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Bienheureuses Carmélites de Compiègne, Martyres (†1794)

Barrière du Trône 

 

Aucun témoin ne fut entendu dans l'affaire des Carmélites. Fouquier-Tinville avait jugé inutile d'en faire citer un seul, en présence des termes mêmes du décret du 22 prairial.

 

 Le tribunal s'occupa ensuite des autres accusés traduits en même temps que les Carmélites, et quand leur interrogatoire fut terminé on passa aux plaidoiries. M. Sezille de Montarlet, en sa qualité de défenseur officieux, chercha probablement à attendrir les juges et les jurés au sujet des infortunées religieuses, mais que pouvaient son éloquence et ses efforts devant de pareils juges ! Après les plaidoiries, le jury entra dans la salle de ses délibérations d'où il sortit bientôt avec un verdict affirmatif contre les trente accusés.

 

Suivant l'usage encore usité aujourd'hui dans les cours d'assises, on avait fait retirer tous les accusés pendant que le jury délibérait ; ils ne rentrèrent donc dans la salle du tribunal que pour entendre prononcer le jugement qui les condamnait tous à mort et qui ordonnait que l'exécution aurait lieu dans les 24 heures sans recours ni appel possible.

 

 La lecture du jugement fut écoutée avec un courage et une résignation au-dessus de tout éloge. Seule, Thérèse Soiron, l'une des Sœurs tourières, parut avoir un moment de défaillance en entendant prononcer la peine de mort. Aussitôt la Mère prieure supplia un gendarme de lui procurer un verre d'eau, mais bientôt Thérèse reprit ses sens et s'excusa elle-même de la faiblesse qu'elle avait laissé paraître.

 

 On n'attendit même pas le lendemain pour exécuter cette terrible sentence. Le greffier avait préparé à l'avance toutes les pièces qui devaient servir de décharge au geôlier et de feuille de route au conducteur des charrettes, et moins d'une heure après la levée de l'audience, les malheureux condamnés, les mains liées derrière le dos, prenaient place dans les voitures qui les attendaient dans la Cour de Mai.

 

 Pendant le long trajet qui sépare le Palais de justice de la Barrière du Trône, l'attitude des Carmélites ne se démentit pas un seul instant. Leurs yeux, constamment fixés au ciel, indiquaient suffisamment les pensées qui dominaient leurs cœurs. Elles chantèrent tour à tour le Miserere et le Salve Regina, et leurs accents empreints d'un caractère vraiment divin, impressionnaient tout le monde et formaient un contraste frappant avec le bruissement de la foule qui suivait les sinistres voitures, sans toutefois faire entendre aucun cri hostile, tant elle était impressionnée par la vue de ce cortège qui ne ressemblait en rien aux autres.

 

Arrivées au pied de l'échafaud, les pieuses femmes descendirent avec autant de calme que de simplicité ; elles entonnèrent le Veni Creator et se livrèrent successivement aux aides du bourreau. D'après un témoignage recueilli depuis leur mort, ce fut la Sœur Constance qui fut appelée la première, probablement parce qu'elle était la plus jeune. Aussitôt elle se mit à genoux devant la mère prieure et lui demanda sa bénédiction, puis elle monta sur la plate-forme en chantant : Laudate Dominum omnes gentes ; les autres religieuses lui succédèrent et seize fois de suite le hideux couperet tout ruisselant s'abaissa en faisant jaillir autour de lui le sang des victimes. La Mère prieure fut exécutée la dernière.

 

Quant aux treize autres condamnés, ils subirent le même sort quelques minutes après, puis tous les corps furent jetés sur une charrette et transportés au cimetière de Picpus où, enfouis dans la même fosse, ils disparurent sous une épaisse couche de terre et de chaux.

 

 Ainsi se termina cette sanglante exécution sans qu'un cri ait retenti dans l'air et sans que le tambour ait fait entendre le moindre roulement. Seul le bruit du sinistre couperet de la guillotine avait rompu le silence que gardaient les spectateurs en proie tour à tour à l'épouvante, à l'admiration et à la pitié.

 

Ainsi périrent en moins d'une demi-heure, dans toute la plénitude de la santé, seize religieuses qui n'avaient commis d'autres crimes que d'être restées fidèles à leurs convictions.

 

LES MARTYRS par le R. P. DOM H. LECLERCQ

 

 

Bienheureuses Carmélites de Compiègne

 

Noms et lieux de naissances des Carmélites de Compiègne :

 

Mère Thérèse de Saint Augustin (42 ans) : Madeleine-Claudine Lidoine, 1752, Paris, Saint Sulpice

Mère Henriette de Jésus (49 ans) : Marie-Françoise de Croissy, 1745, Paris, Saint Roch
Sœur Saint Louis (43 ans) : Marie-Anne-Françoise Brideau, 1751, Belfort
Sœur de Jésus Crucifié (79 ans) : Marie-Amie Piedcourt,1715, Paris, Saints Innocents
Sœur Charlotte de la Résurrection (79 ans) : Anne-Marie-Madeleine-Françoise Thouret, 1715, Mouy (Oise)
Sœur Euphrasie de l’Immaculée Conception (58 ans) : Marie-Claude-Cyprienne Brard, 1736, Bourth (Eure)
Sœur Thérèse du Coeur de Marie (52 ans) : Marie-Anne Hanisset, 1742, Reims
Sœur Thérèse de Saint Ignace (51 ans) : Marie-Gabrielle Trézel, 1743, Compiègne, Saint Jacques

Sœur Julie-Louise de Jésus (53 ans) : Rose Chrétien de Neuville, 1741, Évreux (Eure)
Sœur Marie-Henriette de la Providence (34 ans) : Anne Pelras, 1760 Cajarc (Lot)
Sœur Constance de Jésus (29 ans) : Marie-Geneviève Meunier, 1765, Saint Denis
Sœur Marie du Saint-Esprit (52 ans) : Angélique Roussel, 1742, Fresne-Mazancourt (Somme)
Sœur Sainte Marthe (53 ans) : Marie Dufour, 1741, Bannes (Sarthe)
Sœur Saint François-Xavier (30 ans) : Elisabeth-Julie Verolot, 1764, Lignières (Aube)
Sœur Catherine (52 ans) : Marie-Anne Soiron, 1742, Compiègne, Saint Jacques
Sœur Thérèse (46 ans) : Marie-Thérèse Soiron, 1748, Compiègne, Saint Jacques

 

 

Les Carmélites de Compiègne par Jean-Pierre Gilson

Les Carmélites de Compiègne par Jean-Pierre Gilson

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