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Je dis 1° que ce commandement, qui nous ordonne d'aimer notre prochain, est le plus nécessaire à notre salut, puisque saint Jean nous dit que, si nous n'aimons pas notre frère, c'est-à-dire tout
le monde, nous demeurons dans un état de réprobation. Nous voyons encore que Jésus-Christ a tant à cœur l'accomplissement de ce commandement, qu'il nous
dit que ce n'est que par l'amitié que nous aurons les uns pour les autres qu'il nous reconnaîtra pour ses enfants.
2° Je dis, mes frères, que ce qui nous impose une si grande obligation de nous aimer les uns les autres, c'est que nous avons tous le même créateur, tous une même origine ; que nous ne
sommes tous qu'une même famille, dont Jésus-Christ est le père, et que nous portons tous son image et sa ressemblance ; que nous sommes tous créés pour une même fin, qui est la gloire
éternelle, et que nous avons tous été rachetés par la mort et passion de Jésus-Christ.
D'après cela, mesfrères, nous ne pouvons pas refuser d'aimer notre prochain, sans outrager Jésus-Christ lui-même, qui nous le commande sous peine de damnation éternelle. Saint Paul nous dit que,
puisque nous avons tous une même espérance, qui est la vie éternelle, un même Seigneur, une même foi, un même baptême et un même Dieu, qui est le père de tous les hommes, nous devons donc aimer
tous les hommes comme nous-mêmes, si nous voulons plaire à Jésus-Christ et sauver nos âmes.
Mais, peut-être pensez-vous, en quoi consiste donc l'amour que nous devons avoir pour notre prochain ? mes frères, cet amour consiste en trois choses : 1° à vouloir du bien à tout le
monde ; 2° à leur en faire toutes les fois que nous pouvons ; 3° supporter, excuser et cacher leurs défauts. Voilà, mesfrères, la vraie charité due au prochain, et la véritable marque
d'une vraie charité, sans laquelle nous ne pouvons ni plaire à Dieu, ni sauver nos âmes.
1° Nous devons souhaiter du bien à tout le monde, et être bien affligé lorsque nous apprenons qu'il lui arrive quelque mal, parce que nous devons considérer tous les hommes, même nos ennemis,
comme nos frères ; nous devons montrer un air bon et affable envers tout le monde ; ne point porter envie à ceux qui sont mieux que nous ; nous devons aimer les bons à cause de
leurs vertus, et aimer les méchants, afin qu'ils deviennent bons ; souhaiter la persévérance aux premiers et la conversion aux autres.
Si un homme est un grand pécheur et un méchant, nous pouvons haïr le péché, qui est l'ouvrage de l'homme et du démon ; mais il faut aimer sa personne, qui est l'image de Dieu.
Saint Curé d'Ars
Sur l'amour du prochain

Accueil des reliques du Curé d'Ars à la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre