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INSTITUTIONS LITURGIQUES : tous les grands docteurs, les grands évêques, les grands abbés, furent liturgistes

Quant au chant grégorien, proprement dit, nous aurons  occasion de parler en divers endroits de ses destinées et des changements et altérations dont il a été l'objet.

 

Nous avons vu, par la lettre de saint Grégoire à Jean de Syracuse, l'importance que mettait ce saint Pape à voir adopter la Liturgie romaine, telle qu'il l'avait réformée, par les Eglises qui étaient du ressort immédiat du Siège apostolique. Mais le temps n'était pas venu encore où les Pontifes romains en décréteraient l'extension aux autres Églises de l'Occident. La volonté positive de saint Grégoire à ce sujet paraît évidemment dans un passage de sa réponse aux difficultés que lui avait proposées le saint moine Augustin, apôtre de l'Angleterre. Ce dernier l'ayant consulté au sujet des usages qu'il était à propos de suivre, dans la célébration de l'office divin, et se plaignant du peu d'accord qu'il y avait entre les rites de l'Église romaine et ceux des Églises des Gaules, saint Grégoire lui répond : "Votre fraternité connaît la coutume de l'Église romaine dans laquelle elle a été élevée ; mais je suis d'avis que si vous trompez, soit dans la sainte Église romaine, soit dans celles des Gaules, soit dans toute autre Église, quelque chose qui puisse être plus agréable au Dieu tout-puissant, vous le choisissiez avec soin, établissant ainsi, par une institution spéciale dans l'Église des Anglais qui est encore nouvelle dans la foi, les coutumes que vous aurez recueillies de plusieurs Églises ; car nous ne devons pas aimer les choses à cause des lieux, mais les lieux à cause des bonnes choses."

 

Nous engageons le lecteur à noter ce passage remarquable, comme nous lui avons recommandé pareillement de garder le souvenir d'un fameux texte de saint Cyprien, au chapitre IV. La marche de cette histoire nous mettra à même de constater les applications pratiques qu'on a prétendu faire de l'un et de l'autre, dans un certain pays. Ici, nous n'avons qu'une chose à faire : c'est d'enregistrer le fait et de dire sa valeur à l'époque à laquelle il s'est passé.

 

Nous dirons donc qu'il est mis hors de doute, par ledit texte, que saint Grégoire ne voulut pas astreindre la nouvelle Église d'Angleterre à suivre les usages de l'Église romaine, de manière à lui interdire l'imitation des pratiques usitées dans les Gaules, ou dans tout autre pays ; nous ajouterons même, si l'on veut, et à plus forte raison, que notre grand Pape n'entendit pas davantage abroger les coutumes saintes et encore existantes de l'antique Église des Bretons qui n'était pas absolument éteinte par toute l'Angleterre, à l'époque de la mission de saint Augustin. Mais nous dirons que cette permission d'adopter ainsi divers usages, donnée postérieurement par saint Grégoire à ses missionnaires, ne prouve pas qu'il ne les eût pas chargés, en partant, des livres liturgiques de l'Église romaine, pour l'usage de leur nouvelle chrétienté. Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre que saint Augustin et ses compagnons ne durent pas attendre pour célébrer les saints mystères et les offices divins d'avoir formé un prétendu corps de Liturgie, à l'aide de tant de matériaux hétérogènes. Quand saint Augustin adressait à saint Grégoire la question à laquelle ce saint Pape fit la réponse que nous venons de citer, lui permettant de puiser des usages aux diverses sources approuvées, saint Augustin avait déjà organisé sa nouvelle chrétienté, baptisé un grand nombre d'infidèles, ordonné des prêtres et même des évêques ; or, suivant quel autre rite que celui de l'Église romaine, le saint Apôtre avait-il accompli toutes ces choses ? La légèreté de certains hommes prévenus a pu seule leur faire ici prendre le change ; ils y ont vu ce qu'ils y voulaient voir, et non ce qui y était véritablement. En outre, une étude plus patiente des monuments de l'histoire liturgique de l'Église leur eût appris que, soit que les usages dont parle saint Grégoire n'eussent rapport qu'à des détails de peu d'importance, soit que les évêques d'Angleterre n'aient pas jugé à propos de profiter de la permission que leur donnait le saint Pape, la Liturgie romaine, épurée à sa source, a seule régné dans la Grande-Bretagne, depuis la prédication de saint Augustin jusqu'à la Réforme du seizième siècle, qui, il faut l'avouer, n'a montré nulle part une forte prédilection pour la Liturgie romaine.

