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INSTITUTIONS LITURGIQUES : la loi mosaïque fut promulguée à l'effet de donner une forme plus précise et plus solennelle à la liturgie

Les questions de détail seront traitées à  leur place dans les volumes suivants, d'après l'ordre que les matières présenteront successivement d'elles-mêmes.

 

La Liturgie est une chose si excellente, que, pour en trouver le principe, il faut remonter jusqu'à Dieu ; car Dieu, dans la contemplation de ses perfections infinies, se loue et se glorifie sans cesse, comme il s'aime d'un amour éternel. Toutefois ces divers actes accomplis dans l'essence divine, n'ont eu d'expression visible et véritablement liturgique que du moment où une des trois Personnes ayant pris la nature humaine, a pu dès lors rendre les devoirs de la religion à la glorieuse Trinité.

 

Dieu a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique pour l'instruire dans l'accomplissement de l'œuvre liturgique. Après avoir été annoncée et préfigurée pendant quarante siècles, une prière divine a été offerte, un sacrifice divin a été accompli, et, maintenant encore et jusque dans l'éternité, l'Agneau immolé dès le commencement du monde s'offre sur l'autel sublime du ciel et rend d'une manière infinie à l'ineffable Trinité tous les devoirs de la religion, au nom des membres dont il est le Chef, lesquels confessent, supplient et glorifient avec lui, par la vertu du divin Esprit qui, les animant de son souffle et les couvrant de son ombre, forme en eux cet inénarrable gémissement qui retentit doucement dans les cœurs.

 

Infiniment au-dessous de l'Agneau, mais incomparablement au-dessus de toute autre créature, Marie, mère de Dieu, assistant en corps et en âme, afin que rien ne manque à la plénitude de son expression liturgique, offre à Dieu la prière la plus pure et la plus complète après celle du Fils de Dieu auprès duquel elle introduit les vœux de la création, les complétant de sa perfection propre, les rendant agréables de sa faveur toujours agréée.

 

Les chœurs des esprits angéliques célèbrent aussi la louange de Dieu. Ils ne cessent de crier alternativement : Saint, saint, saint ! Ils rendent tous les devoirs de la religion pour eux-mêmes, et aussi pour le reste de la création, particulièrement pour les hommes auxquels Dieu a, comme à eux, confié l'honneur de son service.

 

Les hommes élus et glorifiés, les saints, établis dans une harmonie parfaite de grâce et de gloire, chantent aussi la divine louange, continuant d'un ton plus fort et plus mélodieux encore leurs cantiques de la terre, et, afin que rien ne manque aux conditions de leur Liturgie, ils reprendront un jour leurs corps pour lui pouvoir donner une forme visible.

 

L'Église militante enfin loue Dieu avec l'Agneau qui est son époux et sur lequel elle est appuyée ; avec Marie, qui est sa miséricordieuse reine ; avec les anges, qui la gouvernent sous l'œil du Très-Haut ; avec les saints, qui l'aiment toujours d'une tendresse filiale, et la tirent d'en haut ; enfin dans cette demeure mortelle où la retiennent les décrets divins et qu'elle est appelée à sanctifier, elle remplit admirablement toutes les conditions de la Liturgie, ainsi que nous le ferons voir en détail dans ces Institutions.

 

Mais suivons d'abord les principes et les développements de cette Liturgie sous ses formes générales. Reconnaissons d'abord que le monde n'a jamais été sans elle : car, comme l'Eglise date du commencement du monde, suivant la doctrine de saint Augustin, la Liturgie date de ce même commencement. En effet, l'homme n'a point été sans connaître Dieu qui se révéla à lui tout d'abord; or, connaissant Dieu, il n'a point été sans l'adorer, sans le supplier, sans célébrer ses grandeurs et ses bienfaits, et ces sentiments n'ont point non plus été dans l'homme sans se produire par des paroles et des actes.

 

Dieu daigna révéler ces formes de la Liturgie, comme il donna à l'homme la pensée, comme il lui donna la parole, comme il se manifesta à lui en qualité d'auteur de la nature et d'auteur de la grâce et de la gloire. Aussi voyons-nous, dès l'origine, la Liturgie exercée par les premiers hommes dans le principal et le plus auguste de ses actes, le sacrifice. Malgré la différence de leurs hosties, et par la raison de cette différence même, Caïn et Abel attestent dans leurs offrandes diverses un ordre préétabli, un rite commun, quoique le sacrifice du second soit sanglant et que l'offrande du premier ne le soit pas.

