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"Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres.

 

Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.

 

Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres."

 

Evangile de Jésus-Christ selon  saint Jean 

   

 

Pentecôte

" Le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit."

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean  

 

   

 

 El Papa es argentino. Jorge Bergoglio                 

Saint Père François

 

 

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1er mai 2011 Béatification de Jean-Paul II

Béatification du Serviteur de Dieu Jean-Paul II

 

 

  Béatification du Père Popieluszko

beatification Mass, in Warsaw, Poland

à Varsovie, 6 juin 2010, Dimanche du Corps et du Sang du Christ

 

 

presidential palace in Warsaw

Varsovie 2010

 

 

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
Sanctuaire de l'Adoration Eucharistique et de la Miséricorde Divine

La miséricorde de Dieu est comme un torrent débordé. Elle entraîne les cœurs sur son passage.
(Saint Curé d'Ars)
 

 


Le côté du Christ a été transpercé et tout le mystère de Dieu sort de là. C’est tout le mystère de Dieu qui aime, qui se livre jusqu’au bout, qui se donne jusqu’au bout. C’est le don le plus absolu qui soit. Le don du mystère trinitaire est le cœur ouvert. Ce n’est pas une image, c’est une réalité. C’est la réalité la plus profonde qui soit, la réalité de l’amour.
Père Marie-Joseph Le Guillou




Dans le cœur transpercé
de Jésus sont unis
le Royaume du Ciel
et la terre d'ici-bas
la source de la vie
pour nous se trouve là.

Ce cœur est cœur divin
Cœur de la Trinité
centre de convergence
de tous les cœur humains
il nous donne la vie
de la Divinité.


Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix
(Edith Stein)



Le Sacré-Cœur représente toutes les puissances d'aimer, divines et humaines, qui sont en Notre-Seigneur.
Père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus

 



feuille d'annonces de la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre

 

 

 

 

 

 

 

     

The Cambrai Madonna

Notre Dame de Grâce

Cathédrale de Cambrai

 

 

 

Cathédrale Notre Dame de Paris 

   

Ordinations du samedi 27 juin 2009 à Notre Dame de Paris


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Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie à Notre-Dame de Paris


NOTRE DAME DES VICTOIRES

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... ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’Amour !

 

 

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SAINT PIERRE ET SAINT ANDRÉ

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BENOÎT XVI à CHYPRE 

 

Benedict XVI and Cypriot Archbishop Chrysostomos, Church of 

Salutation avec l'Archevêque Chrysostomos à l'église d' Agia Kyriaki Chrysopolitissa de Paphos, le vendredi 4 juin 2010

 

     

 

Benoît XVI en Terre Sainte  


 

Visite au chef de l'Etat, M. Shimon Peres
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Visite au mémorial de la Shoah, Yad Vashem




 






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Vicariat hébréhophone en Israël

 


 

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SALVE REGINA

26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 11:30

C'est ainsi que fut prise Jérusalem, la deuxième année du principat de Vespasien, le huit du mois de Gorpiée (26 septembre 70).

 

Prise cinq fois auparavant, elle était pour la seconde fois dévastée. Car le roi d'Egypte Azochée, après lui Antiochos, ensuite Pompée, enfin Sossius avec Hérode s'emparèrent de la ville et la laissèrent intacte. Le roi de Babylone qui les précéda, dès qu'il fut maître de Jérusalem, la dévasta, quatorze cent-soixante-huit ans et six mois après sa fondation.

 

Son premier fondateur fut un chef de Chananéens qui, dans notre langue maternelle, porte le nom de 'roi juste' (Malchi-zédek, roi de Salem : Genèse, XIV, 18) ; tel il fut en effet. Aussi fut-il le premier qui sacrifia à Dieu, en qualité de prêtre, le premier aussi qui construisit le sanctuaire et appela Jérusalem la cité nommée jusque-là Solyme.

 

David, roi des Juifs, en chassa le peuple des Chananéens pour y établir le sien ; quatre cent-soixante-dix-sept ans et six mois après lui, les Babyloniens détruisirent la ville. Depuis le roi David qui, le premier des Juifs, régna sur elle, jusqu'à sa destruction par Titus, Il s'écoula onze cent-soixante-dix-neuf ans ; depuis sa fondation jusqu'à sa dernière catastrophe, deux mille cent-soixante-dix-sept ans.

 

On voit que ni son antiquité, ni sa grande richesse, ni la diffusion de son peuple dans le monde entier, ni la réputation partout acceptée de son culte ne la préservèrent de la ruine.

 

Telle fut donc l'issue du siège de Jérusalem.

 

Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs contre les Romains, Livre VI, X Œuvres complètes de Flavius Josèphe, bnf.fr

 

Arch of Titus, Menorah

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 11:30

Titus, entrant dans la ville, en admira surtout les fortifications et les tours que les tyrans, dans leur folie, avaient abandonnées. Il contempla l'altitude où s'élevait leur masse compacte, la grandeur de chaque bloc, la régularité de l'appareillage, leur largeur et leur hauteur. "C'est bien avec Dieu, dit-il, que nous avons combattu ; c'est Dieu qui chassa les Juifs de ces forteresses, car que peuvent contre ces tours les mains des hommes ou les machines ?" C'est dans cet esprit qu'il s'entretint longtemps avec ses amis ; il rendit à la liberté les prisonniers des tyrans, qui furent trouvés dans les forts. Il fit plus tard raser le reste de la ville et saper les remparts, mais conserva ces tours pour être un monument de sa fortune ; c'est elle qui, s'associant à ses armes, le rendit maître de ce qui était imprenable.

 

Quand les soldats furent las de massacrer, une multitude encore considérable de survivants reparurent. César donna l'ordre de tuer seulement ceux qui portaient des armes et qui résistaient le reste devait être pris vivant. Mais les soldats, dépassant leurs instructions, continuèrent à tuer les vieillards et les faibles : ceux qui étaient vigoureux et en état de servir furent poussés dans le Temple et enfermés dans l'enceinte réservée aux femmes. César préposa à leur surveillance un de ses affranchis ; il chargea aussi un de ses amis, Fronton, de décider du sort que méritait chacun des captifs. Fronton fit tuer tous les factieux et les brigands, qui s'accusaient les uns les autres ; il choisit et réserva pour le triomphe ceux des jeunes gens qui avaient la plus haute taille et qui étaient bien faits dans le reste de cette foule, ceux qui avaient plus de dix-sept ans furent chargés de chaînes et envoyés en Égypte aux travaux publics ; Titus en distribua un grand nombre dans les provinces pour y succomber, dans les amphithéâtres, au fer ou aux bêtes féroces. Ceux qui avaient moins de dix-sept ans furent vendus. Dans le temps où Fronton prononçait ainsi sur leur sort, onze mille d'entre eux moururent de faim, les uns à cause de la haine qu'ils inspiraient à leurs gardiens, dont ils n'obtenaient pas de nourriture, les autres parce qu'ils n'acceptaient pas celle qu'on leur donnait ; d'ailleurs, on manquait même de blé pour un si grand nombre de captifs.

