâques, y est-il dit, et durant celle qui le suit, les esclaves se reposent, parce que l'une est la semaine de la Passion du Seigneur, et l'autre, celle de sa Résurrection, et qu'ils ont besoin d'être instruits sur ces mystères".

Enfin, le dernier caractère des jours où nous allons entrer est l'aumône plus abondante, et les œuvres de miséricorde plus fréquentes. Saint Jean Chrysostome nous l'atteste pour son temps, et remarque avec éloge que beaucoup de fidèles doublaient alors leurs largesses envers les pauvres, afin de se mettre en plus parfait rapport avec la divine munificence qui va répandre sans mesure ses bienfaits sur l'homme pécheur.

DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique



Duomo, Parma
Descente de la Croix

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 20:40
Paraguay Cathedral in San Lorenzo, near Asuncion
Catholics participate in a procession celebrating Palm Sunday ...
Catholics participate in a procession celebrating Palm Sunday outside the Metropolitan Cathedral in San Lorenzo, near Asuncion March 28, 2010

A woman participates in a Palm Sunday procession at the Metropolitan ...
A woman participates in a Palm Sunday procession at the Metropolitan Cathedral in San Lorenzo, near Asuncion March 28, 2010

Catholics participate in a procession celebrating Palm Sunday ...
Catholics participate in a procession celebrating Palm Sunday outside the Metropolitan Cathedral in San Lorenzo, near Asuncion March 28, 2010.

Catholics participate in a procession while celebrating Palm ...
Catholics participate in a procession while celebrating Palm Sunday outside the Metropolitan Cathedral in San Lorenzo, near Asuncion March 28, 2010

A woman prays during a Palm Sunday procession at the Metropolitan ...
A woman prays during a Palm Sunday procession at the Metropolitan Cathedral in San Lorenzo, near Asuncion March 28, 2010

Catholics participate in a procession celebrating Palm Sunday ...
Catholics participate in a procession celebrating Palm Sunday outside the Metropolitan Cathedral in San Lorenzo, near Asuncion March 28, 2010

A woman prays while participating with other Catholics in a ...
A woman prays while participating with other Catholics in a Palm Sunday procession at the Metropolitan Cathedral in San Lorenzo, near Asuncion March 28, 2010

Catholics participate in a procession celebrating Palm Sunday ...
Catholics participate in a procession celebrating Palm Sunday outside the Metropolitan Cathedral in San Lorenzo, near Asuncion March 28, 2010

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Catholics participate in a procession with a statue of Christ while celebrating Palm Sunday outside the Metropolitan Cathedral in San Lorenzo, near Asuncion March 28, 2010
Catholics participate in a procession with a statue of Christ ...



San Salvador
Catholics participate in a procession while celebrating Palm ...
Catholics participate in a procession while celebrating Palm Sunday to mark the beginning of Holy Week, in the city of Suchitoto, 45 km (28 miles) north of San Salvador March 28, 2010

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A Catholic man prays while celebrating Palm Sunday to mark the beginning of Holy Week, in the city of Suchitoto, 45 km (28 miles) north of San Salvador March 28, 2010


Mexique
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Catholics participate in a procession while celebrating Palm Sunday outside the Basilica of Guadalupe in Mexico City March 28, 2010
Altar boys participate in a procession while celebrating Palm ...

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Catholics participate in a procession while celebrating Palm Sunday outside the Basilica of Guadalupe in Mexico City March 28, 2010


Nicaragua
Parishioners pray during a mass in the Metropolitan Cathedral ...
Parishioners pray during a mass in the Metropolitan Cathedral in Managua March 28,2010


Philippines
A priest blesses worshippers' palm wreaths with holy water ...
A priest blesses worshippers' palm wreaths with holy water before mass on Palm Sunday at the Baclaran Catholic church in Paranaque city, metro Manila March 28, 2010

Worshippers reach towards a statue of Jesus Christ with their ...
Worshippers reach towards a statue of Jesus Christ with their palm wreaths before a Palm Sunday mass in the Baclaran Catholic church in Paranaque city, metro Manila March 28, 2010


Roumanie

Priests walk during the Catholic Palm Sunday procession in Bucharest ...
Priests walk during the Catholic Palm Sunday procession in Bucharest March 28, 2010.


Biélorussie
Catholic believers celebrate Palm Sunday in Minsk March 28, ...
Catholic believers celebrate Palm Sunday in Minsk March 28, 2010

Belarussian Catholics celebrate Palm Sunday in Minsk March 28, ...
Belarussian Catholics celebrate Palm Sunday in Minsk March 28, 2010
Belarussian Catholics celebrate Palm Sunday in Minsk March 28, ...


Devotees wait to be blessed by an Orthodox priest at a church ...
Devotees wait to be blessed by an Orthodox priest at a church during a Palm Sunday service in Minsk March 28, 2010
Devotees wait to be blessed by an Orthodox priest at a church ...
Devotees wait to be blessed by an Orthodox priest at a church during a Palm Sunday service in Minsk March 28, 2010
Devotees wait to be blessed by an Orthodox priest at a church ...


