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L’Éclairage à Paris - Les usines à gaz

Plusieurs compagnies s’étaient organisées, une première fusion les rapprocha en 1855 ; mais après le décret d’annexion de la banlieue à Paris on se trouva en présence de diverses exploitations industrielles qui alimentaient les communes suburbaines. L’unité de service et de fabrication, si utile en pareil cas, n’existait plus.

 

Pour remédier à cet inconvénient, on réunit toutes les sociétés en une seule sous le titre de Compagnie parisienne d’éclairage et de chauffage par le gaz. C’est celle qui fonctionne aujourd’hui. Elle éclaire Paris et pousse même ses conduites à plusieurs kilomètres au-delà des murs d’enceinte. Son siège administratif est rue Condorcet, sur l’emplacement qu’occupait jadis l’usine à gaz établie par Pauwels ; c’est une vaste maison qui ressemble à un petit ministère et qui n’a rien de curieux. Pour fabriquer le gaz nécessaire à la consommation de Paris, il ne faut pas moins de dix grandes usines, qui sont situées aux Ternes, à Saint-Denis, à Maisons-Alfort, à Passy, à Boulogne, à Ivry, à Saint-Mandé, à Vaugirard, à Belleville et à La Villette. C’est celle-ci que nous visiterons, car elle est plus vaste, plus active, plus populeuse que les autres ; Elle est énorme et couvre un terrain superficiel de 33 hectares.

 

Tout en haut de la rue d’Aubervilliers, au-delà d’une maison peinte en rouge qui est un hôtel garni à l’enseigne du grand Molière, et qui est décorée d’un buste de Racine, dans une contrée perdue, triste et pleine de masures, l’usine s’élève à côté des fortifications. Dès qu’on a franchi la grille, on croit pénétrer dans le pays mystérieux dont parlent les Arabes, dans le pays où l’on fait les nuages. En effet, du milieu de la grande cour s’échappent d’énormes panaches de vapeur blanche que le vent tord, éparpille et dissipe, tandis que les hautes cheminées des fourneaux poussent vers le ciel des torrens de fumée. Des hommes vêtus de souquenilles couleur de charbon, en sueur et noirs de poussière, passent en charriant des houilles incandescentes qu’on répand sur les pavés et qu’on éteint à l’aide de quelques seaux d’eau. Des collines de coke, si hautes que pour pouvoir les exploiter on a été obligé d’y tracer des chemins, se dressent dans des chantiers réservés ; devant les bâtiments où flambent les fours serpentent des tuyaux qui ressemblent à de gigantesques tuyaux d’orgues : nul bruit, si ce n’est peut-être celui d’une charrette qui traverse la cour ou d’un chien qui aboie. Ce n’est pas cependant que l’activité fasse défaut ; mais on agit et l’on ne parle pas. Bâtiments en briques, pavillons d’habitation en pierres meulières, uniformément tapissés d’une nuance triste empruntée à la suie et à la houille, tout cela a l’air en deuil, et c’est fort laid.

 

L’usine est très complète ; elle a de vastes ateliers où elle construit les appareils en fer dont elle a besoin, une briqueterie où elle fait ses cornues, une distillerie où elle utilise les eaux ammoniacales et une goudronnerie où elle fabrique le brai. Le chemin de fer de ceinture traverse l'établissement et lui permet d’expédier directement ses produits dans toute la France, tandis qu’un embranchement spécial du chemin de fer du Nord lui apporte les charbons d’Angleterre et de Belgique.

 

Dans l’ensemble de toutes ces industries, de toutes ces forces concourant au même but, il y a une grandeur imposante et pratique dont il est difficile de ne pas être frappé. Paris ne se doute guère de la somme d’efforts, du nombre d’hommes, de la quantité de trains de wagons, de la longueur des galeries de mine qu’il faut pour que chaque soir, lorsqu’il se promène sur ses boulevards, il puisse s’arrêter et lire son journal à la clarté d’un bec de gaz.

 

— « Qu’est-ce que tu as le plus admiré à Paris ? » demandais-je à un Arabe d’Oumkaled-el-Moukalid que j’avais piloté.

Il me répondit : « Les étoiles que vous mettez la nuit dans des lanternes ! »

 

 

Maxime Du Camp, L’Éclairage à Paris, Revue des Deux Mondes, 1873

 

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L'usine à gaz de Courcelles, Ernest Delahaye, 1884, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

L'usine à gaz de Courcelles, Ernest Delahaye, 1884, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

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