 

Le nombre total des prisonniers faits pendant toute la guerre s'éleva à quatre-vingt-dix-sept mille ; celui des morts, pendant tout le siège, à onze cent mille. La plupart étaient des Juifs, mais non tous de la ville même ; beaucoup étaient venus de tout le pays à la fête des Azymes quand la guerre les enveloppa soudain ; ainsi, l'espace étroit où ils étaient confinés produisit d'abord une maladie pestilentielle et aggrava, peu de temps après, la famine. La preuve certaine que la ville contenait une population si considérable, nous la trouvons dans le recensement de Cestius, qui voulait montrer à Néron, plein de mépris pour cette nation, la prospérité de sa capitale. Il pria les grands-prêtres de deviser quelque moyen pour recenser la population. Or, la fête, appelée Pâque, approchait ; on y sacrifie de la neuvième heure à la onzième et, pour chaque sacrifice, il y a une confrérie d'au moins dix hommes, car il n'est pas permis de prendre ce repas seul, et souvent on s'assemble au nombre de vingt. Les prêtres comptèrent donc deux cent-cinquante-cinq mille six cents victimes. Si l'on suppose dix personnes pour se partager chacune, on obtient le chiffre de deux millions sept cent mille hommes tous purs et saints ; car ni les lépreux, ni ceux qui souffrent de gonorrhée, ni les femmes, pendant la menstruation, ni les autres personnes souillées d'une manière ou d'une autre, ne peuvent participer au sacrifice, non plus que les hommes de race étrangère venus à Jérusalem par dévotion.

 

Or, la multitude de ces gens venus du dehors est considérable. A ce moment, c'est dans une sorte de prison que la Destinée enferma tout le peuple ; la guerre enveloppa une ville qui regorgeait d'hommes. Le nombre des morts excéda donc cette fois toutes les calamités d'origine humaine ou divine. Quand les Romains eurent tué ou fait prisonniers tous ceux des ennemis qui se montrèrent, ils recherchèrent encore ceux qui étaient réfugiés dans les souterrains et, fouillant le sol, tuèrent tous les Juifs qu'ils purent rencontrer ; on trouva là plus de deux mille hommes qui s'étaient tués de leurs propres mains, ou entretués, ou qui, en plus grand nombre, avaient succombé à la faim. Une affreuse odeur de cadavre frappa ceux qui entraient ; beaucoup se retirèrent aussitôt ; beaucoup pénétrèrent à l'intérieur, poussés par la cupidité, foulant aux pieds les corps amoncelés. On trouva de nombreux objets de prix dans les tranchées ; l'amour du gain légitimait tous les moyens de le satisfaire. On ramena à la lumière beaucoup de prisonniers que les tyrans en avaient privés ; car même dans l'extrême péril, ils n'avaient pas renoncé à leur cruauté. Les deux chefs reçurent de Dieu le châtiment qu'ils méritaient : Jean, qui mourait de faim avec ses frères dans les souterrains, implora des Romains la paix qu'il avait souvent refusée avec hauteur ; et Simon, après avoir longtemps lutté contre la nécessité, comme nous le montrerons dans la suite, se livra lui-même. Il fut réservé pour le triomphe, à la fin duquel il devait être immolé ; Jean fut condamné à la prison perpétuelle.

 

Les Romains brûlèrent les quartiers extérieurs de la ville et abattirent les murailles.

 

Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs contre les Romains, Livre VI, IX Œuvres complètes de Flavius Josèphe, bnf.fr

 

Arch of Titus, Menorah

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 11:30

Cependant César, voyant l'impossibilité de détruire, sans le secours des terrasses, la ville haute, qui était très escarpée, distribua la tâche à son armée le 20 du mois de Loos (8 septembre 70). Le transport du bois était difficile, comme je l'ai dit, parce que tout le pays, à cent stades autour de la ville, avait été dénudé pour la construction des précédentes terrasses. Les nouveaux ouvrages des quatre légions s'élevaient à l'ouest de la ville, en face du Palais royal ; les auxiliaires et le reste des troupes travaillaient aux retranchements du côté du Xyste, du pont et de la tour de Simon, que celui-ci avait construite pour lui servir de citadelle, dans sa lutte contre Jean.

 

En ces jours-là, les chefs des Iduméens s'assemblèrent en secret et délibérèrent s'ils devaient se livrer ; ils envoyèrent cinq messagers à Titus, pour le supplier de leur engager sa foi. Comme il espérait qu'après la défection des Iduméens, dont l'action avait été considérable dans la guerre, les tyrans, eux aussi, se livreraient, il leur accorda, non sans difficulté, la vie sauve et leur renvoya les messagers. Cependant Simon apprit que les Iduméens se préparaient à passer à l'ennemi ; il mit aussitôt à mort les cinq qui étaient allés trouver Titus, arrêta et emprisonna les chefs, dont le plus illustre était Jacob, fils de Sosas. Il ne laissa pas sans surveillance la foule des Iduméens, réduite à l'impuissance après la perte de ses chefs, et envoya sur les remparts des gardes plus vigilants. Mais ces gardes ne purent pas s'opposer aux défections ; si le nombre des tués fut considérable, celui des fugitifs le fut beaucoup plus. Les Romains les accueillirent tous, Titus, par clémence et au mépris de ses ordres antérieurs, les soldats eux-mêmes par lassitude du meurtre et espérance de profit. Ils ne gardaient que les citoyens, mais vendaient le reste avec les femmes et les enfants, chacun, d'ailleurs, à très bas prix, vu la masse des individus à vendre et la rareté des acheteurs. Bien qu'il eût défendu aux transfuges, par la voix du héraut, de se présenter seuls, afin de leur faire amener aussi leurs familles, Titus les accueillit cependant sans cette condition : mais il nomma des commissaires pour distinguer parmi eux ceux qui étaient dignes de châtiment. Le nombre de ceux qu'on vendit fut immense, quant aux citoyens plus de quarante mille s'échappèrent ; César leur permit de s'établir où ils voudraient.

 

Pendant ces mêmes journées, un des prêtres, nommé Jésus, fils de Thebouthi, ayant reçu sous serment de César l'assurance de la vie sauve, à condition de livrer quelques objets des trésors sacrés, sortit et fit passer au-dessus du mur du Temple deux candélabres semblables à ceux du sanctuaire, des tables, des cratères, des coupes, tous objets d'or solide et très massifs ; il livra aussi les voiles, les vêtements des grands-prêtres garnis de pierres précieuses et beaucoup d'autres objets destinés au culte. Phinéas, le garde du trésor du Temple, fut pris aussi ; il étala les tuniques et les ceintures des grands-prêtres, une grande quantité de pourpre et d'écarlate tenue en réserve pour réparer le voile du Temple, et en outre beaucoup de cinnamome, de cannelle et d'autres aromates qu'on mélangeait et brûlait tous les jours en l’honneur de Dieu. Il donna encore aux Romains beaucoup d'autres objets précieux et des ornements sacrés en grand nombre. Cela lui fut accorder, bien qu'il eût été pris de force, le pardon réservé aux transfuges.