Géorgie
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People attend a religious service to mark Palm Sunday in Tbilisi March 28, 2010

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A priest blesses believers in front of a church during the Palm Sunday holiday in Tbilisi March 28, 2010


Liban
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Lebanon's Greek Orthodox metropolitan bishop Elias Audi leads a Palm Sunday procession in Beirut March 28, 2010.

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A father carries his child as he takes part in a Palm Sunday procession led by Orthodox metropolitan bishop Elias Audi in Beirut March 28, 2010

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Lebanon's Greek Orthodox metropolitan bishop Elias Audi walks with members of his congregation, including children, during a Palm Sunday procession in Beirut March 28, 2010

Lebanon's Greek Orthodox metropolitan bishop Elias Audi ...
Lebanon's Greek Orthodox metropolitan bishop Elias Audi walks with members of his congregation during a Palm Sunday procession in Beirut March 28, 2010


Syrie
A girl holds a candle as she sits next to a baby at a church ...
A girl holds a candle as she sits next to a baby at a church during Palm Sunday mass in Damascus March 28, 2010.

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A man carries his daughter at a church during Palm Sunday in Damascus March 28, 2010

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Syrian Christian women take olive leaves from a basket at a church during Palm Sunday in Damascus March 28, 2010

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Syrian Christian women touch an image of the Virgin Mary as they pray at a mass in a church during Palm Sunday in Damascus March 28, 2010

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A girl holds an olive branch in front of a church after she attended mass during Palm Sunday in Damascus March 28, 2010


Palestine
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Palestinian Christians hold olive branches during a Palm Sunday procession in the West Bank city of Ramallah March 28, 2010

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A Palestinian Christian boy takes part in a Palm Sunday procession in the West Bank city of Ramallah March 28, 2010



Jérusalem
A nun carrying a palm branch walks past Israeli border policemen ...
A nun carrying a palm branch walks past Israeli border policemen on the Mount of Olives in Jerusalem during a Palm Sunday procession March 28, 2010


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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 07:00

celui qu'il avait ressuscité d'entre les morts.

On donna un repas en l'honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était avec Jésus parmi les convives.

Or, Marie avait pris une livre d'un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu'elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie par l'odeur du parfum.

Judas Iscariote, l'un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : "Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d'argent, que l'on aurait données à des pauvres ?" Il parla ainsi, non parce qu'il se préoccupait des pauvres, mais parce que c'était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait pour lui ce que l'on y mettait.

Jésus lui dit : " Laisse-la ! Il fallait qu'elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement.
Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours."

Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu'il avait ressuscité d'entre les morts.

Les chefs des prêtres décidèrent alors de faire mourir aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient, et croyaient en Jésus.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean



Sainte Marie Madeleine par Simone Martini

Marie-Madeleine, dont la conversion était, il y a quelques jours, l'objet de notre admiration, est appelée à figurer dans les scènes de la Passion et de la Résurrection de son maître. Type de l'âme purifiée et admise ensuite aux faveurs célestes, il nous importe de la suivre dans les diverses phases que la grâce divine lui fait parcourir.

Nous l'avons montrée s’attachant aux pas de son Sauveur et subvenant à ses besoins ; ailleurs le saint Evangile nous la fait voir préférée à Marthe sa sœur, parce qu'elle a choisi la meilleure part ; dans les jours où nous sommes, elle nous intéresse surtout par son tendre attachement à Jésus. Elle sait qu'on le cherche pour le faire mourir ; et l'Esprit Saint, qui la conduit intérieurement à travers les états toujours plus parfaits qui se succèdent en elle, veut qu'aujourd'hui elle accomplisse une action prophétique à l'égard de ce qu'elle redoute le plus.


Entre les trois présents des Mages, l'un d'eux était un signe de mort pour le divin Roi que ces hommes fidèles étaient venus saluer du fond de l'Orient : c'était la myrrhe, parfum funéraire qui fut employé si abondamment dans la sépulture du Sauveur. Nous avons vu que Madeleine, au jour de sa pénitence, témoigna de son changement de vie par l'effusion du plus précieux de ses parfums sur les pieds de Jésus. Aujourd'hui, elle a recours encore à cette touchante manifestation de son amour. Son maître divin est à table chez Simon le Lépreux ; Marie, la Mère de douleurs, est avec lui, ainsi que les disciples ; Marthe veille au service ; tout est calme dans cette maison ; mais de tristes pressentiments sont au fond des cœurs. Tout à coup Madeleine paraît, portant dans ses mains un vase rempli d'une huile de nard du plus grand prix. Elle se dirige vers Jésus, et s'attachant à ses pieds, elle les inonde de ce parfum ; et cette fois encore elle les essuie avec ses cheveux.