 

Bède rapporte, en effet, que, vers l'an 676, saint Benoît Biscop, illustre abbé d'Angleterre, étant allé à Rome, obtint du pape saint Agathon la permission d'emmener avec lui dans la Grande-Bretagne, Jean, archichantre de l'église de Saint-Pierre, pour enseigner en son monastère "le rite annuel (cursum annuum) observé dans l'église de Saint-Pierre de Rome. Jean, qui était aussi abbé du monastère de Saint-Martin, se conforma à l'ordre du pontife ; c'est pourquoi il apprit aux chantres de saint Benoît Biscop l'ordre et le rite de chanter et de lire à haute voix, et tout ce que requérait la célébration des jours de fête, durant tout le cours de l'année; il laissa tous ces détails par écrit, et on les garde encore dans le même monastère, d'où ils ont été transcrits pour l'usage d'un grand nombre d'autres." (Bed., Hist. eccles., lib. IV, cap. XVIII.).

 

On doit se rappeler que toutes les cathédrales de l'Angleterre étaient desservies par des moines ; en sorte que les usages liturgiques de ceux-ci étaient pour ainsi dire ceux de toutes les Églises de ce royaume. Il faut remarquer aussi que le service demandé par saint Benoît Biscop et accordé par l'archichantre Jean, consistait principalement à rétablir les traditions du chant qui se perdent ordinairement les premières, et que nous ne voyons rien dans Bède qui marque que, pour la lettre liturgique des offices divins, on eût jusqu'alors fait aucun changement. Depuis cette époque, on ne voit aucune trace de l'introduction des livres romains en Angleterre, et au contraire tous les monuments postérieurs, sans exception, s'accordent à nous les montrer en usage.

 

Nous nous contenterons de citer ici en preuve de ce fait, le treizième canon du second concile de Cloveshoe, tenu en 747. Voici ce qu'il porte : "Les saintes et sacrées solennités de notre Rédemption seront célébrées suivant la règle que nous tenons par écrit de l'Église romaine, dans tous les rites qui les concernent, soit pour l'office du baptême, soit pour la célébration des messes, soit pour la manière du chant.  De même, pendant  tout le cours de l'année, les fêtes des saints seront vénérées à jours fixes, suivant le Martyrologe de la  même Église romaine, avec la psalmodie et le chant convenable."

 

Il en devait nécessairement  arriver ainsi, dans toutes ces Églises que Rome fondait en  Occident,  depuis celle d'Angleterre, par saint Augustin, jusqu'à celles des diverses régions germaniques ou slaves, par saint Boniface, saint Adalbert et tant d'autres, et celles des royaumes du Nord, par saint Anschaire, saint  Rembert, etc. Ces Apôtres, moines bénédictins, envoyés par le Siège apostolique, ne pouvaient porter avec eux d'autres livres que ceux de l'Eglise romaine dont ils recevaient leur mission. Nous avons vu quel droit liturgique, dès l'an 400, saint Innocent Ier faisait découler, pour le Siège apostolique, du seul fait de la fondation des Églises d'Italie, des Gaules, d'Espagne et d'Afrique, par saint Pierre et ses successeurs. Ce principe posé dès lors, et d'ailleurs fondé sur la nature des choses (la  fille devant parler la langue de sa mère), devait, un  jour, développer ses conséquences, et en attendant qu'il amenât la destruction totale des Liturgies gallicane et gothique, déjà il obligeait les Pontifes romains à ne plus souffrir de dissonances dans les nouvelles Églises qui s'élevaient avec une si admirable rapidité, aux septième, huitième, neuvième et dixième siècles. L'unité grandissait toujours, en proportion de la charité. Notre assertion qui, du reste, n'a jamais été contestée par personne, se prouve d'elle-même par la simple inspection des annales ecclésiastiques des royaumes que nous venons d'énumérer ; à toutes les époques, nous y trouvons l'usage de la Liturgie romaine, et nul vestige de son introduction postérieure.

