Par un pèlerin
Advocata nostra, ce que nous chercherons,
C’est le recouvrement d’un illustre manteau.
Et spes nostra, salve, ce que nous trouverons,
C’est la porte et l’accès d’un illustre château.
Ce n’est pas dans leur tente et leurs lits d’ambulance
Que nous nous coucherons pour notre éternité.
Ce n’est pas dans leur poudre et leur pulvérulence
Que nous retournerons dans notre inanité.
Ce n’est pas leurs délais et leurs atermoiements
Qui nous ajournerons le jour du dernier jour.
Ce n’est pas les relais de leurs apitoiements
Le jour du dernier terme et du dernier amour.
Et ce n’est pas leurs drogues de pharmaciens
Qui guériront le mal dont nous sommes perclus.
Et ce n’est pas leurs morgues de praticiens
Qui fermeront le seuil dont nous sommes exclus.
Un autre écartera des sept degrés du trône
L’âpre adjuration des bras les plus tendus.
Un autre effacera de l’écorce de l’aune
Jusqu’au tracé des noms que nous avons perdus.
Ce n’est pas dans leur tente et leurs lits d’ambulances
Qu’on recoudra les bords d’une affreuse morsure.
Ce n’est pas leur chloral coupé de somnolence
Qui nous endormira cette affreuse blessure.
Ce n’est pas dans leur tente et leurs lits d’ambulance
Le jour du dernier jour, que nous serons laissés.
Ce n’est point par leur drogue et dans leur somnolence
Que nous achèverons nos rêves de blessés.
Ce n’est pas des degrés de leur amphithéâtre
Que descendra le verbe et la péroraison.
La pièce se jouera pour un autre théâtre.
Le rideau tombera pour une autre saison.
Ce n’est pas des degrés de leur amphithéâtre
Que montera l’hommage et la triple oraison.
La pièce se jouera pour un autre théâtre.
Le rideau tombera sur une autre maison.
Ce n’est pas dans leur tente et leurs lits d’ambulance
Et dans leur appareil que nous serons pansés.
Ce n’est pas par leurs soins que seront dispensés
Les sceaux du dernier jour et du dernier silence.
Charles PÉGUY, Ève
Cahiers de la Quinzaine, 1914
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