Publicité

INSTITUTIONS LITURGIQUES : ce qu'il importe surtout de voir c'est la réforme de l'Église, renouvelant elle-même sa jeunesse comme celle de l'aigle

Depuis Sixte-Quint, le nombre des cardinaux membres de la congrégation des rites a été porté à vingt-quatre. Nous ferons connaître ailleurs plus en détail la nature des attributions de ce tribunal, et sa manière de procéder dans les causes des rites sacrés.

 

Clément VIII, qui monta sur le Saint-Siège en 1592, et dont le glorieux pontificat se prolongea jusqu'à l'an 1605, continua avec un zèle infatigable l'œuvre de la réforme liturgique.

 

Ses premiers soins se portèrent sur le Pontifical. Ce livre, si indispensable pour l'exercice des fonctions épiscopales, avait été imprimé plusieurs fois, tant en Italie qu'en France, mais il renfermait plusieurs incorrections, et le soin de les faire disparaître et de ramener l'unité dans des rites si importants, ne pouvait appartenir qu'au pontife romain. Clément VIII, par un bref du 10 février 150,6, qui commence par ces mots : Ex quo in Ecclesia Dei, annonce à l'Église la correction qu'il a fait faire du Pontifical romain, à l'instar de celle qu'avait entreprise, sur les Bréviaire et Missel romains, son glorieux prédécesseur saint Pie V. Il dit qu'il a réuni une commission des hommes les plus versés dans la science des rites pontificaux, lesquels ont procédé dans leur réforme d'après les plus anciens manuscrits, tant des églises de Rome que des bibliothèques Vaticane et autres. En conséquence, le pape supprime tous les autres pontificaux qui seraient en usage en quelques lieux que ce soit, et enjoint à tous patriarches, archevêques, évêques, abbés et autres prélats, de recevoir ce pontifical réformé et d'en faire usage ; "statuant que, dans aucun temps, on ne pourra faire à ce livre aucun changement, addition, ou retranchement, et déclarant que tous ceux qui doivent exercer les fonctions pontificales, ou faire et exécuter quelques-unes des choses qui sont contenues audit Pontifical, seront tenus de faire et observer toutes les choses qui y sont prescrites, en sorte qu'aucun d'eux ne pourra satisfaire à la charge qui lui a été imposée, qu'en se servant des formules contenues dans ce même livre."

 

Quatre ans après, en 1600, le même pontife publia, par un bref du 14 juillet, qui commence par ces mots : Cum novissime, l'édition réformée du Cérémonial des évêques. "Après avoir, dit-il, corrigé et restitué, par le ministère d'hommes pieux et érudits, le Pontifical romain, qui s'était trouvé corrompu et altéré en plusieurs endroits, et l'avoir publié pour l'usage et commodité des évêques et autres prélats des églises, il Nous a semblé nécessaire de donner nos soins à la réforme du Cérémonial des évêques, qui est indispensable pour toutes les églises, particulièrement pour les métropolitaines, cathédrales et collégiales, et dans lequel sont contenus les rites et cérémonies pour la célébration des messes, des vêpres et autres divins offices, et pour les diverses fonctions et actes, tels que les doivent observer les évêques et les autres prélats inférieurs, etc.." Clément VIII dit ensuite que les commissaires chargés de la réforme du cérémonial se sont appliqués à le mettre en harmonie avec le Pontifical. En effet, dans son bref sur le Pontifical, le pontife avait remarqué que les correcteurs de ce dernier livre en avaient retranché toutes les choses qui auraient été mieux à leur place dans le Cérémonial : ces deux sources de la science liturgique se trouvent donc dans un rapport parfait. Après avoir sanctionné l'obligation, pour toutes les personnes que ce Cérémonial concerne, de s'y conformer en toutes choses, et déclaré abrogés tous les anciens cérémoniaux, dans les points qui ne seraient pas conformes au nouveau, Clément VIII statue pour l'obligation absolue de se servir de ce livre, le terme de deux mois pour tous ceux qui sont présents à la cour de Rome, de huit mois pour ceux qui sont en-deçà des monts, et de douze pour ceux qui sont au delà.