 

En outre, nous voyons d'une manière positive les Pontifes romains veiller par eux-mêmes à l'exécution de leurs volontés en cette matière. Vers l'an 720, saint Grégoire II, dans un capitulaire adressé à l'évêque Martinien, qu'il envoyait en qualité de légat visiter les nouvelles chrétientés de la Bavière, lui recommande, entre autres choses, de s'informer de la canonicité de l'ordination des prêtres et des diacres, de voir s'ils sont d'une foi pure, et dans le cas où ils seront trouvés réunir ces conditions, "de leur donner pouvoir de sacrifier, de servir à l'autel et de psalmodier suivant la forme et tradition de la sainte Église romaine et du Siège apostolique". De plus, le Pape ordonne à Martinien de pourvoir aux besoins des Églises et de veiller à ce que chaque prêtre ou ministre "observe les cérémonies solennelles des messes, les heures des offices du jour et de la nuit, les leçons de l'Ancien et du Nouveau Testament; le tout suivant la tradition du Siège apostolique."

 

Le grand Apôtre de l'Allemagne, saint Boniface, ayant consulté le pape saint Zacharie au sujet de certaines bénédictions que donnaient les évêques de France et qui ne se trouvaient point dans l'ordre de la Liturgie romaine, le Pontife lui répond en ces termes : "Quant aux bénédictions en usage chez les Français, vous savez qu'elles sont répréhensibles de diverses manières ; car ce n'est point d'après la tradition apostolique qu'ils agissent ainsi, mais par vaine gloire, se préparant leur propre condamnation, puisqu'il est écrit : Si quelqu'un vous évangélise autrement qu'il n'a été évangélisé, qu'il soit anathème ! Vous avez reçu la règle de la tradition catholique, frère très chéri ; prêchez-la à tous ; enseignez à tout le monde ce que vous avez reçu de la sainte Église romaine dont Dieu nous a fait le serviteur" (Zachariœ Papae Epist. XII. Apud Labb., tom. VI).

 

Cette sévérité du Siège apostolique à l'égard de l'Église de France, à une époque où elle ne se trouvait souillée d'aucune erreur, montre le grand désir des Pontifes romains de voir régner l'unité liturgique et présage la destruction prochaine de la Liturgie gallicane ; mais en même temps elle fait voir avec quelle sollicitude Rome veillait à la pureté des usages romains dans les églises d'Allemagne. Toutefois, cette sollicitude n'empêcha pas qu'il ne se glissât, comme il arrive toujours, certaines variantes de peu d'importance dans la Liturgie observée dans ces vastes contrées. Le docte Gerbert, abbé de Saint-Blaise, en la Forêt-Noire, a donné un excellent ouvrage sous le titre de : Liturgia Alemannica, dans lequel il décrit en détail la manière dont on gardait dans les diverses églises de la Germanie la Liturgie romaine. On voit que les usages particuliers de ce pays ne dérogeaient en rien à l'unité liturgique qui, du moins, chez les catholiques, n'a jamais été brisée en Allemagne.

 

Avant  de donner la  liste  des   auteurs  liturgistes de l'époque qui nous occupe, nous dirons ici quelques mots d'un précieux monument de l'antiquité ecclésiastique dont l'étude est nécessaire à quiconque veut posséder en leur entier les sources de   la  science  liturgique. Ce livre est connu sous le nom de Liber diurnus Romanorum Pontificum. L'histoire de sa publication   tentée  plusieurs fois et enfin accomplie en 1680, par le P. Garnier, jésuite, est longue et curieuse ; mais elle  nous  entraînerait trop loin de notre sujet. Nous dirons donc seulement que le Liber diurnus est un recueil des formules dont les Papes se  servaient durant les sixième, septième  et huitième siècles, et dans lequel on trouve les rites de leur ordination, et de celles des évêques d'Italie qui étaient obligés de venir recevoir à Rome la consécration épiscopale, les professions de foi, les privilèges, les mandats, les concessions et autres actes semblables. Le recueil est divisé en sept chapitres, subdivisés eux-mêmes en plusieurs articles. Le premier chapitre contient des formules de lettres aux princes et autres   personnes séculières ; aux patriarches, archevêques, évêques, prêtres,  diacres, primiciers, secondiciers.