 

Les terrasses furent achevées en dix-huit jours. Le 7 du mois de Gorpiée (25 septembre 70), les Romains amenèrent leurs machines. Alors, parmi les factieux, les uns, désespérant désormais du salut de la ville, évacuèrent le rempart pour se retirer dans Acra ; les autres se cachèrent dans les souterrains ; beaucoup, prenant leur place de combat contre le mur, cherchaient à repousser ceux qui amenaient les hélépoles. Les Romains avaient sur eux l'avantage de la force et du nombre ; surtout, ils luttaient avec allégresse contre des adversaires découragés et affaiblis. Quand une partie de la muraille fut détruite et que plusieurs tours, battues par les hélépoles, eurent été entamées par les béliers, les défenseurs s'enfuirent aussitôt et les tyrans eux-mêmes furent envahis par une crainte que justifiait la gravité de la situation. En effet, avant l'escalade de la brèche, ils étaient plongés dans la torpeur et ne se décidaient qu’à fuir ; on pouvait les voir abattus et tremblants, eux qui naguère étaient si féroces et fiers de leurs sacrilèges ; ce changement, même chez de pareils scélérats, excitait la pitié. Ils songèrent bien à s'élancer à la course vers le mur de circonvallation des Romains, à en chasser les postes, à se frayer un chemin et sortir ; mais ils n'apercevaient nulle part ceux qui, auparavant, leur étaient fidèles et qui venaient de prendre la fuite dans diverses directions. Des gens arrivaient, en courant, annoncer soit que tout le mur de l'ouest avait cédé, soit que les Romains l'avaient déjà franchi et les recherchaient ; d'autres, les yeux égarés par la peur, déclaraient qu'ils apercevaient les ennemis au sommet des tours. Alors ils tombèrent la face contre terre, se lamentant sur leur folie et, comme si leurs nerfs avaient été coupés, étaient incapables de fuir. C'est en cela surtout qu'on pouvait reconnaître et le pouvoir de Dieu sur les impies et la fortune des Romains ; car les tyrans avaient eux-mêmes renoncé à leur sécurité, en descendant volontairement des tours, où la violence n'eût jamais pu avoir raison d'eux, où la faim seule les eût réduits. De leur côté, les Romains, qui avaient rencontré tant de difficultés autour des murailles plus faibles, prirent, par un don de la Fortune, celles qui pouvaient défier leurs machines ; car les trois tours dont nous avons parlé plus haut étaient plus fortes que tout engin de siège.

 

Après les avoir quittées, ou plutôt après que Dieu les en eut chassés, ces Juifs s'enfuirent aussitôt dans la vallée que domine la fontaine de Siloé ; puis, s'étant remis un peu de leur frayeur, ils s'élancèrent contre le mur d'enceinte en cet endroit. Mais leur audace n'était pas à la hauteur des circonstances, car leurs forces avaient été éprouvées par la crainte et le malheur ; les postes romains les repoussèrent et, dispersés ça et là, ils s'enfoncèrent dans les souterrains.


Maîtres des murailles, les Romains dressèrent leurs enseignes sur les tours et célébrèrent cette victoire avec de bruyants cris d'allégresse. La fin de cette guerre avait été pour eux bien moins difficile que le début ; ils avaient donc peine à croire qu'ils eussent escaladé le dernier rempart sans effusion de sang, vraiment étonnés de ne voir aucun ennemi devant eux. Ils se répandirent, l'épée en main, dans les ruelles, massacrant en foule ceux qu'ils pouvaient rejoindre, brûlant les maisons avec tous ceux qui s'y étaient réfugiés. Plus d'une fois, en pénétrant dans les demeures pour les piller, ils y trouvaient des familles entières étendues mortes et des chambres remplies de cadavres que la faim avait entassés là. A cette vue, frappés d'horreur, ils sortaient les mains vides. Cependant, s'ils avaient pitié de ceux qui étaient morts ainsi, ils n'avaient pas les mêmes sentiments à l'égard des vivants. Perçant de leurs glaives ceux qu'ils rencontraient, ils obstruaient les ruelles de cadavres, inondaient de sang toute la ville, au point que ces torrents éteignirent plus d'un incendie. Les massacreurs s'arrêtèrent vers le soir ; dans la nuit, le feu redoubla d'intensité et le huitième jour du mois de Gorpiée (26 septembre 70) éclaira Jérusalem toute en flammes.

 

Cette ville avait, pendant le siège, souffert tant de calamités que si, depuis sa fondation, elle avait connu autant de prospérité, elle eût été assurément très enviable ; or, elle n'avait mérité de si grandes infortunes que pour avoir produit la génération d'hommes qui fut l'instrument de sa ruine.

 

Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs contre les Romains, Livre VI, VIII Œuvres complètes de Flavius Josèphe, bnf.fr

 

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 11:30

Les factieux se précipitèrent vers le palais royal où beaucoup, confiants dans sa force défensive, avaient déposé leurs biens ; ils en chassent les Romains, massacrent tout le peuple qui s'y était réfugié, au nombre de huit mille quatre cents hommes, et pillent l'argent de leurs victimes. Ayant aussi fait prisonniers deux Romains, un cavalier et un fantassin, ils égorgèrent sur-le-champ le fantassin et traînèrent le cadavre autour de la ville, comme si, par ce seul corps immolé, ils tiraient vengeance de tous les Romains. Le cavalier, qui prétendait pouvoir leur communiquer un avis utile à leur salut, fut amené devant Simon ; mais comme il ne pouvait rien lui dire, il fut livré à Ardalas, un des chefs, pour être mis à mort. Ardalas lui lia les mains derrière le dos, lui banda les yeux et le conduisit en vue des Romains pour lui couper la tête. Mais le prisonnier devança l'exécuteur et s'enfuit du côté des Romains, au moment où le Juif tirait son épée. Titus ne put se résoudre à faire tuer un homme qui s'était échappé du milieu des ennemis ; mais le jugeant indigne d'être soldat romain, puisqu'il avait été pris vivant, il lui enleva ses armes et l'expulsa de la légion, châtiment pire que la mort pour un homme d'honneur.

 

Le lendemain, les Romains chassèrent les brigands de la ville basse et brûlèrent tout jusqu'à la fontaine de Siloé ; ils se réjouissaient de voir consumer la ville, mais étaient trompés dans leur espoir de butin, car les factieux se retiraient vers la ville haute devant eux, en faisant le vide partout. Ces gens n'avaient aucun remords de leurs crimes et s'en vantaient comme de belles actions ; ils regardaient donc brûler la ville d'un air joyeux, se déclarant heureux de trouver la mort, puisqu'après le massacre du peuple, l'incendie du Temple, l'embrasement de la ville, ils ne laissaient rien aux ennemis. Josèphe, cependant, ne se lassait pas, à cette heure suprême, d'appeler leur pitié sur les débris de la ville ; il leur reprochait leur cruauté, leur impiété, il multipliait les conseils relatifs à leur salut, mais sans obtenir d'autre effet que des railleries. Ceux-ci rejetaient, à cause de leur serment, toute idée de se rendre. Ils étaient d'ailleurs incapables de lutter, à avantages égaux, contre les Romains, qui les enveloppaient comme d'une enceinte, alors que leur habitude des massacres animait encore leurs bras. Ils se dispersèrent donc en avant de la ville et là, cachés dans les ruines, ils se tenaient en embuscade pour fondre sur ceux qui voulaient passer à l'ennemi. Ils en prirent beaucoup qu'ils égorgèrent tous, car ces malheureux, usés par les privations, n'avaient plus la force de s'enfuir, et jetèrent leurs cadavres aux chiens. Au reste, tout genre de mort paraissait plus supportable que la faim ; même quand on désespérait de la pitié des Romains, on n'en fuyait pas moins vers eux ; on tombait sans regret sur les factieux, sur les meurtriers. Il n'y avait pas dans la ville un seul lieu qui apparût à découvert ; partout des cadavres, victimes de la faim ou de la sédition.

 

Les tyrans et les brigands qui les accompagnaient étaient soutenus d'un suprême espoir : ils songeaient à se réfugier dans les souterrains où ils pensaient ne pas être recherchés et d'où ils étaient décidés à sortir et à prendre la fuite, après l'occupation complète de la ville par les Romains et leur départ. Ce n'était là qu'un rêve, car ils ne devaient échapper ni à Dieu ni aux Romains. Mais pour l'instant, pleins de confiance dans les souterrains, ils allumèrent plus d'incendies que les Romains, tuèrent en foule ceux qui s'enfuyaient des lieux embrasés dans ces tranchées, dépouillèrent les morts, ravirent la nourriture qu'ils trouvaient sur quelques victimes et qu'ils avalaient, souillée de sang.

 

Déjà ils luttaient entre eux pour le butin, et je crois que, dans l'excès de leur cruauté, s'ils n'eussent été prévenus par la prise de la ville, ils seraient allés jusqu'à goûter à la chair des morts.

 

Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs contre les Romains, Livre VI, VII Œuvres complètes de Flavius Josèphe, bnf.fr

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 11:30

Quand les factieux se furent enfuis dans la ville, tandis que l'incendie consumait le Temple même avec toutes les constructions voisines, les Romains apportèrent leurs enseignes dans l'enceinte sacrée et les dressèrent en face de la porte de l'Orient ; sur la place même ils offrirent des sacrifices en leur honneur et, parmi d'immenses acclamations saluèrent Titus du nom d'imperator. Tous les soldats avaient fait un si grand butin que la livre d'or se vendait en Syrie la moitié de son ancienne valeur.

 

Cependant les prêtres continuaient à rester sur le mur du Temple : un jeune garçon, tourmenté par la soif, supplia les soldats des postes Romains d'échanger leur parole avec lui, alléguant son besoin de boire. Ceux-ci, par pitié de son âge et de la nécessité où il était réduit, conclurent l'accord. L'enfant descend, boit et, après avoir rempli d'eau un vase qu'il avait apporté, remonte en courant vers les siens. Nul des gardes ne put le saisir, et ils maudirent son manque de foi. Mais lui déclara qu'il n'avait transgressé aucune convention  il avait reçu leur parole non pour rester auprès d'eux, mais seulement pour descendre et prendre de l'eau ; il avait accompli ces deux actes et croyait avoir été fidèle à ses engagements. Ce stratagème excita, surtout à cause de l'âge de l'enfant, l'admiration de ceux qu'il avait dupés. Mais le cinquième jour, les prêtres, mourant de faim, descendent du mur, conduits à Titus par les gardes, et le conjurent de leur accorder la vie. Il répondit que le temps du pardon était passé, que le seul objet qui aurait pu justement le déterminer à les sauver, avait péri : il convenait aux prêtres, ajouta-t-il, de disparaître avec le Temple. Il ordonna donc de les mettre à mort.

 

Les tyrans et leur suite, se voyant de toutes parts vaincus et ne trouvant aucun moyen de fuir à cause du mur qui les entourait, proposèrent à Titus de négocier. Celui-ci, à qui la douceur même de son naturel inspirait le désir de sauver la ville, pressé d'ailleurs par ses amis, persuadés que les brigands commençaient à entendre raison, vint se placer vers le côté ouest du Temple extérieur : sur ce point, au-dessus du Xyste, se trouvaient les portes et le pont joignant au Temple la ville haute ; ce dernier séparait les tyrans et César. De part et d'autre, la foule se tenait en rangs serrés ; les Juifs qui entouraient Simon et Jean étaient excités par l'espérance du pardon, les Romains par la curiosité de savoir comment Titus les accueillerait. Titus, après avoir ordonné aux soldats de rester immobiles et maîtres de leur ressentiment comme de leurs traits, fit venir près de lui un interprète, et, comme cela convenait au vainqueur, prit le premier la parole :

 

« Etes-vous enfin rassasiés des malheurs de votre patrie, vous qui, sans tenir compte ni de notre puissance ni de votre faiblesse, avez, par une fureur inconsidérée et un coup de folie, perdu le peuple, la ville et le Temple, et vous perdrez justement vous-mêmes ? D'abord, depuis le temps où Pompée vous a réduits par la force, vous n'avez pas cessé de vous révolter et avez enfin déclaré aux Romains une guerre ouverte. Est-ce le nombre qui vous donnait confiance ? Mais il a suffi d'une petite partie de l'armée romaine pour vous résister. Est-ce donc la foi que vous aviez dans vos alliés ? Mais quelle nation étrangère à notre Empire préférait les Juifs aux Romains ? C'est peut-être la vigueur du corps ? Vous savez pourtant que les Germains nous sont asservis. Est-ce la solidité de vos remparts ? Mais quel rempart est plus puissant que l'Océan ? Or, il entoure les Bretons, qui s'inclinent devant les armes romaines. Est-ce la force de l'âme, l'habileté de vos généraux ? Mais vous saviez que les Carthaginois mêmes furent assujettis.  Donc, ce qui vous excitait contre les Romains, c'était l'humanité des Romains. Tout d'abord nous vous avons permis d'habiter librement ce pays, nous y avons établi des rois de votre nation ; puis, nous avons maintenu les lois de vos pères et nous vous avons permis de vivre comme vous le vouliez, non seulement entre vous, mais avec les autres ; par un privilège considérable entre tous, nous vous avons autorisés à lever des contributions et à recueillir des offrandes pour le service de Dieu ; nous n'avons ni blâmé ni empêché ceux qui vous apportaient ces présents ; c’était apparemment pour que vous pussiez vous enrichir et préparer vos entreprises contre nous, avec notre argent ! Jouissant de tant de biens, vous avez tourné votre abondance contre ceux qui vous l'avaient procurée, et, pareils aux serpents malfaisants, vous avez lancé votre venin contre ceux qui vous caressaient.


« Eh bien, soit ! vous avez méprisé la mollesse de Néron ; comme c'est le cas dans les fractures et les spasmes, qui épargnent quelque temps le malade, mais le menacent toujours, vous avez montré dans cette crise plus grave les dispositions mauvaises que vous cachiez jusque-là, et tendu vers des espérances impudentes des désirs immodérés. Mon père vint dans ce pays, non pour vous punir de votre attentat contre Cestius, mais pour vous donner un avertissement. S'il était venu pour détruire votre nation, il en aurait visé les racines mêmes et eût tout de suite saccagé votre ville ; mais il commença par dévaster la Galilée et les régions voisines, vous laissant du temps pour vous repentir. Cette clémence parut à vos yeux de la faiblesse, et notre humanité nourrit votre audace. Néron mort, vous avez agi comme les plus scélérats des hommes. Enhardis par nos troubles intérieurs, vous avez mis à profit mon départ et celui de mon père pour l'Égypte, consacrant ce temps aux préparatifs de guerre ; vous n'avez pas rougi d'inquiéter, alors qu'ils étaient devenus les maîtres, ceux qui, généraux pleins de douceur, vous avaient donné des marques de leur clémence. Quand l'Empire se réfugia dans nos mains, tous les peuples qui le composaient demeurèrent en repos, les nations étrangères envoyèrent des ambassades pour s'associer à la joie commune ; mais l'hostilité des Juifs éclata de nouveau. Vos appels adressés à ceux d'au-delà de l'Euphrate, pour concerter la révolte, vos constructions de nouvelles enceintes de murs, vos séditions, les rivalités de vos tyrans, la guerre civile, tels sont les actes qui convenaient seulement à des hommes aussi méchants que vous. Je suis venu vers votre ville, avec des ordres sévères, que mon père m'avait donnés à regret. Je me réjouis en apprenant que le peuple avait des dispositions pacifiques. Je vous exhortai, avant la guerre, à renoncer à vos desseins ; longtemps après que vous l'aviez commencée je vous épargnai ; j'offris ma main aux déserteurs et tins parole à tous ceux qui se réfugiaient auprès de moi ; j'eus pitié de nombreux prisonniers, défendant qu'on les torturât ; à mon cœur défendant, je fis dresser les machines contre vos murailles ; alors que mes soldats étaient avides de votre sang, je les ai toujours retenus, et après chaque victoire, comme si c'eût été une défaite, je vous ai exhortés à la paix. Arrivé près du sanctuaire, j'oubliai encore volontairement les lois de la guerre : je vous ai priés d'épargner les objets de votre culte, de vous conserver le Temple, en vous offrant la permission de sortir et l'assurance du salut, et même, si vous le vouliez, la faculté de combattre ailleurs. Vous avez dédaigné toutes ces propositions et de vos propres mains vous avez incendié le Temple.


« Après cela, misérables scélérats, vous m'invitez à causer avec vous ! Que voulez-vous donc sauver, qui soit comparable à ce qui a péri ? De quel salut vous jugez-vous dignes, après la ruine du Temple ? Mais quoi ! maintenant encore, vous êtes en armes et, même dans cette extrémité, vous ne vous présentez pas dans l'habit de suppliants. Malheureux, en quoi mettez-vous votre confiance ? Votre peuple est mort, votre Temple détruit  la ville n'est-elle pas en mon pouvoir ? N'ai-je pas vos vies entre mes mains ? Croyez-vous donc que la recherche d'une mort malheureuse glorifie le courage ? Mais je ne veux pas imiter votre intransigeance. Si vous jetez vos armes, si vous livrez vos personnes, je vous fais grâce de la vie, comme un maître de maison clément qui punît les esclaves incorrigibles et conserve les autres pour le servir.»

 

A ce discours les factieux répondirent qu'ils ne pouvaient pas prendre la main de Titus, ayant juré de ne jamais le faire, mais qu'ils demandaient de sortir du mur d'enceinte avec leurs femmes et leurs enfants, s'engageant à se retirer au désert et à lui abandonner la ville. Alors Titus, irrité que des gens dans la condition de captifs lui fissent des propositions comme s'ils étaient vainqueurs, ordonna de leur interdire, par la voix du héraut, soit de déserter, soit d'espérer un accommodement, car il n'épargnera personne. Qu'ils luttent de toutes leurs forces et se sauvent s'ils le peuvent, sa propre conduite se réglera désormais sur la loi de la guerre. Puis il autorisa ses troupes à incendier et à piller la ville. Les soldats se tinrent en repos ce jour-là, mais le lendemain ils mirent le feu aux archives, à l'Akra, à la salle du Conseil, au quartier d'Ophlas ; les flammes s'étendirent jusqu'au palais d'Hélène, qui se trouvait au milieu de l'Akra. Ruelles et maisons, pleines de cadavres de ceux qui étaient morts de faim, furent la proie de l'incendie.

 

Ce jour-là, les fils et les frères du roi Izatès, auxquels s'étaient joints un grand nombre de citoyens distingués, supplièrent César d'accepter leur soumission. Le prince, malgré son irritation contre tous les survivants, obéit à ses sentiments naturels et accueillit ces hommes. Il les fit tous mettre sous bonne garde ; plus tard, il fit aussi enchaîner les fils et les parents du roi et les conduisit à Rome pour servir d'otages.

 

Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs contre les Romains, Livre VI, VI Œuvres complètes de Flavius Josèphe, bnf.fr

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 11:30

Tandis que le Temple brûlait, les soldats ravirent tout le butin qu'ils trouvèrent et massacrèrent en foule ceux qui furent surpris, sans pitié pour l'âge, sans respect pour ce qui en était digne : enfants et vieillards, laïques et prêtres, étaient également mis à mort ; la guerre enveloppait tout le monde, les suppliants avec les combattants. Le crépitement des flammes déchaînées se mêlait aux gémissements de ceux qui tombaient ; la hauteur de la colline et la grandeur de l'ouvrage incendié donnaient l'impression que la ville entière brûlait.

 

A cela s'ajoutait un bruit terrible qu'on ne peut imaginer, fait de la clameur victorieuse des légions romaines s'élançant en masse, des hurlements des factieux pris dans un cercle de fer et de feu, de la fuite éperdue du peuple, surpris sur la hauteur, tombant avec stupeur sur les ennemis et poussant des lamentations dans sa détresse. Aux cris des Juifs de la colline se mêlaient ceux de la multitude répandue dans la ville. Beaucoup, déjà épuisés par la faim, devenus silencieux en voyant le Temple en flammes, retrouvèrent des forces pour gémir et pour crier. L'écho de la Pérée et des montagnes des alentours redoublait l'intensité du bruit. Mais les souffrances étaient plus affreuses encore que le tumulte ; il semblait que la colline du Temple, parmi ces flammes qui l'enveloppaient de toutes parts, bouillonnât jusque dans ses fondements, que le sang se répandît plus abondamment que le feu, que le nombre des morts dépassât celui des meurtriers. Nulle part, la terre n'apparaissait sous les cadavres ; les soldats marchaient sur des monceaux de corps pour courir sus aux fuyards.

