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Histoire des Croisades par Guillaume de Tyr : Nuit incertaine pour les assiégeants et les assiégés

La nuit vint mettre un terme à cette lutte opiniâtre et pleine de dangers, et la laissa même sans résultat certain. Il semblait qu'elle dût apporter quelque soulagement à tant de fatigues, mais les esprits demeuraient agités des plus vives sollicitudes, qui éloignaient toute possibilité de sommeil : on continua à travailler avec la même ardeur.

 

Les Croisés, en proie à toutes sortes d'angoisses, échauffés par le désir d'accomplir leurs vœux, attendaient avidement le retour de la lumière du jour pour recommencer le combat et tenter de nouveau la fortune, espérant que le Seigneur leur accorderait de meilleures chances et leur livrerait enfin la victoire. Leur anxiété cependant était extrême : ils craignaient sans cesse que les ennemis ne parvinssent, de manière ou d'autre, à mettre le feu à leurs machines ; ils veillèrent donc sans interruption, et nul ne se permit de se livrer un moment au sommeil.

 

Dans le même temps les assiégés n'éprouvaient pas de moindres inquiétudes ; des soucis rongeurs les dévoraient aussi ; ils craignaient également que ceux qu'ils avaient vus la veille les presser avec tant d'animosité ne profitassent du silence d'une nuit périlleuse pour renverser une muraille, ou dresser des échelles qui pussent leur fournir le moyen de pénétrer secrètement dans la ville. Ils redoublèrent donc d'activité et de vigilance pour se défendre d'un aussi grand danger; ils placèrent à chacune des tours des préposés aux veilles, et ceux-ci, durant toute la nuit, ne cessèrent de faire des rondes sur les remparts et de visiter toute l'enceinte. Les hommes les plus considérables par leur naissance, ceux qui avaient le plus à cœur les intérêts publics, parcouraient les places, et exhortaient tous les citoyens à veiller sans relâche pour le salut de leurs femmes et de leurs enfants, pour la conservation de leurs fortunes particulières et de l'État, à visiter toutes les portes et toutes les rues de la ville, afin de découvrir les entreprises secrètes des ennemis.

 

Ainsi, des deux parts, assiégeants et assiégés, également remplis de sollicitude, ne se donnaient aucun instant de repos; et quoique le combat fût fini, l'ardeur qui enflammait les deux partis rendait leur condition plus fâcheuse encore qu'elle ne l'était la veille, même au plus fort de la mêlée.

 

GUILLAUME DE TYR, HISTOIRE DES CROISADES, BnF - Gallica

 

Jerusalem at night 

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