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Les voitures publiques dans la ville de Paris - On établit les correspondances

En 1855, l’entreprise avait dans Paris 347 voitures, qui ont transporté 36 000 000 de voyageurs ; en 1866, elle en a 664, qui ont transporté 107 212 074 personnes. Si à cette circulation exclusivement parisienne on ajoute celle de la banlieue (3 430 252) et celle des omnibus sur rails (1 401 474), on arrive au total énorme de 111 743 800 voyageurs pour une seule année. Ce chiffre prouve l’importance réellement générale d’un pareil service. S’il venait à manquer tout à coup, ce serait un désastre, et le Parisien ne saurait plus que devenir.

 

En effet, quel chemin resterait chaque jour à parcourir, si l’on n’avait plus ces larges voitures hospitalières qui font un trajet annuel de 21 971 928 kilomètres ? Quant au bénéfice que la Compagnie retire d’un tel transport, il semble assez minime : 1 centime par voyageur en 1866.

 

Depuis l’installation de 1828, les omnibus ont reçu des améliorations notables et dont il faut parler : les voitures sont plus commodes, les chevaux sont meilleurs, les conducteurs sont plus complaisants ; les besoins du public ont été mieux servis, grâce à deux mesures dues à l’initiative de M. Moreau-Chaslon qui, dès 1850, a pris la direction de l’entreprise et l’a toujours conduite avec un esprit pratique très remarquable.

 

Dans le principe, les lignes étaient fort courtes et par conséquent fort chères. Ainsi, celle des boulevards était divisée en deux : de la Madeleine à la porte Saint-Martin ; de la porte Saint-Martin à la Bastille. Aujourd’hui, ces deux points extrêmes sont réunis par un seul et même trajet ; mais cela ne parut pas suffisant, et on établit les correspondances, c’est-à-dire que pour le prix de la place une fois payé on a le droit de prendre deux voitures, de faire deux courses et de passer d’une ligne sur une autre. C’est ainsi que pour se rendre de Bercy à la porte Maillot il n’en coûte que 30 centimes ; il est difficile de franchir de telles distances à meilleur marché. Sur le nombre de voyageurs transportés par les omnibus de Paris pendant l’année 1866, 17 331 217 ont profité du bénéfice des correspondances.

 

Cette amélioration date de 1854 ; il en est une autre plus récente (1853) qui a permis d’augmenter singulièrement les facilités de transport. Douze places à 15 centimes ont été établies sur l’impériale des voitures et offrent ainsi aux ouvriers, aux fumeurs, au jeunes gens un moyen de voyager avec une dépense insignifiante. Le public a répondu avec empressement aux avances de l’administration, et tout le monde y a trouvé son compte, car en 1861 la banquette d’impériale des omnibus de Paris a reçu 42 590 517 personnes. Cette modification a nécessité un changement dans la construction des voitures ; on les a raccourcies de façon qu’elles ne puissent plus contenir que 14 personnes à l’intérieur. Un omnibus complet porte donc aujourd’hui 26 voyageurs, plus le conducteur et le cocher. Or 28 personnes représentent en moyenne 1 960 kilogrammes, la voiture en pèse 1 700 ; c’est donc un poids de 7 320 livres que les chevaux ont à déplacer, à faire mouvoir en trottant, à faire circuler à travers les mille obstacles qui encombrent la route.

 

Aussi l’on comprend que l’administration des omnibus veille avec un soin tout particulier sur ses chevaux, qui sont généralement d’une vigueur et d’une beauté exceptionnelles.

 

 

Maxime Du Camp, Les voitures publiques dans la ville de Paris, Revue des Deux Mondes, 1867

 

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Omnibus hippomobile ligne Madeleine-Bastille, Boulevard Bonne-Nouvelle, photographie des frères Séeberger

Omnibus hippomobile ligne Madeleine-Bastille, Boulevard Bonne-Nouvelle, photographie des frères Séeberger

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