
Vue du Sanctuaire de la Visitation
Après les lieux sanctifiés par le passage en ce monde du Verbe fait chair, il n'en est point, dans la Palestine, qui doive intéresser plus l'âme chrétienne que celui où se sont accomplis les
événements racontés dans notre Evangile.
La ville qu'illustra la naissance du Précurseur se trouve à deux lieues de Jérusalem vers le couchant, comme Bethléhem, où naquit le Sauveur, est à deux lieues au midi de la Ville sainte. Sorti
par la porte de Jaffa, le pèlerin qui se dirige vers Saint-Jean-dc-la-Montagne rencontre d'abord le monastère grec de Sainte-Croix, élevé sur l'emplacement où furent coupés les arbres dont fut
faite la croix du Seigneur. Puis, continuant sa marche à travers le massif des montagnes de Juda, il atteint un sommet d'où se découvre à ses yeux la Méditerranée.
La maison d'Obed-Edom qui abrita trois mois l'arche sainte, s'élevait en cet endroit, d'où un sentier rapide conduit au lieu où Marie, la véritable arche d'alliance, passa elle-même trois, mois
de bénédictions chez sa cousine Elisabeth. Deux sanctuaires, éloignés d'environ mille pas l'un de l'autre, consacrent les grands souvenirs qui viennent de nous être rappelés par saint Luc : dans
l'un fut conçu et naquit Jean-Baptiste ; dans l'autre eut lieu la circoncision du Précurseur, huit jours après sa naissance. Le premier remplace la maison de ville de Zacharie ; il remonte, dans
sa forme actuelle, à une époque antérieure aux croisades. C'est une belle église à trois nefs et à coupole, mesurant trente-sept pas en longueur. L'autel majeur est dédié à saint Zacharie, celui
de droite à sainte Elisabeth. Sur la gauche, sept degrés de marbre conduisent à une chapelle souterraine creusée dans le roc, et qui n'est autre que l'appartement le plus reculé de la maison
primitive : c'est le sanctuaire de la Nativité de saint Jean.
Quatre lampes tempèrent l'obscurité de cette crypte vénérable, tandis que six autres, suspendues sous la table même de l'autel, éclairent cette inscription gravée sur le marbre du pavé : HIC PRAECURSOR DOMINI NATUS EST.
Unissons-nous en ce jour aux pieux enfants de saint François, gardiens de tant d'ineffables souvenirs ; plus heureux ici qu'à la grotte bénie de Bethléhem, ils n'ont point à disputer au schisme
les honneurs qu'au nom de l'Epouse légitime, ils rendent à l'Ami de l'Epoux sur le lieu même de sa naissance.
Les traditions locales placent à quelque distance de ce premier sanctuaire, ainsi que nous l'avons dit, le
souvenir de la circoncision du Précurseur. Outre sa maison de ville en effet, Zacharie en possédait une autre plus isolée. Elisabeth s'y était retirée durant les premiers mois de sa grossesse,
pour goûter dans le silence le don de Dieu. C'était là que Notre-Dame venant de Nazareth l'avait rencontrée, là que s'était produit le sublime tressaillement des enfants et des mères, là que le
Magnificat avait prouvé au ciel que la terre désormais l'emportait sur lui dans la louange et l'amour.
Il convenait que le chant de Zacharie, le Cantique du matin, retentît lui-même, pour la première fois, au lieu d'où celui du soir était monté comme un encens de si suave odeur. Les récits des
anciens pèlerins signalent en cet endroit deux sanctuaires superposés, avec un escalier conduisant de l'un à l'autre : en bas avait eu lieu la rencontre de Marie et d'Elisabeth; ce fut au-dessus,
à l'étage supérieur de la maison de campagne de Zacharie, que se passa la plus grande partie du récit qui vient de nous être proposé par la sainte Eglise.
Dom Guéranger
LA NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE
/http%3A%2F%2F198.62.75.4%2Fwww1%2Fofm%2Fsbf%2Fescurs%2FGer%2F164SGvCriptaBig.jpg)
Sanctuaire de la Nativité de Saint Jean Baptiste à Ain Karem
/http%3A%2F%2F198.62.75.4%2Fwww1%2Fofm%2Fsbf%2Fescurs%2FGer%2F162SGiovanniBig.jpg)
Vue d'Ain Karem