Aujourd’hui encore, c'est une des plus aimables épouses du Christ qui vient nous consoler par sa présence ; c'est
Dorothée, la vierge naïve et courageuse qui sème les plus gracieux prodiges sur la route qui la conduit au martyre. Notre sainte religion nous offre seule ces admirables scènes, où l'on voit un
sexe timide déployer une énergie qui surpasse quelquefois peut-être celle que nous admirons dans les plus vaillants martyrs. On sent que Dieu se plaît à voir briser la tête de son ennemi sous la
faiblesse même de ce pied que Satan redoute. L'inimitié que le Seigneur a scellée entre la femme et le serpent, produit dans les annales de l'Eglise ces luttes sublimes dans lesquelles l'Ange
rebelle succombe, avec d'autant plus de honte et de rage, que son vainqueur lui semblait moins digne d'exciter ses alarmes. Il doit savoir maintenant, après tant de rudes expériences, combien est
redoutable pour lui la femme chrétienne ; et nous qui comptons tant d'héroïnes parmi les ancêtres de notre grande famille, nous devons en être fiers et chérir leur mémoire. Appuyons-nous
donc sur leur constante protection ; elles sont puissantes sur le cœur de l'Epoux. Entre toutes, Dorothée occupe un des premiers rangs ; glorifions sa victoire, et méritons son secours.
La Légende que lui a consacrée la Liturgie Romaine étant trop concise, nous empruntons les Leçons plus détaillées du Bréviaire des Frères-Prêcheurs : Dorothée, vierge de Césarée en Cappadoce ,
fut arrêtée par ordre d'Apricius, gouverneur de cette province, parce qu'elle confessait le nom de Jésus-Christ, et on la livra à deux sœurs, nommées Crysta et Callista, qui avaient abandonné la
foi, afin qu'elles la fissent changer de résolution. Mais ce fut elle au contraire qui fit revenir les deux sœurs à leur ancienne foi ; c'est pourquoi elles furent jetées dans une chaudière, où
elles périrent par le feu. Le gouverneur fit étendre Dorothée sur le chevalet ; mais il n'en obtint que ces paroles : "Jamais , dans toute ma vie, je n'ai goûté un bonheur pareil à celui que
j'éprouve en ce moment." Il ordonna donc de brûler avec des torches ardentes les flancs de la vierge puis de la frapper longtemps au visage, enfin de lui trancher la tête.
Comme on la menait au supplice, elle dit ces paroles : "Recevez mes actions de grâces, ô ami des âmes, qui avez daigné m'appeler aux délices de votre Paradis." Un certain Théophile, officier du
gouverneur, l'entendit, et se moquant de la vierge : "Eh bien ! dit-il, épouse du Christ, envoie-moi du jardin de ton époux des pommes ou des roses." Et Dorothée lui répondit : "Je le ferai
certainement."

Sainte Dorothée et l'Ange par Tiarini
Avant de recevoir le coup de la mort, ayant obtenu la permission de prier quelques instants, un enfant de la plus grande beauté apparut tout à coup devant elle, portant dans un linge
trois pommes et trois roses. La sainte lui dit : "Portez, je vous prie, ceci à Théophile." Elle eut ensuite la tête tranchée, et elle alla se réunir au Christ.
Au moment même où Théophile racontait, en se jouant, à ses compagnons la promesse que Dorothée lui avait faite, voici que l'enfant se présente devant lui portant dans le linge trois pommes des
plus belles, et trois roses des plus vermeilles, et lui dit : "Selon ta demande, la très sainte vierge Dorothée t'envoie ceci du jardin de son époux." Comme on était au mois de février, et que la
gelée sévissait sur toute la nature, Théophile fut saisi d'étonnement, et, en recevant ce qu'on lui présentait, il s'écria : "Le Christ est vraiment Dieu." Cette profession publique de la foi
chrétienne l'exposait à un cruel martyre, et il le souffrit courageusement.
Vous êtes fidèle à vos promesses, ô Dorothée, et dans les jardins de votre Epoux céleste, vous n'oubliez pas les habitants de la terre. Théophile l'éprouva ; mais le plus beau des présents qu'il
vous plut de lui adresser, ne fut pas la corbeille de fleurs et de fruits qui dégageait votre parole ; le don de la foi, la persévérance dans le combat, furent des biens autrement précieux.
O Vierge ! envoyez-nous donc des dons pareils. Nous avons besoin de courage pour rompre avec le monde et avec nos passions ; nous avons besoin de nous convertir et de revenir à Dieu ; nous sommes
appelés à partager la félicité dont vous jouissez ; mais nous ne pouvons plus y avoir accès que par la pénitence.
Soutenez-nous, fortifiez-nous, afin que, au jour de la Pâque de votre Epoux, nos âmes lavées dans le sang de l'Agneau soient odorantes comme les beaux fruits du ciel, vermeilles comme les roses
que votre main cueillit en faveur d'un mortel.
DOM GUÉRANGER
L'Année Liturgique