 

La foule des brigands, repoussant les Romains, se fraya à grand'peine un passage jusqu'à la cour extérieure du Temple et de là dans la ville ; ce qui restait de la population se réfugia dans le portique extérieur. Parmi les prêtres, quelques-uns commencèrent par arracher du Temple les piques avec leurs douilles de plomb et les lancèrent contre les Romains ; mais ensuite, comme ils n'obtenaient aucun résultat et que le feu les menaçait, ils se réfugièrent sur le mur, large de huit coudées, et y restèrent. Deux d'entre eux, fort distingués, qui pouvaient se sauver en passant aux Romains, ou attendre avec patience l'instant de partager le sort de leurs compagnons, se jetèrent dans le feu et furent consumés avec le Temple : ils se nommaient Meiros, fils de Belgas, et Joseph, fils de Dalée. (note : lors de la destruction du Temple, des troupes de jeunes prêtres, porteurs des clefs du sanctuaire, les lancèrent en l'air, puis se précipitèrent dans la fournaise.

 

Les Romains, jugeant inutile d'épargner les constructions voisines du Temple, quand celui-ci flambait, incendièrent tout le reste et particulièrement les ruines des portiques et les portes, à l'exception de deux, l'une au levant, l'autre au midi : plus tard, ils les détruisirent aussi. Ils brûlèrent également les chambres des trésors, où étaient entassés des richesses immenses, d'innombrables vêtements et toutes sortes d'ornements, en un mot toute l'opulence de la nation juive, car les riches y avaient transporté les objets précieux de leurs maisons. Les soldats se rendirent ensuite au portique du Temple extérieur qui restait encore debout : là avait cherché refuge une partie de la population, des femmes, des enfants, une foule confuse de six mille personnes. Avant que César eût pris une décision à leur sujet ou donné des ordres aux officiers, les soldats, emportés par leur fureur, mirent le feu au portique par dessous : ceux des Juifs qui se précipitèrent en bas furent la proie des flammes ; d'autres furent tués sur place ; de ce grand nombre, aucun n'échappa. L'auteur de leur perte fut un faux prophète qui avait crié ce jour-là aux habitants de la ville que Dieu leur ordonnait de monter au Temple pour y recevoir les signes de leur salut. Du reste, il y avait alors des prophètes subornés par les tyrans, qui les envoyaient vers le peuple pour lui mander d'attendre le secours de Dieu : le but était de diminuer les défections et de nourrir l'espoir de ceux qui étaient peu accessibles à la peur. L'homme se laisse aisément persuader dans l'infortune : lorsque l'imposteur promet à un malheureux la fin de ses maux, celui-ci s’abandonne tout entier à l'espoir.

 

Ces trompeurs, ces gens qui se prétendaient envoyés de Dieu abusaient ainsi le misérable peuple, qui n'accordait ni attention ni créance aux clairs présages annonçant la désolation déjà menaçante : comme si la foudre fût tombée sur eux, comme s'ils n'avaient ni des yeux ni une âme, ces gens ne surent pas entendre les avertissements de Dieu. Ce fut d'abord quand apparut au-dessus de la ville un astre semblable à une épée, une comète qui persista pendant une année. Avant la révolte et la prise d'armes, le peuple s'était rassemblé pour la fête des azymes, le 8e jour du mois de Xanthicos (25 avril 70), Quand, à la neuvième heure de la nuit, une lumière éclaira l'autel et le Temple, assez brillante pour faire croire que c'était le jour, et ce phénomène dura une demi-heure. Les ignorants y virent un bon signe, mais les interprètes des choses saintes jugèrent qu'il annonçait les événements survenus bientôt après. Dans la même fête, une vache amenée par quelqu'un pour le sacrifice mit bas un agneau dans la cour du Temple, et l'on vit la porte du Temple intérieur, tournée vers l'Orient, - bien qu'elle fût en airain et si massive que vingt hommes ne la fermaient pas sans effort au crépuscule, qu'elle fût fixée par des verrous munis de chaînes de fer et par des barres qui s'enfonçaient très profondément dans le seuil formé d'une seule pierre -, s'ouvrir d'elle-même à la sixième heure de la nuit. Les gardiens du Temple coururent annoncer cette nouvelle au capitaine, qui monta au Temple et fit fermer la porte à grand'peine. Ce présage aussi parut encore très favorable aux ignorants : ils disaient que Dieu leur avait ouvert la porte du bonheur  mais les gens instruits pensaient que la sécurité du Temple s'abolissait d'elle-même, que la porte s'ouvrait et s'offrait aux ennemis. Ils estimaient entre eux que c'était le signe visible de la ruine. Peu de jours après la fête, le vingt-et-un du mois d'Artemisios (8 juin 70), on vit une apparition surhumaine, dépassant toute créance. Ce que je vais raconter paraîtrait même une fable, si des témoins ne m’en avaient informé : du reste, les malheurs qui survinrent ensuite n'ont que trop répondu à ces présages. On vit donc dans tout le pays, avant le coucher du soleil, des chars et des bataillons armés répandus dans les airs, s'élançant à travers les nuages et entourant les villes. En outre, à la fête dite de la Pentecôte, les prêtres qui, suivant leur coutume, étaient entrés la nuit dans le Temple intérieur pour le service du culte, dirent qu'ils avaient perçu une secousse et du bruit, et entendu ensuite ces mots comme proférés par plusieurs voix : "Nous partons d'ici".


Mais voici de tous ces présages le plus terrible : un certain Jésus d'Ananias, de condition humble et habitant la campagne, se rendit, quatre ans avant la guerre, quand la ville jouissait d'une paix et d'une prospérité très grandes, à la fête où il est d'usage que tous dressent des tentes en l'honneur de Dieu (Soukkoth, la fête des Tabernacles), et se mit soudain à crier dans le Temple : "Voix de l'Orient, voix de l'Occident, voix des quatre vents, voix contre Jérusalem et contre le Temple, voix contre les nouveaux époux et les nouvelles épouses, voix contre tout le peuple !" Et il marchait, criant jour et nuit ces paroles, dans toutes les rues. Quelques citoyens notables, irrités de ces dires de mauvais augure, saisirent l'homme, le maltraitèrent et le rouèrent de coups. Mais lui, sans un mot de défense, sans une prière adressée à ceux qui le frappaient, continuait à jeter les mêmes cris qu'auparavant. Les magistrats, croyant avec raison, que l'agitation de cet homme avait quelque chose de surnaturel, le menèrent devant le gouverneur romain. Là, déchiré à coups de fouet jusqu'aux os, il ne supplia pas, il ne pleura pas mais il répondait à chaque coup, en donnant à sa voix l'inflexion la plus lamentable qu'il pouvait : "Malheur à Jérusalem !" Le gouverneur Albinus lui demanda qui il était, d'où il venait, pourquoi il prononçait ces paroles ; l'homme ne fit absolument aucune réponse, mais il ne cessa pas de réitérer cette lamentation sur la ville, tant qu'enfin Albinus, le jugeant fou, le mit en liberté. Jusqu'au début de la guerre, il n'entretint de rapport avec aucun de ses concitoyens ; on ne le vit jamais parler à aucun d'eux, mais tous les jours, comme une prière apprise, il répétait sa plainte : "Malheur à Jérusalem !" Il ne maudissait pas ceux qui le frappaient quotidiennement, il ne remerciait pas ceux qui lui donnaient quelque nourriture. Sa seule réponse à tous était ce présage funeste. C'était surtout lors des fêtes qu'il criait ainsi. Durant sept ans et cinq mois, il persévéra dans son dire, et sa voix n’éprouvait ni faiblesse ni fatigue ; enfin, pendant le siège, voyant se vérifier son présage, il se tut. Car tandis que, faisant le tour du rempart, il criait d'une voix aiguë : "Malheur encore à la ville, au peuple et au Temple", il ajouta à la fin : "Malheur à moi-même", et aussitôt une pierre lancée par un onagre le frappa à mort. Il rendit l'âme en répétant les mêmes mots.

