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L’Éclairage à Paris - Ce qui se passe dans l'usine à gaz

La pâte est ensuite divisée en pavés carrés qui sont remis aux mouleurs. Ceux-ci sont chargés de confectionner la cornue.

 

L’argile est étendue sur la face interne de moules en bois composés de plusieurs pièces que l’on superpose facilement jusqu’à hauteur réglementaire. C’est à coups de marteau qu’on l’applique, car on ne saurait prendre trop de soins pour donner à la terre une cohésion parfaite et une épaisseur aussi égale que possible. Une simple feuille de papier mouillée suffit à éviter toute adhérence entre le moule et la matière plastique. Lorsque la cornue sort de là elle est grise, luisante et d’un poids considérable. On lui fait alors au sommet une série de rainures assez profondes en forme de T retourné destinées à fixer plus tard les boulons de l’armature de fer qui en fera réellement des vases clos.

 

Terminées, les cornues ressemblent à de petites tourelles couronnées de créneaux. On les place dans un courant d’air pour qu’elles perdent l’humidité qu’elles contiennent encore ; puis, lorsqu’on les croit suffisamment sèches, on les fait cuire. C’est une grosse opération qui exige dix-huit journées de vingt-quatre heures. On les porte dans le four immense ; on les dispose de telle sorte que la chaleur puisse circuler autour et en pénétrer toutes les faces ; puis on mure l’ouverture à l’aide de briques réfractaires, et on allume le feu. Il ne faut pas «saisir» l’argile encore humide, qui se briserait en se rétractant sous un souffle trop chaud ; on procède donc avec une prudente lenteur. Pendant six jours, on entretient un feu moyen ; puis on active le foyer, et pendant six autres jours le fourneau dégage la température du rouge-cerise. Les six derniers jours sont employés à ralentir progressivement la chauffe pour éviter qu’un refroidissement trop prompt n’amène des accidents. Grâce à ces précautions, les cornues ne sont jamais brisées ; le les ai vues sortir du four encore tiède, jaunes comme de la paille, sonores sous le doigt, cuites à point et aptes à supporter sans faiblesse les feux qui les attendent dans les ateliers de distillation.

 

Ces ateliers sont une immense halle rouge et noire, feu et charbon, énormes fourneaux en briques réfractaires d’où s’élancent des tuyaux de fonte ; on n’y entend que le ronflement des flammes et le raclement des pelles sur le pavé. La chaleur n’y est pas positivement tempérée ; on y rôtit. Équipe de jour, équipe de nuit, cela n’arrête jamais. Paris est un gros brûleur de gaz, il faut savoir ne pas se reposer, si l’on veut lui en fournir à discrétion.

 

Haletants, en nage, toujours en action, des hommes surveillent la grande machine incandescente, et, comme des salamandres, semblent traverser les feux impunément. Lorsque tous les fourneaux sont en activité, c’est un spectacle grandiose, et je suis surpris qu’il n’ait encore tenté aucun peintre de talent. La halle abrite huit batteries, chaque batterie est composée de seize fours, chaque four contient sept cornues. L’énorme foyer, un volcan, est alimenté avec du coke. Lorsqu’à l’aide d’une longue gaffe en fer on ouvre la porte d’un des fourneaux, on aperçoit une masse éclatante et vermeille, piquée de points lumineux d’une insupportable blancheur : de l’or en fusion. Sur la face extérieure des fours apparaissent des parties saillantes en fonte ; ce sont les têtes des cornues, fermées à l’aide d’un obturateur qui a la forme d’un bouclier. De chaque tête de cornue part un tuyau particulier qui, après avoir dépassé ce que l’on pourrait appeler le toit de la batterie, se coude et va aboutir dans une sorte de huche en forte tôle boulonnée que l’on nomme le barillet. Le barillet est surmonté d’une série de tuyaux qui se dégorgent dans une immense conduite traversant tout l’atelier à hauteur du plafond : c’est le collecteur ; en outre un tuyau vertical partant également du barillet et descendant le long de la muraille du fourneau semble se perdre dans le sol et correspond à un canal souterrain.

 

Dès à présent, on peut deviner ce qui se passe : les matières gazeuses, montant par les tuyaux d’ascension, se réunissent dans le collecteur ; les matières solides ou liquides, déversées dans le barillet, s’en échappent et coulent vers la terre par la conduite qui leur est réservée.

 

 

Maxime Du Camp, L’Éclairage à Paris, Revue des Deux Mondes, 1873

 

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Une usine à gaz aujourd'hui...

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