Par un pèlerin
Au cours de l'été 1955, alors que je vivais en Amérique, je suis revenu passer quelques jours en Israël. Je me suis baladé, j'ai retrouvé des amis.
A Bab-el-Oued, sur le mur de la première pompe, un jeune soldat avait écrit son nom, en grandes lettres : Baroukh Jamili. Cette inscription est restée longtemps, et chaque fois que je la voyais, je souriais, ravi de constater qu'un parfait anonyme, un simple soldat, savait déjà à ce moment là qu'on nous oublierait. Que la génération du Palmah serait réduite au souvenir des planqués du haut-commandement. Il avait écrit son nom en grandes lettres afin que tous ceux qui arrivaient à Jérusalem puissent le voir.
Il y a quelques années, on a effacé ce nom. Qui ? Je ne sais pas, mais pour moi, c'est comme si on avait effacé le mur des Lamentations et qu'on l'avait transformé (comme on le fait avec le désert) en façade d'hôtel de luxe. Son nom aurait dû être illuminé. Je ne sais pas du tout qui était ce garçon, mais ce qui est sûr, c'est qu'il était avec nous sous la mitraille.
Yoram Kaniuk dans les années 50
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