
Chapelle à la Basilique de Sainte Eulalie à Merida
MISCELÁNEA DESDE MÉRIDA NOCTURNOS DE SANTA EULALIA
Enfin, l'Eglise d'Espagne, la perle de la catholicité, célèbre aujourd'hui la mémoire de l'illustre Martyre qui fait la gloire de Mérida, l'honneur de toute la péninsule
Ibérienne, la joie de l'Eglise universelle. C'est la troisième de ces Vierges sages dont le culte est le plus solennel dans l'Eglise au temps de l'Avent ; la digne compagne de
Bibiane, de Barbe et de cette héroïque Lucie, qui bientôt va recevoir nos hommages.
Nous insérons ici en son entier l'admirable poème de Prudence sur la vie et le martyre d'Eulalie. Ce prince des poètes chrétiens n'a peut-être jamais fait entendre des accents plus
suaves et plus mélodieux : c'est pourquoi, dans son admiration, la Liturgie Mozarabe n'a fait qu'une seule Hymne des quarante-cinq strophes de ce délicieux cantique. Sa forme historique
nous dispensera d'emprunter au Propre des Eglises d'Espagne la Légende de la sainte Martyre :
Eulalie, vierge sacrée noble de race, plus noble encore dans son courageux trépas, favorise de sa protection Mérida qui lui donna le jour, et qui garde son tombeau.
C'est aux régions où le soleil se couche qu'est située la ville qui a produit cette illustre héroïne ; cité puissante et habitée par un peuple nombreux, mais plus fière encore du sang de la
martyre et du sépulcre de la vierge.
La jeune fille ne comptait encore que douze années, lorsqu'on la vit effrayer par son courage les bourreaux tremblants, braver la flamme pétillante du bûcher et mettre sa joie dans le
supplice.
Déjà on l'avait vue prendre son essor vers la patrie où règne le Père céleste ; renonçant à l'hymen terrestre, elle avait repoussé les joies et les amusements du jeune
âge.
Les parfums, les roses, les riches parures, n'obtinrent que son mépris ; grave dans ses traits, modeste dans sa démarche, dès l'âge le plus tendre on trouvait en elle cette sagesse que la
vieillesse seule peut donner.
Tout à coup une fureur impie s'anime contre les serviteurs de Dieu ; on ordonne aux chrétiens de brûler un sacrilège encens, avec le foie des victimes, devant des dieux qui ne donnent que la
mort.
L'âme sainte d'Eulalie en frémit ; sa noble fierté se prépare à repousser un tel assaut : son cœur intrépide, épris de l'amour d'un Dieu, sollicite la jeune fille à braver le glaive des
tyrans.
En vain la tendre sollicitude d'une mère veille à retenir la vierge généreuse dans le secret de la maison, à la campagne et loin de la ville, de peur que l'amour d'un trépas glorieux ne
l'entraîne à sacrifier son sang.
Elle, dédaignant un repos qui lui semble une lâcheté, fatiguée d'un retard qui la déshonore, force les portes, la nuit, sans témoins : dans sa fuite elle ouvre les barrières qui la retenaient, et
bientôt elle prend sa route par des sentiers détournés.
De ses pieds déchirés, elle franchit des lieux couverts de ronces et d'épines ; mais un chœur d'anges l'accompagne ; la sombre nuit l'environne de son silence ; mais une lumière céleste la
guide.
Telle on vit la troupe courageuse des Hébreux, nos pères, marcher à la suite de la colonne lumineuse qui brisait les ombres de la nuit, et traçant par ses feux une voie éclatante, anéantissait
l'obscurité.
Ainsi la vierge pieuse , suivant sa voie durant la nuit, obtint du ciel la clarté du jour, et n'eut point à lutter avec les ténèbres, à cette heure où elle fuyait aussi l'Egypte, et commençait
une route qui devait la conduire bien au-delà des astres.
D'un pas hardi et prompt, elle a su franchir plusieurs milles, avant que l'aurore vienne illuminer le ciel : dès le matin elle est rendue au pied du tribunal, et, dans une sainte fierté, elle
vient se placer au milieu des faisceaux.
« Quelle fureur vous anime ? s'écrie-t-elle. Pourquoi perdre vos âmes imprudentes, en les abaissant devant des pierres taillées par le ciseau ? Pourquoi
renier Dieu père de tous ?
« Infortunés, vous poursuivez les chrétiens ; moi aussi je suis une ennemie du culte des démons, je foule sous mes pieds les idoles ; de mon cœur et de ma bouche je confesse
Dieu.
« Isis, Apollon, Vénus ne sont rien ; Maximien aussi n'est que néant : vos idoles, parce qu'elles sont faites de la main des hommes ; lui, parce qu'il les adore : tout cela est nul et doit être
compté pour rien.
« Que Maximien, ce prince opulent, et pourtant l'humble serviteur de ces pierres, dévoue et sacrifie jusqu'à sa tête à de telles divinités ; mais pourquoi persécute-t-il des cœurs généreux
?
« Cet empereur plein de bonté, ce maître excellent, il lui faut du sang innocent pour se nourrir. Dans sa faim il déchire les corps des saints et jusqu'à leurs entrailles accoutumées au jeûne ;
son bonheur est de torturer jusqu'à leur foi.
« Allons, bourreau, emploie le fer et le feu ; divise ces membres sortis du limon de la terre ; il est aisé de
détruire une chose si fragile; mais au dedans vit une âme que la douleur n'abattra pas.»