Jésus était étendu sur un de ces lits dont les Orientaux se servaient, lorsqu'ils prenaient leur repas dans les festins ; il était donc facile à Madeleine d'arriver aux pieds de son maître, et de renouveler cette démonstration de respect et de tendresse à laquelle elle s'était livrée autrefois chez le pharisien ; mais en ce jour le récit sacré ne nous dit pas qu'elle ait mêlé ses larmes à son parfum. Deux des Evangélistes, dont saint Jean a voulu compléter la narration trop succincte, nous apprennent qu'elle répandit aussi cette huile de senteur sur la tête du Sauveur. Madeleine sentait-elle en ce moment toute la portée de l'action que l'Esprit divin
lui inspirait ? L'Evangile ne le dit pas ; mais Jésus révéla le mystère à ses disciples ; et nous qui recueillons ses paroles, nous apprenons par ce fait que la Passion de notre Rédempteur est, pour ainsi dire, commencée, puisque déjà la main de Madeleine L'embaume pour le tombeau.

La suave et pénétrante odeur du parfum avait rempli toute la salle. L'un des disciples, Judas Iscariote, ose protester contre ce qu'il appelle une profusion. La bassesse de cet homme et son avarice l'ont rendu insensible et sans pudeur. La voix de plusieurs des disciples s'unit à la sienne : tant leurs pensées étaient vulgaires encore ! Jésus permit cette indigne réclamation pour plusieurs motifs. Il voulait d'abord annoncer sa mort prochaine à ceux qui l'entouraient, en leur dévoilant le secret exprimé par cette effusion d'un parfum sur son corps. Son but ensuite était de glorifier Madeleine, dont l'amour était à la fois si tendre et si ardent ; et c'est alors qu'il annonça que la renommée de cette illustre pénitente s'étendrait par toute la terre, aussi loin que l'Evangile lui-même pénétrerait.

Enfin il voulait par avance consoler les âmes pieuses auxquelles son amour inspirerait de faire des largesses à ses autels, et les venger des critiques mesquines dont elles devaient souvent être l'objet.


Recueillons ces enseignements divins. Aimons à honorer Jésus dans sa personne comme dans ses pauvres.

Honorons Madeleine et mettons-nous à sa suite, lorsque bientôt nous la verrons si assidue au Calvaire et au sépulcre.

Enfin préparons-nous à embaumer notre Sauveur, en réunissant pour sa sépulture la myrrhe des Mages, qui figure la pénitence, et le précieux nard de Madeleine, qui représente l'amour généreux et compatissant.

DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique




Sainte Marie Madeleine par Dolci

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 04:00

Jésus se rend encore aujourd'hui à Jérusalem, dès le matin, avec ses disciples. Il était parti à jeun, et le récit sacré nous dit qu'il eut faim sur la route (Matthieu XXI, 18.). Il s'approcha d'un figuier, mais cet arbre n'avait encore que des feuilles. Jésus, voulant nous donner un enseignement, maudit le figuier, qui sécha tout à coup. Il exprimait par ce châtiment le sort de ceux qui n'ont que de bons désirs, et sur lesquels le fruit de la conversion ne se cueille jamais. L'allusion à Jérusalem n'était pas moins frappante. Cette ville était zélée pour l'extérieur du culte divin ; mais son cœur était aveugle et endurci ; bientôt elle allait rejeter et crucifier le Fils du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.

La journée se passa en grande partie dans le Temple, où Jésus eut de longs entretiens avec les princes des prêtres et les anciens du peuple. Il parla avec plus de force que jamais, et déjoua leurs questions insidieuses. On peut voir, principalement en saint Matthieu, Chapitres XXI, XXII et XXIII, le détail des discours du Sauveur, qui deviennent de plus en plus véhéments, et dénoncent aux Juifs avec une énergie toujours croissante le crime de leur infidélité et la terrible vengeance qu'elle doit amener.

Enfin Jésus sortit du Temple, et se dirigea vers Béthanie. Arrivé sur la montagne des Oliviers, d'où l'on dominait la ville, il s'assit un moment. Ses disciples profitèrent de cet instant de repos pour lui demander à quelle époque auraient lieu les châtiments qu'il venait de prédire contre le Temple. Alors Jésus, réunissant dans un même tableau prophétique le désastre de Jérusalem et la destruction violente de ce monde à la fin des temps, parce que la première de ces deux calamités est la figure de la seconde, annonça ce qui doit arriver quand la mesure du péché sera comblée.

Quant à ce qui est de la ruine de Jérusalem en particulier, il en fixa la date par ces paroles : "En vérité, je vous le dis : cette génération d'hommes ne passera pas que toutes ces choses ne soient accomplies" (Matthieu XXIV, 34.). En effet, quarante ans étaient à peine écoulés que l'armée romaine menaçait du haut de la montagne des Oliviers, de cette place même où le Sauveur est assis aujourd'hui, l'ingrate et dédaigneuse Jérusalem.

Jésus, après avoir parlé longuement encore sur le jugement divin qui doit réviser un jour tous les jugements des hommes, rentre dans Béthanie, et vient rassurer par sa présence le coeur affligé de sa très sainte mère.

En ce jour, la Station, à Rome, est dans l'Eglise de Sainte-Praxède. Cette église dans laquelle, au IXe siècle, le pape saint Pascal déposa deux mille trois cents corps de Martyrs qu'il avait extraits des Catacombes, possède la colonne à laquelle notre Seigneur fut attaché pendant le supplice de la flagellation.



DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique


PACHER, Michael
La Flagellation par Pacher

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 17:00


Scènes de la vie du Christ par Giotto : L'Entrée à Jérusalem

Achevons cette journée du Rédempteur à Jérusalem, en repassant dans notre mémoire les autres faits qui la signalèrent. Saint Luc nous apprend que ce fut pendant sa marche triomphale vers celle ville que Jésus, près d'y entrer, pleura sur elle, et exprima sa douleur par ces lugubres paroles : "Oh ! si tu connaissais, aujourd'hui surtout, ce qui pourrait te donner la paix ! Mais tout cela est maintenant caché à tes yeux. Il viendra des jours où tes ennemis t'environneront, te renverseront par terre, et ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps de ta visite (Luc XIX, 41-44)."

Il y a peu de jours, le saint Evangile nous montrait Jésus pleurant sur le tombeau de Lazare ; aujourd'hui nous le voyons répandre de nouvelles larmes sur Jérusalem. A Béthanie, il pleurait en songeant à la mort du corps, suite et châtiment du péché ; mais cette mort n'est pas sans remède. Jésus est "la résurrection et la vie ; et celui qui croit en lui ne demeurera pas dans la  mort
 toujours". Mais l'état de l'infidèle Jérusalem figure la mort de l'âme, et cette mort est sans résurrection, si l'âme ne revient pas à temps vers l'auteur de la vie. Voilà pourquoi les larmes que Jésus répand aujourd'hui sont si amères. Au milieu des acclamations qui accueillent son entrée dans la cité de David, son cœur est triste ; car il sait que beaucoup "ne connaîtront pas le temps de leur visite". Consolons le cœur de notre Rédempteur, et soyons-lui une Jérusalem fidèle.

Le divin récit nous apprend que Jésus, aussitôt après son entrée dans la ville, se rendit au Temple, et qu'il en chassa les vendeurs  (Matthieu XXI, 12). C'était la seconde fois qu'il accomplissait cet acte d'autorité dans la maison de son Père, et nul n'osa lui résister. Les princes des prêtres et les Pharisiens murmurèrent, ils se plaignirent à lui du tumulte qu'avait causé son entrée ; mais leur audace était déconcertée. C'est ainsi que, dans la suite des siècles, quand il plaît à Dieu de glorifier, à certaines époques, son Fils et l'Eglise de son Fils, les ennemis de l'un et de l'autre protestent dans la rage de leur cœur ; le char triomphal n'en poursuit pas moins sa marche. Mais sitôt que Dieu, dans sa haute sagesse, a résolu de faire succéder des jours de persécution et d'épreuves à ces heures de gloire, ces lâches ennemis se retrouvent, et, plus irrités que jamais, ils ne se donnent point de repos qu'ils n'aient entraîné une partie de ce peuple, qui criait Hosannah au fils de David, à demander qu'on le lui livre et qu'il soit crucifié. Mais Jésus et son Eglise n'en ont pas moins régné ; et si leur règne visible semble interrompu, c'est pour reparaître plus tard, jusqu'à ce
que, après une succession de gloire et d'ignominies, la royauté de l'Epoux et de l'Epouse soit proclamée éternelle sur les ruines du monde "qui n'aura pas connu le temps de sa visite".

Nous apprenons de saint Matthieu (Matthieu XXI, 17) que le Sauveur alla terminer cette journée à Béthanie. Sa présence dut suspendre les maternelles inquiétudes de Marie et rassurer la pieuse famille de Lazare. Mais dans Jérusalem nul ne se présenta pour offrir l'hospitalité à Jésus ; du moins l'Evangile ne fait aucune mention à ce sujet. Les âmes pieuses qui ont médité la vie de notre Seigneur ont appuyé sur cette considération : Jésus honoré le matin d'un triomphe solennel, et réduit, le soir, à aller chercher la nourriture et le repos hors de la ville qui l'avait accueilli avec tant d'acclamations.

Dans les monastères de Carmélites de la réforme de sainte Thérèse, il existe un usage touchant qui a pour but d'offrir au Sauveur une réparation pour l'abandon dont il fut l'objet de la part des habitants de Jérusalem. On dresse une table au milieu du réfectoire, et on y sert un repas , après le dîner de la communauté, ce repas offert au Sauveur du monde est distribué aux pauvres qui sont ses membres.


Nous terminerons cette journée en insérant ici quelques strophes d'une Hymne de la Liturgie Grecque, en ce Dimanche des Palmes.

Elle a pour auteur le célèbre hymnographe Côme de Jérusalem.


In Dominica Palmarum
  

Le Dieu  qui est  assis sur les Chérubins,  au  plus haut des cieux,  et qui abaisse ses regards sur ce qu'il y a de plus humble, vient aujourd'hui dans la gloire et la puissance ; tout est rempli de sa divine grandeur. Paix sur Israël, et salut pour les gentils !

 

Les âmes des justes s'écrièrent dans l'allégresse : une nouvelle alliance se prépare aujourd'hui pour le monde ; les peuples vont être renouvelés par l'aspersion du sang divin.

 

Le peuple et les disciples fléchissent les genoux avec joie, et portant des palmes chantent : Hosannah au fils de David ! vous êtes digne de toute louange, Seigneur, Dieu de nos pères ; vous êtes béni.

