L’écrivain israélien a séduit le jury le plus exigeant de la saison littéraire avec Rétrospective, roman crépusculaire
sur l’Europe de la diaspora juive. Rétrospective se déroule en Espagne. Yehoshua retourne dans le pays qui a expulsé ses ancêtres.
Son personnage principal est un réalisateur âgé, Yaïr Mozes, qui se rend à Saint-Jacques-de-Compostelle pour participer à une
rétrospective de son œuvre. Ce qu’il ne sait pas, c’est que l’événement a été organisé par Trigano, son ancien scénariste. Les deux hommes, Mozes l’ashkénaze et Trigano le sépharade, jadis très
amis, en sont venus à se détester. Ils se traitent à distance de raté, de pauvre type fini, d’artiste paumé.
Yehoshua l’Israélien, revenu sur ces terres qui ne sont plus les siennes, montre que l’Espagne n’est pas le shtetl des sépharades.
C’est une terre dévolue au christianisme. Il n’a pas situé son retour au pays pré-natal à Saint-Jacques-de-Compostelle pour rien. "Y a-t-il des juifs en Galicie ?", demande Mozes à un curé, qui
lui répond : "On ne peut jamais savoir. Il y a des juifs cachés partout."
Et en même temps, quelque chose relie Israël à la vieille Espagne catholique. Les séminaristes apprennent l’hébreu. Le cinéma
traverse la méditerranée et les Israéliens sont accueillis à bras ouverts. Il y a en Mozes un morceau de Trigano, le sépharade qui aime toujours l’Espagne, quelque chose qui l’émeut dans l’Europe
méridionale. Il est fasciné par un tableau accroché au mur de sa chambre d’hôtel, un Caritas Romana montrant un vieillard qui tête le sein d’une jeune femme. Est-ce la vieille Europe
allaitée par le nouveau-né israélien ? Ou le vieux judaïsme dans les bras d’une Marie enfin aimante ?
Finalement, Avraham B. Yehoshua tente d’imaginer la civilisation méditerranéenne qu’il appelle de ses vœux. Il lui offre le cadre
géographique voyageur de ces tableaux, de ces romans et de ces films qui circulent d’un bout à l’autre du bassin fondateur. Mozes doit se réconcilier avec Trigano. Israël doit renouer avec ses
racines tant européennes qu’orientales. Maintenant que nous sommes tous vieux et fatigués, il serait temps que nous nous reposions. .
Avraham B. Yehoshua
En Israël, Avraham Yehoshua est célèbre pour ses engagements dans le camp de la paix, aux côtés de David Grossman et d’Amos Oz. Né
à Jérusalem en 1936 dans une famille d’intellectuels séfarades, il s’oppose farouchement aux partisans de la violence et il ne cesse de dénoncer toutes les formes de fanatisme, en particulier
"celui qu’on trouve aujourd’hui aussi bien chez les religieux nationalistes ultra-sionistes qui peuplent les colonies que parmi les ultraorthodoxes antisionistes", dit-il. Mais lorsqu’il
s’installe à sa table d’écrivain, il change totalement de préoccupations, tourne le dos au combat politique et cultive les fleurs d’un jardin secret qui est l’un des plus attachants de la
littérature israélienne. Le Temps.ch
C’est dans une Jérusalem encore presque céleste qu’est né Yehoshua, en 1936, au sein d’une famille séfarade. Comme Rivline, le
héros de La Mariée libérée, son père appartenait au petit cercle des orientalistes de la ville, des humanistes venus des quatre coins de l’Europe. Ce qu’ils voulaient, c’était connaître en
profondeur leurs voisins arabes, les comprendre à travers leur patrimoine culturel afin de vivre en harmonie avec eux. “Mon père a consacré une douzaine d’ouvrages à Jérusalem. Bien que je n’y
réside plus, elle est toujours présente dans mes romans et c’est sans doute dans cette ville que je puise l’énergie de mon écriture”, raconte Yehoshua, qui vit aujourd’hui à Haïfa entre mer et
montagne. Avraham B.
Yehoshua Prix Médicis étranger 2012 Europe Israel