 

On trouve, dans le second, les formules de toutes les lettres et de tous  les  actes qui précédaient et suivaient l'élection du Pape. Le troisième chapitre comprend les  formules des lettres, des rites et des actes qui étaient d'usage dans l'ordination des évêques consacrés à Rome. Entre autres promesses que faisait avec serment le nouvel évêque, on remarque celle de célébrer toujours les divins offices suivant le rite romain. Dom Mabillon attribue cette injonction à saint Grégoire le Grand.

 

Le quatrième chapitre regarde l'usage du Pallium, et en conséquence, il a un rapport direct avec la Liturgie, ainsi que le cinquième qui contient les formules de rescrits, ou mandats pour l'ordination d'un prêtre, la dédicace d'un oratoire, la consécration d'une église, d'un baptistère, d'un autel ; pour la concession des reliques des saints, pour les lever de terre et les renfermer dans des châsses, etc. Le sixième chapitre renferme principalement les formules de lettres et de commissions pour ceux qui étaient chargés de la régie du patrimoine des Églises, ou des affaires qui regardaient le Siège apostolique. Le septième enfin contient le formulaire des privilèges accordés aux monastères, aux diaconies et aux hospices.

 

En tête des écrits et compositions des septième et huitième siècles sur la matière de la Liturgie, nous plaçons tout d'abord ceux des Ordres romains qui se rapportent à cette période. On sait, sans doute, que les Ordres romains sont des écrits plus ou moins étendus renfermant le détail des cérémonies de la messe papale, de l'administration des sacrements, etc. Mais comme nous devons faire ailleurs l'énumération raisonnée de tous les monuments de ce genre, nous n'en dirons rien dans cet endroit, et nous passerons incontinent à la liste des liturgistes de l'époque que nous décrivons.

 

(604). Nous avons encore un mot à dire sur les travaux liturgiques de saint Grégoire : il nous reste à parler de ses Hymnes. D. Denys de Sainte-Marthe lui donne les suivantes qui sont presque toutes au Bréviaire romain : Primo dierum omnium. Nocte surgentes, vigilemus omnes.   Ecce jam  noctis tenuatur  umbra. Lucis creator optime. Clarum decus jejunii. Audi, benigne conditor. Magno salutis gaudio.  Rex,  Christe, factor omnium.

(608). Cyriaque, évêque de Nisibe, hérétique nestorien, écrivit une Exposition des Mystères, et un traité de la Nativité et de l'Epiphanie.

(609).  Conantius,  évêque  de   Palentia, composa de nouvelles hymnes pour l'office gothique, et y adapta des modulations musicales. Il rédigea pareillement des oraisons sur tous les psaumes.

(615). Jean, d'abord moine, ensuite   évêque  de Saragosse, composa aussi, pour la Liturgie gothique, plusieurs prières remarquables par le style et l'harmonie.

(617). Jean, évêque de Bostres, en   Arabie, hérétique monophysite, est auteur d'une Anaphore, traduite en latin par Renaudot.

(620). Jean Mosch, moine de Palestine, dans son fameux livre intitulé le Pré Spirituel, présente une foule de particularités curieuses qui ont trait à la Liturgie de son temps, et en particulier l'histoire des enfants d'Apamée.