 

La multitude au cœur simple, l'enfance naïve vous ont célébré comme il convient à un Dieu, vous, roi d'Israël et souverain des Anges : Vous êtes digne de toute louange, Seigneur, Dieu de nos pères ; vous êtes béni.

 

Ton roi s'est présenté, ô Sion ! le Christ monte sur le petit de l'ânesse. Il vient délier le joug de l'erreur grossière qui poussait l'homme à adorer les idoles ; il vient arrêter le cours des passions aveugles qui règnent sur toutes  les nations ; tous chanteront maintenant : Œuvres du Seigneur , bénissez-le , et exaltez son nom dans tous les siècles.

 

Livre-toi à la joie, ô Sion ! le Christ ton Dieu règne à jamais. Il est doux, et il vient pour sauver, comme il est écrit de lui ; il est le juste, notre rédempteur qui s'avance monté sur le petit de l'ânesse. Il brisera l'audace de ceux qui ne veulent pas chanter en ce jour : Œuvres du Seigneur, bénissez-le, et exaltez son nom dans tous les siècles.

 

L'inique et obstiné Sanhédrin , qui usurpait le Temple sacré, est chassé aujourd'hui ; il avait fait de la maison de prière, de la maison de Dieu, une caverne de voleurs, et refusait son amour au Rédempteur à qui nous chantons : Œuvres du Seigneur, bénissez-le, et exaltez son nom dans tous les siècles.

 

Le Seigneur Dieu parait devant nous ; faites-lui fête solennelle ; accourez pleins de joie ; chantons le Christ, et portant des palmes, crions à sa louange : Béni celui qui vient au nom de Dieu, notre Sauveur !

 

Peuple, pourquoi as-tu frémi contre les Ecritures ? Prêtres, pourquoi méditez-vous de vains projets ? Pourquoi dites-vous : Quel est celui devant qui les enfants portant des palmes s'écrient : Béni celui qui vient au nom de Dieu, notre Sauveur ?

 

Hommes sans frein, pourquoi semez-vous le scandale sur la voie ? Vos pieds sont rapides pour répandre le sang du Seigneur ; mais il ressuscitera pour sauver tous ceux qui crieront : Béni celui qui vient au nom de Dieu notre Sauveur !


DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique



Madonna del Popolo (XIIIe s.)

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 07:00

Hodie si vocem Domini audieritis, nolite obdurare corda vestra
Aujourd’hui, si vous entendez la voix du Seigneur, n'endurcissez pas vos cœurs




L'Entrée du Christ à Jérusalem par Lorenzetti  

Dès le matin de cette journée, Jésus laissant à Béthanie Marie sa mère, les deux sœurs Marthe et Marie-Madeleine avec Lazare, se dirige vers Jérusalem, dans la compagnie de ses disciples.

La mère des douleurs frémit en voyant son fils se rapprocher ainsi de ses ennemis, qui ne songent qu'à répandre son sang; cependant ce n'est pas la mort que Jésus va chercher aujourd'hui à Jérusalem : c'est le triomphe. Il faut que le Messie, avant d'être attaché à la croix, ait été proclamé Roi dans Jérusalem par le peuple ; qu'en face des aigles romaines, sous les yeux des Pontifes et des Pharisiens muets de rage et de stupeur, la voix des enfants, se mêlant aux acclamations de la cité, fasse retentir la louange au Fils de David.


Le prophète Zacharie avait prédit cette ovation préparée de toute éternité pour le Fils de l'homme, à la veille de ses humiliations : "Tressaille d'allégresse, fille de Sion, avait-il dit, livre-toi aux transports de la joie, fille de Jérusalem : voici ton Roi qui vient vers toi, il est le Juste et le Sauveur. Il est pauvre, et il s'avance monté sur l'ânesse et sur le petit de l'ânesse." Jésus, voyant que l'heure de l'accomplissement de cet oracle était venue, détache deux de ses disciples, et leur ordonne de lui amener une ânesse et un ânon qu'ils trouveront à quelque distance. Le Sauveur était déjà arrivé à Bethphagé, sur le mont des Oliviers. Les deux disciples s'empressent de remplir la commission de leur maître ; et bientôt l'ânesse et l'ânon sont amenés aux pieds du Sauveur.


Les saints Pères nous ont donné la clef du mystère de ces deux animaux. L'ânesse figure le peuple juif qui, dès longtemps, avait été placé sous le joug de la Loi ; "l'ânon sur lequel, dit l'Evangile, aucun homme n'était encore monté", représente la gentilité, que nul n'avait domptée jusqu'alors. Le sort de ces deux peuples se décidera d'ici à quelques jours. Pour avoir repoussé le Messie, le peuple juif sera délaissé ; en sa place Dieu adoptera les nations qui, de sauvages qu'elles étaient, deviendront dociles et fidèles.


