
Ils sont beaux vos premiers pas, ô fille du prince ! nos yeux ne se lassent point de contempler en vous cette
merveille de l'union des harmonies les plus suaves et de la puissance d'une armée. Enfant bénie, croissez toujours en grâce ; que votre marche soit heureuse ; que votre royauté s'affermisse et
s'affirme. Mais l'Eglise n'attend pas que vous soyez plus grande, pour chanter à votre honneur sa belle Antienne : Réjouissez-vous, Vierge Marie ; vous avez seule détruit toute hérésie dans
le monde entier.
L'hérésie, la négation de Satan opposée à l'affirmation de Dieu dans son Christ, c'est le grand combat, l'unique à vrai dire, où se résume l'histoire. Dieu n'ayant créé le monde que pour s'unir à
lui par son Verbe devenu chair, l'ennemi de Dieu et du monde, pour briser le nœud de ce mystère d'amour, s'en prend tour à tour à la divinité et à l'humanité du Christ médiateur. Mais c'est
vainement que le prince du mensonge accumule ses ténèbres à sa rencontre : il est homme, ce Jésus que comme chacun de nous une mère a mis au monde ; il est Dieu, celui qui seul entre tous
naquit d'une vierge.

Vierge de l'Immaculée Conception
Signe de contradiction pour ceux qui se perdent, selon le mot du vieillard Siméon, l'HOMME-DIEU a
lui-même comme signe pour les yeux non prévenus la VIERGE-MÈRE : Le Seigneur vous donnera lui-même un signe, disait le Prophète ; voici qu'une vierge concevra, et elle enfantera un fils qui
sera appelé Emmanuel, DIEU AVEC NOUS.
Dans la seconde des célèbres conférences qui eurent lieu, l'an 277 de notre ère, entre le saint évêque Archélaüs et le père du Manichéisme, celui-ci niant que le Christ fût né de Marie
: "S'il en est ainsi, répondait Archélaüs, s'il n'est pas né, sans aucun doute il n'a pas non plus souffert ; car souffrir est impossible à qui n'est pas né. Que s'il n'a pas
souffert, on ne doit plus parler de la Croix ; et la Croix mise de côté, Jésus n'est pas ressuscité des morts. Or, si Jésus n'est pas ressuscité, personne autre ne ressuscitera davantage ; la
résurrection supprimée, le jugement l'est aussi. Alors, il est bien inutile d'observer les commandements de Dieu : Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! Voilà pourtant les corollaires de
ton dire. Confesse au contraire que le Seigneur est né de Marie : alors, de là se déduisent et la Passion, et la Résurrection, et le Jugement ; alors toute l'Ecriture est sauve. Non ; ce n'est
point là une question vaine. Car, de même que toute la Loi et les Prophètes sont contenus dans les deux préceptes de l'amour, de même toute notre espérance est suspendue à l'enfantement de la
bienheureuse Vierge."
L'Eglise de Milan, qui célèbre à la date fixe du 11 septembre la fête du Très saint Nom de Marie, chante audit jour cette belle Préface en parfait accord avec les sentiments que la radieuse
Octave nous inspire :
Il est vraiment digne de vous rendre grâces, Dieu éternel. Car nous célébrons le jour de la précieuse naissance où
la très glorieuse Mère de Dieu, l'immaculée Vierge Marie, étoile brillante et merveilleuse, resplendit sur le monde. C'est elle qui a rouvert pour nous la porte de la vie éternelle fermée
par Eve au paradis, qui nous a ramenés des ténèbres aux joies de l'antique lumière.
Par Jésus-Christ.
DOM GUÉRANGER
L'année Liturgique

VIERGE MARIE par Van Eyck