(620).  Saint  Protadius,   évêque   de   Besançon, n'est connu, sous le rapport de ses  travaux liturgiques, que par ce que nous en apprend l'auteur anonyme de sa vie. Il dit que les clercs des églises de Besançon étant souvent en difficulté au sujet des cérémonies qu'ils devaient observer, saint Protadius fit un livre en forme de rituel, dans lequel il prescrivit de quelle manière on devait se comporter dans l'assemblée des Frères ; ce que l'église devait pratiquer ou éviter ; combien il   devait y avoir de ministres à l'autel, dans les fêtes solennelles ; quel temps on devait prendre pour les  processions publiques, et les lieux où elles devaient se diriger ; quel jour les Congrégations de la ville devaient se  rendre à la mère église ; enfin, ce qu'il fallait pratiquer dans l'église, chaque jour de l'année.

(626). Saint Donat, évêque de Besançon, a composé une règle célèbre, pour des religieuses, dans laquelle on trouve de nombreuses et importantes particularités sur l'office divin.

(645). Saint Maxime, abbé de Chrysopolis, le vengeur de l'orthodoxie contre les monothélites, mérite aussi d'être compté parmi les liturgistes, pour son excellente Mystagogie ou Exposition de la Liturgie, et encore pour son précieux commentaire de la Hiérarchie ecclésiastique de saint Denys l'Aréopagite.

(646). Eugène II, évêque de Tolède, suivant ce que dit saint Ildephonse, corrigea les livres de l'Église gothique, sous le rapport du chant. Le B. Tommasi lui donne, d'accord avec Alcuin, l'hymne : Rex Deus immensi quo constat machina mundi.

(651). Jacques dit le Commentateur, de la nature de ses travaux, fut évêque d'Edesse. Il est honoré comme saint et docteur orthodoxe par les Maronites. Entre autres compositions liturgiques, il est auteur d'une Anaphore en l'honneur de saint Jacques, apôtre, et d'une autre insérée au recueil de Renaudot. Il a donné aussi un Ordre du saint Baptême, qui se trouve dans plusieurs des rituels orientaux; une Lettre à Thomas, prêtre, dans laquelle est décrite la messe des Syriens ; une autre lettre à Jean le Stylite, sur la bénédiction de l'eau ; une autre à Adée, prêtre, sur divers rites ecclésiastiques ; dix hymnes pour la fête des Palmes ; une autre en l'honneur de la sainte Vierge Marie, etc.

(651). Jésuiab d'Adiabène, patriarche des nestoriens, mit en ordre l'office pour le cercle de l’année, dit Amro, cité par Zaccaria. Il régla aussi l'ordre du baptême, de la pénitence, des ordinations, et de la Dédicace de l'Église. Il composa en outre des hymnes nombreuses.

(657). Saint Ildephonse, moine et ensuite évêque de Tolède, l'une des  plus   brillantes   lumières   de l'Église gothique d'Espagne, a laissé un opuscule excellent sur les cérémonies du Baptême. Il composa en outre deux Messes d'un chant merveilleux, en l'honneur de saint Côme et de saint Damien.

(661). George, appelé aussi Grégoire, évêque de Syracuse, a composé des Tropes en l'honneur de la Nativité de Notre-Seigneur et de son Epiphanie.

(668). Théodore, moine, et plus tard archevêque de Cantorbéry, est connu par son fameux Livre pénitentiel, qui donne une idée de l'administration du sacrement de Pénitence au VIIe siècle, dans l'Église latine.

(675). Saint Julien, successeur de saint Ildephonse sur le siège de Tolède, outre les hymnes qu'il a composées, rédigea un livre des Messes pour toute l'année, corrigeant les anciennes et en ajoutant de nouvelles.

(682). Saint Léon II, pape, est appelé, dans le Liber pontificalis, vir eloquentissimus, cantilena ac psalmodia prœcipuus, et in earum sensibus subtilissima exercitatione elimatus. Platine vante aussi l'habileté de ce Pape dans la musique, et dit qu'il régla la psalmodie et réforma le chant des hymnes. L'abbé Lebeuf ne fait pas de difficulté de lui attribuer une certaine part au Livre Responsorial, dont le fond appartient à saint Grégoire.

(685). Jean Maron, premier patriarche des Maronites, qui tirent de lui leur nom, est auteur d'une Anaphore et d'un livre du Sacerdoce.