Les disciples étendent leurs vêtements sur l'ânon ; alors Jésus, pour accomplir la figure prophétique, monte sur cet animal, et se prépare à faire ainsi son entrée dans la ville. En même temps le bruit se répand dans Jérusalem que Jésus approche. Par un mouvement de l'Esprit divin, la multitude de Juifs qui s'était réunie de toutes parts dans la cité sainte pour y célébrer la fête de Pâques, sort à sa rencontre, portant des palmes et faisant retentir l'air d'acclamations. Le cortège qui accompagnait Jésus depuis Béthanie se confond avec cette foule que l'enthousiasme
transporte ; les uns étendent leurs vêtements sur la terre qu'il doit fouler, d'autres jettent des branches de palmier sur son passage. Le cri d'Hosannah retentit ; et la grande nouvelle dans la cité, c'est que Jésus, fils de David, vient d'y faire son entrée comme Roi.

C'est ainsi que Dieu, dans sa puissance sur les cœurs, ménagea un triomphe à son Fils au sein même de cette ville qui devait,  si peu de temps après, demander à grands cris le sang de ce divin Messie. Cette  journée fut un moment  de gloire pour Jésus, et  la sainte  Eglise,  comme nous l’allons voir tout à l'heure, veut  que nous renouvelions chaque année la mémoire de ce triomphe de l'Homme-Dieu.

Dans les temps de la naissance de l'Emmanuel, nous vîmes les Mages arriver du fond de l'Orient, cherchant et demandant à Jérusalem le Roi des  Juifs, afin de lui  rendre leurs hommages et de lui offrir leurs présents ; aujourd'hui  c'est Jérusalem  elle-même qui  se lève comme  un seul homme pour aller au-devant de lui. Ces deux faits se  rapportent au même but ; ils sont  une  reconnaissance de la  royauté de Jésus-Christ : le premier de la  part des Gentils, le second de la part des Juifs. Il fallait que le Fils de Dieu, avant de souffrir sa Passion, eût recueilli l'un et l'autre hommage. L'inscription que bientôt Pilate placera au-dessus de la tête du Rédempteur : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs, exprimera l'indispensable caractère du Messie. En vain les ennemis de Jésus feront tous leurs efforts pour faire changer les termes de cet écriteau : ils n'y réussiront pas. "Ce que j'ai écrit est écrit", répondra le gouverneur romain, dont la main païenne et lâche a déclaré, sans le savoir, l'accomplissement des Prophéties.  Israël aujourd'hui proclame Jésus son Roi ; Israël bientôt sera dispersé, en punition de sa révolte contre le fils de David ; mais Jésus, qu'il a proclamé, demeure Roi à jamais.  Ainsi s'accomplissait à la lettre l'oracle de  l'Ange parlant à Marie, et  lui annonçant les grandeurs  du fils qui devait naître d'elle : "Le Seigneur lui donnera le trône de David son aïeul, et il régnera sur la maison de Jacob à jamais". Jésus commence aujourd'hui son règne sur la terre ; et si le premier Israël ne doit pas tarder à se soustraire à son sceptre, un nouvel Israël, issu de la portion fidèle  de l'ancien, va s'élever, formé de tous les peuples de la terre, et offrir au Christ un  empire plus vaste que jamais conquérant ne l'a ambitionné.


Tel est, au milieu du  deuil de  la Semaine des douleurs, le glorieux mystère de ce jour. La sainte Eglise veut que nos cœurs se soulagent par  un moment d'allégresse, et que Jésus aujourd'hui soit salué par  nous comme notre Roi.  Elle a  donc disposé le service divin de cette journée de manière à exprimer à la fois la joie et la tristesse : la joie, en s'unissant aux acclamations  dont retentit  la cité de David ;  la tristesse, en reprenant bientôt le cours de ses gémissements sur les douleurs de son Epoux divin. Toute la fonction est partagée comme en trois actes distincts, dont nous allons successivement expliquer les mystères et  les intentions.


La bénédiction des Palmes, ou des Rameaux, comme nous disons en France, est le premier rite qui s'accomplit sous nos yeux ; et l'on peut juger de son importance par la solennité que l'Eglise y déploie. On dirait d'abord que le Sacrifice va s'offrir, sans autre intention que de célébrer l'anniversaire de rentrée de Jésus à Jérusalem. Introït, Collecte, Epître, Graduel, Evangile, Préface même, se succèdent comme pour préparer l'immolation de l'Agneau sans tache ; mais après le Trisagion : Sanctus ! Sanctus ! Sanctus ! l'Eglise suspend ces solennelles formules, et son ministre procède à la sanctification de ces mystiques rameaux qui sont devant lui. Les prières employées à leur bénédiction sont éloquentes et remplies d'enseignements. Ces branches d'arbres, objet de la première partie de la fonction, reçoivent par ces oraisons, accompagnées de l'encens et de l'aspersion de l'eau sainte, une vertu qui les élève à l'ordre surnaturel, et les rend propres à aider à la sanctification de nos âmes, et à la protection de nos corps et de nos demeures. Les fidèles doivent tenir respectueusement ces rameaux dans leurs mains durant la procession, et à la Messe durant le chant de la Passion, et les placer avec honneur dans leurs maisons, comme un signe de leur foi, et une espérance dans le secours divin.


Il n'est pas besoin d'expliquer au lecteur que les palmes et les branches d'olivier, qui reçoivent en ce moment la bénédiction de l'Eglise, sont portées en mémoire de celles dont le peuple de Jérusalem honora la marche triomphale du Sauveur ; mais il est à propos de dire quelques mots sur l'antiquité de cette coutume. Elle commença de bonne heure en Orient, et probablement, dès la paix de l'Eglise, à Jérusalem. Déjà au IVe siècle, saint Cyrille, Évêque de cette ville, atteste que le palmier qui avait fourni ses branches au peuple qui vint au-devant du Christ, existait encore dans la vallée de Cédron (Cateches. X.) ; rien n'était plus naturel que
 d'en tirer  occasion  pour instituer  une commémoration  anniversaire de  ce  grand événement. Au siècle suivant, on voit cette cérémonie établie, non plus seulement dans les Eglises de l'Orient, mais jusque dans les monastères dont les solitudes de l'Egypte et de la Syrie étaient peuplées. A l'entrée du Carême, beaucoup de saints moines obtenaient de leur abbé la permission de s'enfoncer dans le désert, afin d'y passer ce temps dans une profonde retraite ; mais ils devaient rentrer au monastère pour le Dimanche des Palmes, comme nous l'apprenons de la Vie de saint  Euthymius. écrite par son disciple Cyrille. En Occident, ce rite ne s'établit pas aussi promptement ; la première trace que l'on en trouve est dans le Sacramentaire de saint Grégoire : ce qui donne la fin du VIe siècle. A mesure  que la foi pénétrait dans le Nord, il n'était même plus possible de solenniser cette cérémonie dans toute son intégrité, le palmier et l'olivier  ne croissant pas dans nos climats. On fut obligé de les remplacer par des branches d'autres arbres ; mais l'Eglise ne permet pas de rien changer aux oraisons prescrites pour  la bénédiction de ces  humbles rameaux, parce que les mystères qui sont exposés dans ces belles prières sont fondés sur l'olivier et la palme du récit évangélique, figurés par nos branches de buis ou de laurier.

Le second rite de cette journée est la Procession célèbre qui fait suite à la bénédiction solennelle des Rameaux. Elle a pour objet de représenter la marche du Sauveur vers Jérusalem et son entrée dans cette ville ; et c'est afin que rien ne manque à l'imitation du fait raconté dans le saint Evangile 
que les rameaux qui viennent d'être bénis sont portés par tous ceux qui prennent part à cette Procession. Chez les Juifs, tenir en main des branches d'arbres était un signe d'allégresse ; et la loi divine sanctionnait pour eux cet usage. Dieu avait dit au livre du Lévitique, en établissant la fête des Tabernacles : "Le premier jour de la fête, vous tiendrez dans vos mains des fruits pris sur les plus beaux arbres ; vous porterez des rameaux de palmier, des branches avec leur feuillage, vous en détacherez des saules du torrent, et vous vous livrerez à la joie, en présence du Seigneur votre Dieu". C'est donc dans l'intention de témoigner leur enthousiasme pour l'arrivée de Jésus dans leurs murs que les habitants de Jérusalem, et jusqu'aux enfants, eurent recours à cette joyeuse démonstration. Nous aussi allons au-devant de notre Roi, et chantons Hosannah à ce vainqueur de la mort, à ce libérateur de son peuple.

Au moyen âge, en beaucoup d'églises, on portait avec pompe, à cette Procession, le livre des saints Evangiles qui représentait Jésus-Christ dont il contient les paroles. A un lieu marqué et préparé pour une station, la Procession s'arrêtait : le diacre ouvrait alors le livre sacré, et chantait le passage où l'entrée de Jésus dans Jérusalem est racontée. On découvrait ensuite la croix, qui jusqu'alors était demeurée voilée ; tout le clergé venait solennellement lui rendre ses adorations, et chacun déposait à ses pieds un fragment du rameau qu'il tenait à la main. La Procession repartait ensuite précédée de la croix, qui demeurait alors sans voile, jusqu'à ce que le cortège fût rentré à l'église.


En Angleterre et en Normandie, dès le XIe siècle, on pratiquait un rite qui représentait plus vivement encore la scène qui eut lieu, en ce jour, à Jérusalem. La sainte Eucharistie était portée en triomphe à la Procession. L'hérésie de Bérenger contre la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie venait d'éclater à cette époque ; et ce triomphe de l'Hostie sacrée était un prélude lointain à l'institution de la Fête et de la Procession du très saint Sacrement.


Un usage touchant avait lieu aussi à Jérusalem, dans la Procession des Palmes, toujours dans la même intention de renouveler la scène évangélique qui se rapporte à ce jour. Toute la communauté des Franciscains qui veille à la garde des saints lieux se rendait dès le matin à Bethphagé. Là le Père Gardien de Terre Sainte, en habits pontificaux, montait sur un ânon qu'on avait couvert de vêtements ; et accompagné des religieux et des catholiques de Jérusalem, tous portant des palmes, il faisait son entrée dans la ville et descendait à la porte de l'Eglise du Saint-Sépulcre, où la Messe était célébrée avec la plus grande solennité. Depuis deux siècles environ, les autorités turques de Jérusalem ont interdit cette belle cérémonie, qui remontait aux temps du royaume latin de Jérusalem.