 

Si l'on considère ces faits, on conclura que Dieu s'intéresse aux hommes et qu'il présage de diverses manières à leur espèce les moyens de salut, alors que ceux-ci vont à leur perte par leur folie et leurs crimes volontaires. C'est ainsi que les Juifs, après la destruction de la forteresse Antonia, réduisirent le Temple à la forme d'un carré, alors qu'ils pouvaient voir écrit dans leurs livres que la ville et le Temple seraient pris dès que l'enceinte sacrée aurait la forme d'un carré. Mais ce qui les avait surtout excités à la guerre, c'était une prophétie ambiguë trouvée pareillement dans les Saintes Écritures, et annonçant qu'en ce temps-là un homme de leur pays deviendrait le maître de l'univers. Les Juifs prirent cette prédiction pour eux, et beaucoup de leurs sages se trompèrent dans leur interprétation ; car l'oracle annonçait en réalité l'empire de Vespasien, proclamé pendant son séjour en Judée.

 

Au reste, il n'est pas possible aux hommes, même quand ils le prévoient, d'échapper à leur destin. Mais les Juifs interprétèrent à leur fantaisie ou méprisèrent les présages, jusqu'au jour où la ruine de leur patrie et leur propre ruine les eurent convaincus de leur folie.

 

Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs contre les Romains, Livre VI, V Œuvres complètes de Flavius Josèphe, bnf.fr

 

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 11:30

Déjà deux légions avaient achevé les terrassements. Le 8 du mois de Loos (27 août 70), Titus fit approcher les béliers du portique ouest du Temple extérieur. Avant leur arrivée, pendant six jours, la plus forte de toutes les hélépoles avait continuellement battu le mur, mais sans résultat : car la grandeur et l'exact appareillage des pierres triomphaient de toutes les machines. D'autres soldats sapaient les fondements de la porte du nord ; après bien des efforts, ils descellèrent les pierres extérieures : celles du dedans résistèrent, et la porte resta debout. Alors, renonçant à faire ces tentatives avec les machines et les leviers, ils appliquèrent des échelles contre les portiques. Les Juifs ne se pressèrent pas de les en empêcher : mais les soldats une fois montés, ils les assaillirent et engagèrent la lutte. Refoulés, quelques Romains tombaient la tête la première ; d'autres furent tués par ceux qui marchaient à leur rencontre. Les Juifs frappaient de leurs épées beaucoup de soldats qui descendaient des échelles, avant qu'ils pussent se couvrir de leur bouclier placés en haut, ils inclinaient et renversaient les échelles remplies de fantassins. Eux-mêmes, d'ailleurs, éprouvèrent des pertes sensibles. Une lutte très vive s'engagea autour des enseignes, car les Romains jugeaient désastreux et honteux de se les laisser ravir. A la fin, les Juifs s'emparèrent des enseignes et tuèrent ceux qui étaient montés ;  les autres, frappés d'effroi devant le malheur de leurs camarades morts, se retirèrent. Il est vrai qu'aucun des Romains ne pérît sans s'être signalé par quelque prouesse ; quant aux factieux, ceux qui s'étaient distingués par leur vaillance dans les précédents combats en firent preuve encore, et parmi eux Eléazar, neveu du tyran Simon. Titus, dès qu'il vit que son désir d'épargner le monument d'un culte étranger aboutissait à des échecs et causait la mort de ses soldats, donna l'ordre de mettre le feu aux portes.

 

A ce moment il reçut dans son camp Ananos d'Emmaüs, le plus sanguinaire des gardes de Simon, et Archélaos, fils de Magaddate ; ils espéraient obtenir leur grâce, puisque les Juifs étaient vainqueurs au moment où ils les avaient quittés. Mais Titus blâma la conduite de ces hommes, qu’il soupçonnait de ruse, et du reste, informé de leurs cruautés à l’égard de leurs propres concitoyens, il eut d'abord l'intention de les mettre tous deux à mort. "C'est, disait-il, la nécessité qui les pousse et non leur inclination qui les amène en ma présence ; ils ne sont pas dignes d'avoir la vie sauve, ces Juifs échappés de leur patrie où leurs crimes ont déjà allumé la flamme". Cependant la parole donnée l'emporta sur le ressentiment : il les relâcha donc, mais sans les traiter avec les mêmes égards que les autres.


Déjà les soldats mettaient le feu aux portes : l’argent, en fondant, livra bientôt passage à la flamme qui attaqua les boiseries, d'où elle s'élança avec violence pour gagner les portiques. Quand les Juifs virent le feu autour d'eux, leurs âmes et leurs corps s'affaissèrent : dans cet abattement, nul ne songea à se défendre ou à éteindre l'incendie ; ils restaient stupides et contemplaient ce spectacle. Découragés par leurs pertes, ils ne songeaient pourtant pas à sauver le reste, mais, comme si déjà le Temple était en feu, ils exaltaient leur fureur contre les Romains. La flamme se répandit ce jour-là et la nuit suivante ; car ce ne fut que par sections, et non d'un seul coup, que les portiques en devinrent la proie.

 

Le lendemain (28 août 70), Titus donna l'ordre à une partie de ses troupes d’éteindre le feu et de rendre praticables les abords des portes, pour faciliter la montée des légions. Lui-même réunit les chefs, qui s'assemblèrent au nombre de six : Tibère Alexandre, commandant de toutes les troupes, Sextus Céréalis, Larcius Lepidus, Titus Frugi, chefs des cinquième, dixième et quinzième légions, et, d'autre part, Haterius Fronton, commandant des deux légions, d’Alexandrie, et Marcus Antonius Julianus, procurateur de Judée. Après eux se groupèrent des procurateurs et des tribuns. Titus tint conseil au sujet du Temple. Les uns étaient d'avis d'appliquer la loi de la guerre : jamais les Juifs ne cesseront de se révolter, tant que le Temple où ils se rassemblent de tous les endroits du monde subsistera. Quelques-uns conseillèrent de l'épargner, si les Juifs l'évacuaient et que personne n'y plaçât des armes, mais de l'incendier, s'ils y montaient pour combattre  car ce ne serait plus alors un temple, mais une citadelle, et d'ailleurs le sacrilège serait imputable non à eux, Romains, mais à ceux qui les y contraignaient. Titus déclara que, même si les Juifs montaient sur le Temple pour combattre, lui-même ne se vengerait pas sur des objets inanimés de fautes commises par des hommes, et qu'il ne brûlerait jamais un si bel ouvrage. Ce serait une perte pour les Romains, comme du reste la conservation de ce monument ajouterait à la gloire de son principat. Alors, Fronton, Alexandre et Céréalis s'enhardirent et se rangèrent à l'opinion de Titus. Celui-ci congédia donc le conseil, donna l'ordre aux chefs de faire reposer les autres troupes, afin de les fortifier pour le combat, et manda à sa garde, composée de l'élite des cohortes, de frayer une route à travers les ruines et d'éteindre le feu.