(691). Johannicius de Ravenne, mit en ordre les Livres sacrés, les Antiennes et tous les rites de l'Église de Ravenne ; c'est ce que rapporte Zaccaria, d'après de Rubeis et Ginanni.

(700). Ecbert, Suédois, moine de Lindisfarne, écrivit un livre de Ritibus catholicorum.

(700). Saint Adelme, abbé de Malmesbury, et ensuite évêque de Schirburn, se   distingua,  dit l'abbé Lebeuf, par son aptitude à composer le chant ecclésiastique.

(701). Le vénérable Bède, moine anglais, est auteur du Martyrologe qui porte son nom, et de plusieurs hymnes. Le B. Tommasi lui attribue les suivantes : Hymnum canentes Martyrum, pour la fête des Saints Innocents ; Hymnum canamus gloriœ, pour l'Ascension ; Emitte, Christe, Spiritus, pour la Pentecôte ; Prœcursor altus luminis, pour la Nativité de saint Jean-Baptiste ; et Proecessor almus gratiae, pour sa Décollation ; Apostolorum gloriam, pour la fête des saints Apôtres Pierre et Paul ; Adesto, Christe, vocibus, pour la Nativité de la sainte Vierge, Nunc Andreae solemnia, pour la fête de saint André ; Hymnum dicat turbafratrum, pour l'Office de la Nuit ; Primo Deus cœli globum, sur l'œuvre des six jours.

(705). Acca, moine anglais, ami du vénérable Bède, écrivit un livre des Offices ecclésiastiques.

(710). Saint André, archevêque de Crète, est auteur d'un grand nombre d'hymnes sur diverses fêtes de l'année, sur la sainte Vierge Marie et sur plusieurs autres saints.

(720). Babaeus, hérétique nestorien, érigea des écoles de musique sacrée dans la province d'Adiabène, et composa diverses bénédictions et des hymnes.

(730). Cosme, d'abord moine, puis évêque de Maiuma en Palestine, fut le maître de saint Jean Damascène. Il est auteur de plusieurs hymnes qui se chantent dans les offices de l'Église grecque.

(730). Saint Jean Damascène a composé aussi diverses hymnes sacrées que l'on trouve dans ses œuvres, et dont plusieurs font partie de la Liturgie grecque.

742). Saint Chrodegang, évêque de Metz, dans sa règle pour les Chanoines, a renfermé un grand nombre de particularités précieuses pour la connaissance de la Liturgie de son temps.

(750). Zaccaria place vers cette année l'Anonyme auquel nous devons l'Exposition de la Messe romaine, insérée par Dom Martène, au tome premier de son grand ouvrage de Antiquis Ecclesiœ ritibus.

(760). Théodose, évêque de Syracuse, composa des hymnes destinées à être chantées à l'office des Vêpres, les jours de jeûne.

(760). Florus, moine de Saint-Tron, fit des additions importantes au Martyrologe de Bède.

(768). Charlemagne fut zélé pour la Liturgie. Nous verrons bientôt les mesures qu'il prit à l'effet de procurer l'unité des formes du culte dans toute l'étendue de son vaste empire. Il est auteur de l'hymne Veni, Creator Spiritus ; d'un livre à Alcuin, de Sacrificio Missœ et ratione Rituum Ecclesiœ ; d'une lettre circulaire, de Baptismo ejusque ritibus, adressée à Odilbert, archevêque de Milan.

(770). Saint Sturmius, premier abbé de Fulde, publia un opuscule sous ce titre : Ordo Officii in domo, seu Ecclesia Frisingensi, ante Pascha.

(770). Grégoire de Systre, hérétique nestorien, écrivit sur les raisons des fêtes, et un cantique qui commence ainsi : Estote parati.

(773). Cyprien, métropolitain de Nisibe, composa un Ordre de l'imposition des mains.