Nous avons réuni ici, selon notre usage, les différents faits qui peuvent servir à élever la pensée des fidèles aux divers mystères de la Liturgie ; ces manifestations de la foi les aideront à comprendre que, dans la Procession des Palmes, l'Eglise veut qu'ils honorent Jésus-Christ comme présent au triomphe qu'elle lui décerne aujourd'hui. Cherchons donc par l'amour "cet humble et doux Sauveur qui vient visiter la fille de Sion", comme
parle le Prophète. Il est là au milieu de nous ; c'est à lui que s'adresse l'hommage de nos palmes ; joignons-y celui de nos cœurs. Il se présente pour être notre Roi ; accueillons-le, et disons à notre tour : Hosannah au fils de David !

La fin de la Procession est marquée par une cérémonie empreinte du plus haut et du plus profond symbolisme. Au moment de rentrer dans l'église, le pieux cortège en trouve les portes fermées. La marche triomphale est arrêtée ; mais les chants d'allégresse ne sont pas suspendus. Une hymne spéciale au Christ-Roi retentit dans les airs avec son joyeux refrain, jusqu'à ce qu'enfin le sous-diacre ayant frappé la porte avec le bâton de la croix, cette porte s'ouvre, et la foule, précédée du clergé, rentre dans l'église en célébrant celui qui seul est la Résurrection et la Vie.


Cette scène mystérieuse a pour but de retracer l'entrée du Sauveur dans une autre Jérusalem, dont celle de la terre n'était que la figure. Cette Jérusalem est la patrie céleste dont Jésus nous a procuré l'entrée. Le péché du premier homme en avait fermé les portes ; mais Jésus, le Roi de gloire, les a rouvertes par la vertu de sa Croix, a laquelle elles n'ont pu résister. Continuons donc de suivre les pas du fils de David ; car il est aussi le Fils de Dieu, et il nous convie à venir prendre part à son royaume. C'est ainsi que la sainte Eglise, dans la Procession des Palmes, qui n'est d'abord que la commémoration de l'événement accompli en ce jour, élève notre pensée jusqu'au glorieux mystère de l'Ascension, par lequel se termine au ciel la mission du Fils de Dieu sur la terre. Mais, hélas ! les jours qui séparent l'un de l'autre ces deux triomphes du Rédempteur ne sont pas tous des jours d'allégresse, et la Procession ne sera
pas plutôt terminée, que la sainte Eglise, qui a soulevé un moment le poids de ses tristesses, n'aura plus à faire entendre que des gémissements.

La troisième partie de la fonction de ce jour est l'offrande du saint Sacrifice. Tous les chants qui l'accompagnent sont empreints de désolation ; et pour mettre le comble au deuil qui signale désormais le reste de cette journée, le récit de la Passion du Rédempteur va être lu par avance dans l'assemblée des fidèles. Durant le chant de la Passion, tous les assistants doivent tenir leur rameau à la main, afin de protester par cet emblème de triomphe contre les humiliations dont le Rédempteur est l'objet de la part de ses ennemis. C'est au moment où, dans son amour pour nous, il se laisse fouler sous les pieds des pécheurs, que nous devons le proclamer plus haut notre Dieu et notre souverain Roi.
 


Scènes de la vie du Christ par Giotto : L'Entrée à Jérusalem

Ce Dimanche, outre son nom liturgique et populaire de Dimanche des Rameaux, ou des Palmes, est appelé aussi Dimanche d’Hosannah, à cause du cri de triomphe dont les Juifs saluèrent l'arrivée de
Jésus. Nos pères l'ont nommé longtemps Dimanche de Pâque fleurie, parce que la Pâque, qui n'est plus qu'à huit jours d'intervalle, est aujourd'hui comme en floraison, et que les fidèles peuvent remplir dès maintenant le devoir de la communion annuelle. C'est en souvenir de cette appellation, que les Espagnols ayant découvert, le Dimanche des Rameaux de l'an 1513, la vaste contrée qui avoisine le Mexique, lui donnèrent le nom de Floride. On trouve ce Dimanche appelé aussi Capitilavium, c'est-à-dire lave-tête, parce que, dans les siècles de la moyenne antiquité, où l'on renvoyait au Samedi-Saint le baptême des enfants nés dans les mois précédents, et qui pouvaient attendre cette époque sans danger, les parents lavaient aujourd'hui la tête de ces enfants, afin que le samedi suivant on pût avec décence y faire l'onction du Saint-Chrême. A une époque plus reculée, ce Dimanche, dans certaines Eglises, était nommé la Pâque des Compétents. On appelait Compétents les catéchumènes admis au baptême. Ils se rassemblaient en ce jour à l'église, et on leur faisait une explication particulière du Symbole qu'ils avaient reçu au scrutin précédent. Dans l'Eglise gothique d'Espagne, on ne le donnait même qu'aujourd'hui. Enfin, chez les Grecs, ce Dimanche est désigné sous le nom de Baïphore, c'est-à-dire Porte-Palmes.

DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique



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