Les deux frères martyrs que nous honorons aujourd'hui souffrirent au commencement du second siècle de l'ère
chrétienne ; leur mémoire s'est cependant conservée avec honneur dans l'Eglise. La gloire des conquérants et des hommes d'Etat passe rapidement, et bientôt leurs noms décolorés s'effacent de la
mémoire des peuples ; on interroge les savants pour savoir s'ils ont existé, à quelle époque, et quelles ont été leurs actions. Brescia, la capitale de la Cénomanie italienne, se souvient à peine
de ceux qui l'ont régie ou illustrée au IIe siècle ; mais voici deux de ses citoyens dont le souvenir durera autant que le monde. L'univers entier proclame leur gloire et célèbre leur invincible
courage. Glorifions-les en ces jours où leurs exemples nous parlent si éloquemment de la fidélité que le chrétien doit à Dieu.
Lisons, dans le livre de la sainte Eglise, le récit abrégé des épreuves au prix desquelles ils ont conquis la couronne immortelle :
Faustin et Jovite, nés à Brescia, étaient frères et de noble origine. Sous la persécution de Trajan, ils furent menés dans
plusieurs villes d'Italie, et y souffrirent de très cruels tourments, sans que rien pût ébranler leur courage à confesser la foi chrétienne. On les tint longtemps dans les chaînes à Brescia ; ils
y furent exposés aux bêtes et jetés dans le feu, sans que ni l'un ni l'autre de ces supplices les pût atteindre ; on les conduisit ensuite à Milan, toujours chargés des mêmes chaînes; et là, leur
foi éprouvée par les plus rigoureux tourments brilla de plus en plus au milieu des souffrances, comme l'or devient plus éclatant par le feu.
Dirigés ensuite sur Rome, où ils furent fortifiés par le pape Evariste, ils y furent aussi cruellement tourmentés. De là, ils furent traînés à Naples ; et après les avoir encore fait souffrir
diversement dans cette ville, on les jeta à la mer, pieds et mains liés ; mais des Anges les délivrèrent miraculeusement. Leur constance au milieu de tant de supplices et la vertu de leurs
miracles convertirent un grand nombre de personnes à la foi du Christ. Ils furent enfin reconduits à Brescia, au commencement de l'empire d'Adrien ; et ayant eu la tête tranchée, ils y obtinrent
la couronne d'un glorieux martyre.
Martyrs de Jésus-Christ, lorsque nous comparons nos épreuves aux vôtres, vos combats avec ceux
que nous avons à soutenir, quelle reconnaissance ne devons-nous pas à Dieu qui a tant ménagé notre faiblesse ! Nous qui sommes si prompts à violer la loi du Seigneur, si lents à nous relever
quand nous sommes tombés, si faibles dans la foi et dans la charité, comment eussions-nous supporté les tourments qu'il vous a fallu traverser pour arriver au repos éternel ? Cependant, nous
sommes en marche vers le même terme où vous êtes déjà parvenus. Une couronne aussi nous attend, et il ne nous est pas libre d'y renoncer.
Relevez notre courage, ô saints Martyrs ; armez-nous contre le monde et contre nos mauvais penchants, afin que non seulement notre bouche, mais nos œuvres et nos exemples confessent Jésus-Christ,
et témoignent que nous sommes chrétiens.
DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique
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