 

Si nous venons maintenant à rechercher la manière dont s'opéra la promulgation du Pontifical et du Cérémonial de Clément VIII, nous trouvons qu'ils furent l'un et l'autre reçus dans toutes les églises de l'Occident, à l'exception de quelques églises de France qui ont jugé à propos de se donner un pontifical, et d'un beaucoup plus grand nombre qui n'ont pas cru devoir accepter le cérémonial. Dieu sait aussi quel désordre existe dans un grand nombre de nos cathédrales, où les fonctions pontificales s'accomplissent d'après des règles que personne n'a jamais vues écrites, et qui, dans tous les cas, sont en contradiction flagrante avec les rubriques si sages, si précises, si harmonieuses du Cérémonial promulgué par Clément VIII et ses successeurs. Quoi qu'il en soit, on peut toujours dire que le décorum de la dignité épiscopale n'a rien gagné à ce refus d'admettre le Cérémonial romain : car il n'est aucun cérémonial diocésain dans lequel cette dignité si sacrée et si éminente soit traitée avec plus d'égards que dans   le romain, et il en est beaucoup dans lesquels on est en droit de se plaindre du contraire. Le lecteur en jugera dans la suite de cet ouvrage.

 

Clément VIII entreprit encore un grand travail dans le but de la réforme liturgique. Il fit faire la révision du bréviaire. Des fautes et des altérations nombreuses s'étaient glissées dans un grand nombre d'exemplaires, par la négligence des imprimeurs ou l'indiscrétion de quelques particuliers. Le pape forma une commission pour rétablir le texte dans sa pureté, et après avoir publié un exemplaire corrigé sortant des presses vaticanes, il statua par lettres apostoliques, en date du 10 mai 1602, et commençant par ces mots : Cum in Ecclesia, des peines pécuniaires très sévères contre les imprimeurs de l'État ecclésiastique, et l'excommunication contre ceux des autres pays, s'ils osaient imprimer le Bréviaire romain sans une licence expresse des inquisiteurs, ou des ordinaires pour les pays dans lesquels le tribunal du Saint-Office n'existe pas. Le bref expose ensuite les formalités que doivent garder les inquisiteurs et les ordinaires avant d'accorder cette licence. Ils collationneront avec le plus grand soin et le bréviaire qui doit être reproduit, et celui qui sortira de la presse, avec un exemplaire de celui que publie Clément VIII ; ils ne permettront aucune addition, ni retranchement ; mention sera faite de cette collation et de la parfaite concordance, sur la licence même donnée à l'imprimeur, et copie de cette licence sera imprimée au commencement, ou à la fin de chaque exemplaire. Les peines encourues ipso facto en cas d'infraction de quelqu'une de ces injonctions, sont, pour les inquisiteurs, la privation de leurs offices, et l'inhabilité perpétuelle à y rentrer ; pour les ordinaires, la suspense a divinis et l'interdiction de l'entrée de l'église ; et, pour leurs vicaires, outre l'excommunication, la privation perpétuelle de leurs offices et bénéfices.

 

Deux ans après, le même pontife publiait, sous la date du 7 juillet 1604, un nouveau bref qui commence par ces mots : Cum sanctissimum, pour la révision du missel. Ce livre avait déjà souffert des altérations, en plus grand nombre même que le bréviaire. Clément VIII se plaint, entre autres choses, qu'on avait indiscrètement corrigé, d'après la version de la Bible de saint Jérôme, un grand nombre d'introït, de graduels et d'offertoires ,qui étaient de la plus haute antiquité dans l'Église, puisqu'ils étaient tirés de l'ancienne Vulgate ; qu'on avait bouleversé plusieurs épîtres et évangiles ; en un mot, qu'on avait introduit plusieurs modifications, sans autorité comme sans discernement. Il dit ensuite qu'il a donné le soin de revoir et de corriger ledit missel, à une commission formée des cardinaux les plus érudits et d'autres gens habiles, lesquels ont non seulement rétabli, dans les endroits où il en était besoin, l'ancienne leçon sur la foi des plus graves exemplaires, mais ont fait plusieurs améliorations, particulièrement à l'article des rubriques, qu'ils ont développées et éclaircies en plusieurs endroits. Le pontife charge ensuite les inquisiteurs et les évêques de veiller à la pureté des exemplaires qui seront imprimés dans les lieux de leur juridiction, statuant les mêmes peines, au cas de contravention, tant pour lesdits inquisiteurs et évêques, que pour les imprimeurs eux-mêmes, qui sont dénoncées dans le bref cité plus haut pour la nouvelle édition du bréviaire. Nous examinerons, dans une partie spéciale de cet ouvrage, la manière dont on se conforme en France aux volontés de Clément VIII. Ses deux constitutions ne sauraient y être inconnues, puisqu'on les trouve imprimées en entier, ou en abrégé, en tête de tous les missels et bréviaires romains publiés depuis deux siècles, tant à Paris que dans les autres villes du royaume.

 

Tels furent les travaux de Clément VIII pour la réforme de la Liturgie ; ils furent dignes de ce grand pontife et de ses prédécesseurs. La commission dont il est question dans les lettres apostoliques que nous venons de citer, se composait, au rapport de Merati : des cardinaux César Baronius, Sylvius Antonianus et Robert Bellarmin, auxquels furent adjoints Louis de Torrès, archevêque de Mont-Réal et depuis cardinal ; Jean-Baptiste Bandini, chanoine de Saint-Pierre ; Michel Ghisleri, théatin, et l'illustre Barthélemi Gavanti, Milanais, des clercs réguliers de Saint-Paul. On ne pouvait sans doute réunir des noms plus imposants, et mettre les rites sacrés sous la sauvegarde d'hommes plus recommandables par leur science et leur piété.

 

Nous allons maintenant donner la liste des auteurs du XVIe siècle qui se sont occupés de la Liturgie.

 

(1501). Jacques Wimpheling, prêtre du diocèse de Spire, composa, à la demande de son évêque, un office de la Compassion de la sainte Vierge, et dédia à ce prélat un poème de Laudibus et Caeremoniis Ecclesiœ. Il a laissé aussi un traité sur les auteurs des hymnes et des séquences.

(1516). Josse Clichtoüe, docteur de Paris, est auteur de l'excellent commentaire liturgique si connu sous le titre de Elucidatorium ecclesiasticum, dans lequel il explique les hymmes, les cantiques, le canon de la messe et autres prières ecclésiastiques, et enfin les proses. On rencontre encore assez facilement aujourd'hui ce précieux ouvrage, qui n'a pas été réimprimé depuis plus de deux siècles. Beaucoup de points de la Liturgie sont traités, dans un autre ouvrage de Clichtoiie, intitulé : Anti-Lutherus, et dans ses autres écrits contre la réforme, qui sont tous fort remarquables pour le temps.

(1520). Albert Castellani, Vénitien, de l'ordre des frères prêcheurs, prépara et dédia à Léon X le livre intitulé Sacerdotale ; il dirigea, en outre, l'édition du Pontifical romain qui parut à Venise en 1520.

 

(1520). Erasme, de Rotterdam, si connu pour la triste influence qu'ont eue ses idées demi-protestantes sur une portion de l'Europe catholique, doit cependant entrer dans la liste des liturgistes du XVIe siècle. Il a laissé des hymnes en l'honneur de la sainte Vierge, dont quelques-unes furent insérées, de son vivant, au Bréviaire de Besançon.

(1528). Pierre Ciruelo, chanoine de la cathédrale de Salamanque, a laissé un ouvrage intitulé : Expositio libri Missalis peregregia.

(1529). Gabriel d'Ancône, augustin, sacristain de la chapelle du pape, composa trois traités qui sont restés manuscrits, savoir: 1° De Ritu et Cœremoniis in Capella Pontificia; 2° Acta in adventu et coronatione Caroli V in civitate Bononiœ; 3° Acta quœdam cœremonialia ab anno 1508, cum supplemento usque ad annum 1550.

 

(1532). George Wicelius, d'abord luthérien, puis réuni à l'Église catholique, laissa deux écrits sur l'objet que nous traitons : 1° Defensio Liturgiœ ecclesiasticœ; 2° Liturgica Exercitamenta christianœ pietatis. Dans ce dernier ouvrage, il donne la traduction de plusieurs des Liturgies de l'Orient.

(1540). François Titelman, de l'ordre des frères mineurs, composa, entre autres ouvrages, les suivants : Expositio mysteriorum Missœ et sacri Canonis ; Expositio officii de sacrosancta Trinitate.

(1540). Jean Cochlée, illustre docteur catholique, chanoine de Breslau, et infatigable défenseur de la foi catholique contre les réformateurs du XVIe siècle, opposa au traité de Luther contre la messe, une édition des livres d'Innocent III, de Mysteriis Missœ, et de ceux de saint Isidore, de Officiis ecclesiasticis. Il est aussi le compilateur de la première collection des auteurs liturgistes que l'on connaisse. Elle parut à Mayence, en 1549, sous ce titre : Speculum antiquœ devotionis circa Missam et omnem alium cultum Dei, ex antiquis, et antea nunquam evulgatis per typographos auctoribus, a Joanne Cochlœo laboriose collectum. Cette collection comprend neuf auteurs, savoir : 

1° Amalaire de Trêves, de Officio missœ ;

2° Walafrid Strabon, de Exordiis et Incrementis rerum ecclesiasticarum ;

3° Saint Basile, de Missa Grœcorum ;

Expositio missœ brevis, d'après d'anciens manuscrits ;

5° Saint Pierre Damien, Liber qui dicitur Dominus vobiscum ;

6° Honorius d'Autun, Gemma animœ;

7° Le Micrologue ;

8° Pierre le Vénérable, Nucleus de sacrificio missœ;

Liber de vita S. Bonifacii, Martyris.

 

(1547). Laurent Massorilli, de l'ordre des frères mineurs, publia un recueil d'hymnes sacrées, divisé en quatre livres, qu'Arevalo juge n'être pas indignes du siècle qui les a produites.

(1550). Gentien Hervet, savant littérateur français qui assista au concile de Trente et mourut chanoine de Reims, traduisit en latin, outre beaucoup d'ouvrages des saints Pères, les Liturgies de saint Jean Chrysostome et de saint Basile, la Mystagogie de saint Maxime, et l'Exposition de la Liturgie, par Nicolas Cabasilas.

(1557). Matthias Francowitz, plus connu sous son nom littéraire de Flaccus Ulyricus, l'un des centuriateurs de Magdebourg, fit imprimer, à Strasbourg, la fameuse Messe latine qui a retenu le nom de ce savant, et qui a tant occupé les critiques catholiques et protestants. Nous en traiterons ailleurs.

 

(1558). Georges Cassandre, docteur flamand, combattit avec zèle les nouveautés de la Réforme, quoiqu'on soit en droit de lui reprocher quelques propositions trop hardies. Il publia un ouvrage savant ayant pour titre : Liturgica de Ritu et Ordine Dominicœ Cœnœ celebrandœ e variis scriptoribus. C'est un recueil de passages des auteurs ecclésiastiques sur toutes les parties de la messe. Il est suivi de l’Ordre romain, le seul que l'on connût alors. Cassandre publia, en outre, un recueil d'hymnes dans le genre de celui de Clichtoue, et un autre recueil des oraisons que l'on appelle collectes.

(1560). Marc-Antoine Muret, célèbre humaniste, appartient à la classe des liturgistes par ses hymnes, dont plusieurs ont été admises dans les bréviaires modernes des diocèses de France.

(1560). Jean-Etienne Duranti, président du parlement de Toulouse, et dont tout le monde connait la fin tragique, a publié sous son propre nom un ouvrage célèbre intitulé : De Ritibus Ecclesiœ catholicœ, dont la dernière édition est de 1675, à Lyon. Plusieurs auteurs contestent cet ouvrage à Duranti, et l'attribuent à Pierre d'Anes, évêque de Lavaur.

 

(1560). Claude de Sainctes, évêque d'Évreux, a traduit en latin les Liturgies de saint Jacques et de saint Basile.

(1560). Wolfgang Lasius, savant philologue allemand, publia une collection liturgique qui doit être comptée pour la seconde et qui parut à Anvers en 1560, sous ce titre : De Veteris Ecclesiœ ritibus ac cœremoniis. Elle est moins ample que celle de Cochlée, et se compose des pièces qui suivent : 

1° Une lettre de Charlemagne à Alcuin, de Cœremoniis ecclesiasticis ;

2° La réponse d'Alcuin à cette lettre ;

3° Le poème d'Hildebert, de Mysterio missœ.

4° Un fragment anonyme, de Ritibus et Cœremoniis Ecclesiœ Romanœ a Nativitate Domini per hyemem

5° Rhaban Maur, de Virtutibus et vitiis.

 

(1562). Antoine de Mouchy, recteur de l'Université de Paris, connu sous le nom de Democharès, publia un gros traité sur le sacrifice de la messe, ouvrage assez indigeste, dirigé contre les sacramentaires.

(1568). Melchior Hittorp, doyen de la collégiale de Saint-Cunibert de Cologne, a publié la troisième collection liturgique et la plus célèbre de toutes. Elle se compose de douze auteurs et porte ce titre: De Catholicœ Ecclesiœ divinis officiis ac ministeriis, varii vetustiorum aliquot Ecclesiœ Patrum ac scriptorum libri. Coloniœ, 1568.

Les livres qu'elle contient sont les suivants : 

1° L'Ordre romain ;

2° Saint Isidore de Séville, de Ecclesiasticis Officiis ;

3° Le faux Alcuin, de Officiis divinis ;

4° Amalaire Fortunat, de Divinis Officiis, et de Ordine Antiphonarii ;

5° Rhaban Maur, de Institutione clericorum ;

6° Walafrid Strabon, de Exordiiset Incrementis rerum ecclesiasticarum ;

7° Bernon de Richenau, de Quibusdam Rebus ad missœ officium pertinentibus ;

8° Le Micrologue, de Ecclesiasticis Observationibus ;

9° Saint Yves de Chartres, vingt et un sermons de Ecclesiasticis Sacramentis, ac Officiis, et Prœcipuis per annum Festis ;

10° Hildebert, de Mysterio missœ ;

11° Raoul de Tongres, de Observantia canonum ;

12° Un anonyme, Missœ Expositio brevis.

La collection d'Hittorp a eu plusieurs éditions, et chaque fois elle a été reproduite avec des augmentations, ainsi qu'on le verra bientôt.

 

(1568). Jean Molanus, docteur de Louvain, publia une édition du Martyrologe d'Usuard, avec des additions tirées du Martyrologe romain et de ceux des églises de la basse Allemagne. Il y joignit aussi le Martyrologe de Wandelberg, et compléta le tout par une excellente préface en vingt-trois chapitres. Il est pareillement auteur d'un livre de Picturis et Imaginibus sacris, et d'un opuscule sur les Agnus Dei.

(1569). Jean Maldonat, illustre professeur delà compagnie de Jésus, joint à ses autres titres de gloire celui de liturgiste distingué. On en peut juger par son excellent traité de Cœremoniis, tant estimé de Richard Simon, et qui a été enfin publié par Zaccaria en 1781, dans le troisième volume de la Bibliotheca ritualis.

(1570). Jean du Tillet, évêque de Saint-Brieuc, puis de Meaux, a laissé un traité en français, de l'Antiquité et de la Solennité de la messe.

 

(1671). Jacques Pamélius, évêque de Saint-Omer, est un des hommes qui ont le mieux mérité de la science liturgique, en donnant au public son importante collection intitulée : Liturgica latinorum. Il y comprit les anciens livres des églises romaine, ambrosienne, gothique,   etc.

(1571). Jérôme Maggi, Milanais, d'abord magistrat, puis ingénieur militaire, ayant été pris par les Turcs au siège de Famagouste, composa, pendant sa captivité, un curieux traité sur les cloches.

(1572). Onuphre Panvini, augustin, l'un des hommes du XVIe siècle les plus versés dans la connaissance des antiquités ecclésiastiques, a laissé plusieurs travaux liturgiques. Nous citerons: 1° L'intéressant opuscule de Urbis Romœ stationibus, imprimé ordinairement à la suite des vies des papes de Platine ; 2° de Ritu sepeliendi mortuos apud veteres christianos, et de eorum cœmeteriis ; 3° de Baptismate Paschali, origine et ritu consecrandi Agnus Dei ; 4° de prœcipuis urbis Romœ sanctioribusque Basilicis, quas Septem Ecclesias vulgo vocant ; 5° de Episcopalibus Titulis et Diaconiis Cardinalium. Panvini avait, en outre, préparé une collection d'anciens rituels, qui n'a pas paru, et dont la préface a été publiée par D. Mabillon, dans le deuxième tome du Musœum Italicum.

 

(1572). Nicolas Aurificus, carme, donna en cette année, à Venise, une nouvelle édition du Speculum de Cochlée, dont il retrancha la Messe de saint Basile et le Livre de la vie de saint Boniface ; il les remplaça par les opuscules de Bernon et de Hildebert, qu'il emprunta à la collection d'Hittorp. Il ajouta ensuite l’Ordo missœ de Burchard, et un opuscule qu'il avait lui-même composé sous ce titre : De Antiquitate, Veritate et Cœremoniis missœ.

(1577). Pierre Galesini, protonotaire apostolique, qui fleurit à Rome sous les pontificats de Grégoire XIII et de Sixte-Quint, travailla à illustrer et à corriger le Martyrologe romain, en le mettant dans un style plus châtié, et ajoutant une notice historique à chaque nom de saint.

(1578). Gabriel Sévère, archevêque de Philadelphie, prélat auquel le Sénat de Venise avait donné le soin des Grecs établis sur le territoire de cette république, a composé un livre de Septem Ecclesiœ Sacramentis, dont le père Morin a tiré l'opuscule intitulé : de Sancto sacerdotii Sacramento.

 

(1580). Joseph-Valentin Stevano, évêque italien, a laissé deux opuscules liturgiques : 1° De Adoratione et Osculatione pedum Romani pontificis, et Levatione seu Portatione ejusdem ;

De Ritu tenendi frœnum et staphades summis pontificibus ab imperatoribus.

(1584). Maxime Margunius, évêque de Cythère, est connu pour avoir traduit et publié, en grec vulgaire, les Synaxaires et le Ménologe.

(1586). Marc-Antoine-Marsile Colonne, archevêque de Salerne, est auteur de l'excellent traité intitulé : Hydragiologia, sive de Aqua benedicta.

 

(1586) Vincent Bonardi, dominicain, évêque de Sainte-Cyriaque, a écrit un volume sur les Agnus Dei, intitulé : Discorso intorno l'antichità, e origine, modo di fare, benedire, batezzare, e distribuere i sacri Agnus Dei.

(1587). François Panigarola, évêque de Chrysopolis, a laissé un volume intéressant sous ce titre : De Stationum veteri instituto a Xisto V. P. M. revocato.

(1587). Rodolphe Hospinien, savant protestant, a composé, sur les matières liturgiques, deux grands ouvrages remplis d'une érudition qui fait regretter que l'auteur ne l'ait pas consacrée à une meilleure cause. Le premier est intitulé : De Templis, hoc est de Origine, Progressu, Usu et Abusu templorum, ac omnino rerum omnium ad templa pertinentium, libri quinque. Le second a pour titre : Festa christianorum, hoc est de Origine, Progressu, Cœremoniis et Ritibus festorum dierum christianorum libri tres.

 

(1588). Marc-Antoine Mazzaroni est auteur d'un livre, de Tribus Coronis pontifias Romani, nec non de Osculo sanctissimornm pedum ejus.

(1590). Gilbert Génébrard, moine de Cluny, archevêque d'Aix, un des plus savants personnages de son temps, a donné, entre autres traductions de livres et auteurs grecs, celles de la Liturgie des présanctifiés, du Ménologe et du traité de Siméon de Thessalonique sur les Sept Mystères de l'Église. Il a composé en outre un opuscule, en français, intitulé : Liturgie apostolique.

(1592). Augustin Fivizzani, sacristain du palais apostolique, a laissé un ouvrage spécial de Ritu sanctissimœ Crucis Romano pontifici prœferendœ.

 

(1592). George Ferrari, donna en cette année, à Rome, une édition de la collection de Hittorp. Il y ajouta les livres de saint Pierre Damien, de Pierre le Vénérable et d'Honorius d'Autun, que déjà Cochlée avait insérés dans son Speculum et de plus, ceux de Rupert de Tuyt, de Divinis Officiis,   ainsi  que  le Speculum  de Mysteriis Ecclesiœ, et les autres opuscules attribués à Hugues de Saint-Victor.

(1593). Ange Rocca, évêque de Tagaste, sacristain de la chapelle papale, a traité un grand nombre de questions liturgiques par des ouvrages spéciaux qui ont été réunis dans les deux précieux tomes intitulés : Thesaurus pontificiarum sacrarumque antiquitatum, nec non rituum, praxium et cœremoniarum. On y remarque, entre autres, les suivants :  De Sacrosancto Christi Corpore Romanis pontificibus iter conficientibus prœferendo ; — De sacra summi pontifias Communione, missam solemniter celebrantis ;— Commentarius de campanis ;— de Tiarœ pontificiœ quam regnum mundi vulgo appellant, Origine, Significatu et Usu ; — de Salutatione sacerdotis in missa et in divinis officiis, nec non de ministri vel chori Responsione ; — de Precatione qua lectiones in matutino prœvenimus, nec non de fine quo eas claudimus ; — Feria quidnam sit, et cur dies ab ecclesiasticis viris feriarum nominibus in Ecclesia nuncupentur ; — de Origine et Institutione benedictionis candelarum, vel cereorum in festivitate Purificationis B. M. V.; — Unde cineres super caput spargendi usus originem habeat et quœ sibi velint ; — Aurea rosa, ensis et pileus, quœ regibus ac magnatibus a summo Pontifice benedicta in donum mittuntur, quid sibi velint ; etc. Rocca avait en outre donné ses soins à la correction du sacramentaire grégorien, qui fait partie de l'édition   des Œuvres de  saint  Grégoire, imprimée  à Rome en 1593, et qui a été aussi publiée à part, avec des notes, dans la même ville, en 1596. On lui doit aussi une édition du Sacerdotal de Samarini, qui est une sorte de rituel dont nous parlerons ailleurs.

(1594). François Ferrario est donné par Zaccaria, comme auteur d'un livre imprimé à Crémone, sur la Consécration des églises.

 

(1599). Corneille Schulting, doyen de la Faculté de Cologne, et chanoine de Saint-André de cette ville, a laissé plusieurs ouvrages d'une érudition remarquable pour le temps. L'un d'eux est intitulé : Bibliotheca ecclesiastica, seu commentaria sacra de expositione et illustratione Missalis et Breviarii Coloniœ, 1599, 4 vol. in-folio. Ce travail, malgré ses nombreuses imperfections, doit être considéré comme la première bibliothèque liturgique qui ait été tentée. Zaccaria y a puisé pour la sienne beaucoup de renseignements qu'il n'aurait pas trouvés ailleurs.

(1602). En cette année, qui est celle de l'édition du Bréviaire romain par Clément VIII, nous plaçons au rang des liturgistes les deux cardinaux Robert Bellarmin et Silvio Antoniani, tous deux, ainsi que nous avons rapporté, membres de la commission nommée par le pape pour la révision du bréviaire. Ils suppléèrent de leurs fonds l'un et l'autre, à une omission qui déparait le bréviaire de saint Pie V. Ce pontife n'avait point assigné d'hymne spéciale pour le Commun des saintes Femmes. Antoniani composa celle que nous chantons aujourd'hui : Fortem virili pectore ; et comme il en manquait pareillement une pour l'office de sainte Marie-Magdeleine, Bellarmin donna celle qui commence par ce vers : Pater superni luminis.

 

Ici s'arrête l'histoire de la Liturgie durant ce XVIe siècle qui, malgré ses tempêtes et ses scandales, doit être considéré comme un de ceux que l'Église de Jésus-Christ a traversés avec le plus de gloire. On peut dire, au reste, que l'histoire de ce siècle est encore à faire ; car pour ceux qui seraient tant soit peu versés dans la science religieuse, l'ouvrage si vanté de Ranke, avec ses omissions, ses préjugés et ses erreurs positives, ne peut être qu'un livre de renseignements sur quelques points, utile seulement à ceux qui dominent déjà l'ensemble des faits ecclésiastiques de cette époque, très dangereux pour les autres. Ce qu'il importe  surtout de voir, c'est  la réforme  de l'Église, renouvelant elle-même sa jeunesse comme celle de l'aigle (Psalm. CII, 5.). Que d'œuvres merveilleuses et fortes accomplissent les pontifes romains, de Pie V à Clément VIII ! Quel gouvernement énergique et intelligent que celui qui créa ces institutions sur lesquelles repose aujourd'hui toute la forme extérieure du catholicisme ! Pie IV publie les règles de l'Index des livres prohibés, et la célèbre profession de foi qui maintient l'orthodoxie au sein de l'Église. Saint Pie V promulgue le bréviaire, le missel, et cette admirable synthèse du dogme catholique, sous le nom de catéchisme romain. Grégoire XIII réforme le calendrier, publie le martyrologe, revoit le décret de Gratien. Sixte-Quint donne l'édition corrigée de la Vulgate, et érige les congrégations romaines. Clément VIII publie le pontifical et le cérémonial, et assure pour les siècles suivants la pureté du bréviaire et du missel.

 

Voilà quelques-uns des efforts tentés par, les papes du XVIe siècle pour opérer la réforme de l'Église.

 

On voit que toutes ces grandes mesures reviennent à l'unité comme au seul but désiré : en effet, l'unité sauva la catholicité, au XVIe siècle, comme toujours ; mais cette unité avait besoin, à cette époque, d'être développée dans ses dernières conséquences. Une forme aussi importante que la Liturgie ne pouvait donc rester plus longtemps sans être ramenée au grand principe de Grégoire VII, de Charlemagne, de saint Innocent Ier. Toute l'Église le sentit, et la France, en tête des autres provinces de la catholicité, s'empressa de seconder les vues du siège apostolique. Comme aux premiers jours du monde, la terre se trouva n'avoir plus qu'un seul et même langage. Aujourd'hui, cette unité est rompue ; cette harmonie est brisée ; si le reste du monde prie encore avec Rome, la France a déchiré cette communion si touchante, si sacrée. Quand renaîtra-t-elle, cette unité liturgique préparée avec tant de soins par les souverains pontifes, pour être la sauvegarde du dogme et de la liberté ecclésiastique ? Quand dirons-nous, comme les pères du concile de Vannes, de 461 : Puisque nous n'avons qu'une même foi, n'ayons aussi qu'une même règle pour les divins offices ? Il ne s'agit plus, comme au temps de Pépin et de Charlemagne, d'abjurer des rites établis chez nous par les fondateurs de nos Églises. Il n'y a guère plus d'un siècle que nous n'avions qu'une prière avec l'Église romaine : pourquoi n'y reviendrions-nous pas ? Nous en appelons à ceux qui nous ont suivi à travers ces faibles pages : le vœu de l'Église n'est-il pas l’unité dans la Liturgie comme dans tout le reste ? Nous est-il possible d'avoir sur ce point une autre doctrine que celle du Siège apostolique, exprimée par Clément VIII dans ces belles paroles : "Puisque dans l'Église catholique, laquelle a été établie par Notre Seigneur Jésus-Christ sous un seul chef, son Vicaire sur la terre, on doit toujours garder l'union et la conformité dans tout ce qui a rapport à la gloire de Dieu et à l'accomplissement des fonctions ecclésiastiques ; c'est surtout dans l'unique forme des prières contenues au bréviaire romain, que cette communion avec Dieu qui est un, doit être perpétuellement conservée, afin que, dans l'Église répandue par tout l'univers, les fidèles de Jésus-Christ invoquent et louent Dieu par les seuls et mêmes rites de chants et de prières."

 

Tel est le vœu de l'Église ; ce qui y serait contraire n'est donc pas le vœu de l'Église. Prions, afin que le Dieu de la paix et de l'unité dispose toutes choses dans sa force et sa douceur; afin que l'unité de prière se rétablisse au sein de notre patrie, et que la prière du Pasteur suprême soit la prière des brebis, comme déjà sa foi et sa doctrine sont leur foi et leur doctrine.

 

DOM GUÉRANGER

INSTITUTIONS LITURGIQUES : CHAPITRE XV : RÉFORME   CATHOLIQUE  DE   LA  LITURGIE.  —   PAUL   IV.   PIE   IV. — CONCILE   DE  TRENTE.   SAINT   PIE   V.    BREVIAIRE   ROMAIN. MISSEL ROMAIN. — INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE EN ITALIE, EN ESPAGNE, EN FRANCE ET DANS LE RESTE DE L'OCCIDENT. — PALESTRINA. — SIXTE-QUINT. CONGRÉGATION DES RITES. — GRÉGOIRE XIII. RÉFORME DU CALENDRIER. MARTYROLOGE ROMAIN. — CLÉMENT VIII. PONTIFICAL ROMAIN. CÉRÉMONIAL ROMAIN. — AUTEURS LITURGISTES DU XVIe SIÈCLE.

 

aigle de saint Jean église de Montangon

Aigle-Lutrin, Montangon, patrimoine des églises de l'Aube

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article