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Histoire des Croisades par Guillaume de Tyr : Massacre des assiégés

Cependant le duc et tous ceux qui étaient entrés avec lui s'étant réunis, couverts de leurs casques et de leur boucliers, parcouraient les rues et les places, le glaive nu, frappant indistinctement tous les ennemis qui s'offraient à leurs coups, et n'épargnant ni l’âge ni le rang. On voyait tomber de tous côtés de nouvelles victimes, les têtes détachées des corps s'amoncelaient çà et là, et déjà l'on ne pouvait passer dans les rues qu'à travers des monceaux de cadavres. Les princes étaient presque arrivés vers le milieu de la ville, poursuivant le massacre sans interruption, et le peuple, toujours disposé au carnage, se précipitait en foule sur leurs pas, altéré du sang des infidèles.

 

Pendant ce temps le comte de Toulouse et les princes qui combattaient avec lui auprès de la montagne de Sion, ignoraient encore cette victoire et la prise de la ville. Cependant les cris de nos guerriers, au moment où ils se virent maîtres de la place, les cris plus horribles encore de ceux qui tombaient sous leurs coups, excitèrent l'étonnement des assiégés qui résistaient encore de ce côté; ils ne savaient à quelle cause attribuer ces clameurs inaccoutumées et ce tumulte toujours croissant ; enfin ils apprirent que l'entrée de la ville venait d'être forcée et que nos troupes en occupaient déjà une partie; aussitôt abandonnant leurs tours et leurs murailles, et fuyant de divers côtés, ils ne s'occupèrent plus que du soin de leur propre sûreté; et comme la citadelle était peu éloignée du point où ils se trouvaient, ils y coururent en foule, et la plupart d'entre eux s'y renfermèrent.

 

Cependant les Croisés appliquèrent leur pont sur la muraille sans aucune difficulté, dressèrent aussi leurs échelles, et tous entrèrent dans la ville, sans que personne leur opposât le moindre obstacle.

 

Dès qu'ils furent parvenus sur les remparts, ils allèrent ouvrir la porte du midi, qui se trouvait près de là, et tout le peuple chrétien pénétra facilement par ce nouveau côté. L'illustre et vaillant comte de Toulouse entra dans la place, suivi d'Isoard, comte de Die, de Raimond Pelet, de Guillaume de Sabran, de l'évêque d'Albar et de beaucoup d'autres nobles, dont aucune histoire n'a pu me fournir les noms ni m'indiquer le nombre. Tous se réunissant en troupes, armés jusqu'aux dents, se précipitèrent en même temps dans la ville, faisant de toutes parts un horrible carnage. Ceux des assiégés qui, fuyant le duc et ses soldats, espéraient pouvoir enfin échapper à la mort, en se retirant dans d'autres parties de la ville, tombaient dans de plus grands périls, en rencontrant inopinément les bataillons du comte de Toulouse, et n'échappaient aux rochers de Scylla que pour être précipités dans les gouffres de Charibde.

 

Enfin, de toutes parts, le carnage était si grand, le sang coulait en une telle abondance, que les vainqueurs eux-mêmes devaient en être fatigués, et en éprouver un sentiment d'horreur.

 

GUILLAUME DE TYR, HISTOIRE DES CROISADES, BnF - Gallica

 

Jewish cemetery Mount of Olives 

Cimetière Juif au Mont des Oliviers

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