Un tel discours fait monter au comble la colère du Préteur : « Licteur, s'écrie-t-il, saisis cette furieuse, et dompte la par les tortures. Fais lui sentir ce que c'est que les dieux de la
patrie, et qu'on ne méprise pas en vain les édits du prince.
« Jeune fille égarée, plutôt que de t'envoyer à la mort, je voudrais, s'il est possible, t'arracher à tes erreurs perverses. Vois donc quel bonheur cette vie te destine, quel honorable hymen
t'est préparé.
« Ta famille dans les larmes te recherche en ce moment ; cette famille d'une si illustre noblesse se désole de te voir périr à la fleur de tes ans, à la veille des pompes
nuptiales.
« La splendeur d'un hyménée opulent n'est-elle donc rien pour toi ? Dans ta présomption, veux-tu donc ébranler la piété filiale ? Eh bien ! considère ces instruments d'un cruel
trépas.
« Ou ta tête tombera sous le glaive, ou tes membres seront déchirés par la dent des bêtes féroces, ou les torches embrasées les consumeront à petit feu, ou le bûcher te réduira en cendres au
milieu des cris et des larmes de tes parents.
« Et quel si grand effort as-tu à faire pour éviter un sort si affreux. Daigne seulement, jeune fille, toucher du bout de tes doigts un peu de sel et quelques grains d'encens ; et ces supplices
terribles ne te regardent plus. »
La martyre garde le silence, mais elle frémit à un tel discours ; dans son indignation , elle crache aux yeux du tyran , renverse d'un coup de pied les idoles, les gâteaux sacrés et
l'encens.
Aussitôt deux bourreaux déchirent la chair délicate de la vierge ; ses flancs sont sillonnés jusqu'aux os par les ongles de fer ; Eulalie compte ses glorieuses
blessures.
« C'est votre Nom, Seigneur, que l'on trace sur mon corps ; que j'aime à lire ces caractères qui racontent vos victoires, ô Christ ! La pourpre de mon sang sert à écrire votre Nom
sacré.»
C'est ainsi qu'elle chantait dans sa joie, la vierge intrépide ; pas une larme, pas un soupir ; de si cruelles souffrances sont pour elle comme si elles n'étaient pas ; et cependant ses membres
sont arrosés à chaque instant par un nouveau jet de son sang qui jaillit tiède sous les ongles de fer.
Mais ce n'est pas la dernière de ses tortures ; il ne leur suffit pas d'avoir labouré tout son corps de sillons cruels ; c'est maintenant le tour de la flamme ; des torches ardentes parcourent
avec fureur ses flancs et sa poitrine.
La chevelure embaumée d'Eulalie s'était détachée ; flottant sur les épaules, elle était venue descendre comme un voile appelé à protéger la pudeur de la vierge.
Mais la flamme pétillante des torches est montée jusqu'au visage ; en un instant, elle prend à la chevelure, elle parcourt la tête et s'élève au-dessus du visage. La vierge, avide de mourir,
ouvre ses lèvres, et aspire ce feu qui l'environne.
On vit soudain une colombe plus blanche que la neige s'élancer de la bouche de la martyre, et monter vers les cieux : c'était l'âme d'Eulalie, toute pure, toute vive, toute
innocente.
La tête s'incline au moment où l'âme s'est enfuie ; le feu des torches s'éteint tout à coup ; les membres endoloris ont cessé de souffrir ; le souffle qui animait la vierge, monte joyeux à
travers les airs et se dirige, semblable à l'innocent oiseau, vers les temples du ciel.
Le bourreau l'a vu s'élancer de la bouche de la jeune fille ; saisi de terreur, il s'est enfui loin du théâtre de sa barbarie ; le licteur lui-même a disparu
tremblant.
Tout à coup une neige inattendue se forme dans l'air glacial et descend sur le forum ; comme un blanc linceul, elle vient couvrir le corps d'Eulalie qui demeurait exposé aux injures de la
saison.
Les larmes humaines accompagnent les funérailles d'un être chéri ; ici, ces témoignages de regret sont dépassés ; les éléments eux-mêmes, ô vierge, ont reçu de Dieu l'ordre d'accomplir envers toi
les devoirs suprêmes.
Aujourd'hui, Mérida, ville célèbre, s'honore de posséder son sépulcre ; cité florissante que parcourt le fleuve Ana qui, dans son cours rapide et ombragé d'arbres toujours verts, vient baigner
son élégante enceinte.
C'est là que, dans un sanctuaire où la lumière est réfléchie par l'éclat des marbres étrangers et indigènes, un tombeau digne de tout respect garde les cendres sacrées
d'Eulalie.
Au-dessus étincelle un lambris tout resplendissant d'or ; le pavé du temple, formé de pierres délicatement taillées, semble un jardin émaillé de rieurs et des roses les plus
vermeilles.
Cueillez la violette pourprée, moissonnez des Heurs éclatantes ; l'hiver, malgré sa rigueur, en produit encore ; le sol glacé qu'échauffe le soleil en fournira de quoi remplir vos
corbeilles.
Jeunes filles, jeunes hommes, en présentant cette offrande, n'oubliez pas de l'entourer d'un épais feuillage ; ma guirlande à moi sera ces vers dactyliques que j'offre pour les chœurs ; ils
sont humbles, ils se ressentent de ma vieillesse ; cependant ils conviennent à la fête.

Asociación Cultural UBI SUNT - Mérida (Extremadura - España)