(774). Paul, diacre d'Aquilée, moine du Mont-Cassin, historien remarquable, est auteur de l'hymne de Saint Jean : Ut queant laxis. Il rédigea aussi un Homiliaire, ou recueil d'Homélies des Saints Pères, pour être lues dans les Offices de l'Église. Vers le même temps, on trouve un autre Homiliaire composé par Alain, moine de Farfa.

(776). Saint Paulin, patriarche d'Aquilée, a composé sept hymnes en grands ïambiques,   parmi lesquels  le B. Tommasi et Madrisius, éditeur de saint Paulin, comptent celle de la fête de saint Pierre et saint Paul, l'une des deux attribuées à Elpis, femme de Boëce : Felix per omnes festum mundi cardines.

(780). Alcuin, moine anglais, a été très célèbre parmi les liturgistes de son temps. On lui a longtemps attribué un Sacramentaire, un Homiliaire, et surtout le livre de Divinis Officiis, qui est une exposition de l'Ordre romain, composée après l'an 1000 ; mais il est certainement auteur des ouvrages suivants : Liber Sacramentorum ; Officia per ferias ; de Ratione Septuagesimœ, Sexagesimœ et Quinquagesimœ, Epistola ad Ethelardum ; de Psalmorum usu; à quoi il faut ajouter une autre Epître au prêtre Oduin, de Baptismi cœremoniis.

(793). Cyriaque, patriarche d'Antioche, semble avoir composé une Liturgie chaldaïque, bien que cette question ne soit pas sans difficulté entre les savants dont Zaccaria rapporte les avis.

(794). Théodulphe, évêque d'Orléans, outre un livre de Ordine et Oratione rituum Baptismi, composa, pendant sa détention à Angers, la fameuse hymne du Dimanche des Rameaux : Gloria, laus et honor.

(798). Leidrade, archevêque de Lyon, adressa à Charlemagne un livre sur le Sacrement du Baptême, et une Epître au même, sur le même sujet.

(799). Jessé, évêque d'Amiens, écrivit une lettre à son clergé et à son peuple, sur l'explication des rites observés par l'Église, dans le Baptême. Enfin, vers l'an 800, Magnus, archevêque de Sens, composa, par ordre de Charlemagne, un opuscule, de Mysterio Baptismatis, inséré, par Dom Martène, dans le premier volume de ses Rites ecclésiastiques.

 

Nous conclurons ce chapitre par les observations suivantes :

Durant   les VIIe et  VIIIe siècles, la  Liturgie suivit le même mouvement de perfectionnement qui lui avait été imprimé dès le IVe et le Ve ;

Tous les grands docteurs, les grands évêques, les grands abbés, furent liturgistes ; les hérétiques continuèrent, en Orient, à souiller de leurs mains impures les livres des prières sacrées ;

Le Siège apostolique, sans déclarer encore l'intention d'unir tout le patriarcat d'Occident sous la loi d'une même Liturgie, exigea des évêques d'Italie le serment de garder les usages de l'Église romaine, et n'en permit pas d'autres aux nouvelles églises que ses apôtres établissaient dans une partie de l'Europe ;

 

Enfin, les travaux de saint Grégoire sur les divins Offices, la correction de l'Antiphonaire ; en un mot, tous les perfectionnements que ce grand Pape et ses successeurs introduisirent dans la Liturgie romaine, la rendirent de plus en plus digne du respect et de l'admiration des Églises d'Occident, qui la vénèrent et la pratiquent encore, excepté l'Église de Milan, qu'une possession non interrompue autorise à conserver une Liturgie vénérable par son origine pure, et quelques autres qui dans des jours mauvais se sont séparées de l'harmonieux concert établi dans tout le monde latin par l'unité liturgique.

 

DOM GUÉRANGER

INSTITUTIONS LITURGIQUES : CHAPITRE VII : TRAVAUX   DE   SAINT    GREGOIRE    LE    GRAND    SUR    LA   LITURGIE ROMAINE. —  PROGRÈS DE CETTE  LITURGIE DANS L'OCCIDENT. — AUTEURS LITURGISTES DES VIIe ET VIIIe SIECLES.

 

St Gregory

Saint Grégoire Le Grand par Goya

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