 

Pendant ce jour-là, la fatigue et l'abattement des Juifs arrêtèrent leurs offensives ; mais le lendemain, ils rassemblèrent leurs forces, reprirent courage et, vers la deuxième heure, sortirent par la porte de l'est et coururent jusqu'aux postes qui gardaient le Temple extérieur. Les soldats des postes reçurent avec fermeté leur attaque, opposèrent de front la ligne de leurs boucliers et, semblables à une muraille, serrèrent leurs rangs. Il était pourtant évident qu'ils ne pouvaient pas résister longtemps à la multitude et à la furie des assaillants. Alors César, qui observait le combat de la tour Antonia, prévint l'instant de la déroute et se porta à leur secours avec l'élite de ses cavaliers. Les Juifs ne purent soutenir le choc et la plupart, voyant tomber ceux du premier rang, tournèrent le dos ; mais chaque fois que les Romains se retiraient, ils faisaient volte-face et les attaquaient de nouveau, pour fuir de nouveau devant leur retour offensif. Enfin, vers la cinquième heure du jour, les Juifs eurent le dessous et s'enfermèrent dans le Temple intérieur.

 

Titus retourna à la tour Antonia ; il avait résolu de donner l'assaut avec toutes ses troupes le lendemain vers l'aurore et de cerner le Temple que Dieu, depuis longtemps, avait condamné au feu. La succession des temps amenait le jour fatal, qui fut le dixième du mois de Loos (29 août 70). A cette même date le Temple avait autrefois été brûlé par le roi de Babylone. Mais l'origine et la cause de l'incendie doivent être attribuées aux Juifs eux-mêmes. Car, dès que Titus se fut retiré, les factieux, après quelques instants de repos, tirent une nouvelle attaque contre les Romains ; les postes qui gardaient le Temple engagèrent le combat avec ceux qui cherchaient à éteindre le feu du sanctuaire intérieur et qui, repoussant les Juifs, les poursuivaient jusqu'au Temple. C'est alors qu'un des soldats, sans attendre d'ordre, sans scrupule devant une telle entreprise, mais poussé par une sorte d'impulsion surhumaine, saisit un tison enflammé, et, soutenu par un de ses camarades, lança le feu à travers une fenêtre dorée, située du côté du nord et donnant accès aux habitations construites autour du Temple. Quand la flamme jaillit, les Juifs poussèrent un cri qui répondait à leur douleur : ils coururent en foule pour l'éteindre, sans souci de leur vie, sans ménager leurs forces, en voyant se consumer le monument qui avait été jusque-là l'objet de toute leur vigilance.

 

Un coureur vint annoncer la nouvelle à Titus, qui se reposait alors sous sa tente des fatigues du combat : il s'élança tel qu'il était et courut vers le Temple pour arrêter l'incendie. Derrière lui vinrent tous ses lieutenants, que suivaient les légions frappées de stupeur : dans une troupe si nombreuse, subitement mise en branle, il y avait de la confusion et des cris. César, de la voix et de la main, ordonnait aux soldats d’éteindre le feu ; mais on n'entendait pas sa voix parmi les clameurs plus fortes encore qui assourdissaient les oreilles ; on ne prenait pas garde non plus aux signes que faisait sa main, car les uns étaient distraits par le combat ; les autres par leur propre fureur. Ni l'exhortation, ni la menace ne retenaient l'élan des légions qui avançaient ; tous se laissaient conduire par leur seule colère. Beaucoup, pressés autour des portes, se foulèrent aux pieds les uns les autres ; beaucoup, qui tombaient parmi les débris encore brûlants et fumants des portiques, éprouvèrent le malheureux sort des vaincus. Quant ces soldats furent arrivés près du Temple, ils feignirent de ne pas même entendre les ordres de César et crièrent à ceux qui les précédaient de jeter les tisons. Cependant les factieux étaient dès lors impuissants à porter secours ; le massacre et la déroute régnaient partout. On égorgeait un très grand nombre de gens faibles et sans armes, partout où on les rencontrait ; autour de l'autel une multitude de cadavres s'amoncelaient ; sur les degrés du Temple le sang coulait à flots, et les corps de ceux que l'on venait de massacrer roulaient d'une marche à l'autre.

 

Comme il n'était pas capable de contenir l'impétuosité des soldats en délire, et que le feu gagnait, César, entouré de ses lieutenants, se rendit à l'intérieur du Temple et contempla le sanctuaire avec son contenu, trésor bien supérieur à ce que la renommée avait publié à l'étranger et non inférieur à sa glorieuse réputation parmi les gens du pays. Comme l'incendie n'avait pas encore pénétré à l'intérieur de la nef et dévorait les habitations élevées autour du Temple, il pensa, non sans raison, que l'édifice pouvait encore être sauvé ; il s'élança donc et essaya de persuader lui-même aux soldats qu'il fallait éteindre le feu. Il ordonne même à Liberalius, centurion de ses porte-lances, de frapper à coups de bâton ceux qui désobéiraient. Mais leur respect pour César et leur crainte de l'officier chargé de les retenir cédèrent à leur rage, à leur haine des Juifs, à un élan guerrier plus violent encore. La plupart étaient aussi stimulés par l'espoir du butin : ils croyaient que tout l'intérieur du Temple regorgeait de richesses, en voyant les dehors de l'édifice revêtus d'or. Un des soldats qui étaient entrés au moment où César s'élançait lui-même pour arrêter les incendiaires mit le feu, dans l'obscurité, aux gonds de la porte. Aussitôt la flamme jaillit à l'intérieur ; les lieutenants de César se retirèrent avec lui, et personne n'empêcha plus les troupes, placées hors du Temple, d'activer l'incendie. C'est ainsi que le Temple fut brûlé malgré César.

 

On déplorera profondément la perte de cet édifice, le plus admirable de tous ceux qu'on ait vus ou entendu vanter, tant pour sa construction, sa grandeur, la perfection de ses détails, que pour la célébrité de son sanctuaire ; mais on tirera une très haute consolation en songeant au Destin, dont la puissance s'étend également sur les oeuvres d'art, les lieux consacrés et les êtres vivants. On admirera, dans cette fatalité, le rapport exact des temps révolus ; elle a observé, comme je l'ai dit, le même mois et le même jour où le Temple avait été, auparavant, incendié par les Babyloniens.

 

Depuis sa première construction, que le roi Salomon avait commencée, jusqu'à la date récente de sa destruction, qui arriva la deuxième année du principat de Vespasien, s'étend une durée de mille cent trente ans, sept mois et quinze jours ; depuis sa reconstruction, entreprise par Aggée, la seconde année du règne de Cyrus, jusqu'à sa ruine par Vespasien, il s'écoula six cent trente neuf ans et quarante-cinq jours.

 

Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs contre les Romains, Livre VI, IV Œuvres complètes de Flavius Josèphe, bnf.fr

 

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