 

Bientôt, à cette même époque antédiluvienne, si riche de communications divines, nous lisons d'Énos, homme juste et serviteur de Dieu, qu'il commença d'invoquer le nom du Seigneur, c'est-à-dire, comme l'ont entendu les Pères, à enrichir de développements plus vastes cette première forme qui remontait au jour même de la création de l'homme. Durant cette période, le sacrifice persévéra toujours ; car Noé, au sortir de l'Arche, pendant que l'arc du Seigneur resplendissait à l'horizon, immola en action de grâces plusieurs des animaux purs que, dans cette intention même, Dieu avait ordonné de conserver en plus grand nombre.

 

Ainsi le principe liturgique avait été sauvé du redoutable cataclysme qui engloutit pour jamais la plupart des souvenirs de ce premier monde ; il survécut avec le langage, avec les traditions sacrées des patriarches. Nous en voyons de fréquentes applications dans les pages si courtes du récit antémosaïque. Abraham, Isaac, Jacob, offrent des sacrifices d'animaux ; ils dédient au Seigneur les lieux où ils ont senti sa présence ; ils élèvent des pierres en autel ; ces pierres, comme aujourd'hui, ont besoin d'être inondées d'huile pour devenir dignes de recevoir la majesté de Dieu ; et non-seulement l'autel paraît, mais le sacrifice futur est montré de loin. Tout à coup, un Roi Pontife, tenant en ses mains le pain et le vin, offre une hostie pacifique, et avec tant de vérité, que la mémoire de son sacrifice et de sa consécration demeure pour être invoquée mille ans après, par un autre prophète-roi, mais non plus pontife, comme type du sacerdoce et du sacrifice du Messie à venir.

 

Durant toute cette époque primitive, les traditions liturgiques ne sont point flottantes et arbitraires, mais précises et déterminées : elles se reproduisent toujours les mêmes. On voit clairement qu'elles ne sont point de l'invention de l'homme, mais imposées par Dieu lui-même ; car le Seigneur loue Abraham d'avoir gardé non-seulement ses lois et ses préceptes, mais encore ses cérémonies.

 

La loi mosaïque fut ensuite promulguée en son temps, à l'effet de donner une forme plus précise encore et plus solennelle à la Liturgie, de créer un corps de Prêtres présidé par un Pontife souverain, de fixer, au moyen de règlements écrits, des traditions jusqu'alors conservées pures, mais dont la défection générale des peuples menaçait l'intégrité. Toutefois, avant que Moïse montât sur le Sinaï, où il devait recevoir cette loi, déjà l'Agneau pascal avait été immolé au milieu des rites les plus mystérieux, et déjà le chef des Hébreux avait chanté l'hymne du passage de la mer Rouge, pendant que Marie, à la tête du chœur des vierges d'Israël, l'accompagnait du son des instruments sacrés.

 

Dieu parle donc et révèle cet ensemble de rites dans lequel on voit figurer en un ordre admirable les diverses espèces de sacrifices, les expiations, l'offrande des prémices, le feu sacré, les thurifications, les habits sacerdotaux, etc. La Liturgie sort de l'enfance et passe à son âge intermédiaire, durant lequel elle ne devait plus être exercée sous une forme simplement domestique, mais sous une forme plus sociale, au moyen d'une tribu sacrée ; mais, d'autre part, ses symboles, si riches qu'ils fussent, ne devaient pas renfermer les réalités qu'ils signifiaient. Le développement de ce magnifique tableau n'entre point dans notre plan ; de nombreux et savants commentateurs s'en sont occupés dans des ouvrages spéciaux que tout le monde peut consulter.

 

D'ailleurs le Lévitique ne renfermait pas tous les détails rituels du culte mosaïque, non plus que les tables de la loi, toutes les croyances du peuple de Dieu. Beaucoup de particularités liturgiques se conservaient par la tradition ; tels sont le rite du cantique des degrés, la prière sept fois le jour et au milieu de la nuit,l’onction des rois, et mille autres faits épars dans les livres historiques et prophétiques de l'Ancien Testament.

 

Nous ne devons pas manquer de signaler aussi ce phénomène si remarquable, qui surprend dès l'abord l'observateur des anciennes religions, savoir, la ressemblance frappante des formes religieuses employées par la plupart des peuples Gentils avec les rites liturgiques du peuple israélite. Ce fait est incontestable, et, ainsi qu'on l'a remarqué il y a longtemps, il a contribué puissamment à préparer les voies à l'établissement du culte chrétien, soit qu'on l'explique, avec la plupart des anciens Pères, par une suite de communications de ces peuples avec les Juifs, soit qu'on le considère comme un débris des traditions patriarcales dont le culte mosaïque n'était qu'un vaste développement.

 

DOM GUÉRANGER

INSTITUTIONS LITURGIQUES : CHAPITRE III : ÉTAT DE LA LITURGIE AU TEMPS DES APÔTRES 

 

Moïse offrant un agneau

Moïse offrant un agneau, Bible, Initiale U du Lévitique, XIIIe s. - Montmajour, Abbaye Saint-Pierre 

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