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SAINTE CÉCILE ET LA SOCIÉTÉ ROMAINE : la basilique Pudentienne

La région où reposèrent ces nobles et primitifs chrétiens est encore reconnaissable par la forme des loculi, et par le style antique des peintures sur le stuc dont les parois sont ornées. C'est là que M. de Rossi a découvert l'antique image de la Vierge dont nous parlerons plus tard.

 

 Les deux filles de Cornélius Pudens, Praxède et Pudentienne, continuèrent d'habiter la maison paternelle du Viminal, que rendait si vénérable le séjour qu'y avait fait le prince des apôtres. Elles y vivaient dans la virginité, et l'une des deux au moins avait reçu le voile sacré, dont saint Clément, au siècle précédent, avait honoré Flavia Domitilla. Leur vie se passait dans la prière, et comme elles désiraient remplir jusqu'aux conseils même du Seigneur, elles se résolurent de vendre leur patrimoine, et d'en distribuer le prix aux pauvres. Leur maison, ainsi que nous l'avons dit plus haut, était un des centres de réunion pour les fidèles ; mais elle pouvait être élevée à un degré supérieur encore, si le pontife consentait à y établir la fontaine baptismale qui était réservée aux principaux sanctuaires. La dignité que cette maison empruntait de ses grands souvenirs semblait appeler cette distinction. Les deux soeurs exprimèrent leur désir au prêtre Pastor, et Pie accorda le privilège. Les Actes disent qu'à la Pâque suivante, il n'y eut pas moins de quatre-vingt-seize personnes baptisées dans ce lieu vénérable. Une si noble origine a rendu sacrée à jamais la basilique Pudentienne,  le plus ancien titre de la ville sainte, connu aujourd'hui sous le nom d'église Sainte-Pudentienne. Elle est appelée aussi, dans les anciens documents, Titulus Pastoris, à cause du prêtre Pastor dont l'influence lui obtint de si grands honneurs, et qui probablement la desservit lui-même.

 

 Une année et demie s'était à peine écoulée que Pudentienne s'envolait de ce monde pour aller recevoir au ciel la couronne des vierges. Praxède conserva vingt-huit jours près d'elle le corps de sa soeur, et l'ensevelit à coté de leur père au cimetière de Priscille. Son affection pour cette soeur chérie a laissé dans l'hypogée des Pudens un monument que nos yeux voient encore. Sur une chaire pontificale, un vieillard est assis ; près de lui est une jeune fille debout, tenant avec respect un voile qu'elle vient de recevoir du pontife. Un troisième personnage, debout aussi, accompagne le vieillard et complète la scène. Dans un tel lieu, et si l'on considère le style encore très correct de la peinture, il n'est pas difficile de reconnaître sur cette fresque la vierge Pudentienne, le pontife qui la consacra et le prêtre dont il fut assisté. Quel autre que Praxède elle-même, appelée à demeurer longtemps encore dans les luttes de la vie, a pu consacrer à son angélique soeur ce touchant témoignage de son respect et de sa tendresse, placé ainsi sous la garde des plus précieux souvenirs de leur famille ? Il est naturel de rapporter cette fresque,  qui est une des  rares peintures historiques des catacombes, à la première moitié du deuxième siècle, la seconde ayant été agitée par la persécution de Marc-Aurèle, sous laquelle Praxède elle-même disparut de ce monde.

 

 Les Actes nous font connaître un pieux Romain nommé Novatus, dont le frère appelé Timothée était prêtre de l'église romaine. Ce zélé chrétien aimait à venir prier dans l'église Pudentienne, et il appartient aux groupes de saints personnages que nous voyons réunis autour de la vierge Praxède. Il possédait sur l'Esquilin des thermes qui n'étaient plus en usage, quoique la construction en fût belle et spacieuse. Sa piété le porta à consacrer cet édifice au culte de Dieu, et deux ans environ après la dédicace de l'église Pudentienne, sentant la mort approcher, il en légua la propriété à son frère Timothée, sous le nom duquel ce nouveau titre figura d'abord. Praxède obtint aisément de Pie l'érection de ce sanctuaire. L'église qui s'élève aujourd'hui sur son emplacement porte le nom de la vierge, et est encore pleine de son souvenir.

 

Le Liber ponlificalis s'accorde avec les Actes de sainte Praxède, pour attribuer à Pie un décret (Constitutum) qui intéressait l'Eglise entière. Selon les Actes, ce décret avait pour objet la fête de Pâque, dont il s'agissait d'amener la célébration au dimanche dans toutes les églises, nonobstant la pratique contraire qui était encore suivie dans un certain nombre de lieux. Cette question reparut vers la fin du siècle, sous le pontificat de Victor ; mais déjà Pie avait senti la nécessité d'établir l'uniformité sur une matière si importante. Il rappelait aux églises lointaines la tradition que saint Pierre, ainsi que nous l'avons dit, avait laissée à ce sujet dans l'église de Rome, et qu'il semblait urgent d'appliquer à toute la chrétienté, maintenant que l'élément judaïque, envers lequel l'Eglise avait dû garder d'abord quelque ménagement, était complètement dissous.

 

Nous verrons la suite de cette affaire sous le pontificat suivant.

 

DOM GUÉRANGER

SAINTE CÉCILE ET LA SOCIÉTÉ ROMAINE AUX DEUX PREMIERS SIÈCLES (pages 302 à 305) 

 

Cecilia

SAINTE CÉCILE - Santa Cecilia in Trastevere, Rome

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