A la sortie du métro les cloches de Notre Dame résonnent lugubrement, elles semblent sonner le glas pour Haïti, pour
toutes les innombrables victimes du tremblement de terre.
Des policiers, des télés, sont présents sur le parvis où l'on piétine pour entrer dans la cathédrale au milieu de
nombreux haïtiens calmes et recueillis, on entend de façon quasi-surnaturelle la cloche de la procession d'entrée, les hauts-parleurs de l'extérieur dont on a monté le son laissent éclater
Des profondeurs je crie vers Toi Seigneur, on finit par rentrer, J'espère le Seigneur de toute mon âme.
La nef est pleine mais on peut se glisser sur les côtés dans les allées, Mgr Vingt Trois entouré de ses évêques
auxiliaires, de nombreux prêtres et du nonce apostolique, prononce un bref mot d'introduction touchant de simplicité et de sincérité, la Messe commence dans une atmosphère de recueillement
qui ne se démentira pas de toute la cérémonie.
Le Psaume 22 sera chanté avec une émotion pleine de ferveur Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur
des prés d'herbe d'herbe fraîche, il me fait reposer. La lettre de Saint Paul sera lue en créole haïtien, et bien lue, ça lui va bien à Saint Paul le créole, il se marie bien à son
style bref et puissant, nous rendons grâce à Dieu !
C'est l'Evangile des Noces de Cana qui prend une singulière résonance dans ce contexte de deuil et d'espérance, il est
parfaitement et sobrement lu dans un grand silence, au Cardinal revient maintenant la tâche difficile de prononcer l'homélie, on le sent profondément marqué par la catastrophe, il trouvera
les mots justes, se mettant à la portée des petits, à l'écoute des souffrants, à la mesure d'un évènement qui nous dépasse tous par son ampleur et ses conséquences dramatiques.
Le Credo n'est pas de trop pour réaffirmer notre Foi dont le Cardinal a demandé en oraison qu'elle ne vacille pas face à
de telles épreuves, Credo en créole romain pourrait-on dire, puisqu'en latin, latin d'église, si musical et si beau qu'il monte au ciel, tout comme ce fut le cas pour le
Gloria.
Avec la liturgie eucharistique nous sommes invités à la table de Cana après un bel échange d'un signe de paix chaleureux
et particulièrement réconfortant pour une assemblée éprouvée, cela se sent, il y a une grâce palpable et inhabituelle, puissions-nous se souvenir de ce beau signe de paix à chaque
Messe.
Un prêtre haïtien est invité à nous adresser un mot à la fin de la Messe, le bon prêtre est particulièrement émouvant,
nous faisant partager sa gratitude pleine de retenue pour cette Messe, et se tournant vers l'icône de Notre Dame du Perpétuel Secours, amenée spécialement par le curé de la basilique Notre Dame
du Perpétuel Secours, il entonne en créole le chant à Notre Dame du Perpétuel Secours, c'en est trop pour certaines femmes au pied de la Croix, on entend des hurlements déchirants, stridents
et atroces, on pense à Rama.
Des secouristes arrivent, Dieu viens à mon aide, Seigneur à notre secours, la Messe est dite, on sort, on n'entend plus
que des sanglots, on voit des personnes brisées de douleur, Ite Missa est.